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Le son du grisli
19 juin 2015

Regler : #3 Free Jazz/Noise Core (Turgid Animal, 2014)

regler free jazz noise core

Un groupe inconnu c’est toujours sur la pochette la recherche d’un nom qu’on connaît. Cette fois, c’est le nom de Rashad Becker, qui a « masterisé » ce double CD de Regler (mais qui se cache derrière Regler ? aucun nom n'est donné). Et on peut faire confiance à Becker.

S’il se cache sous les bannières free jazz & noise core, c’est plutôt le moto de Regler (« play as hard and fast as possible for an hour ») qui joue ici. Parti à un train d’enfer (vous me passerez cette expression pré-tram), le duo (puisque c’est d’un duo qu’il s’agit : Mattin / Anders Bryngelsson) guitare / batterie invite deux acolytes à jouer une heure en sa compagnie.

Sur le premier CD, c’est le bassiste Henrik Andersson qui crache avec lui une improvisation noise des plus remontées. Les pédales d’effet en sus, les guitaristes rivalisent d’acharnement et s’occupent des « nuances » « mélodiques » (ouch, quatre guillemets !) d’un bourrinage en règle qui perd parfois de sa cadence. L’exercice peut sembler monotone en façade dans les premières minutes, mais l’oreille perçoit bientôt plusieurs couches au noise core.

Avec le saxophoniste (soprano, si je ne me trompe) Yoann Durant, Mattin et Bryngelsson s’essayent au free jazz. Non pas à la Ornette, mais plutôt le même noise avec un sax en plus. La guitare électrique tapisse en plus épais et le soprano cavalcade dru ! Il peut aussi garder le silence pour laisser l’auditeur souffler jusqu’à ce qu’il se reprenne (et il n’attendra pas longtemps) un grand coup de cymbale ou un retour de fuzz bien placé. Par hush hush, donc, mais harsh harsh... Gros conseil !

Regler : #3 Free Jazz/Noise Core (Turgid Animal)
Enregistrement : 12 février 2014. Edition : 2014.
2 CD : CD1/ 01/ Noise Core – CD2 : 01/ Free Jazz
Pierre Cécile © Le son du grisli

andré_salmon_léon_léhautier

29 avril 2015

Biosphere, Deathprod : Stator (Touch, 2015)

biosphere deathprod stator

Stator, c’est un split Biosphere / Deathprod qu’il faut surveiller de l’œil (= de la pochette). Car les deux Norvégiens se succèdent sur le CD l’un après l’autre mais à un moment l’un deux fois de suite (je laisse la surprise du moment de ce deux « fois de suite » à ceux que cette collaboration intéressera).

Trêve de précisions, écoutons ce Stator comme s’il était l’œuvre d’un seul et même artiste (schizophrène quand même puisque Geir Jenssen et Helge Sten n’ont pas toujours les mêmes idées). L’ambient pop ou atmosphérique de Biosphere (que l’on reconnaît au tonnerre, à un drone, à une loop de synthé, etc.) est plongée dans une matrice complexe commandée par un cerveau certainement tourmenté. Et l’expérience porte ses fruits.

Exemple : ces « grosses » réverbérations ou les microstructures rythmiques de Space Is Fizzy, qui tiennent-elles de la magie blanche. Justement parce qu’elles annihilent toutes les différences entre les deux musiciens et qu’elles font croire que Stator n’est pas un split-puzzle mais bien un vrai duo, un duo par procurations.

Biosphere, Deathprod : Stator (Touch)
Edition : 2015.
CD : 01/ Biosphere : Muses-C 02/ Deathprod : Shimmer/Flicker 03/ Biosphere : Baud 04/ Deathprod : Polychromatic 05/ Deathprod : Disc 06/ Biosphere : Space Is Fizzy 07/ Deathprod : Optical
Pierre Cécile © Le son du grisli

6 février 2014

Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972 (Picture Box, 2013) / Sun Ra : Jazz Session (ORTF, 1972)

john corbett sun ra & ayé aton

Passés quelques clichés de Sun Ra en grand apparat (à l’occasion du tournage de Space is the Place), le livre Space, Interiors & Exteriors revient sur les peintures dont Ayé Aton (né Robert Underwood) recouvrit les murs de la demeure du pianiste en 1972 à Germatown en Pennsylvanie.

Si Sun Ra quitte Chicago pour New York un an après qu’Ayé Aton ait fait le chemin inverse (nous sommes en 1960), les deux hommes se téléphoneront quasi quotidiennement par la suite jusqu’à collaborer enfin : composition de la couverture d’Extensions Out ; second ouvrage édité de la poésie de Sun Ra, brefs passages d’Ayé Aton en Arkestra ; surtout : élaboration des fresques murales d’une demeure assez vaste pour accueillir la « galaxie » Sun Ra – ainsi pouvons-nous jeter un œil à la chambre du maître, à celles de John Gilmore, Marshall Allen

Sur le conseil du propriétaire des lieux, l’artiste dessine des astres et des pyramides, des visions du Cosmos ou de plus simples formes géométriques qu’il remplit de couleurs vives. Si la peinture d’Ayé Aton – qui jouera aussi de percussions pour Joseph Jarman ou Fred Anderson – mélange sans grande intensité figuration décorative (Maurice Denis) et peinture abstraite (Michel Seuphor), le livre documente en tout cas d’une belle manière l’influence qu’eut Sun Ra sur ses troupes.  

John Corbett : Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972 (Picture Box)
Edition : 2013.
Livre : Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

sun ra jazz session ortf ina

Tirée des archives de l’INA, cette Jazz Session tournée la même année 1972 – que diffusera ce 6 février 2014 la chaîne Mezzo – montre Sun Ra et son Intergalactic Arkestra évoluant dans les studios de l’ORTF. Au son, l’art est proche de celui à entendre sur What Planet Is This? ou Concerts for the Comet Kohoutek et demande Discipline. A l’image, voir évoluer le couple que forment Sun Ra et June Tyson, suivre le mouvement des danseurs, attester l’application féroce des souffleurs Allen, Patrick et Gilmore, et se perdre dans les plans rapprochés que Bernard Lion fit des nombreux instruments de percussions.

Sun Ra and his Intergalactic Arkestra : Jazz Session (INA / Mezzo)
Enregistrement : 8 janvier 1972. Rediffusion : 6 février 2014.
Film : réalisé et produit par Bernard Lion et Henri Renaud.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

5 février 2014

The Noiser : The Black Symphony (Monochrome Vision, 2013) / KK Null, The Noiser (Monotype, 2013)

julien ottavi the noiser black symphony

Le nom de scène de Julien Ottavi est The Noiser et c'est certain qu'il n'est pas immérité – il est autant musicien (de noise? de harsh-noise même..) qu'activiste – il porte depuis plus de dix ans la structure APO33, à Nantes, qui est aussi inhabituelle qu'exemplaire en France, soutenant non seulement les musiques « autres » (ou expérimentales) mais également toutes activités artistiques avec une idée forte de leur politisation – que ce soit par des politiques de « copyleft », de leur distribution, que plus simplement par une réflexion sur leur positionnement dans notre monde.

Et parfois le travail d'Ottavi le musicien a pu être occulté par ces activités. Mais cette nouvelle production devrait remettre les proverbiales pendules à l'heure : le nom de « symphonie » n'est pas usurpé pour cette pièce (électronique) basée essentiellement (ou exclusivement) sur l'utilisation de bruits, tels que définis physiquement – bruit blanc, rose, noir, bleu ou fractal, resynthèse granulaire et waveshaping – mais dont la structure est de toute finesse, comprenant (élément inhabituel dans les productions « noise ») des silences ou des ruptures de dynamiques soudaines et surprenantes. Loin du bruit en quelques sorte bien qu'en plein dedans, un des disques les plus réussis de son auteur.

Julien Ottavi (The Noiser) : The Black Symphony (Monochrome Vision / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Prelude 02/ Silcenzio 1 03/ Adagio Mouvement Primo 04/ Canon Mouvement Primo 05/ Silcenzio 2 06/ Mouvement Secundo Presto 07/ Mouvement Secondo Variation 08/ Fugue Mouvement Tercio 09/ Silcenzio 3 10/ Canon Mouvement Tercio 11/ Suite Allegro 12/ Suite Variation Menuet 13/ Finale Lento
Kasper T. Toeplitz © Le son du grisli

kk null the noiser

Un des maîtres incontestés du noise et collectionneur de collaborations (avec Merzbow, Z’EV, Anla Courtis…), KK Null rencontre ici un Noiser français en la personne de Julien Ottavi. Dans ce CD remuant avec des bouts de live dedans, on trouve de la prototechno poussée ou de l’indus technoïde, des lasers et des saturations, des synthés qui mitraillent et des délires de claviers old school. Et tout ça provoque les mêmes choses que les montagnes russes : un super frémissement ou alors la nausée.

écoute le son du grisliKK Null, The Noiser
Untitled

K.K. Null, The Noiser (Monotype)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01-08/ Untitled
Pierre Cécile © Le son du grisli

8 novembre 2013

Coppice : Big Wad Excisions (Quakebasket, 2013) / Epoxy (Pilgrim Talk, 2013)

coppice big wad excisions

Electronique, harmoniums et instruments personnalisés (pour ne pas dire « détournés »), sont les outils dont disposent Noé Cuéllar et Joseph Kramer pour travailler, sur disques ou en installations, à l’identité sonore de leur Coppice. Sur Big Wad Excisions – bel objet sonore qui relance la production du Quakebasket de Tim Barnes –, c’est cependant surtout l’harmonium que l’on explore.

Intelligemment, qui plus est : le duo s’interdisant la simple compagnie d’un ou deux drone(s) pour insister sur le mystérieux potentiel de l’instrument. Alors, bruits des touches, souffles avalés, ronflements découpés, pompes tremblantes révélant une navigation à l’oreille, projections saillantes, interférences de l’orgue et d’un boombox (en français correct : ghetto-blaster) font l’étoffe de compositions surprenantes.

Avec Sop, c’est-à-dire sur la troisième plage, Coppice élève son art d’un ton encore : souffles rapatriés sur bandes et soupçon électronique s’émouvront de la ligne électrique d’un ampli avant de se perdre en volutes – notes en suspension qui se frôlent et par là même s’élèvent. Hoist Spell à suivre, qui convoque harmoniums (préparés), magnétophones, préamplis, samplers… pour composer sur couches instables certes mais denses aussi : derrière la confrontation des deux harmoniums, court même une mélodie. Soit, de quoi retourner à Quakebasket, instamment.

Coppice : Big Wad Excisions (Quakebasket / Metamkine)
Enregistrement : 2013. Editions : 2013.
CD : 01/ Snuck Keel 02/ Impulses for Elaborated Turbulence (Excised) 03/ Sop 04/ Hoist Spell
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

coppice epoxy

Enregistrés en 2011 et 2012 à Chicago, deux morceaux de Coppice font aujourd’hui autant de faces d’une cassette (qui peut être aussi téléchargée) estampillée Pilgrim Talk : Epoxy. En première, une bande-originale sans attache trouve sa raison d’être en dramaturgie faite de boucles en décalage et de notes grises rêvant de prépotence. En seconde, avec les appuis successifs de Carol Genetti (voix), Julia A. Miller (guitare-jouet), Sarah J. Ritch (violoncelle) et Berglind María Tómasdóttir (flûte), le duo taille dans le silence des formes faites de parasites et de rumeurs autrement parlants. Soit, de quoi aller voir du côté de Pilgrim Talk, illico.

Coppice : Epoxy (Pilgrim Talk)
Enregistrement : 2013.
K7 / DL : A/ A Deflective Index B/ A Refracted Index of "Seam" with Girls
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

23 décembre 2013

La Morte Young (Dysmusie / Up Against The Wall, Motherfucker!, 2013)

la morte young le son du grisli

Est-ce le chant des sirènes (Sun Stabbed et Nappe accordés) qui, doucement, fit dévier le ballet des sorcières (Erle et Fels en sont deux, qui composent Talweg) ? Comme en jours de Pardon, voilà l’association partie la monter, cette côte-pente qui mène au calvaire près duquel a été enterrée la jeune morte de l’année – puisque la morte est young.

S’il faut en prendre soin, l’événement aura fait qu’on lui accorde le prélèvement d’une poignée de cheveux, au mieux d’un peu du cœur. La relique restera néanmoins de vinyle : deux faces qui racontent par le son le parcours chaotique de la procession : bruissements de guitares, somme de drones en levée et puis premiers tambours. Avec la voix, c’est enfin l’évocation : râles (ou rallizes) de toute une vie et aussi dernier souffle.  

Alors, la batterie tonne, annonçant le grain qui menacera d’abattre tous les étendards – étranges relents d’Hate Supreme derrière lesquels se cachent lumières, ombres et figures : You Must Believe in Spring (Bill Evans posthume), Whisper of Dharma (Human Arts pour ensemble discret) deux fois, The Case of 5 Sided Dream In Audio Color (Rahsaan Roland Kirk au trois augmenté de deux), Brotherhood of Breath (Chris McGregor, insufflations suite à compressions thoraciques). Partout, les guitares rôdent ; bientôt, les voilà folles.

Efficientes, néanmoins. Tous sanglots emportés par un feedback, voici que l’association, comme en jours de Pardon encore, s’égare et festoie : la voix disperse aux quatre vents cheveux coupés en 666 comme cœur en morceaux, et confond dans un élan vivifiant tous les premiers principes : « faîtes ceci en mémoire de moi », surtout, « prenez et mangez. »

écoute le son du grisliLa Morte Young
You Must Believe In Spring

La Morte Young : La Morte Young (Dysmusie / Up Against the Wall, Motherfuckers ! / Metamkine)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
LP : A1/ You Must Believe in Spring A2/ Whisper of Dharma – B1/ The Case of 5 Sided Dream In Audio Color B2/ Whisper of Dharma² 03/ Brotherhood of Breath
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

13 décembre 2013

The Apophonics : On Air (Weight of Wax, 2013) / Christian Asplund : The Laycock Duos (Comproviser, 2013)

the apophonics on air

L’occasion était spéciale – enregistrement studio pour l’émission Jazz on 3 de BBC Radio 3 –, mais pas unique, qui conseilla peut-être à The Apophonics de faire état de la largesse de sa palette sonore : On Air, trois pièces de trente-six, sept et quatre minutes.

Toutes, faites de séquences d’allures et même de natures différentes : improvisation ascensionnelle d’abord inspirée par des réminiscences d’un jazz emporté, la musique de Butcher, Edwards et Robair, change de cap à chaque fois qu’elle atteint l’apogée de son aire de jeu. Au bout des spirales épaisses que le saxophoniste déroule au ténor, le trio trouve ainsi matière à explorations : en constructions structurées par la frappe fiévreuse de Robair, poches d’air (respirations de Butcher contre ronflements d’Edwards) ou courses éperdues. 

Plus loin, ce sont encore des diphonies (un souffle calqué dans le soupçon, la juxtaposition d’un aigu de soprano et d’un archet sur cymbale…) ou sur batterie l’apparition de moteurs qui déroutent, déconcertent et captivent. La performance impressionnait hier sur ondes, elle le fait aujourd’hui sur un disque qui autorise en plus sa diffusion en journée.

The Apophonics : On Air (Weight of Wax / Metamkine)
Enregistrement : 2 mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Fires Were Set 02/ Met By Moonlight 03/ London Melodies
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

christian asplund comproviser

C’est au ténor seul que l’on retrouve John Butcher sur The Laycock Duos, rétrospective de duos (et trio) « secrets » enregistrés entre 2009 et 2011 par le violoniste et pianiste Christian Asplund. Vingt minutes durant, le saxophoniste converse avec Asplund : interrogeant poliment la résistance du violoniste avant d’en faire un honnête camarade d’exploration sonore, puis donnant du grain à moudre à un pianiste plus nerveux. Plus loin, Asplund montrera davantage de justesse en compagnie de deux de ses références : Malcolm Goldstein et LaDonna Smith.

Christian Asplund : The Laycock Duos (Comproviser / CD Baby)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2013.
CD : 01/ The Secret Substances, avec John Butcher 02/ The Secret Colors, avec Bill Smith et Steve Ricks 03/ The Secret Soundings, avec Malcolm Golstein 04/ The Secret Voices, avec Stuart Dempster 05/ The Secret Energies, avec LaDonna Smith
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

29 octobre 2013

Guido Möbius : Though The Darkness Gathers (Karaoke Kalk, 2013)

guido möbius though the darkness gathers

Paru voici un an, le quatrième album de Guido Möbius' Spirituals connait aujourd’hui une seconde vie – et la liste des remixeurs est de la plus haute volée, entre Senking (dont le nouvel effort est encensé ailleurs en ces pages) et Daniel Volcano The Bear Padden. A défaut de jouer au vain jeu des sept différences, d’autant que seuls six des neuf titres sont réinventés, chaque intervenant incruste son individualité à l’univers dadaïste du Colonais de Berlin.

Si les habituelles traces alla Felix Kubin ne subsistent plus qu’à doses réduites, les tendances rétrofuturistes de l’artiste allemand continuent de hanter en filigrane les versions de ses camarades de jeu. Parfois, l’ombre décadente assumée de Möbius demeure prééminente (le Judgement de Jason Forrest ou le Reign of Sweet Sin de Candie Hank), quelquefois on s’éloigne de son ombre (le très katebushien Godhead & Mix de Gangpol & Mit), toujours on reste bluffé par le sens inné de la dérision des intervenants, en un total et réjouissant lâcher-prise.

Guido Möbius : Though The Darkness Gathers - Spirituals By Guido Möbius Remixed (Karaoke Kalk)
Edition : 2013.
CD/LP : 1/ Senking – More Evil Ways 2/    Rotaphon – Lappland Schneit 3/ Gangpol & Mit – Godhead & Mix 4/ Jason Forrest – Judgment / Armageddon Version 5/ Candie Hank – Reign Of Sweet Sin 6/ Mesak – Babel In Port To Mesak 7/ Sick Girls – All Around Me Sick Everyday Mix 8/ Daniel Padden – Send The Ark
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

4 juin 2013

The Ex & Brass Unbound : Enormous Door (Terp, 2013)

the ex brass unbound enormous door

Depuis le temps, on sait bien que The Ex n’a pas besoin d’artifice pour se faire entendre, et même entendre bien fort. Pas besoin d’artifice, mais pourquoi pas d’artificiers ? Le Brass Unbound (Mats Gustafsson, Ken Vandermark, Wolter Wierbos & Roy Paci) qui l’accompagne de temps à autre en concerts n’apporte-t-il pas à son rock brut de décoffrage comme un souffle nouveau ?

Qu’ils portent à bout de gorges et de mentons l’air du morceau ou pousse les Hollandais à se surpasser dans les dissonances (Every Sixth Is Cracked), on ne regrette jamais l’effet des vents sur le groupe (et ce même lorsqu’on en arrive à frôler les Pogues, comme sur Our Leaky Homes). Huit musiciens sur scène qui s’y connaissent autant en déglingue improvisée qu’en éthio-jazz : que demande le peuple ? Et s’ils terminent en plus le CD avec le morceau qui sert d’habitude à débuter leurs concerts, il ne reste à l’auditeur plus que deux mots à dire avant le point d’exclamation final : diantrement efficace !

The Ex & Brass Unbound : Ernomous Door (Ex Records)
Enregistrement : 1-5 juin 2012. Edition : 2013.  
CD / LP : 01/ Last Famous Words 02/ Every Sixth Is Cracked 03/ Belomi Benna 04/ Red Cow 05/ Our Leaky Homes 06/ Bicycle Illusion 07/ We Are Made Of Places 08/ Theme From Konono No.2
Pierre Cécile © Le son du grisli

terrie ex paal nilssen-love gored gored

Gored Gored, c’est quarante minutes d’un concert du duo Terrie Ex / Paal Nilssen-Love enregistré à la Goutte d’Or dans le cadre de Sonic Protest en 2012. Guitare électrique contre batterie complète, médiator tranchant contre baguettes massives, guidées par une complicité peaufinée dans Offonoff, Lean Left et déjà sur CD avec Hurgu!, signent là un rock alternatif et tribal comme on en fait peu… à « décorner » les bœufs.

Terrie Ex, Paal Nilssen-Love : Gored Gored (Terp)
Enregistrement : 14 avril 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Gored Gored
Pierre Cécile © Le son du grisli

8 mai 2013

Walter Zimmermann : Songs of Innocence & Experience (Mode, 2012)

walter zimmermann songs of innocence & experience

Quand Walter Zimmermann parle de « songs », il veut dire pièces de musique de petite taille, si ce n'est pièces de musique à l'horizontalité contrariée. Et quand il parle d’innocence et d’expérience, outre l'évocation de William Blake, il s’agit pour lui de se faire comprendre par le Sonar Quartett qui interprète ici l'intégrale de ses compositions pour quatuor à cordes.

Songs of Innocence & Experience couvre une période d'une trentaine d'années. Fränkische Tänze, qui date de 1977, tire sa saveur des dix chansons dissonantes qui se succèdent et cherchent le bon ton sur un très long bourdon (qui est même l'affaire d'un drone Quartet). Songs of Innocence & Experience, composé entre 1996 et 2004, c'est cette fois vingt-trois ritournelles qui font appel à des voix d'enfants, à la poésie d'Allen Ginsberg, à une flûte, à des bandes... La musique populaire est devenue savante, et la musique savante... d'une légèreté que s'interdit souvent la musique populaire. Entre les deux, Keuper et Festina Lente s'adressent à des danseurs qui devront disparaître, réapparaître, disparaître encore.

Le deuxième CD renferme Die Sorge geht über den FlussSuzanne Zapf joue seule, va de « fausse » note écrite en silence avec une tension désarmante, et ce, que son archet soit épais ou ultra fin. Nikolaus Schlierf se fera lui remarquer sur Taula/Novo Ben, que Zimmermann a écrit pour instrumentiste qui doit aussi savoir chanter. Enfin, c'est Fränkische Tänze qui nous revient dans une autre version : le Sonar Quartett l'interprète cette fois sans drone quartet. Le folklore est galant, d'une veine néo-classique qui donne d'autres couleurs à cette composition indispensable, comme l'est Walter Zimmermann dans le champ du contemporain sans oeillères.

Walter Zimmermann : Songs of Innocence & Experience (Mode)
Edition : 2012.
2 CD : CD1 : 01-10/ Fränkische Tänze (1977) 11/ Keuper : pour quartette strings 12-15/ Festina Lente 16/ Songs of Innocence & Experience – CD2 : 01-02/ Die Sorge geht über den Fluss 03-04/ Taula/Novo Ben 05-14/ Fränkische Tänze
Héctor Cabrero © Le son du grisli

2 avril 2013

Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird, 2013)

ceramic dog your turn

-    Moins performant, Marc Ribot, sur ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Possible !

La raison serait une triple perte sèche : d’humour (alors que le trio que le guitariste forme avec Ches Smith et Shahzad Ismaily pensait en avoir un minimum), de repères (à force de multiplier les clins d’œil, d’Hendrix à T-Rex, et les resucées, de la pop indé sous-Morphine au power rock en passant par la reprise du Take 5 de Dave Brubeck) et surtout, surtout, de distance avec son sujet : la musique.

Car Ribot et ses comparses (que rejoignent à l’occasion Arto Lindsay à la guitare, Eszter Balint à la voix, Dan Willis au hautbois ou Keefus Ciancia aux samples) donnent l’impression de s’amuser entre eux sans vraiment chercher à lier contact avec nous. On e-bowe et on fuzze, on gimmicke à foison, on déroule du free solo au mètre ou on singe une musique exotique : rien n’y fait…

-    Dispensable ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Ôuch que oui !

Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird)
Edition : 2013.
CD : 01/ Lies My Body Told Me 02/ Your Turn 03/ Masters of the Internet 04/ Ritual Slaughter 05/ Avanti Populo 06/ Ain’t Gonna Let Them Turn Us Round 07/ Bread and Roses 08/ Prayer 09/ Mr. Pants Goes to Hollywood 10/ The Kid is Back! 11/ Take 5 12/ We Are the Professionnals 13/ Special Snowflake
Pierre Cécile © Le son du grisli

29 mars 2013

Insub Meta Orchestra : Archive #2 (Insubordinations, 2012) / Bertrand Gauguet : The Torn Map (Ear Training, 2013)

insub meta orchestra archive#2

Il fallait prendre la menace au sérieux. L’Insub Meta Orchestra, riche combo d’une quarantaine de personnalités fortes (Bertrand Gauguet, Cyril Bondi, Dorothea Schürch, Gérald Zbinden, Jacques Demierre, Marie Schwab, Patricia Bosshard, Vinz Vonlanthen…) réitère les douceurs assassines de son premier enregistrement.

Si les conductions semblent avoir été abandonnées ici au profit d’une improvisation essentiellement collective, l’IMO ne déroge pas à son entêtement : tendre une ligne claire, la mener à terme dans un premier temps puis lui dégager quelques étroits diverticules par la suite. C’est ainsi que le drone de Line 1 irriguera un insistant crescendo mais échouera à nourrir la même intensité dans son decrescendo final. Line 2 distille son lot de grincements et de tuyauteries contrariées. La ligne est là, qui guide l’improvisation. Elle ne sort jamais de sa route mais module ses éclats : crissements ici, sourde résonnance ailleurs avant de s’interroger sur la pertinence de quelques éphémères fissures entrevues ça et là. Et faire ainsi de l’IMO l’une des plus « questionnantes » et des plus excitantes expériences collectives de notre temps.

EN ECOUTE >>> Line 1 >>> Line 2

Insub Meta Orchestra : Archive #2 (Insubordinations)
Téléchargement libre : 2012. Edition : 2012.
CD / DL : 01/ Line 1 02/ Line 2
Luc Bouquet © Le son du grisli

bertrand gauguet the torn map

Ce n’est pas au saxophone mais aux electronics qu’on entend Bertrand Gauguet sur The Torn Map. A l’écoute de la plus longue pièce (vingt-deux minutes), on ne peut s’empêcher de faire le lien avec l’araignée et la phalène de la pochette. A l’abri des regards, Gauguet les branche à ses machines et enregistre ses bestioles mutantes tisser leur toile électronique. Après Tofukuji (superbe morceau d’ambient), les bestioles sont de retour : elles s’entrechoquent et même tapent contre nos enceintes (Poltergeist) avant de rendre l’âme, que Gauguet accompagne en musique : passionnant d’un bout à l’autre.

Bertrand Gauguet : The Torn Map (Ear Training / Metamkine)
Enregistrement : 2009-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Level 5 + 02/ Tofukuji 03/ 8X8 04/ The Torn Map 05/ Poltergeist 06/ First Floor 07/ There’s a Riot Goin’ On
Pierre Cécile © Le son du grisli

19 mars 2013

Johansson, Dörner, Neumann : Große Gartenbauausstellung (Olof Bright, 2012) / Johansson : Die Hark und Der Spaten (Umlaut, 2012)

sven ake johansson andrea neumann axel dörner große gartenbauausstellung

Enregistrées les 18 et 19 mars 2009, les neuf pistes qui gonflent Grosse Gartenbauausstellung sont nées de l’association Andrea Neumann / Axel Dörner / Sven-Åke Johansson.

Ainsi les résonances du cadre de piano portent la rumeur d’affronts musicaux qu’enveloppent les souffles accommodant de Dörner et les balais interrogateurs de Johansson. Les râles sont inquiets, les crissements nombreux, mais les soupçons d’expressions moins discrets qu’il n’y paraît. Leur accumulation confectionne d’ailleurs avec le temps qu’ils habitent des morceaux de poésie ambigüe qui profite du goût qu’a Johansson pour le théâtre et de l’intérêt pour l’abstraction qui anime ses partenaires.

Les coups portés à la batterie commandent-ils l’imagination de Neumann et celle de Dörner ? Leur autorité ont-elles un effet sur l’art de ces deux fabriques de conjectures sonores ? Ce qui est sûr est qu’en leur imposant – davantage encore que de coutume – tout emploi de vocabulaire arrêté, Johansson aura aidé Neumann et Dörner à faire entendre ce qu’un discours économe peut receler de trésors. Pour cela, Große Gartenbauausstellung est un indispensable du genre.

Sven-Åke Johansson, Axel Dörner, Andrea Neumann : Grosse Gartenbauausstellung (Olof Bright / Metamkine)
Enregistrement : 18 et 19 mars 2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Eingang 02/ Hauptweg I 03/ Seitenpfad 04/ Gross Kreuz 05/ Hauptweg II 06/ Café 07/ Allee 08/ Terrasse 09/ Seitenausgang
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Sven-Åke Johansson Die Harke Und Der Spaten

Die Harke Und Der Spaten est une pièce enregistrée en 1998 sur laquelle Johansson déclame et joue de l’accordéon en compagnie de Matthias Bauer, Axel Dörner, Mats Gustafsson, Per-Ake Holmlander, Sten Sandell et Raymond Strid. Si la barrière de la langue ne vous éloigne pas de l’exercice, les instruments pourront s’en charger : illustrant un propos de cabaret expérimental, ils parviennent rarement à surprendre et, quand ils le font, ce n’est qu’au son d’une marche certes facétieuse mais négligeable aussi.

Sven-Åke Johansson : Die Harke Und Der Spaten (Umlaut)
Enregistrement : 1998. Edition : 2012.
CD : Die Harke Und Der Spaten
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

5 février 2013

The Group : Live (NoBusiness, 2012)

the group live

Les années 1980 virent la disparition des lofts qui, à New York, permettaient aux musiciens de free jazz d’exprimer leurs idées musicales. L’accession au pouvoir de Ronald Reagan coïncida avec la suprématie de Wynton Marsalis : ainsi la décennie serait marquée du double sceau de l’individualisme et de la réaction.

Aussi certains musiciens américains, héritiers de générations de jazzmen qui n’eurent de cesse de bousculer les formes établies, surent incarner une autre vision du jazz, et peut-être, de l’Amérique. Les années 1980 virent donc s’épanouir de nouvelles fleurs sauvages, en la qualité de groupes coopératifs qui comptaient bien abolir la notion de leader et s’inscrire dans le grand continuum de la musique africaine américaine (se souvenir pour mieux s’affranchir). Ainsi naquirent Old and New Dreams (Dewey Redman, Don Cherry, Charlie Haden et Ed Blackwell), Song X (Ornette Coleman et Pat Metheny), The Leaders (Lester Bowie, Chico Freeman, Arthur Blythe, Kirk Lightsey, Cecil McBee et Don Moye) ou encore The World Saxophone Quartet (David Murray, Oliver Lake, Julius Hemphill et Hamiet Bluiett). Ainsi naquit The Group.

Derrière ce patronyme humble, débusquer cependant cinq pointures, en d’autres circonstances à la tête de leurs propres formations., et rappeler leurs  parcours légendaires : Andrew Cyrille avait battu pour Coleman Hawkins et Cecil Taylor ; Marion Brown soufflé auprès de John Coltrane et Archie Shepp ; on entendit le violon de Billy Bang et la trompette d'Ahmed Abdullah au sein de l’orchestre de Sun Ra ; la contrebasse de Sirone avait accompagné Pharoah Sanders et Charles Gayle. The Group tourna pendant deux années dans la région de New York, en 1986 et 1987, et c’est leur cinquième concert qui est ici documenté. Cette unique trace discographique du quintet est exceptionnelle. Tout d’abord parce que ce soir-là, le 13 septembre 1986 au Jazz Center of New York, le groupe était augmenté d’un second contrebassiste, Fred Hopkins. Ensuite, pour le répertoire interprété. En plus de leur propre matériau (on peut entendre ici une composition de Bang et une de Brown), The Group commença d’embrasser plus large et proposa trois relectures passionnantes de thèmes de Charles Mingus, Butch Morris et Miriam Makeba.

Aux côtés de la rythmique, les trois instruments sont donc le saxophone alto, la trompette et le violon., soit : tles rois instruments pratiqués par Ornette Coleman. Et s’il fallait chercher une influence, ou plus exactement une parenté, dans la musique jouée par The Group, c’est vers celui-ci qu’il faudrait se tourner. Comme chez le musicien texan, on entend sur ce disque l’amour des mélodies autour desquelles tourner agilement et gaiement, de soudains accès de mélancolie bientôt balayés, l’importance de la pulsation et le dynamitage tranquille des formes. Cette musique incroyablement vivante, la joie communicative de six musiciens au sommet de leur art et les notes de pochettes éclairantes d'Ahmed Abdullah, suscitent une très forte émotion.

EN ECOUTE >>> Joann's Green Satin Dress >>> Goodbye Pork Pie Hat

The Group : Live (NoBusiness)
Enregistrement : 13 septembre 1986. Edition : 2012.
LP : A1/ Joann’s Green Satin Dress A2/ Goodbye Pork Pie Hat – B1/ Amanpondo
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

the group

Au même disque de The Group, Pierre Lemarchand a aussi consacré une émission de radio : son écoute peut être faite en streaming sur le site de Jazz à part

 

 

17 décembre 2012

Talweg : Nos doubles errent dans la nuit duelle (Up Against the Wall, Motherfuckers!, 2012)

talweg nos doubles errent dans la nuit duelle

« Définitifs et jubilatoires », disait Pierre Cécile des « cris » que l’on trouvait en Substance Mort et Hate Supreme, les deux précédents disques de Talweg. Avec Nos doubles errent dans la nuit duelle, le mystère s’épaissit : Erle et Fels – doubles fugitifs de Joëlle V. (voix) et Eric L. (batterie) – poursuivent à la brune leurs travaux d’expiation.

Qu’on les entende : tendre d’abord l’oreille, soupçonner derrière un fin rideau de cymbales et l’appel lointain d’une corne de brumes (le pluriel est voulu) le chapelet de râles qui attendent comme autant de terribles surprises le noctambule égaré. Ainsi des coups sur toms, lents et réguliers, provoquent-ils le départ d’une nuée d’harpies que l’on a dérangées ; ainsi le dernier de ces coups, c'est-à-dire le coup de trop, déclenche-t-il la furie de leur maître, minotaure pourquoi pas, vierge folle sinon qu’un époux infernal ne cesse de tourmenter.

L’évocation d’Une saison en Enfer n’est pas gratuite : la voix et les tambours de Talweg agissent avec la même puissance que le poète mais en miroir : dans leurs errements eux se passent de mots et de rythme s’il n’est pas celui du battement de cœurs qu’ils ont à vif et qu’ils exposent aux quatre vents ; qu’ils vous offrent même sur un plateau. C’est pourquoi, malgré l'appréhension, il faut aller à Nos doubles errent dans la nuit duelle. La seule chose que l’on y risque vraiment est aussi la plus belle qui puisse nous arriver : qui est de les croiser.

Talweg : Nos doubles errent dans la nuit duelle (Up Against the Wall, Motherfuckers! / Metamkine)
Edition : 2012.
LP (100 exemplaires) : A-B/ Nos doubles errent dans la nuit duelle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

affiche talweg

Ce jeudi 20 décembre, Talweg apparaîtra à Marseille.
Supplique du GRIM. Dixième festival Nuit d’Hiver.

10 décembre 2012

La vierge de Nuremberg : Le retour de (Bloc Thyristors, 2012)

le retour de la Vierge de Nuremberg le son du grisli

Elle aurait pu ne pas être originaire de Nuremberg, Dieu que cette Vierge aurait été pareillement affolante ! Dedans, tout ce que Jean-Noël Cognard et ses amis ont envie d’y fourrer (le rock bagarreur version France 3 Régions des débuts m’a quand même fait craindre le pire)…

Après quoi c’est du meilleur, et même du bon : une trompette (oui oui, celle de Berrocal) qui rend hommage à Don Cherry, une guitare et un saxophone qui s’affrontent à fleurets empoisonnés, une voix féminine (en anglais ça passe, en français pas loin de casser) qui pousse un air d’Americana (la trompette s’y envolera), des loops et des reverses qui dégomment tous les clichés du rock. C’est quoi donc en fait ? Une brocante farfelue qui surprend sans arrêt et où le charme agit même parfois.

La Vierge de Nuremberg : Le retour de (Bloc Thyristors / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
LP : A1/ Malpartida A2/ Constantinople A3/ Soundcheck A4/ Die Nacht A5/ Asba A6/ Kiss My Blood – B1/ Rock'n'Roll Station B2/ Karambolage B3/ Kurzshluss B4/ Carmilla B5/ Les Ghoules
Pierre Cécile © le son du grisli

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Ce jeudi 13 décembre, La Vierge de Nuremberg se produira au Cirque électrique (Paris), dans le cadre d'une carte blanche offerte à... Chantal morte.

4 septembre 2012

Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Montreuil (Jazzwerkstatt, 2012) / 6ix : Almost Even Further (Leo, 2012)

urs leimgruber jacques demierre barre phillips montreuil

Ensemble, Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips, ont enregistré quelques références incontournables de leurs discographies respectives. Enregistré le 15 décembre 2010 aux Instants Chavirés, Montreuil est de celles-là. Remarquable, d’autant qu’il s’agissait de succéder à un imposant Albeit – paru en 2009 sur le même label.

Quatre temps. Et la mesure, d’abord. Suite d’accrochages d’éléments épars qui finissent par former une composition de fraction et d’ordre inversé. Au point que voici le piano tirant sur le clavecin et le soprano fait machine à bourdons. Une esthétique du démembrement dont les fuites et brisures sont rattrapées au vol par l’archet de Phillips. Sur le filet de voix de celui-ci, Northrope peint un ciel lourd aux éclaircies retentissantes sous lequel va le délire d’un piano-harpe : derrière lui, ce sont des frappes multipliées et des bruissements amassés jusqu’à ce qu’ils forment un épais rideau derrière lequel tout disparaîtra.

Après quoi, Leimgruber, Demierre et Phillips, entament une marche et puis une danse : le soprano cherchant l’équilibre avant de se plaire à cabrioler ; le piano et la contrebasse allant de frappes toujours décisives en incartades aptes à déstabiliser l’improvisation, « simplement » par jeu. Au ténor, Leimgruber passe enfin : le trio déboîte une nouvelle fois, du chant qu’il entame s’échappent les derniers éclats sonores, fantastiques excédents d’une imagination en partage.

Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Montreuil (Jazzwerkstatt / Amazon)
Enregistrement : 15 décembre 2010. Edition : 2012.
01/ Further Nearness 02/ Northrope 03/ Welchfingar 04/ Mantrappe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

6ix almost even further

Faire résonance de tout. Sans violence, libérer les sons enfouis. Animer le si fin qu’il en devient insupportable de beauté. Laisser scintiller tout son. Ne jamais stopper sa course. Maintenir la tension. Faire du silence un complice. Racler, encore plus profonde, la résonance. Maîtriser le geste et son rebond. Faire de l’improvisation un éveil. Laisser la crispation au vestiaire. Se délester, entièrement et totalement. Soigner la blessure. Faire oubli des dogmes. Imprimer l’oasis dans le songe. Toujours, solliciter l’inouï. Toutes choses, inestimables et inépuisables, glanées et saisies par les six (Jacques Demierre, Okkyung Lee, Thomas Lehn, Urs Leimgruber, Dorothea Schürch, Roger Turner) de 6ix.

6ix : Almost Even Further (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Almost Even Further 02/ As Now 03/ Faintly White 04/ Gorse Blossom
Luc Bouquet © Le son du grisli

28 juillet 2012

Wolfgang Dauner : Free Action (MPS, 1967)

Wolfgang Dauner Free Action

Ce texte est extrait du troisième des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié aux éditions Lenka lente.

Wolfgang Dauner, on l’ignore souvent, fait partie des musiciens ayant participé à l’élaboration du concept de conduction, bien avant que Lawrence "Butch" Morris ne s’y soit collé. Sur Free Action, l’un des morceaux, en l’occurrence « Collage », est décrit par Dauner lui-même comme dirigé par un chef d’orchestre, qui, dit-il encore, le compose dans l’instant, en guidant les improvisations des uns et des autres. Pour les notes de pochette, le pianiste allemand argumente auprès du producteur Joachim-Ernst Berendt : « J’ai inventé un langage spécial de signes pour ce morceau. Si l’on avait à disposition exactement le genre de personnes qui convenait, on pourrait, par cette méthode, faire composer spontanément un orchestre de vingt musiciens. »

Comme de nombreux musiciens de jazz moderne (citons Bill Dixon, Oliver Lake ou Daniel Humair), Wolfgang Dauner s’est toujours adonné à la peinture, parallèlement à la musique. D’ailleurs, Free Action montre une de ses toiles sur la pochette, celle-ci se référant explicitement à l’action painting, d’où le titre du disque. Au point qu'à propos de ceux qu’il a réalisés dans les années 1960, le critique Nat Hentoff a parlé d’action music. Dauner : « Nous pensons qu’avec ce septette, nous faisons partie de ceux qui n’interprètent plus le jazz sous sa forme traditionnelle. A notre avis, la seule chose que notre musique possède en commun avec le jazz classique consiste dans le fait qu’elle en soit indéniablement issue, et que jusqu’à présent, seuls des musiciens dits de « jazz » ont pu la jouer, les autres ne contrôlant pas leur instrument avec suffisamment de liberté, et manquant  aussi d’intensité dans le jeu. »

Wolfgang Dauner 1

Effectivement, exception faite du premier morceau que son auteur considère comme un tour de chauffe pour l’auditeur, au cours de l’enregistrement de Free Action, tout le monde paraît avoir été animé par la même urgence, que ce soit les solistes Gerd Dudek et Jean-Luc Ponty, ou bien la « rythmique », faite d’une contrebasse, d’un violoncelle (Jürgen Karg, Eberhard Weber) et de deux batteries, en certains endroits augmentées de tablas (Fred Braceful, Mani Neumeier, futur membre du combo krautrock Guru Guru).

A propos des musiciens : le trio qu’incarnent Wolfgang Dauner, Eberhard Weber et Fred Braceful s’entend sur Dream Talk et Output, deux des neuf disques les plus intéressants de Dauner sous son nom, avec celui-ci, The Oimels, Rischkas Soul, Klavier Feuer, Jazz-Studio, Music Zounds et Knirsch. Jean-Luc Ponty, quant à lui, sera, pendant un temps, de multiples expériences, que ce soit en compagnie de Frank Zappa, ou bien encore d’Alan Sorrenti, dans le cadre d’un étrange Aria digne des premiers opus de Peter Hammill. Gerd Dudek a lui aussi participé à des réalisations singulières, dont celles du groupe de krautrock Drum Circus, dirigé par le batteur Peter Giger que l’on remarque aussi, sur un créneau voisin, au sein de Dzian. Wolfgang Dauner (qui a – pour MPS toujours – partagé une face d’un disque co-réalisé avec Fred Van Hove) apportera sa contribution au krautrock avec le groupe Et Cetera, dans lequel influences du monde et free jazz se mélangeront de manière cohérente. Rappelons qu’à la même époque, Mal Waldron fut le pianiste d’Embryo, le temps de deux albums de haute volée. Rappelons aussi que tous ces musiciens, pour un projet ou un autre, ont eu une influence sur Nurse With Wound, formation d’avant-garde initiée en 1979.

Wolfgang Dauner 2

Jazz & krautrock… Julian Cope justement, auteur de la Bible consacrée au rock allemand des seventies, dans son Japrocksampler, sous-titré L’Incroyable explosion de la scène rock japonaise, insiste sur l’importance de Free Action. « Les compositeurs et musiciens étrangers écrit-il, lorsqu’ils venaient jouer au Japon, déclenchaient parfois de véritables remue-ménage culturels, marquant par là-même les esprits des artistes japonais, non parce qu’ils étaient célèbres, mais parce qu’ils arrivaient au bon moment, avec des idées neuves surtout, en tout cas pour certains. C’est ce que découvrit Wolfgang Dauner lors de sa tournée japonaise de mars 1971, au sein du piètrement nommé German All Stars Band. Durant les quatre années précédentes, en Allemagne, Dauner avait poussé ses expérimentations en jazz jusque sur le terrain de Stockhausen, alors que son batteur Mani Neumeier avait récemment quitté le groupe pour former son power trio déjanté Guru Guru. Au cours de cette tournée, des copies des LP’s expérimentaux de Dauner inspirés de Stockhausen, les Free Action et Output notamment, commencèrent à circuler dans le milieu du jazz à Tokyo. Ces enregistrements, sur lesquels le son du piano de Dauner est transformé par des modulateurs en anneau et d’autres moyens électroniques, firent sensation à Tokyo et occasionnèrent une collaboration avec le compositeur Masahiko Satoh pour une série de duos au piano. Et, bien que le LP Pianology qui en résulta soit monotone par rapport aux standards allemands, c’est en réutilisant avec succès les techniques de Dauner que Masahiko Satoh créa ses grands classiques iconoclastes d’avant-garde « kosmische » dont Amalgamation. Le succès artistique de cet enregistrement fut tel qu’il déclencha au sein de la communauté jazz japonaise, soi-disant conservatrice, une avalanche de réalisations tout aussi déchaînées. » De passage au Japon, Wolfgang Dauner avait donc convaincu quelques musiciens de mêler des sons issus de la sphère contemporaine (sur Free Action le piano s’avère tout du long préparé) à de fulgurantes saillies de guitare électrique héritées d’Hendrix.

Wolfgang Dauner 3

Pour revenir à l’idée de composition spontanée chère à Wolfgang Dauner, celui-ci, toujours questionné par Joachim-Ernst Berendt : « J’aimerais l’appeler « contemporary contact », en partie à cause des « contacts » qu’elle génère : c'est-à-dire sa proximité avec la musique contemporaine d’une part, et les rapports de contact / friction que doivent établir les musiciens entre eux. Jusqu’à présent, dans le jazz, de tels contacts étaient souvent limités, voire inhibés par des clichés et des thèmes constamment sollicités et répétés. Dans le contexte traditionnel, chaque musicien ne faisait rien d’autre que de remplir une fonction particulière, comme une machine – interchangeable. Cela n’était que routine, au sein de groupes globalement standardisés, et à l’ordre d’enchaînement des solos toujours identique. Mais cela n’est plus nécessaire. Nous devons nous en écarter. » Des préoccupations partagées avec moult jazzmen au même moment, qu’ils aient ou non écouté ce disque-ci en particulier… Après tout, Free Jazz d’Ornette Coleman s’interrogeait déjà à ce sujet, et ceci, dès 1960…

22 décembre 2015

LDP 2015 : Carnet de route #33

ldp 2015 34 5 novembre chicago

5 novembre 2015, Chicago encore : Elastic Arts, où le duo Urs Leigrumber / Jacques Demierre a une nouvelle fois improvisé en compagnie de Fred Lonberg-Holm...

5 novembre, Chicago
Elastic Arts

Musik, Kunst und Performance. Elastic Arts programmiert eine grosse Auswahl von nicht kommerziellen Musik Formen; Jazz, improvisierte Musik, experimentelle, elektronische und elektro/akustische Musik, Klang und Art/Noise, Hip-Hop, Neue Musik, internationale Folksmusik. Elastic Arts präsentiert in Zusammenarbeit mit Kurator Jordan Martins vierteljährlich Kunst Ausstellungen und Installationen. Elastic Arts stellt aktuelle Arbeiten von Künstlern im Fachbereich Performance, Literatur, Film/Video, Theater, Tanz und multimedialen Formen vor. Die Thursday Improvised Music Series kuratiert der Saxofonist Dave Rempis. Für die Electro/Acoustic Series ist der Musiker Paul Giallorenzo verantwortlich.
Ab und an frage ich mich. Um was geht es uns Musiker? Wieso spielen wir diese Musik? Und wieso reisen wir um die halbe Welt um sie öffentlich vor Publikum zu spielen? Das Reisen ist heute im Vergleich zu früher viel schwieriger geworden. Um was geht es? Woher diese klare Entschlossenheit, diese radikale Absicht etwas wortlos mitteilen zu wollen? Etwas was niemand wirklich versteht! Für uns Musiker ist das Konzert ein experimentelles Erlebnis, in tiefer Konzentration, Offenheit und Vertrauen mit Verantwortung eine wunderbare Zeit zu erleben. Es ist die ideale Situation, der passende Ort unsere Musik weiter zu entwickeln. Durch dieses Erlebnis sind wir nachher an einem andern Ort. Nichts ist mehr gleich wie vorher. Das faszinierende dabei ist, dass es weltweit und überall Zuhörer gibt, die dieses Erlebnis mit uns teilen wollen. Liebhaber freier Improvisation, die bereit sind zusammen mit uns die Musik im Konzert zu erleben.
Die Konzerte auf der Tour waren bis anhin gut besucht. Heute Abend im Elastic kommen gerade fünf Zuhörer. Niemand weiss wieso es heute so wenige sind. Es gibt immer Gründe, jedoch keine Antworten. Konzerte vor kleinem Publikum sind intim. In diesen Momenten sind wir Musiker zusätzlich gefordert um vor dem Konzert konzentriert und motiviert zu bleiben. Sobald das Konzert beginnt sind wir total engagiert wie sonst. Wir sind bereit für ein neues, experimentelles Erlebnis. Schwierige und aussergewöhnliche Umstände können inspirierend wirken. Überhaupt die ganze Vorbereitung auf das Konzert ist entscheidend und spielt eine wichtige Rolle. Die Erlebnisse auf der Reise, der Schlaf, die Träume, das Essen, der Empfang am Ort, der Raum, das Publikum... Alle Eindrücke beeinflussen. Die Musik ist unberechenbar. Es gibt keine Garantie was heute passieren wird.
Bei Ingold lese ich in Leben & Werk. Bemerkenswert bei Kafka ist die verschiedentlich dargelegte Auffassung, wonach „die eigentliche Kunst“ im Grund „gar keine Kunst, sondern eine charakteristische Lebensäusserung “ sei.
U.L

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Comme le couvercle et le panneau de bois au-dessus des touches du piano sont manquants, c'est en plongeant mes mains et mon regard à l'intérieur de l'instrument, dont la peinture extérieure blanche est très sérieusement écaillée, que des caractères en relief à même le métal m'indiquent qu'il a été fabriqué par l'entreprise Kimball, MF'D BY W.W. KIMBALL CO. Plus loin le numéro 145625 semble imprimé sur la face avant d'une barre transversale dorée et crasseuse. J'ouvre la banquette branlante sur laquelle je suis assis et découvre émergeant d'une pile de partitions, 18 Short Preludes, composés par J-S-Bach, en partie cachés par un exemplaire relié en spirale du Jazz Tunes for Improvisation, a graduate course of study for the jazz musician, co-écrit par Dan Hearle, Jack Petersen & Rich Matteson. Ainsi, concrètement, c'est en m'asseyant sur ces musiques, en prenant littéralement appui sur elles, qu'il m'est possible de jouer la mienne. L'influence du passé prend parfois d'étonnants chemins. Un autre rapport au passé est celui proposé par le Museum of Contemporary Art de Chicago à l'occasion d'une exposition intitulée The Freedom Principle, Experiments in Art and Music, 1965 to Now - qui porte un regard historique sur l'émergence de musiciens et d'artistes visuels dans le South Side of Chicago durant les années 60. Cette exposition coïncide aussi avec le 50ème anniversaire de l'Association for the Advancement of Creative Musicians, qui dès sa naissance n'a cessé de soutenir l'enseignement, la composition et la performance de la musique expérimentale/free jazz/musique improvisée. Si, au sein de l'exposition, la réponse de certains artistes d'aujourd'hui à cette période n'est pas totalement convaincante, la présentation de documents d'époque qui manifestent la force et la puissance de ce mouvement artistique est tout à fait enthousiasmante. Comme nous en avons fait à nouveau pleinement l'expérience durant toute notre semaine de concerts à Chicago, ce sont trois constantes principales qui se dégagent nettement et qui articulent les pratiques sonores chicagoennes: l'improvisation, la collectivité et l'expérimentation. J'aimerais témoigner de cette scène musicale exceptionnelle par un montage subjectif de phrases trouvées et tirées de deux contextes très différents. Ces citations appartiennent d'une part à Hamza Walker, curateur à The Renaissance Society University of Chicago, infatigable défenseur depuis de nombreuses années des pratiques sonores improvisées et expérimentales (lire 3 novembre, Chicago) et d'autre part, à Marea Stamper, alias The Black Madonna, DJ et producteur respectée, pilier de la Chicago's club scene et icône androgyne, ardente défenseuse de la communauté queer.
"On the South Side there was also a great sense of fluidity between the writers and the people making music."
"Dance music needs riot grrrls."
"Ideas came from lots of conversation, talk and discourse about the political climate, about the history of the black people from the 1920s to that point in the mid-1960s when AACM formed."
"Dance music needs Patti Smith."
"All of this comes together to create this strange, interesting brew of methods and ways toward making experimentally."
"It needs DJ Sprinkles."
"Then, there is that term - when we say jazz, is that already a historically bond term? Do we include music from post-1959, like free improvisation, the new creative music, AACM?"
"Dance music needs some discomfort with its euphoria."
"There is the idea trying to locate that loss in the music itself. How free jazz utterly alienated its audience, leaving it for largely, young, white, college oriented youth."
"Dance music needs salt in its wounds."
"That's the whole improvisation thing. Even though I might think: "Oh, I can do this by myself", what about responding and listening and being in that moment as it's evolving?"
"Dance music needs women over the age of 40."
"How does that play itself out as an ideology with others and how we behave collectively? It will depend on what you say and where we go from there."
"Dance needs breastfeeding DJs trying to get their kids to sleep before they have to play."
"Then there is the relationship of improvisation to structure and self-consciousness, learning to be aware of patterns that we aren't able to see precisely as patterns."
"Dance needs cranky queers and teenagers who are really tired of this shit."
"Then to try and use improvisation as a means of self-reflexivity about repetition and structure."
"Dance music needs writers and critics and academics and historians."
"[Theodor Adorno] didn't see the ability to go from low to high. AACM, free jazz, creative music - it's actually coming out of a confidence grown over an intergenerational rehearsal of the simple song form. It wouldn't come about through a classical model or avant-garde one."
"Dance music needs poor people and people who don't have the right shoes to get into the club."
"The simplest of structures can develop a certain king of self-consciuosness or self-reflexivity. It starts simple, but you can take it somewhere else."
"Dance music needs shirts without collars."
"That's why I think of a ground zero. This is the period when the construction of identity becomes a matter of self-determination as opposed to an external set of conditions. It's fraught with so many different problems, but it also gave rise to an aesthetic."
"Dance music needs people who struggled all week."
"[…] The civil right movement aligned itself with a number of independent, international struggles after World War II. Specifically with music, […] the world of European avant-garde musicians, […] the rhetoric of Cornelius Cardew, the AMM, the British school that's neo-Marxist in its orientation, very militant in terms of taking on democracy."
"Dance music needs people that had to come before midnight because they couldn't afford full admission."
"But at the same time, it's very difficult to improvise. We always think about it like, oh, freedom! But it actually becomes about how the weight is to be distributed."
"Dance music does not need more of the status quo.”
"[…]What could be more American than jazz and the idea of freedom, and then what could be more anti-American than jazz?"
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE

27 décembre 2014

Interview de Théo Jarrier (Souffle Continu)

souffle continu théo jarrier

Après six années de boutique (Le Souffle Continu, Paris), Bernard Ducayron et Théo Jarrier ont lancé un label du même nom (Le Souffle Continu Records, Paris). A son catalogue, déjà : trois rééditions sur 45 tours (Richard Pinhas en Schizo et Heldon) et deux sur 33 (Sarcelles-Lochères de Red Noise et With (Junk-Saucepan) when (Spoon-Trigger) de Mahogany Brain). Partiellement publié dans la revue Tohu Bohu 303 en novembre dernier, cet entretien de Théo Jarrier (à droite sur la photo) avec Christophe Taupin explique les motivations d’une (sérieuse autant que prometteuse) entreprise de rééditions.



En tant que disquaire et passionné de musiques, as-tu senti très nettement la recrudescence du phénomène de réédition musicale ces dernières années ? Comment ce phénomène est-il perçu par les acheteurs de disques et a-t il, selon toi, modifié les attentes et les envies des plus gros consommateurs ou des mélomanes les plus exigeants ? Oui, il y a une très nette recrudescence du phénomène de réédition musicale ces dernières années, je dirais même que le phénomène s’est accru depuis 7/8 ans environ. Les raisons sont multiples… La première serait que des labels, voire des majors, ont délaissé petit à petit des catalogues entiers de grands classiques ou de moins grands classiques sous prétexte de mauvaises rentabilités commerciales pour l’époque, pariant plutôt sur la constance de nouveaux artistes, de nouveaux groupes. La seconde serait sans doute la surproduction de nouveaux talents / nouveaux groupes, qui ont inondé le marché de la musique, avec des projets parfois éphémères, peu aboutis et sans direction artistique, ou sans suivis commercial : distributions et mises en place aléatoires. De nombreuses productions se sont donc retrouvées totalement noyées dans la masse et, très vite, l’offre de nouveaux produits est devenue beaucoup plus importante que la demande. Au-delà du fait que le mode de consommation a été bouleversé ces dernières années avec le téléchargement, l’auditeur s’est malgré tout un peu perdu dans ses choix. La troisième raison, peut-être, serait artistique : des courants musicaux qui s’essoufflent et paradoxalement un problème de visibilité de courants ou d’artistes qui émergent… J’ajouterais à cela le réel besoin de l’auditeur curieux et éclectique de repositionner la musique dans un contexte plus historique, avec des repères temporels afin de se faire une culture musicale cohérente. Tout ceci fait que, du « gros consommateur aux mélomanes les plus exigeants », l’auditeur, qui fut un temps submergé de propositions musicales, s’est globalement un peu lassé de ce qu’on lui servait… Au-delà du fait de remettre sur le marché des disques qui étaient fatalement ou momentanément indisponibles, la réédition permet de revaloriser un répertoire parfois méconnu, de faire découvrir des choses obscures et de replacer la musique dans une histoire, un contexte historique avec ses repères, ses pères et ses fondateurs. Certains labels l’ont compris et on commence à assister aujourd’hui à un phénomène inéluctable, celui d’une vraie et grande tendance de l'industrie du disque à la réédition. Mais attention, si les majors s’emparent aujourd’hui de ce phénomène, c’est aussi pour nous revendre des disques qu’ils ont eux-mêmes fait en sorte de rendre indisponibles pendant un temps, pour mieux nous les servir de nouveau. Des disques que nous avons parfois déjà dans notre discothèque, mais cette fois remplis de bonus, de posters ou de tee-shirt … Ils ont toujours procédé de la sorte, calculé pour nous faire acheter dix fois le même disque sans prendre aucun risque, il faut donc rester très vigilent et ne pas tout avaler !

Penses-tu que cette vague de réédition a amené les gens qui avaient un temps boudé les supports musicaux physiques à racheter des vinyles, par exemple ? Oui, clairement, certains auditeurs qui boudaient les supports musicaux physiques se mettent à acheter des vinyles aujourd’hui et pas uniquement grâce aux rééditions d’ailleurs, mais plutôt grâce au support… D’autres qui avaient abandonné le CD se remettent à acheter du vinyle… ça correspond davantage à des tranches d’âges, plutôt trentenaire ou quadragénaire. Des gens plus âgés, qui ont vendu toute leur collection de vinyles pour n’acheter que du CD, il y a une quinzaine d’année, ne sont pas du tout prêts à racheter du vinyle aujourd’hui, réédition ou pas… La réédition, qu’elle soit sur support CD ou vinyle, va juste permettre de remettre dans le circuit des œuvres indisponibles aujourd’hui, pour un réseau de fans qui s’intéressent vraiment à la musique.

Qu'est-ce qu'une bonne réédition, selon toi ? Pour une bonne réédition, il doit y avoir un certain nombre de critères. Tout d’abord, je dirais la rareté du disque, le fait qu’il soit indisponible depuis un certain temps est important, ou alors disponible mais à un prix défiant toute concurrence, ce qui reviendrait à dire qu’il est quelque part indisponible. Ensuite, la pertinence du propos, que la réédition ait à priori un réel intérêt artistique, mais c’est souvent assez subjectif tout ça. Si le disque est impérissable, il doit retrouver une seconde vie, une seconde jeunesse et doit donc trouver tout son sens à être de nouveau disponible, soit grâce au label d’origine qui se veut culte, soit grâce à l’artiste ou au groupe qui n’a pas su trouver son public à l’époque, pour des raisons qui nous échappent parfois (avoir été en avance sur son temps, par exemple). En tant que disquaires, nous faisons des découvertes et des redécouvertes en permanence. La réédition doit permettre de faire cette sorte de focus sur un disque oublié ou totalement inconnu du public. Pour conclure, je dirais qu’il doit être un bel objet, celui que l’on aurait envie de conserver, mis en valeur par un habillage classieux si possible (impression de qualité, cartonnage un peu épais, sticker avec des informations, obis, etc.…). Certains labels font de la sérigraphie et s’occupent eux-mêmes des pochettes et de l’artwork. Il y a aussi aujourd’hui tout un tas de nouvelles options proposées aux labels : vinyles de couleurs, picture-discs, code MP3 pour avoir l’album aussi en numérique, etc. Il faut parfois faire attention à ne pas trop dépenser en option non plus. Il faut trouver le juste milieu…

La gestion des droits musicaux et la source sonore utilisée comme base de la réédition (qu'il y ait ou non remasterisation) sont les deux mamelles de la réédition. Y a-t il beaucoup de labels qui, selon toi, ne voient pas les choses de cette façon ? Effectivement, la gestion des droits musicaux et la source sonore utilisée sont bien les deux mamelles. En ce qui concerne la gestion des droits musicaux, ce sont presque exclusivement des contrats de licences, qui s’adaptent à chaque fois différemment selon les personnes (musiciens, producteurs…). Certains labels prennent le risque de ne pas chercher à savoir qui détient les droits, pour des tas de raisons (lorsque les musiciens sont morts, par exemple, et qu’il n’y a pas d’ayant droit, ce sont des sacs de nœuds invraisemblables). Cela s’appelle dans la majorité des cas du piratage, mais c’est parfois plus complexe qu’il n’y parait. La source sonore utilisée est parfois remasterisée (souvent si le disque en question a déjà fait l’objet d’une édition en CD), parfois elle ne l’est pas… Il arrive aussi que la source soit sous un format analogique et passer de l’analogique au numérique peut coûter cher, ce qui peut ne plus être rentable commercialement. Il faut parfois refaire un mastering en studio. Bref, il faut faire face à tout un tas de petits inconvénients qui vont déterminer la décision finale de faire ou de ne pas faire la réédition, lorsque le coût est trop élevé. Chacun se débrouille et s’arrange avec ses moyens financiers… Les labels font avec les moyens du bord et le résultat est plus ou moins réussi. Je crois qu’il est nécessaire, pour un label de réédition, d’avoir des avis et des conseils extérieurs de clients potentiels. Ils peuvent contribuer à déterminer nos choix, c’est évident.

Je suis assez surpris de voir que Superior Viaduct ressort les albums de Fontaine avec Areski et quelques enregistrements de Pinhas et Heldon. Steve Viaduct a t-il un réseau de malades ou se permet-il des choses que d'autres n'osent pas ? Après avoir bien ratissé dans tous les sens leur propre territoire, le potentiel des rééditons aux Etats-Unis s’est un peu essoufflé. Les américains et anglo-saxons ont réédité des catalogues entiers de groupes majeurs ou plus mineurs. Ils se rendent compte aujourd’hui du potentiel que peuvent fournir certains pays, notamment européens, le fait qu’il existe aussi des choses plus transgenres avec une autre culture derrière et qui peut trouver son public aux Etats-Unis. L’exotisme européen véhiculé par tout un pan de musiques obscures : la musique allemande des années 70 par exemple, ou des pays scandinaves, la Belgique, les Pays-Bas, etc., avec toutes sortes de groupes psyche, prog, folk, kraut, free-rock, jazz improvisé ou électro-acoustique barré… Ou encore, l’Italie, avec tous ses compositeurs de musiques de films et toutes sortes de music libraries, à cheval entre le psyche, l’expérimentation électro-acoustique, le jazz et la musique contemporaine, toutes ces merveilles, peu ou mal réédités ! Que les américains s’attaquent aujourd’hui à la réédition d’artistes français n’est donc pas très surprenant. De Fontaine avec Areski à Pinhas avec Heldon, il y a tout un champ de la musique française, on peut dire underground, à rééditer et Superior Viaduct ouvre la voix avec d’autres, Wah Wah, Finders Keepers en Europe. Certains le font déjà un peu ici en France, mais ce ne sont pas strictement des labels de rééditions : Heavenly Sweetness, Desire, Rotorelief, Born Bad… Superior Viaduct a non seulement un vrai réseau, mais ils osent aussi ce que d’autres ne tentent pas forcement sur leur propre territoire.

Quels sont, à tes yeux, les labels de rééditions les plus pertinents, et quelles récentes rééditions affectionnes-tu le plus ? Superior Viaduct bien sûr, mais aussi dans des styles très divers : Wah Wah, Finders Keepers, Honest Jon’s, Guerssen, Pharaway Sounds, Mississippi, Light in the Attic, Soul Jazz, Strut, Soundway, Sublime Frequencies, Trunk, Lion Productions, Bo’ Weavil, Cien Fuegos, Alga Marghen, Bureau B, Vinyl on Demand, Dark Entries, Medical, Recollection GRM (une antenne de Mego)… La plupart d’entre eux ne font que de la réédition. Ce serait réducteur de ne choisir que quelques titres parmi ces nombreux labels… mais nous avons nos préférences bien sûr !

Le Label Souffle Continu a sorti ses trois premières productions il y a quelques semaines. Pourquoi Richard Pinhas et pourquoi ces œuvres ? Chaque réédition est souvent accompagnée d'une petite histoire, y en a-t il une pour ce premier triptyque de 7 pouces ? Quels sont enfin les projets à suivre ? L’aventure du label de rééditions Souffle Continu Records a débuté par nécessité de survie et pour élargir le spectre de notre activité de disquaire, Bernard Ducayron et moi-même avons eu le désir de l’activer. C’est aussi une aventure plaisante et humaine, avec des gens que l’on apprécie et dont on estime le travail. Créer un label de rééditions pour un disquaire devient presque une évidence aujourd’hui par son mode de fonctionnement et il amène une certaine légitimité sur le marché de la musique. Il ya du sens à rééditer des disques qui nous tiennent à cœur et que nous aimerions, en tant que clients, trouver dans les bacs. Pour l’aspect plutôt commercial, le fait que l’on soit disquaire nous permet également de développer un système d’échanges en direct avec des labels et des distributeurs, ce qui change le rapport de la marge commerciale. Le vinyle est peut-être de retour, mais les volumes de vente sur le marché mondial restent toujours assez bas, même s’ils sont en légère augmentation, il ne faut pas rêver. C’est avant tout la passion qui nous habite… Nous entretenons de bons rapports avec Richard Pinhas et cela depuis quelques années, puisque Bernard le côtoyait auparavant. Il se trouve que lorsque nous avons ouvert notre boutique, il y a bientôt six ans, Richard est venu le jour de notre crémaillère témoigner sa sympathie et son soutien pour notre activité. Nous y avons été sensibles ! Plus tard, Richard est venu jouer à la boutique pour la sortie du disque Vents Solaires sur le label Versatile, en duo avec Etienne Jaumet. Nous avons alors évoqués ensemble l’idée que nous pouvions inaugurer le label avec la réédition de ces trois pépites quasi indisponibles aujourd’hui et qui ont marqué toute une époque, tant musicale que politique. Nous l’avons donc fait, en série limité à 700 exemplaires chacun et sous une couleur différente pour chaque. Nous aurions aimé approfondir encore davantage la discographie de Richard, mais les labels Wah Wah et Superior Viaduct ont déjà bien commencé le travail en rééditant les albums studios de Heldon. Mais nous allons sans doute poursuivre quand même l’aventure avec lui avec l’édition d’un live parisien de 1975-76, jamais édité en vinyle. Pour la suite des projets, nous avons signé un contrat de licence avec Gérard Terronès pour rééditer une dizaine de références de son mythique label Futura. Les titres sont Sarcelles-Lochères de Red NoiseWith (Junk-Saucepan) when (Spoon-Trigger) de Mahogany Brain, On n’a pas fini d’avoir tout vu de Triode, Se taire pour une femme trop belle de Fille qui mousse, Voici la nuit tombée de Travelling, Essais de Semool, Gestation sonore de Horde catalytique pour la fin, Tacet de Jean Guérin, La Guêpe de Bernard Vitet, Musiq Musik de Jac Berrocal… D’autres titres du label suivront sans doute… Nous avons également lancé plusieurs pistes de travail avec d’autres labels et musiciens mais c’est assez lent, on réactive parfois malgré nous de veilles histoires pas toujours évidentes à gérer, des problèmes d’égaux aussi parfois… Il faut dire que les contrats de l’époque ont été souvent rédigés de façon aléatoire, lorsqu’il y en avait.

Le Souffle Continu sera-il exclusivement un label de rééditions ? Le fait de rééditer des œuvres d'un artiste quasi-culte comme Richard Pinhas donne une visibilité immédiate au label. J'imagine qu'il est bien plus facile de vendre ces premières productions plutôt que si vous aviez sorti le premier album d'un artiste peu connu ; pour autant, sortir du vinyle en 2014 et le distribuer correctement n'est peut-être pas si évident. Comment as-tu vécu le début de cette aventure ? Souffle Continu Records sera exclusivement un label de rééditions. La production ne demande pas du tout le même travail, investissement, ni suivi sur le terrain avec la promotion, les concerts, etc. Nous n’avons pas le temps, ni l’énergie de nous lancer là-dedans. Mais, par le biais de la boutique, nous soutenons tous les labels qui continuent de produire aujourd’hui, c’est bien évidement vital qu’il y ait de nouvelles propositions, de nouveaux groupes, de nouvelles choses à écouter. C’est presque plus important que la réédition, qui n’est en réalité qu’un travail d’archivistes, même si cela nous permet de réhabiliter certaines vieilleries qui nous tiennent à cœur… Nous ne sommes ni nostalgiques, ni passéistes, donc vive la nouveauté ! Pour un label de rééditions, la visibilité immédiate est presque obligatoire, sinon ça devient compliqué ensuite d’affirmer une collection de plusieurs titres et d’affirmer un esprit musical. Il faut donc commencer par des artistes un peu porteurs et une réalisation attractive graphiquement. L’idée du 45 tours fonctionne bien, car c’est un joli format, pas imposant et qui sous-entend une suite (on réédite rarement juste trois 45 tours et on s’arrête ensuite). Notons aussi que nous avons la chance d’avoir un excellent graphiste avec nous depuis l’ouverture de la boutique et qu’il nous pose les bonnes problématiques afin d’être vraiment précis sur les éventuelles retouches à réaliser sur l’artwork original, pour un rendu efficace. Nous vivons donc ce tout petit début d’aventure formidablement bien, malgré cette lenteur inéluctable…

Théo Jarrier, propos recueillis en septembre 2014.
Christophe Taupin @ Tohu Bohu 303 / Le son du grisli

50Toute la journée de ce samedi 27 décembre, tchattez en direct avec les gars du Souffle Continu. Pour ce faire, un seul numéro de téléphone : 01 40 24 17 21.

30 juin 2015

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : Earlier Outbreaks of Iconoclasm (Emanem, 2015)

milo fine free jazz ensemble earlier outbreaks of iconoclasm

Dans la droite lignée des francs-tireurs insaisissables, voici Milo Fine et Steve Gnitka. 1976-1977-1978 : les deux musiciens s’en donnent à cœur joie du côté de Minneapolis. Ça raye, ça érafle comme du papier de verre, ça gratte la chair, ça rebondit.  

Le premier invente vingt ans avant les autres la jungle style avec sa caisse claire hyper tendue. Fine est un batteur luxuriant, adepte du toujours plus vite. Il implose le cercle, anéantit l’espace, fouette ses cymbales. Le même Fine est aussi le pianiste que l’on connaît : redoutable coureur de fond et tout autant véloce que semeur de dissonances. Et que ceux qui aiment la clarinette aux doux ébats passent leur chemin : sa clarinette n’est pas celle de Giuffre ou de Carter. C’est une clarinette guerrière, nerveuse, spasmodique, urticante. Steve Gnitka n’est que guitariste mais un guitariste qui ne lâche jamais le morceau. On constate qu’il a emprunté à Bailey et Boni quelques génialités. Et qu’il a laissé le bon goût au vestiaire (c’est ici un compliment).

Ce sont donc deux zozos, hors catégories : loin du jazz, loin du rock, loin des douceurs. Réécouter cette musique aujourd’hui procure un double plaisir : celui du pavé lancé dans la mare aux conventions et celui d’une improvisation sans la moindre petite parcelle d’interdit. Que soit donc remercié Monsieur Emanem pour cette pas banale réédition compilant Hah! et The Constant Extension of Inescapable Tradition, deux vinyles hat Hut (label qui n’avait pas froid aux oreilles à cette époque) ainsi que When I Was Five Years Old, I Predicted Your Whole Life, 33 tours qui ne fut jamais publié, le label Horo ayant mis la clé sous la porte juste avant publication.

The Milo Fine Free Jazz Ensemble Featuring Steve Gnitka : Earlier Outbreaks of Iconoclasm (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1976-1978. Réédition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ The Feint 02/ Hah! Duo 2 03/ Hah! Duo 3 04/ Keep it Light 05/ Hah! Duo 5 06/ Penis Ants 07/ Hah Duo 7 08/ One-Two-One 09/ Hah! Piano Solo 10/ Hah! Duo 9 11/ Extension Guitar Solo 1 12/ Ballad for D. 13/ Extension Duo 1 14/ Extension Duo 2 A15/ Extension Drum Solo 1 16/ Extension Drum Solo 2 – CD2 : 01/ Extension Guitar Solo 2 02/ Extension Guitar Solo 3 03/ Extension Duo 3 04/ Gin and Tonic Scotch for Lars 05/ Five Duo 1 06/ [1-2-3-4] 07/ Scottish Folk Tune 08/ Five Duo 4 09/ Five Duo 5 10/ [Sparse] 11/ Five Duo 7 12/ Five Duo 8 13/ For Mink Stole 14/ Five Duo 10 15/ Five Duo 11 16/ Melody for the Semi-enlightened
Luc Bouquet © Le son du grisli

17 novembre 2014

Richard Pinhas, Oren Ambarchi : Tikkun / Richard Pinhas, Yoshida Tatsuya : Welcome in the Void (Cuneiform, 2014)

richard pinhas oren ambarchi tikkun

Sur des loops electro-kraut et le soutien de renforts (Joe Talia & Eric Borelva à la batterie, Merzbow aux electronics ou Duncan Pinhas au séquenceur), Richard Pinhas et Oren Ambarchi se sont amusés à croiser leurs six cordes. C’était dans le studio de l’ancien Heldon en 2013 à Paris même si les titres nous expédient à Washington, Tokyo et San Francisco.

Géographiquement donc, on plane un peu (d’ailleurs d'où viendront les pistes des invités ?) jusqu’à ce que le duo propulse la navette dans une nouvelle contrée RanXeroxienne. L’air y est fort respirable et nos guitare-héros (francisons pour l’occasion) y vont de leurs effets psychénervés / bruts de rock avec la batterie enfoncée de Talia pour finir dans la retenue. Arrivés à San Francisco, les allers-retours de médiators ne nous parviennent plus, ils sont cachés derrière de nappes de synthé et des drones faméliques. C’est d’ailleurs là que réside tout l’intérêt de l’enregistrement, dans l’offre d’un voyage ébouriffant suivi d’une phase de décompression. A peine remis on se rue sur le DVD du concert que Pinhas et Ambarchi ont donné le 29 octobre 2013 aux Instants Chavirés... histoire de mettre des figures sur des affections !

Richard Pinhas, Oren Ambarchi : Tikkun (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Washington D.C. – T4V1 02/ Tokyo – T4V2 03/ San Francisco – T2V2 – DVD : Concert du 29 octobre 2013 aux Instants Chavirés.
Pierre Cécile © Le son du grisli



richard pinhas yoshida tatsuya welcome in the void

Roulement de tambour, c’est un autre duo qui commence : Richard Pinhas / Yoshida Tatsuya. Le batteur des Ruins a de la poigne, on sait ça, & le médiator qui arrache toujours le même accord à la guitare électrique lui dit qu’il faut creuser. Mais creuser quoi ? Eh bien un trou noir. Mais pourquoi ? Eh bien pour le remplir de couleurs ! Pendant plus d’une heure, ce'est ce qui se passe, et le délire répétitif accouchera d’un nouveau  ballet cosmique.  

Richard Pinhas, Yoshida Tatsuya : Welcome in the Void (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2014.
CD : 01/ Welcome in the Void Part 1 02/ Welcome in the Void Part 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

9 juin 2014

I.G.M. : Virgin Skins (Pidgin, 2013) / Chait / McColm : Solo / Solo (Pidgin, 2013) / Nagual : Clear One: Ether(s) (Pidgin, 2012)

igm virgin skins

Voilà de l’expérimentation (tale?) qui se moque bien de rentrer dans des cases (comme toute expérimentation qui se respecte, normalement, mais celle-ci y arrive bel et bien). Derrière I.G.M., il y a Ian G. McColm, multi-instrumentiste du duo Nagual, et derrière Virgin Skins

… il y  a par exemple un solo de batterie que des cris de cymbales plongent dans le noir, un synthé qui habille la vieille carcasse d’un monstre sonore ou encore des harmoniques qui envoûteraient le plus réticent des résistants à l’hypnose. Car chez McColm la ruine menace toujours la cadence. Des relents d’indus, de minimalisme, de B.O. de films de série B, accélèrent la mue de ces « peaux vierges ». Comme sur la couverture du CD, c’est bien du muscle qu'il y a derrière !

écoute le son du grisliI.G.M.
Plus/Minus

I.G.M. : Virgin Skins (Pidgin Records)
Edition : 2013.
CD : 01/ Punctuation Alpha 02/ Gasping for Air 03/ Plus/Minus 04/ The Wind That Blows the Birds 05/ Gamelandria 06/ Blood Memory 07/ All Ways Bounce 08/ Virgin Skins 09/ Psychic Risk 10/ Punctuation Omega
Pierre Cécile © Le son du grisli



ross w shait ian g mccolm solo

On peut retrouver McColm sur la face B d’une cassette Pidgin. En face A, Ross Wallace Chait trempe ses micros dans un piano bar qu’il met à sac avec une furie fantastique (du grand noise !). Quant à McColm, il attrappe une guitare pour faire cracher à un ampli une ambient flippante, prête à servir au prochain exorcisme. Attention encore : cinquante copies seulement !

Ross W. Chait / Ian G. Malcolm : Solo / Solo (Pidgin Records)
Edition : 2013.
Cassette : A1/ Ross W. Chait : In an Airport, etc. A2/ Ross W. Chait : Constrictor B/ Ian G. McColm : En femmes nues
Pierre Cécile © Le son du grisli

nagual clear one ethers

De retour avec David Shapiro et Nagual (dont c’était la première sortie) et dans le drone pour guitares version ambient bruitiste. Le compromis est d’ailleurs épatant, le delay des guitares étirent la musique jusqu’à ce que la batterie parte et tout devient… spatial. Attention encore : cent copies seulement !

Nagual : Clear One: Ether(s) (Pidgin Records)
Edition : 2012.
Cassette : A1/ Clear One A2/ Future Tongues B1/ Beating Demons B2/ Blossming Debris
Pierre Cécile © Le son du grisli

1 octobre 2012

Madame Luckerniddle (Vandoeuvre, 2012)

madame_luckerniddle

De ce concert-labyrinthe, il faut connaître la genèse : Sainte Jeanne des Abattoirs est créé en 1929 par le jeune Bertolt Brecht. En 1998, Marie-Noël Rio avec l’aide de seize acteurs-musiciens met en scène la pièce de Brecht. Tom Cora en compose la musique. Parallèlement, Tom Cora, Zeena Parkins, Luc Ex et Michael Vatcher créent Madame Luckerniddle du nom d’un des personnages de la pièce. Quelques semaines avant le concert du quartet au Musique Action de Vandoeuvre, Tom Cora disparait. Ses amis (Catherine Jauniaux, Phil Minton, Zeena Parkins, Christian Marclay, Otomo Yoshihide, Luc Ex, Michael Vatcher, Veryan Weston) décident alors de lui rendre hommage.

De ce concert-labyrinthe, il faut reconnaître l’éclat, l’intensité. La révolte brechtienne est là qui trouve son écho dans les compositions du violoncelliste : harmonie minimale interrompue par des improvisations vocales emportées, modulations ouvrant la porte à toutes les euphories-utopies. Le chant se porte haut et fort : césures perçantes, rigoureuses et bouleversantes de Catherine Jauniaux (Chut) ; sensibilité du couple Weston-Minton (Helliphant). Le concert s’achève avec The Anarchist’s Anthem : n’en doutons point, les quatre murs sont déjà là.

Madame Luckerniddle : Madame Luckerniddle (Vandoeuvre / Allumés du jazz)
Enregistrement : 1998. Edition : 2012.
CD : 01/ Madame Luckerniddle, Part 1 02/ Madame Luckerniddle, Part 2 03/ Madame Luckerniddle, Part 3 04/ Helliphant 05/ Indicible 06/ A nous ! 07/ Madame Luckerniddle, Part 4 08/ Madame Luckerniddle, Part 5 09/ On the Other Side 10/ Him 11/ Chut 12/ The Anarchist’s Anthem
Luc Bouquet © Le son du grisli

20 février 2010

Moore, Shields, Barrabarracuda, Men Who Can’t Love : Trash Sabbatical (Revolver, 2008)

mooresli

J’ouvre la boîte à pizza, épaisse, aux couleurs cinglantes, et j’y trouve un 33 tours et deux 45 tours ainsi qu’un collier hawaïen (si l’on peut dire) de facture plastique. La première impression est bizarre, et si l’objet est amusant, il n’est pas franchement soigné. 

Je passe ensuite les disques, en commençant par les plus petits. Sur chacun d’entre eux, Thurston Moore occupe une face entière en compositeur de pure pop (Petite Bone) ou en expérimentateur qui prend sa guitare pour un saxophone (l’excellent Unzipped). Sur les faces B, des exercices de bruits signés Kevin Shields (non pas celui que l’on connaît, mais une autre : Eva Aguila) et une chanson de Barrabarracuda, un groupe qui a cessé d’exister peu après avoir enregistré ce morceau de bass’chant’trash’brut de filles à classer entre Bis et Le Tigre (quand les membres de celui-ci n’avaient pas encore la langue dans leur poche). Pour ce qui est du grand disque noir, Thurston Moore y joue un rock bruyant et esbroufe, la musique est un peu stérile. De l’autre côté, Men Who Can’t Love défendent une pop lo-fi qui aime tellement les racks d’effets qu’ils font une croix sur les mélodies écrites et jouées en début du morceau, sans trouver les moyens de les faire oublier sous le bruit.

Bien sûr, la boîte prend de la place mais on peut télécharger son contenu. D’ailleurs, on dirait que les exemplaires concrets d’origines sont désormais introuvables. Mais sans la boîte, que reste-t-il de l'expérience sonique ? Chronique à part : Vends collier hawaïen de plastique jaune. Prix à débattre (écrire au journal qui fera suivre).

Thurston Moore, Kevin Shields, Barrabarracuda, Men Who Can’t Love : Trash Sabbatical (Revolver)
Edition : 2008.
1xLP + 2x7'' : A01/ Thurston Moore : Unzipped B01/ Kevin Shields : Paved Fury B02/ Kevin Shields : Motor Hands - C01/ Thurston Moore : Petite Bone D01/ Barrabarracuda : Stone Cold Steve Austin at the Cold Stone Creamery - E01/ Thurston Moore : Privy Seals F01/ Men Who Can’t Love : Untitled F02/ Men Who Can’t Love : When Your Nights Get A Little Colder F03/ Men Who Can’t Love : Sunday’s Slave F04/ Men Who Can’t Love : Wynona Ryder Voice Over F05/ Men Who Can’t Love : Untitled F06/ Men Who Can’t Love : Somnilequy
Pierre Cécile © Le son du grisli

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