Le son du grisli

Jazz, musiques expérimentales et autres










The Godforgottens : Never Forgotten, Always Remembered (Clean Feed, 2009)

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Un petit peu à la manière de The Necks, The Godforgottens (Magnus Broo, Sten Sandell, Johan Berthling, Paal Nilssen-Love) empoignent une horizontalité étouffante. Poison continu pour orgue Hammond et contrebasse ronflante. Pure angoisse et violence sourde. S’interposent les saillies d’une trompette agitée et éruptive. Le crescendo enfle et n’est plus que lente montée en agonie (Always Forgotten).

Les deux autres improvisations (Never Remembered, Remembered Forgotten) renvoient à des séquences plus familières. Toujours pris dans l’étau de ce (trop) plein débordant, seule la trompette refuse ce climat pesant. Elle crie, perce et obtient rupture. Maintenant, la musique consent à son propre effacement et une pulsation régulière vient sauver un combo à la limite de la dérive. Musique en demi-teinte, entre échec et fulgurances.

The Godforgottens : Never Forgotten, Always Remembered (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
CD : 01/ Always Forgotten 02/ Never Remembered 03/ Remembered Forgotten
Luc Bouquet © Le son du grisli



Gush: Norrköping (Atavistic - 2006)

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Comptant dans ses rangs trois des plus vertueux représentants de la scène improvisée suédoise, Gush expose sur Norrköping trois manières de gérer les gestes intuitifs. Autant d’alternatives pour l’auditeur.

Lentement mis en place, Handpicked prend les allures d’une construction élevée sur le hard bop insinué par la batterie de Raymond Strid, accepté bientôt par le piano de Sten Sandell et le saxophone ténor de Mats Gustafsson – qui impose toutefois quelques écarts bienvenus de free récréatif. Le temps de quelques pauses, le trio réfléchit aux directions à suivre : élans répétitifs du piano et du saxophone avant quelques solos distribués.

Infiltrant sur Sava de nombreux silences, les trois hommes choisissent d’y exposer un parti pris différent : déposée, la musique est faite des longues notes tenues par le soprano, avant d’être rattrapée (et convaincue) par la fougue du piano. De retour, la tension dramatique s’exprime toutefois différemment, comme réfléchie davantage. Sur le mouvement lent d’une danse macabre, Gush investit Rhomb, qui convoque lui aussi les tentations free du saxophone avant de commander à Sandell l’amas d’arpèges déliés, à Gustafsson le choc des clefs, à Strid la présence discrète. Passé au baryton, le saxophoniste ouvre la deuxième partie du morceau, qui fera se succéder relâchements faussement paisibles et emballements bruitistes grandiloquents. Le chaos s’en ira étouffé. Comme si le trio voulait faire croire qu’il avait tenu à l’assagir, quant il l’envisageait avec intelligence pour l’imposer bien mieux.

CD: 01/ Handpicked 02/ Sava 03/ Rhomb >>> Gush - Norrköping - 2006 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

Sten Sandell, David Stackenäs : Gubbröra (Psi - 2004)

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Deux musiciens suédois se faisaient face, ce 3 mai 2004, au Conway Hall de Londres, à l’occasion du festival Freedom of the City. Le pianiste Sten Sandell, d’une part, et le guitariste David Stackenäs, de l’autre. Un duo d’improvisateurs, donc, que viendra rejoindre, après deux pièces exécutées, le trio d’Evan Parker, par ailleurs patron du label Psi.

Sur un déroulement éthéré de nappes électroniques, Jansson's Temptation (part 1) installe un dialogue piano / guitare. Le premier digresse, individuel, quand la seconde tente d’imposer ses rythmes, y parvenant quelque fois. Evolution d’une montée en puissance annoncée, le mouvement suit la violence des attaques de Sten Sandell, qu’il accompagne de sa voix sifflante, pour enfin avaler le morceau à lui seul à force de basses de fin du monde.

Phénix autoproclamé, la guitare introduit Jansson’s Temptation (part 2), au moyen d’accords dissonants, d’égrenages rapides de notes opposées par les pauses dont Stackenäs sait tirer parties. S’attaquant aux tirants, rugueux et acharné, il persuade bientôt le pianiste de l’utilité de le rejoindre. Celui-ci répond d’abord rythmiquement, percussionniste sur piano, avant de mêler ses notes fantasques à la plainte d’une alarme et de sifflets programmés. Un solo en remplace un autre, et Sandell conclut, une fois encore en graves, sobres et questionnant les interférences.

Maintenant aux côtés d’Evan Parker, Barry Guy et Paul Lytton, le duo démontre en quintette ce qu’est la maîtrise en improvisation. Gubbröra ne laisse rien échapper. D’envolées lyriques et déjantées en instants d’accalmie, les cinq musiciens s’entendent à la perfection. Parker, radical, avance en roue libre, tandis que les percussions de Paul Lytton enrobent les cercles convulsifs de la guitare de Stackenäs. Sandell, lui, provoque des avalanches d’aigus, et cède un peu de son statut de meneur au duo Lytton / Guy, qui appelle à la fuite, sème distances et doutes tout en recadrant régulièrement l’effort collectif.

Musique instantanée, aussi inaliénable qu’une topographie des mouvements, Gubbröra est plus simplement un double exercice d’improvisation réussi. Que nous conseille Evan Parker, parrain qui sait de quoi il parle, distribuant un avis du genre de ceux qu’on ne peut que suivre, et entendre.

CD: 01/ Jansson's Temptation (part 1) 02/ Jansson’s Temptation (part 2) 03/ Gubbröra

Sten Sandell, David Stackenas - Gubbröra - 2004 - Psi. Distribution Orkhêstra International.



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