Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strenght & Power (RareNoise, 2016)

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Il n’y a pas que dans le flamenco : le jazz possède aussi ses vieux cantaores. Arrivé à l’hiver de leur vie, la voix se désagrège, la justesse se fait la malle, seul reste l’émoi, le cri, la supplique. C’est un peu ce qui arrive à Roswell Rudd ici : le phrasé est cassé mais ne cesse de gronder, d’envahir le cercle. La saillie est désarmante, le son se projette avec grandeur, force et fulgurance.

L’improvisation au naturel que parcourent Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn et Balazs Pandi n’a pas d’âge. Elle possède naturel et irrévérence mais sait se tenir quand approche le blues. Le voici, ce vieux blues, pas encore fatigué de ses oraisons. Le voici se transfigurant, s’arrimant à ce navire qui tangue mais jamais ne coule. L’improvisation que pratiquent ces quatre-là c’est le risque de l’échec, de la sortie de route. C’est l’espoir des bonheurs, des correspondances, des délivrances. C’est le refus des performances. C’est l’antre du possible. De tous les possibles.



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Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strength & Power
RareNoise Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Strength & Power 02/ Cobalt Is a Divine 03/ The Bedroom 04/ Luminescent 05/ Dunn’s Falls 06/ Struttin’ for Jah Jah
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Kris Davis : Capricorn Climber (Clean Feed, 2013)

kris davis capricorn climber

Choisissant, même dans ses axes les plus complexes, une certaine neutralité, Kris Davis et ses amis (Mat Maneri, Ingrid Laubrock, Trevor Dunn, Tom Rainey) hésitent à se brûler les ailes.

Les compositions de la pianiste ne sont pas de celles qui s’ouvrent à la facilité. Elles se divisent en blocs et en sous-groupes, saxophone et violon (Laubrock est beaucoup plus microtonale que Maneri ici) n’en finissant pas de s’entremêler en de rigides fiels contrapunctiques. Si la compositrice passionne quand il s’agit d’intercepter et de moduler un trait obsessionnel, elle échoue à recycler un jazz qui ne semble guère la passionner. Soit accepter la forme tout en refusant sa ponctuation, ses possibles excès et élans. En résulte une timidité d’approche, heureusement sauvée par de trop brèves interventions solistes (Mat Maneri, Ingrid Laubrock). On pense à certaines compositions de Braxton ou de Tim Berne, possibles modèles – voire maîtres – d’une pianiste dont on attend toujours qu’elle s’ouvre à plus de sentimiento.

EN ECOUTE >>> Pass the Magic Hat

Kris Davis : Capricorn Climber (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 22 mars 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Too Tinkerbell 02/ Pass the Magic Hat 03/ Trevor’s Luffa Complex 04/ Capricorn Climber 05/ Bottom of a Well 06/ Big Band Ball 07/ PI Is Irrational 08/ Dreamers in a Daze 09/ Too Tinkerbell Coda
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Darius Jones : Book of Mae’Bul (AUM Fidelity, 2012)

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Toujours en attente de l’enregistrement qui révélera pleinement Darius Jones (cet enregistrement existe avec le Earth’s Orbit de William Hooker à cette différence près que le saxophoniste n’en est pas le leader), nous voici aux prises avec le nouveau quartet (Matt Mitchell, Trevor Dunn, Ches Smith) de l’altiste.

Comme il existe des mondes parallèles, il existe des harmonies parallèles sans cesse sillonnées par le saxophoniste. Ces harmonies désynchronisées désobéissent à la norme mais ne poussent pas les débats jusqu’au paroxysme attendu. Tout s’arrête en chemin et l’inouï que l’on sent très proche ne s’affirme jamais réellement (My Baby, Roosevelt). Néanmoins, quand les ballades qui hantent la seconde partie de Book of Mae’Bul se retrouvent prisonnières de l’harmonies malade  du saxophoniste, nous percevons (et les concerts de l’altiste sont là pour le prouver) l’immense potentiel convulsif de celui-ci. Oui, quelque chose couve mais ne perce pas. Du moins, pas encore. Be Patient with Me nous précise d’ailleurs Darius Jones. Oui, soyons patients : attendons.

EN ECOUTE >>> The Enjoli Moon >>> Winkie >>> Be Patient With Me

Darius Jones : Book of Mae’Bul (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD: 01/ The Enjoli Moon 02/ The Fagley Blues 03/ Winkie 04/ Be Patient with Me 05/ My Baby 06/ You Have Me Seeing Red 07/ So Sad 08/ Roosevelt
Luc Bouquet © Le son du grisli

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John Zorn : Enigmata (Tzadik, 2011)

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Interprétées par un alto et un violoncelle, les compositions d’Enigmata, ici fortifiées par les guitares saturantes de Marc Ribot et de Trevor Dunn, paraitraient-elles si nouvelles ? Quelles tournures prendraient-elles ? Quels seraient les effets et les portées de ces excès soniques ?

John Zorn explique ainsi Enigmata : « c’est une nouvelle musique, une musique au-delà des genres. Ces nouveaux outils ont besoin d’être étudiés ». On peut souscrire à son analyse (après tout, c’est lui – et lui seull – le compositeur de cette oeuvre) mais on peut aussi convoquer certains souvenirs : tel arpège obsessionnel n’a-t-il pas déjà parcouru la guitare de Fred Frith ? Telle saturation n’a-t-elle pas animée une certaine Naked City ? Zorn ferait-il du neuf avec du vieux ? A vrai dire la question est idiote tant cette musique, trop vite rejetée par certains, n’est pas sans atouts : vivacité, nervosité et épaisseur d’une forme, peut-être voilée (ou dévoilée – et c’est peut-être sa seule finalité) par l’instrumentarium proposé ici.

John Zorn : Enigmata (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ One 02/ Two 03/ Three 04/ Four 05/ Five 06/ Six 07/ Seven 08/ Eight 09/ Nine 10/ Ten 11/ Eleven 12/ Twelve
Luc Bouquet © Le son du grisli

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John Zorn : Interzone (Tzadik, 2010)

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N’ayant que faire des file cards et autres games pieces - l’image étant absente ici -, le chroniqueur se bornera à décrire quelques-uns des nombreux fourmillements contenus dans l’Interzone zornienne.

Cette Interzone est peuplée de riches individualités (Marc Ribot, Cyro Baptista,Ikue Mori, Kenny Wollesen, John Medeski, Trevor Dunn) et de blocs indépendants, aménagés et ménagés sans transition. En vrac et dans le désordre, la casbah propose : rythmes éberlués, rock démembré, douceur et muzak, farces et attrapes, éclats de drums et d’alto survoltés, jazz et free jazz, éclairs blancs et brumes épaisses, latineries décapantes…

L’endroit d’où nous parle John Zorn n’est sans doute pas l’Interzone de Burroughs (ce dernier y retrouverait-il ses seringues ?) mais, entre tiraillements amers et mélodies rassurantes, un même et unique territoire que Zorn semble avoir du mal à quitter depuis une petite décennie. Du savoir faire et des émotions fortes (ce n’est déjà pas si mal !) mais pour le festin radical, on repassera.

John Zorn : Interzone (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV
Luc Bouquet © Le son du grisli

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