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Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972 (Picture Box, 2013) / Sun Ra : Jazz Session (ORTF, 1972)

john corbett sun ra & ayé aton

Passés quelques clichés de Sun Ra en grand apparat (à l’occasion du tournage de Space is the Place), le livre Space, Interiors & Exteriors revient sur les peintures dont Ayé Aton (né Robert Underwood) recouvrit les murs de la demeure du pianiste en 1972 à Germatown en Pennsylvanie.

Si Sun Ra quitte Chicago pour New York un an après qu’Ayé Aton ait fait le chemin inverse (nous sommes en 1960), les deux hommes se téléphoneront quasi quotidiennement par la suite jusqu’à collaborer enfin : composition de la couverture d’Extensions Out ; second ouvrage édité de la poésie de Sun Ra, brefs passages d’Ayé Aton en Arkestra ; surtout : élaboration des fresques murales d’une demeure assez vaste pour accueillir la « galaxie » Sun Ra – ainsi pouvons-nous jeter un œil à la chambre du maître, à celles de John Gilmore, Marshall Allen

Sur le conseil du propriétaire des lieux, l’artiste dessine des astres et des pyramides, des visions du Cosmos ou de plus simples formes géométriques qu’il remplit de couleurs vives. Si la peinture d’Ayé Aton – qui jouera aussi de percussions pour Joseph Jarman ou Fred Anderson – mélange sans grande intensité figuration décorative (Maurice Denis) et peinture abstraite (Michel Seuphor), le livre documente en tout cas d’une belle manière l’influence qu’eut Sun Ra sur ses troupes.  

John Corbett : Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972 (Picture Box)
Edition : 2013.
Livre : Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

sun ra jazz session ortf ina

Tirée des archives de l’INA, cette Jazz Session tournée la même année 1972 – que diffusera ce 6 février 2014 la chaîne Mezzo – montre Sun Ra et son Intergalactic Arkestra évoluant dans les studios de l’ORTF. Au son, l’art est proche de celui à entendre sur What Planet Is This? ou Concerts for the Comet Kohoutek et demande Discipline. A l’image, voir évoluer le couple que forment Sun Ra et June Tyson, suivre le mouvement des danseurs, attester l’application féroce des souffleurs Allen, Patrick et Gilmore, et se perdre dans les plans rapprochés que Bernard Lion fit des nombreux instruments de percussions.

Sun Ra and his Intergalactic Arkestra : Jazz Session (INA / Mezzo)
Enregistrement : 8 janvier 1972. Rediffusion : 6 février 2014.
Film : réalisé et produit par Bernard Lion et Henri Renaud.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pharoah Sanders : In the Beginning (ESP, 2012)

pharoah sanders in the beginning

Racler les fonds de tiroir peut amener quelque heureuse surprise. Ainsi, Bernard Stollman, désirant boucler un coffret de Pharoah Sanders, période ESP, déniche-t-il ici quelques précieuses pépites.

Avec le quintet de Don Cherry (Joe Scianni, David Izenzon, J.C. Moses), Pharoah coltranise sa propre timidité. Avec le quartet de Paul Bley (David Izenzon, Paul Motian) et seul souffleur à bord, le saxophoniste fait flamboyer quelques vibrantes harmoniques, avoisine la convulsion et découvre ce qu’il deviendra demain : un ténor hurleur et tapageur.

Pas question de timidité aujourd’hui (27 septembre 1964) : Pharoah Sanders enregistre pour ESP son premier disque en qualité de leader (Pharoah’s First). Au sein d’un quintet (Stan Foster, Jane Getz, William Bennett, Marvin Pattillo) engagé dans un bop avisé, le saxophoniste tourne à son avantage quelques traits coltraniens, énonce une raucité vacillante et phrase la rupture sans sourciller. Accompagné, ici, par une Jane Getz particulièrement inspirée (suaves et volubiles chorus), s’entrevoit pour la première fois l’art multiforme – et souvent teigneux – d’un saxophoniste nommé Pharoah Sanders.

Avec Sun Ra, Pharoah Sanders peine à remplacer John Gilmore. Si Sun Ra exulte en solitaire et si les tambours sont à la fête (Clifford Jarvis, Jimmhi Johnson), les souffleurs (Sanders, Marshall Allen, Pat Patrick) ne s’imposent pas au premier plan en cette soirée du 31 décembre 1964. Qu’importe, un certain John Coltrane a déjà remarqué le ténor…mais ceci est une toute autre histoire.

Pharoah Sanders : In the Beginning 1963-1964 (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1963-1964.  Edition : 2012.
CD1 : 01/ Pharoah Sanders Interview 02/ Cocktail Piece I 03/ Cocktail Piece II 04/ Studio Engineer Announcement 05/ Cherry’s Dilemma 06/ Studio Engineer Announcement 07/ Remembrance 08/ Meddley : Thelonious Monk Compositions 09/ Don Cherry Interview 10/ Don Cherry Interview 11/ Paul Bley Interview 12/ Generous I 13/ Generous II 14/ Walking Woman I 15/ Walking Woman II 16/ Ictus 17/ Note After Session Conversation – CD2 : 01/ Pharoah Sanders Interview 02/ Bernard Stollman Interview 03/ Seven By Seven 04/ Bethera 05/ Pharoah Sanders Interview – CD3 : 01/ Pharoah Sanders Interview 02/ Dawn Over Israel 03/ The Shadow World 04/ The Second Stop Is Jupiter 05/ Discipline #9 06/ We Travel the Spaceways – CD4 : 01/ Sun Ra Interview 02/ Gods on Safari 03/ The Shadow World 04/ Rocket #9 05/ The Voice of Pan I 06/ Dawn Over Israel 07/ Space Mates 08/ The Voice of Pan II 09/ The Talking Drum 10/ Conversation with Saturn 11/ The Next Stop Mars 12/ The Second Stop Is Jupiter 13/ Pathway to Outer Known 14/ Sun Ra Interview 15/ Pharoah Sanders Interview 16/ Pharoah Sanders Interview 17/ Pharoah Sanders Interview
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Joseph Ghosn : Sun Ra. Palmiers et pyramides (Le Mot et le Reste, 2014)

joseph ghosn sun ra

Dans un français que pourrait ô combien lui envier Guillaume Musso – pour sa simplicité, ses raccourcis terribles, ses fautes grammaticales et lourdeurs (« pas un instant ces gens-là ne semblent pas sérieux », « un groupe né à Chicago qui existe depuis au moins le milieu des années 50 », etc.) –, Joseph Ghosn a signé un petit livre sur Sun Ra. « Petit » est, précisons-le, à prendre dans tous les sens du terme : un sous-titre « à la » Sébastien Tellier (Palmiers et Pyramides) et la nécessité vitale ressentie par quelques poseurs incultes l’y engageaient sans doute.

En guise de portrait, un pot-pourri d’une quarantaine de pages qui mêle approximations historiques (en 1956, Sun Ra jouait « dans la continuité du hard bop » comme « Miles Davis ou John Coltrane » ; heureusement, le conditionnel existe), affirmations à l’emporte-pièce (l’Arkestra serait le « dernier grand orchestre de jazz » ; pour avoir interprété un morceau de musique tiré d’un film que Nat King Cole aura repris avant lui, on soupçonnera Sun Ra d’être fasciné par Hollywood ; quant à Coltrane, lorsqu’il salue après un concert la prestation de John Gilmore, le voici encaissant cette délirante appréciation de l’auteur : Gilmore jouant, je cite, « comme Coltrane tentait de le faire et tenterait de le faire jusqu’à la fin de ses jours, cherchant un idiome qui se démarquerait de la tradition, allant vers quelque chose d’à la fois plus sensible, énergique, spontané et spirituel. » Ouch.

Tout ça fait déjà beaucoup, mais notre affaire est loin d’être pliée. Car, si l’on ne peut douter de l’honnêteté de l’intérêt que Ghosn porte à tout ce qui brille (ou à ce qui, au moins, « fait original »), pourquoi applaudir au rituel d’un Arkestra déclinant qui défile entre les tables d’un restaurant à la fin des années 1990 ou s’émerveiller au moindre emploi d’un instrument rare (trautonium sur Electronics, boîte à rythmes sur Disco 3000) ? Mû par le « tout sensation », et enhardi par quelques recherches Discogs / INA / Wikipédia, le goût de Ghosn pour la curiosité accouche là d’une curieuse biographie, que se disputent sottises et phrases vides de sens. D’anecdotes en broutilles, l’auteur passe donc à côté de son sujet (si tant est que ce sujet n’est pas, en fait, sa propre personne), quand il ne lui marche pas tout bonnement dessus. A coup de digressions nombrilistes (souvenirs de lycée, absurdes affinités musicales…) notamment.

A titre personnel, je me moque de savoir par quel truchement tel ou tel auteur a pu, un jour ou l’autre, tomber sur l’objet de ses désirs qui lui permettra de démontrer au monde sa profonde nullité. Me voici, ceci étant, surpris d’apprendre que l’Arkestra, ce « groupe si atypique », « sait maîtriser la tradition avec un brio extrême. Comme pour mieux s’en moquer, s’en départir. » A l’auteur qui aurait aimé l’interroger sur le sujet, j’ose espérer que le Sun Ra en question aurait eu l’audace de retourner une claque intergalactique…

Aussi intergalactique, en tout cas, que les poncifs qui se succèdent dans ce livre – la musique de Sun Ra est bel et bien « venue d’ailleurs », « moderne et exotique », « improbable » (toujours moins que ce même livre), « extra-terrestre »… En ces termes, tout est dit, soit : très peu de choses (si ce n’est rien). Quid des premiers écrits de Sun Ra, de sa poésie revendicative, de l’influence – voire, de l’emprise – qu’il exerça sur ses troupes… ? Certes, il était plus essentiel de parler des « hommages » rendus au musicien par quelques projets récents (UNKLE, Zombie Zombie, Lady Gaga…).

Suite au minable portrait, une discographie sélective – soixante-dix pages cette fois, à l’introduction desquelles l’auteur ne dit plus « je » mais « nous ». Là, des formules creuses et des accroches à suspens, des approximations encore, du vide toujours... Journalisme. Et pour qui aura espéré se consoler à la lecture de la bibliographie : peine perdue. Une quinzaine de références (dont une bonne moitié abordant le sujet Sun Ra de très loin seulement : ouvrages de Carles et Comolli, Kofsky (on ne sait pourquoi changé ici en « Stofsky »), Bardin, Corbett ou Caux…). Aux curieux véritables, voici de vrais conseils de lecture :

CAMPBELL, Robert, The Earthly Recordings of Sun Ra, Cadence, 1994.
KAPLAN, Marc, The Last Temptation of Sun Ra, Xlibris, 2011.
PEKAR, Harvey, Sun Ra, Vendetta, 2005.
SINCLAIR, John, Sun Ra: Interviews & Essays, Headpress, 2010.
SUN RA, The Wisdom of Sun Ra - Sun Ra's Polemical Broadsheets and Streetcorner Leaflets, Chicago Press, 2006.
SUN RA, This Planet Is Doomed, Kicks, 2013.
SZWED, John, Space is the Place: The Lives and Times of Sun Ra, Mojo, 2000.
TCHIEMESSOM, Aurélien, Sun Ra : un noir dans le cosmos, L’Harmattan, 2005.
ZERR, Sybille, Picture Infinity: Marshall Allen and the Sun Ra Arkestra, Zerr, 2011.
 
Pardon maintenant, le papier est un peu long – une heure d’écriture, guère plus (on l’espère) que le temps qu’il fallut à Ghosn pour pondre la chose incriminée – mais finira sur une note positive : pour ce traité de « palmiers et pyramides », la catastrophe économique n’est pas à craindre : au royaume des poseurs, les derniers seront les premiers. 

Joseph Ghosn : Sun Ra. Palmiers et pyramides (Le Mot et le Reste)
Edition : 2014.
Livre : Sun Ra. Palmiers et pyramides.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sun Ra : Nuits de la Fondation Maeght (Shandar, 1971)

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Ce texte est extrait du deuxième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

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Sun Ra dans le sud de la France, à la Fondation Maeght, représente une utopie en marche – création magique et rite initiatique opposés aux mythes blancs. C’est aussi un combat de chaque seconde contre l’aliénation inhérente au blanchiment culturel occidental – un exorcisme et un envoûtement galvanisés par l’appropriation d’éléments jusque-là étrangers au jazz, voire étrangers les uns aux autres.

Sun Ra à la Fondation, c’est aussi la Grande Musique Noire en marche, son versant « intergalactique » de l’aveu même de Sun Ra, construit à partir d’unissons habités, de stridences et de chants « gospelisants », véritable rencontre de la tradition et d’un sacré d’essence particulière, sorte de mystique sans religion où l’électronique trouve aussi sa place – clavioline & Moog au milieu des corps dansant une Afrique fantasmée sous forme de gesticulations brutes, non chorégraphiées, improvisées.

Sun Ra ces soirs-là, c’est un spectacle total, gestuel, visuel et auditif. Un spectacle déambulatoire d’un réalisme jouissif. Une agitation dont le plaisir est offert en partage, au diapason de polyrythmies archaïques distillant un sentiment de déferlement intermittent.

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Les Nuits du Ra au Pays des Cigales dessinent une fresque ludique sans véritable continuité, une fresque paraissant animée d’un perpétuel bruissement prêt à éclater la scène, à force que les musiciens l’arpentent tels des derviches tourneurs : les souffleurs de l’Arkestra jouent en marchant, en dansant, excèdent le rapport à l’instrument, forts d’une débauche théâtrale de lumières et de costumes ; chez Sun Ra, musique et danses circulent de manière autonome, sans jamais s’arrimer dans de quelconques formes préétablies.

A la Fondation, à l’instar d’un La Monte Young au même endroit, c’est une durée sans limites que campent Sun Ra et les siens, en n’installant ni véritable début ni véritable fin lors des deux prestations de l’ensemble, comme s’il ne s’était finalement agi, en guise d’offrande, que d’un moment d’une musique participant d’un dessein plus vaste, pour ne pas dire éternel – on le sait, chez Sun Ra, Space is the Place

Ceux qui ont fréquenté Sun Ra savent aussi que la liberté chez lui se gagne à force de discipline, seule condition possiblement génératrice de potentialités nouvelles et propres à sublimer toute célébration de l’instant. Sun Ra n’a ainsi eu de cesse de tester l’endurance de ses musiciens, cherchant à développer chez eux des capacités hors-normes, et plus précisément de celles nécessaires à l’installation de climats pouvant durer plusieurs heures d’affilée. Sauf que ces longues plages ne se présentent jamais monolithiques, dénuées qu’elles sont de cette homogénéité que remettent constamment en cause, à la Fondation notamment, de surprenants solos de Moog bouleversants toute notion d’équilibre orchestral.

La Musique-Mouvement de l’Arkestra, cette « Astronomy Infinty Music », ne possède rien de bassement politique : elle éveille les consciences au-delà de la simple colère et de la contestation souvent inhérentes à la New Thing à la même époque. « L’air est musique, la musique est puissance » clame Sun Ra en écho à la « force guérissant l’univers » chère au cœur d’Ayler. Et comme chez ce dernier – tout comme dans les spirituals aussi – la communication avec l’Univers et les Esprits est exaltée.

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Les membres de l’Arkestra, chez Maeght, improvisent collectivement et à pleine puissance, sans confusion aucune, réunis par un ensemble d’interdépendances d’ordre spatiotemporel. Trois ans auparavant, ce même orchestre célébrait la Nature à Central Park, à New York. En cet été 1970, plutôt que la célébration de la Nature, l’immobilité d’une certaine infinitude s’avère être le sens de la quête : l’Arkestra reflète alors toutes les combinaisons libres du bonheur et de la beauté, incarnant le véhicule chargé de transmettre l’impression d’être « vitalement vivant », coordonnant les esprits en quête d’un monde meilleur, « en une approche intelligente d’un futur vivant » comme le déclare alors Sun Ra.

L’Arkestra de 1970 propose une synthèse, travaille la mémoire collective dans un exercice d’universalité. La question qu’il pose est la suivante : si nous sommes venus ici de nulle part, pourquoi ne pourrions-nous aller ailleurs ?

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Sun Ra : College Tour Volume One (ESP, 2010)

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Entre comédie musicale intergalactique et free incandescent, Sun Ra n’en fait qu’à sa tête. La prochaine étape sera Saturne nous prévient-il. Et Mars, tout de suite après. Cette nouvelle mouture de Nothing Is… est une pure bénédiction pour les fans : un premier set offert dans son intégralité, un second presque complet et quelques extraits du sound check pour finir. Tout ceci, rendu possible grâce au producteur Michael D. Anderson, archéologue avisé et grand admirateur du pianiste.

18 mai 1966 – St. Lawrence University – New York : c’est donc la « tournée des collèges ». L’orchestre est au grand complet (John Gilmore, Marshall Allen, Pat Patrick, Robert Cummings, Teddy Nance, Ali Hassan, Clifford Jarvis, Ronnie Boykins, James Jackson, Carl Nimrod). Le pianiste Burton Greene présente les musiciens. La joie est palpable. Marshall Allen s’écorche les doigts à trop vouloir harponner l’ultra-aigu. Les thèmes s’enchaînent. Parfois, le leader interrompt une improvisation et ordonne un nouveau thème. La musique est au bord du précipice, toujours prête à se rompre le cou, toujours en fusion-action mais jamais en attente. Les riffs sont dissonants ici, plus rassurants ailleurs ; les joutes batterie-percussions crépitent, la musique chaloupe, chavire, jamais ne dérive. C’est une musique de mirages et de certitudes (le rôle essentiel de Ronnie Boykins et Clifford Jarvis, essentielle cheville ouvrière de l’orchestre ; l’omniprésence d’un John Gilmore au sommet de son art). Bref un disque qui est de l’ordre de l’indispensable.

Sun Ra : College Tour Volume One : The Complete Nothing Is… (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Edition : 2010
CD1 : 01/ Burton Greene Introduction 02/ Sun Ra & His Band from Outer Space 03/ The Shadow World 04/ Interpolation 05/ The Satellites Are Spinning 06/ Advice to Medics 07/ Velvet 08/ Space Aura 09/ The Exotic Forest 10/ Theme of the Star Gazers 11/ Outer Space Ways Incorporated 12/ Dancing Shadows 13/ Imagination 14/ The Second Stop Is Jupiter 15/ The Next Stop Mars - CD2 : 01/ The Satellites Are Spinning 02/ Velvet 03/ Interplenetary Chaos 04/ Theme of the Star Gazers 05/ The Second Stop Is Jupiter 06/ We Travel the Spaceways 07/ Nothing Is 08/ It Is Eternal 09/ State Street 10/ The Exotic Forest
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP, 2009)

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Mille nouvelles copies vinyle du second volume de The Heliocentric worlds of Sun Ra tournent aujourd'hui. Milles planètes redécouvertes tournant autour du soleil ou de Sun Ra, au choix.

Enregistré à New York en 1965, le disque fait évoluer un octette qui, à lui seul, aura concrètement – et peut être mieux que les autres formations du pianiste – mis en scène et en espace une esthétique bouleversante. En ouverture, The Sun Myth progresse lentement au gré des fluctuations de l'archet de Ronnie Boykins et de la clarinette basse de Robert Cummings avant que le meneur commande l'invasion d'un free chaotique, enfoncé à coups de baryton par l'inégalable Pat Patrick. Mais les reliefs sont changeants, et les attitudes s'y adaptent : redescente obligée le temps de laisser la musique évoluer sur quelques glissements de terrains surprenants.

L'autre face contient deux pièces, exploration d'un palais des glaces sur lequel le groupe sera tombé finalement : flûte de Marshall Allen illustrant le ravissement sur A House of Beauty qui en appelle déjà au champ dévasté : Cosmic Chaos forcément percussif, et cédant sous l'alto de John Gilmore malgré les pansements et piqures de rappel au jazz ancien prescrits par la trompette de Walter Miller. Soudain, sur Cosmic Chaos, le soleil n'est plus par sa lumière (clarinette basse encore, ombreuse, insistante, de Cummings) mais par son énergie : l'essentiel, donc.

Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 novembre 1965. Réédition : 2009.
LP : A01/ The Sun Myth B01/ A House of Beauty B02/ Cosmic Chaos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sun Ra : Featuring Pharoah Sanders and Black Harold (ESP, 2009)

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Afin de célébrer le passage de l’année 1964 à l’année 1965, Sun Ra et son Arkestra – assez rare, celui-ci, puisqu’on y trouve Pharoah Sanders en lieu et place de John Gilmore, alors parti tourner en compagnie d’Art Blakey – prenait place dans une manifestation organisée par la Jazz Composers Guild de Bill Dixon.

Auprès du pianiste, trouver aussi les saxophonistes Marshall Allen et Pat Patrick, les contrebassistes Ronnie Boykins et Alan Silva, les percussionnistes Clifford Jarvis et Jimmy Johnson, enfin, et la liste n’en sera pas pour autant moins incomplète, le flûtiste Black Harold (Harold Murray). Sorti à l’origine sur Saturn Records – et aujourd’hui augmenté de six pièces –, l’enregistrement démarre au son de solos timides et d’un tout percussif qui augure de la suite.

Délurée, celle-ci : entre la reprise de We Travel The Spaceways et The Voice of Pan aux flûtes forcément débordantes, trouver un free jazz plus vindicatif encore que celui qui aura fait la réputation de Sun Ra : Sanders éructant sur ce Rocket Number 9 à la découpe déjà singulière, rivalité des vents sur The Now Tomorrow, sur lequel Black Harold parvient quand même à faire entendre une mélodie délicate. En guise de conclusion, le mouvement lent instigué au piano, et beaucoup de flûtes encore : Space Mates au bout d’une odyssée grandiose.

Sun Ra : Featuring Pharoah Sanders and Black Harold (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1964. Réédition : 2009.
CD : 01/ Cosmic Interpretations 02/ The Other World 03/ The Second Stop is Jupiter 04/ The Now Tomorrow 05/ Discipline 9 06/ Gods On A Safari 07/ The World Shadow 08/ Rocket Number 09/ The Voice Of Pan 10/ Dawn Over Israel 11/ Space Mates
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Sun Ra

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Sun Ra: Strange Strings (Atavistic - 2007)

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Réédition d’un album enregistré en 1966 et publié sur le propre label de Sun Ra, Strange Strings revient sur la rencontre entre l’Arkestra et d’hétéroclites instruments à cordes.

Hétéroclites, parce qu’aussi bien glanés en pays étrangers que sortis des claviers électroniques du leader, et arrachant au petit bonheur leurs combinaisons instables : Ronnie Boykins suivant à la viole l’allure éléphantesque de Worlds Approaching malgré les perturbations des saxophones de Pat Patrick, Marshall Allen et John Gilmore ; archets extirpant des plaintes longues et aigues sur l’accompagnement aléatoire d’une section rythmique perturbée (Strings Strange).

Expérimental, l’enregistrement l’est peut-être plus encore qu’aucun autre de Sun Ra, et se voit forcément refuser le titre d’introduction idéale à l’œuvre du pianiste. Mais celui-ci a-t-il encore besoin d’être découvert ? Et ne faut-il pas baser toute réédition sur tel ou tel aspect de sa musique qui aurait pu échapper à l’initié ? La secte des connaisseurs prend alors acte de la réédition de l’excellent Strange Strings, augmenté de Door Squeak, morceau sur lequel Sun Ra convainc Ronnie Boykins de l'intérêt de dialoguer avec une porte.

CD: 01/ Worlds Approaching 02/ Strings Strange 03/ Strange Strings 04/ Door Squeak

Sun Ra - Strange Strings - 2007 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

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Sun Ra: Nothing Is... (Atavistic - 2005)

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Lorsqu’ils donnent, en 1966, ce concert dans une université new-yorkaise, Sun Ra et son Arkestra ont investi depuis quelques mois l’espace du free jazz. La tête dans les nuages, les musiciens mettent en place leur vision de la chose : moins politique, à l’écoute des sphères, et en quête de pépites intergalactiques.

Le message à délivrer est tel que la rencontre avec l’Autre – en l’occurrence, le public -, est porteuse d’espoir, comme d’incompréhensions possibles. A l’image de cette ambivalence, le pianiste fait d’une cacophonie expiatoire l’étendard de son vaisseau, comme il peut aussi bien décider de passages en sourdine, plus à même de permettre la réception des vibrations codées (Sun Ra and His Band From Outer Space).

Parmi l’étrange décorum, des chœurs expriment de temps à autre l’Essentiel, la position à retenir sur un brouillard de plans. Aux saxophones, John Gilmore et Pat Patrick se répondent sur un swing encanaillé, qui va au rythme des pulsations détectées et retranscrites par le batteur Clifford Jarvis (Dancing Shadows). Le même instaurera une rythmique progressant jusqu’à devenir jungle, quand, superbe autant que perdu, Ronnie Boykins tentait de se sortir d’Exotic Forest en mettant tout son espoir dans le pouvoir des redondances.

A chaque fois qu’une trajectoire a frôlé un trou noir au son de chaos distribués (Second Stop Is Jupiter, Theme of the Stargazers), l’Arkestra aura optimisé à l’idéal la phase de transition salutaire. Sous l’émotion, les musiciens plongent dans quelques mirages, qu’ils soient le souvenir d’un be-bop appuyé (Velvet), ou l’exploration d’un désert fantastique envahi par les ours, dont les peaux recevront, éléments des tambours, les caresses longues et répétées d’un Jarvis insatiable (Outer Nothingness).

Agrémenté de 3 inédits – dont une brève version de We Travel The Spaceways pour accentuer encore la compréhension du programme – revoilà Nothing Is…, disque emblématique initialement publié par ESP en 1966. Réédité, bien sûr, mais toujours pas redescendu sur Terre.

CD: 01/ Sun Ra and His Band From Outer Space 02/ The Shadow World 03/ Theme of the Stargazers 04/ Outer Spaceways Incorporated 05/ Next Stop Mars 06/ Dancing Shadows 07/ Imagination 08/ Second Stop Is Jupiter 09/ Exotic Forest 10/ Velvet 11/ Outer Nothingness 12/ We Travel the Spaceways

Sun Ra - Nothing Is... - 2005 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

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