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Le son du grisli
21 février 2012

Earth : Angels of Darkness, Demons of Light II (Southern Lord, 2012)

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Avant tout, je dois avouer que je n’ai jamais vraiment réussi à suivre Earth au-delà de Special Low Frequency Version – au-delà de leurs origines et de leur classique, quoi… Un détour par Thrones and Dominion ou une oreille jetée sur leur collaboration avec Sun O))) n’y ont rien fait : c’est Special low Frequency Version qui retourne le plus souvent au lecteur.

Après un Angels of Darkness, Demons of Light I sorti l’année dernière (que je n’ai pas entendu, mais ce sera réparé bientôt), le groupe publie Angels of Darkness, Demons of Light II. Sur la pochette, un cavalier de l’Apocalypse d’allure sino-mongole m’interpelle. Le CD tourne : les trois premières minutes sont une simple introduction de Dylan Carlson à la guitare électrique claire (des arpèges) et le violoncelle de Lori Goldston. Bon.

A l’écoute du reste, je note que si Earth ne s’est pas départi d’une lenteur qui a fait son charme, il semble l’avoir débarrassé de toute épaisseur (& en conséquence, de ses drones). Ses refrains qui interdisent tout couplet possible tournent trop souvent en rond et le groupe compte surtout sur les nœuds de cordes électriques (solos en droite ligne de CAN et consorts) pour s’extirper un peu de la mollesse ambiante. Pire encore, il se permet sur A Multiplicity of Doors des descentes d’accords très attendus. Voilà qui n’est pas fait pour me faire oublier Special Low Frequency Version.

Earth : Angels of Darkness, Demons of Light II (Southern Lord)
Edition : 2012.
CD : 01/ Sigil Of Brass 02/ His Teeth Did Brightly Shine 03/ A Multiplicity Of Doors 04/ The Corascene Dog 05/ The Rakehell
Pierre Cécile © Le son du grisli

25 novembre 2011

Ressuage : Semelles de fondation (Bloc Thyristors, 2011) / Irau Oki, Benjamin Duboc : Nobusiko (Improvising Beings, 2010)

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Sous le nom de Ressuage– technique inquiète de lourd et de métallique – agissent Itaru Oki (trompette, bugle et flûtes), Michel Pilz (clarinette basse), Benjamin Duboc (contrebasse), Jean-Noël Cognard (batterie), Patrick Müller (« electronsonic ») et Sébastien Rivas (ordinateur).

Sous un ciel de soupçon se dressent ces Semelles de fondation : plantées là, auxquelles le climat s’adapte maintenant : une note de contrebasse tombe, la flûte et la clarinette invectivent, la cymbale menace et l’électricité gagne du terrain. Sous les coups de Cognard, elle finit d’ailleurs par faire éclater une pluie d’éléments variés qui retomberont lentement, au son des effets d’étouffoirs et de transformateurs. La suite, sur l’autre face, délivre un exercice plus atmosphérique : valse de gimmicks sous réverbération. La fusion industrielle rêvée a tous les charmes de l’exercice artisanal qu’un jeu de citations opposant Oki et Pilz changera en improvisation amène.

Ressuage : Semelles de fondation (Bloc Thyristors / Metamkine)
Enregistrement : 29 et 30 novembre 2010. Edition : 2011.
LP : A1/ Portiques indéformables A2/ De béton et de verre A3/ Les travées basses des façades A4/ Module d’échanges B1/ Pré-tension B2/ Voiles suspendues B3/ Emprise ferroviaire B4/ Long pan opposé
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Plus tôt (15 décembre 2009), la paire Itaru Oki / Benjamin Duboc enregistrait Nobusiko. Donnant de la voix, passant de trompette en flûte et de bugle en percussions, le premier construit sur le solide soutien du second des mélodies réservées et des pièces plus vindicatives – ici Duboc accompagne (Foudo), là il provoque (Harawata), ailleurs encore s’emporte à l’archet (Siwasu). Remisant ses éclats, Oki tranquillise alors. Nobusiko est l’histoire d’un équilibre trouvé à deux, un geste après l’autre.

26 novembre 2011

Meredith Monk : Songs of Ascension (ECM, 2011)

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Meredith Monk. Meredith Monk tourne dans une installation de l’artiste Ann Hamilton. Meredith Monk tourne dans une installation de l’artiste Ann Hamilton avec un ensemble vocal du nom de Vocal Ensemble. Avec un quatuor à cordes du nom de Todd Reynolds Quartet. Et avec des vocalistes de MG et de la Montclair State University. Ce qui, pour une installation, fait beaucoup de monde à supporter. Mais enfin, il y a la grâce de Meredith Monk.

Dans l’escalier hélicoïdal de l’installation (en fait une Tour de Babel minimale), Meredith revêt ses habits de chaman et s’improvise maître d’ouvrage : bras levés, elle commande aux voix qui propulseront son minimalisme vers le haut. Les chanteurs se rassemblent, se font la courte-échelle, sautent sur des trampolines, leur but est de passer le grand mur. Pour les y aider, il y a les refrains qui mettent du baume au cœur plus la présence de quelques instruments (des violons, un accordéon et des percussions). Mais impossible de franchir le mur. Les voix y sont enfermées. Bel et bien enfermées. Leur chant est triste maintenant. Il leur reste à trouver un endroit où appeler à l’aide et attendre qu'on vienne les chercher. Songs of Ascension est ce que contenait la bouteille qu’elles ont lancée à la mer.

Meredith Monk : Songs of Ascension (ECM New Series / Amazon)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Clusters 1 02/ Strand 03/ Winter Variation 04/ Cloud Code 05/ Shift 06/ Mapping 07/ Summer Variation 08/ Vow 09/ Clusters 2 10/ Falling 11/ Burn 12/ Strand (Inner Psalm) 13/ Autumn Variation 14/ Ledge Dance 15/ traces 16/ Respite 17/ Mapping Continued 18/ Clusters 3 19/ Spring Variation 20/ Fathom 21/ Ascent
Héctor Cabrero © Le son du grisli

24 novembre 2011

John Duncan, Michael Esposito, Z’ev : There Must Be A Way Across This River / The Abject (Fragment Factory, 2011)

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Sur la première face, je suis invité par John Duncan en personne à passer une porte basse. Je le précède donc et emprunte un escalier qui descend. A chacun de nos pas, l’escalier répond par des sortes de grincements tandis qu’une voix murmure à mon oreille (peut-être cherche-t-elle à me prévenir ?). Je suis inquiet et en plus claustrophobe mais j’avance jusqu’en face B.

J’entre alors dans une pièce où sont assis d’autres invités et je m’assois. Z’ev est là, debout qui s’agite tandis qu’une autre voix raconte sa maison d’enfance, nous la fait visiter. Cette voix remue des souvenirs pendant que Z’ev mime le passage des fantômes soulevés à la machine à neutrons. La poésie est noire, mais moins que ce qu’on veut nous cacher. En effet, d’une porte qui doit être dérobée nous parviennent d’autres cris d'une souffrance presque aussi terrible que celle de ces « laissez moi mon triple A ! » que l'on entend partout.

Ce que laissent entendre ces deux collaborations de Michael Esposito (electronics, voix, enregistrements) sont peut-être moins impressionnantes que ce qu’elles nous cachent. Après la réunion, je reste assis quelques minutes au même endroit, la pièce est déserte et les voix se sont tues. Je rêve de ce qu’aurait pu m’apprendre une troisième face, et une quatrième, etc. Je suis rassuré mais pas apaisé. Il me faut reprendre cette porte basse.

EN ECOUTE >>> There Must Be A Way Across This River (extrait)

John Duncan, Michael Esposito, Z’ev : There Must Be A Way Across This River / The Abject (Fragment Factory)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
LP : A/ There Must Be A Way Across This River B/ The Abject
Pierre Cécile © Le son du grisli

22 mars 2011

Alexander Frangenheim, Joe Morris, Mark Dresser, Joëlle Léandre : Contrebasses Expéditives

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Alexander Frangenheim : The Knife Again (Creative Sources, 2010)
Enregistré en 2006, The Knife Again démontre l’intransigeance avec laquelle la pratique instrumentale d’Alexander Frangenheim ne se refuse rien. Frappes romantiques, archet tranchant ou enveloppant, pizzicatos découpant reliefs ou accaparant à force de graves… Souvent, la contrebasse est déformante et les gestes, plus encore, d’un leste valeureux.

morris_sensorJoe Morris : Sensor (NoBusiness, 2010)
Le 13 février 2010, Joe Morris enregistrait Sensor seul à la contrebasse. Du premier au septième titre, la divagation du musicien – qui pourrait bien attester de l’évolution de sa technique à l’instrument – se fait accepter sans se montrer capable de captiver jamais, accusant même ici quelques longueurs. A tel point que Sensor passe parfois pour un exercice que l’on enregistre et qui fera l’affaire : celle d’un disque de plus que la sympathie que l’on a pour Morris nous convainc d’écouter jusqu’au bout sans que l’on puisse chasser de notre esprit cette question évidente : est-ce qu’est encore capable de plaire ce qui intéresse aussi peu ?

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Achim Kaufmann, Mark Dresser, Harris Eisenstadt : Starmelodics (Nuscope, 2010)
Steinway B, tel est le modèle du piano avec lequel Achim Kaufmann alourdit les improvisations et compositions de Starmelodics. Parmi ces dernières, compter une introduction signée Dresser qu’il défend d’un archet leste. Compter aussi Vancouver, sorte d’Hat and Beard à la progression empêchée par Harris Eisenstadt, et sur lequel le trio tourne joliment en rond – Kaufmann y compris, comme quoi…

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Mark Dresser : Deep Tones for Peace (Kadima, 2010)
Un disque et un film reviennent sur un projet que le même Dresser enregistra en 2009 auprès d’autres contrebassistes que lui – entre autres Barre Phillips, Jean-Claude Jones, Bert Turetezky à Tel Aviv ; Trevor Dunn, Henry Grimes ou Rufus Reid à New York. Sur disque, les archets servent une composition répétitive, voire minimale, aux lignes d’horizon confondues. Le film, signé Christine Baudillon, dévoile sous couvert de making-off quelques secrets d’un projet œcuménique que ses qualités défendent contre les effets d'un simple all-stars anecdotique.

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Mark Dresser : Guts (Kadima, 2010)
Troisième enregistrement solo de Dresser, Guts dépeint – sur disque et film là encore – le contrebassiste en profiteur de multiples pratiques étendues. Frottements, grattements, vives attaques, silences révélateurs, font ainsi naître une suite de drones et de polyphonies superbes. Sur le DVD, Dresser s’explique sur la nature de ce qu’il appelle ses « explorations », dit son amour des harmoniques dont il tire inspiration et son goût affirmé pour l’univers de sons qu’il habite.

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Joëlle Léandre : Tentet & Trio (Leo, 2011)
Deux disques couplés par Leo donnent à entendre Joëlle Léandre à la tête d’autant de formations : tentette du nom de Can You Hear Me? (présences de Burkhard Stangl à la guitare, de Lorenz Rabb à la trompette…) et trio dans lequel trouver John Tilbury au piano et Kevin Norton aux percussions. En grande compagnie, Léandre fait bouillir quelques cordes avant de lever une armée d’archets en déroute, soigne une composition aux chaos charmants et, parfois, aux fioritures sentimentales. En trio, elle investit avec plus de retenue un monde flottant (influence Tilbury) avant que ses partenaires la suivent sur une improvisation de forme plus classique qui précède un final aux impressionnantes suspensions sonores.

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Léandre, Mitchell, Van Der Schyff : Before After (Rogue Art, 2011)
Sans attendre, les instruments de Joëlle Léandre (contrebasse et voix), Nicole Mitchell (flûte et voix) et Dylan Van Der Schyff (batterie), se mêlent sauvagement sur Before After. Sur terrain incantatoire, le trio d’obsessionnels accordés répète des morceaux de mélodies et puis l’archet glisse, s’impose grandiloquent à force de graves, s’octroie quelques échappées en compagnie d’une flûtiste virevoltant ou d’un percussionniste subtil. Redire donc que le trio sied à Joëlle Léandre.

9 septembre 2010

Peter Greenaway : 4 American Composers (Les films du paradoxe, 2007)

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On savait le cinéaste Peter Greenaway amateur de musique depuis que Michael Nyman signa pour lui la bande-son de Meurtre dans un jardin anglais. On peut aussi se faire une idée précise de ses goûts en visionnant quatre films réunis en coffret – celui-ci est sorti en 2007, pardon pour le retard je rentre tout juste de vacances.

Tous tournés à Londres en 1983, ce sont quatre portraits de John Cage, Robert Ashley, Philip Glass et Meredith Monk. Dans des styles différents, les sujets agissent avec la même passion mais pas avec les mêmes armes : Cage en dit, par exemple, plus sur sa façon de voir les choses quand il rit à gorge déployée et Monk passe elle sans arrêt par le geste pour ajouter une touche de séduction supplémentaire à sa palette vocale. Si ces deux films-là sont les plus beaux (en associant chorégraphie et musique, Monk a trouvé à ce moment précis la recette idéale à son expression), la lecture des autres apporte son lot de surprises : Ashley, droit comme un i derrière un pied de micro, apparaît sur l'écran en narrateur d’un opéra télé baroque mais peut être trop « daté 80 ». Glass dirige son Ensemble avec une certaine prestance (le temps n'est pas encore venu de sa grandiloquence) et fait en interview le vœu que les gens apprennent à « écouter autrement ». Et si ce vœu nécessitait pour être exaucé l’aide de l’image, Peter Greenaway aura été l’intermédiaire parfait.

Peter Greenaway : 4 American Composers (Les films du paradoxe, 2007).
Réalisation : 1983. Edition : 2007.
Héctor Cabrero © Le son du grisli

5 avril 2010

Paul Baran : Panoptic (Fang Bomb, 2009)

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Autour d’un casting très relevé – jugez plutôt : Keith Rowe (guitare  préparée), Werner Dafeldecker (contrebasse, électronique), Rhodri Davies (harpe), Andrea Delfi (percussions) et bien d’autres – Paul Baran s’est inspiré des écrits du philosophe britannique Jeremy Bentham (1748-1832) et du concept de la mondialisation pour mettre en forme ce Panoptic assez étonnant. Inquiets des dangers qui minent la vie des créateurs de tout type et le risque du consensus de masse, le musicien de Glasgow ébauche onze titres globalement réussis, où la surprise et la personnalisation l’emportent sur le conformisme ambiant et la misanthropie facile.

Articulés autour de schémas diversifiés, passant d’une chanson narquoise à un jazztronica qui bat la chamade fusion, les onze titres de l’album parviennent à maintenir une sourde tension d’où émerge une moquerie éperdument inquiète. Jamais, toutefois, ennuyeuse ou déprimante, la musique de Baran invite les expériences de Supersilent à la table de Ghédalia Tazartès, quelque part autour d’un café viennois. A d’autres instants, tels des échappées passablement graineuses, un écho de guitare acoustique préparée ou de piano virevolte autour de murmures électroniques et, le plus souvent, l’âme grinçante des machines imprime sa touche mitoyenne et cohérente. Au-delà de la démarche, qu’il n’est pas nécessaire d’appréhender pour se laisser guider dans les méandres fennesziens qui la parcourent, notre esprit se laisse guider à l’étonnement de sonorités embrigadées dans une compagnie inédite, entre Syd Barrett, John Cage, Chris Corsano et Hauschka. Entre autres repères (toujours) bienvenus.

Paul Baran : Panoptic (Fang Bomb)
Edition : 2009.
CD : 01/ Scotoma Song 02/ Lewitt 03/ Tonefield 04/ Brauzenkeit 05/ The Corrector 06/ Love Under Surveillance 07/ Brauzenkeit (Ekkehard Ehlers mix) 08/ PIN-snipers 09/ To Protest in their Silence 10/ Jackson and Lee 11/ Pomerol
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

31 mars 2010

Anthony Braxton : Creative Orchestra (Köln) 1978 (HatOLOGY, 2009)

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En concert à Cologne en 1978, le Creative Orchestra d’Anthony Braxton vivait ses dernières heures, et peut être aussi ses plus intenses, à en croire ce Creative Orchestra (Köln) 1978, aujourd'hui éédité.

Parmi la vingtaine d’intervenants auprès de Braxton, souligner les présences de Vinny Golia, Leo Smith, Kenny Wheeler, George Lewis ou Marilyn Crispell – détail de l’orchestre à trouver en image. Pour tenter de décrire la musique, commencer par dire la lutte engagée sur Language Improvisations par un soprano contre le reste d'un groupe, lutte qui servira les intérêts du guitariste James Emery.

Cinq compositions du chef d’orchestre, ensuite : numérotées 55 (bop servi à l’unisson puis démoli par individualismes), 45 (musique de fanfare mêlant le grotesque à ses tourments obsessionnels), 59 (masse compacte née de dissonances d’où ne dépassera plus une note), 51 (bop soumis davantage aux oppositions frontales des solistes, Crispell étant de ceux-là la plus radicale de toutes) et enfin 58 (exploration sonore d’essence plus rare sur laquelle l’accordéon de Birgit Taubhorn et le synthétiseur de Bob Ostertag revendiquent leur place en musique créative et donnent par la même une leçon de subtilité à la plupart des défenseurs de tango jazz ou de fusion). En conclusion de cette même composition, une marche grave impose son allure, « funèbre » pourrait la qualifier. A suivre, la disparition du Creative Orchestra la revendiquerait même, après avoir presque tout prouvé dans le domaine de la musique créative comme dans le domaine de la musique d’orchestre.

Anthony Braxton : Creative Orchestra (Köln) 1978 (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1978. Réédition : 2010.
CD1 : 01/ Language Improvisations 02/ Comp. 55 03/ Comp. 45 – CD2 : 01/ Comp. 59 02/ Comp. 51 03/ Comp. 58
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

20 février 2010

Jacques Demierre : Pièces sur textes (Héros-limite, 2009)

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Musicien intéressé par la linguistique (avouant un faible pour les travaux de Ferdinand de Saussure), Jacques Demierre a déjà interrogé les rapports entre musique, mot et bruits de bouche – One Is Land s’inspirait par exemple des travaux de Robert Lax. Les trois livres-disques emboîtés dans Pièces sur textes le voient poursuivre ses recherches sur trois projets différents qui prennent le texte pour partition : trois livres qui ne se contentent pas de donner à voir ce que l’oreille entend : trois disques dont la musicalité ne sacrifie pas tout à l’expérimentation.

Trois projets, donc : 17, aux mots anglais disposés en colonnes ou nuages et chérissant une abstraction qu’agrémente Laurent Estoppey et Anne Gillot (aux saxophone, flûte et objets) ; The Languages Came First The Country After, que Demierre défend lui-même à la voix en compagnie d’Anne Cardinaud et Vincent Barras, récitation aux entrelacs envoûtants ; Save Our Ship, que la clarinettiste Isabelle Duthoit dispute au vocaliste Christian Kesten, duo jouant sur la lettre encore davantage que sur le mot, association babelisante trouvant enfin refuge sous des formules de souffles et de chuintements.

Comme on revient à une démonstration écrite pour se persuader de ses fondements, il faudra revenir à ces Pièces sur textes, les lire en les entendant et puis sans les entendre, les écouter avec ou sans livre à la main, les laisser filer parmi le reste des mille choses qui vous dépassent sur l’instant. Jusqu’à ce que l’incarnation du sens advienne (en boîte ou autre).

Jacques Demierre : Pièces sur textes (Editions Héros-limite)
Edition : 2009.
CD1 : 17 – CD2 : The Languages Came First The Country After – CD3 : Save Our Ship
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

2 février 2010

Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP, 2009)

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Mille nouvelles copies vinyle du second volume de The Heliocentric worlds of Sun Ra tournent aujourd'hui. Milles planètes redécouvertes tournant autour du soleil ou de Sun Ra, au choix.

Enregistré à New York en 1965, le disque fait évoluer un octette qui, à lui seul, aura concrètement – et peut être mieux que les autres formations du pianiste – mis en scène et en espace une esthétique bouleversante. En ouverture, The Sun Myth progresse lentement au gré des fluctuations de l'archet de Ronnie Boykins et de la clarinette basse de Robert Cummings avant que le meneur commande l'invasion d'un free chaotique, enfoncé à coups de baryton par l'inégalable Pat Patrick. Mais les reliefs sont changeants, et les attitudes s'y adaptent : redescente obligée le temps de laisser la musique évoluer sur quelques glissements de terrains surprenants.

L'autre face contient deux pièces, exploration d'un palais des glaces sur lequel le groupe sera tombé finalement : flûte de Marshall Allen illustrant le ravissement sur A House of Beauty qui en appelle déjà au champ dévasté : Cosmic Chaos forcément percussif, et cédant sous l'alto de John Gilmore malgré les pansements et piqures de rappel au jazz ancien prescrits par la trompette de Walter Miller. Soudain, sur Cosmic Chaos, le soleil n'est plus par sa lumière (clarinette basse encore, ombreuse, insistante, de Cummings) mais par son énergie : l'essentiel, donc.

Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 novembre 1965. Réédition : 2009.
LP : A01/ The Sun Myth B01/ A House of Beauty B02/ Cosmic Chaos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

2 février 2010

Empan : Entraxes inégaux (Bloc Thyristors, 2009)

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Il est des groupes de studio et d’autres de scène et, à l’écoute d’Entraxes Inégaux, on peut se demander dans quelle catégorie ranger Empan (l’association du batteur Jean-Noël Cognard, de la chanteuse Judith Kan, de la violoncelliste Béatrice Godeau et des multi instrumentistes Jac Berrocal et Dan Warburton).

Sur les deux faces d’un beau vinyle, on trouve le groupe improvisant et mélangeant les genres (les mélanges sont parfois heureux, d’autres fois maladroits) : rock et électro-jazz patentés, musique électronique déjantée et la voix de Kan sur le tout, qui rappelle souvent celle de Sainkho. L’improvisation rend tout cela dans un torrent fécond mais pas très regardant et si l’on prend plaisir à entendre l’archet de violoncelle tourner sans fin ou ailleurs les piaillements d’aigus électroniques, on regrette de temps à autre des sons de synthés datés et pompeux ainsi que des postures immatures (à en croire les intervenants bloqués en pleine adolescence). Alors au final on hésite, et pour se faire une idée, on ne manquera pas le prochain concert…

Empan : Entraxes inégaux (Bloc Thyristors / Metamkine)
Edition : 2009.
LP : A01/ Trompette-des-morts (1) A02/ 5 figures possibles A03/ Et mesurer l’équilibre A04/ Entrée d’air A05/ Coulées successives en attente d’utilisation A06/ Phalanges et branches terminales - B01/ En un tour de main B02/ Liens totémiques B03/ Ajouter le bruit B04/ Poussières B05/ Trompette-des-morts (2)
Pierre Cécile © Le son du grisli

30 décembre 2009

Cornelius Cardew : Treatise (Hat[Now]Art, 2000)

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Continuellement en guerre contre l’embourgeoisement des musiques d’avant-garde, Cornelius Cardew mettra quatre ans à élaborer Treatise, partition graphique de 193 feuillets. Ne possédant aucune  indication quant à l’instrumentation ou à la durée de son exécution, Treatise proposait de faire éclater la frontière entre musiciens professionnels et amateurs. Si elle ne fut pas toujours comprise en son temps, l’œuvre de Cardew a trouvé aujourd’hui de fidèles défenseurs, parmi lesquels de nombreux combos rock (Sonic Youth) ou électroniques (Formanex).

REPERES
Cornelius Cardew est né le 7 mai 1936 à Winchcombe. Il est mort le 13 décembre 1981 à Londres. A la Royal Academy of Music de Londres, il étudie le piano, le violoncelle et la composition. Il s’intéresse à Schönberg, Webern puis découvre Cage, Stockhausen. En 1958, il obtient une bourse et assiste Stockhausen. A Rome, il étudie avec Petrassi. Il rencontre John Cage et David Tudor. Il expérimente et remet en cause la notation musicale. Un peu plus tard, il élabore des partitions graphiques (Autumn ’60 & Autumn ’61) en vue de libérer l’interprète et d’en faire un musicien libre et non plus inféodé aux dictats des compositeurs. Treatise sera sa plus belle réussite.

Marxiste-léniniste puis maoïste, il crée le Scratch Orchestra dans lequel se retrouvent compositeurs d’avant-garde, étudiants en musique et arts plastiques, employés de bureau. La politique est au centre de la création de ce collectif. C’est à cette période qu’il part en guerre contre l’establishment des musiques d’avant-garde. Il s’éloigne de Cage, critique vertement Stockhausen et publie même l’ouvrage Stockhausen Serves Imperialism. Il confie alors à Daniel Caux : « ce que font Cage et Stockhausen, c’est simplement orienter les jeunes intellectuels et les jeunes musiciens. En fait, ils ne font que tourner en rond. »

Ses partitions graphiques ne rencontrant que peu de succès auprès des seuls musiciens amateurs (elles sont la plupart du temps interprétées par des musiciens d’avant-garde), il crée le Pop Liberation Music, groupe qui flirte avec la musique pop. Il prend fait et cause pour la lutte irlandaise et compose pour piano les Thälmann Variations du nom du militant communiste allemand mort assassiné à Buchenwald en 1943. Il enseigne alors pour survivre et devient professeur de composition à la Royal Academy of Music. Entre 1966 et 1971, il collabore avec Lou Gare, Eddie Prevost et Keith Rowe au groupe AMM et tutoie de ce fait l’improvisation libre. Le 13 décembre 1981, il est renversé dans une rue piétonne de Londres par un chauffard qui ne sera jamais retrouvé. Ses amis n’hésitent pas à parler d’attentat et d’assassinat.

TREATISE
Graphiste dans une maison d’édition, Cornelius Cardew mettra quatre années à finaliser Treatise. Cette partition graphique de 193 pages comprend deux portées toujours vierges en bas de page, la partition graphique située en milieu de page étant toujours partagée par une ligne médiane dont on ne sait s’il s’agit d’une ligne sonore continue ou d’une frontière. On peut ainsi estimer que les idéogrammes dessinés en dessous de cette ligne appartiennent au registre grave et  ceux en dessus au registre aigu (mais très souvent ces mêmes idéogrammes sont à califourchon sur cette même ligne). Les signes utilisent des formes géométriques (cercles, losanges, rectangles…), lignes continues ou brisées et quelques notes ou portées musicales s’y glissent ça et là. Les traits sont épais ou minces, donnant peut-être de ce fait une indication quant au volume auquel ils doivent être joués. La partition se lit de gauche à droite et ne peut se jouer en solo. La seule évidence quant à cette partition me semble être le fait qu’un musicien se doit de choisir une ligne ou une figure à jouer et s’y tenir. Aucun repère harmonique, rythmique n’est ici mentionné mais chacun peut suivre la partie de l’autre et ainsi éviter tout retard ou précipitation. L’improvisation ne me semble pas avoir sa place ici. L’absence d’indication permet à chaque fois une interprétation différente et chacun, musicien confirmé ou simple amateur – voire non musicien –, peut entrer dans cette partition.  De fait, et parce qu’à chaque fois nouvelle, cette œuvre résiste à toute critique. C’est sans doute là, la plus belle réussite du compositeur.

Le 15 février 1998, Art Lange dirige et enregistre pour la première fois l’intégrale de Treatise. En sortiront deux Compact Disc publiés par le label Hat[now]Art. Piano et electronics (Jim Baker), vibraphone et percussions (Carrie Biolo), clarinette et saxophone alto (Guillermo Gregorio), violoncelle (Fred Londberg-Holm), electronics (Jim O’ Rourke) vont façonner une œuvre faite de silences et de perturbations soudaines et glacées. Les interventions, jamais, ne s’incrustent et, de cet éphémère sans cesse remis en question, surgissent des lignes fuyantes ici, des embryons de mélodie là.

Trois ans plus tard et toujours pour le même label, Carrie Biolo, Jim Baker, Fred Londerg-Holm et Lou Mallozi (récitation), interprètent les pages 21 & 22 du Treatise de Cornelius Cardew dans un disque où se retrouvent d’autres œuvres graphiques du compositeurs (Autumn 60 / Material / Octet 61).

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Cornelius Cardew : Treatise (Hat[now]Art 2-122)
Cornelius Cardew : Material (Hat[now]Art 150]
Formanex : Treatise Live in Extrapol (Egbo 02)
Sonic Youth : Goodbye Twentieth Century (SYR 4)

La partition Treatise est éditée par The Gallery Upstairs, Buffalo, New York.
Luc Bouquet © Le son du grisli.

24 novembre 2009

Jessica Pavone : Songs of Synastry and Solitude (Tzadik, 2009)

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Il est arrivé qu’on loue les talents d’instrumentiste de Jessica Pavone (avec Anthony Braxton), sa fantaisie inspirante (avec Mary Halvorson) et son iconoclasme (seule). Et puis, sur Tzadik : plus rien.

Ou presque : une suite de mélodies simplistes défendues par une section de cordes (Toomai String Quintet) qui, lorsqu’elle parvient à s’entendre, donne l’impression d’être plutôt postée derrière quatre claviers électriques de milieu de gamme (dans tous les sens du terme). Une musique de chambre pop et pompeuse, un folk donnant dans le précieux et surtout l’inutile (Pavone à l’opposée de son modèle du jour : Songs of Love and Hate de Leonard Cohen), une musique d’ennui diffusée en intérieur petit-bourgeois du presque-centre de Dimancheville. Non plus, donc, « chansons de solitude », puisque la déception s’est toujours partagée et que celle-ci est assez grande pour accueillir du monde.

Jessica Pavone : Songs of Synastry and Solitude (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Here and Now, Then and Gone 02/ Darling Options 03/ Once Again 04/ There’s No Way to Say 05/ Housework 06/ It’s Come to This 07/ Ruala 08/ Waiting Room 09/ Wednesday’s Rules 10/ The Harbinger 11/ Hope Dawson is Missing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

6 octobre 2009

Torsten Papenheim : Some of The Things We Could Be (Schraum, 2009)

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Instruments avec lesquels Torsten Papenheim composa Some of The Things We Could Be : guitare (en premier lieu), banjo et piano. Nombre de musiciens auprès desquels il défendait ensuite son ouvrage : douze, parmi lesquels en trouver de brillants : Michael Thieke (saxophone alto), Ute Völker (accordéon) et Clayton Thomas (contrebasse).

Des arpèges de guitare ouvrent l’enregistrement, que rattrape un grésillement que l’on doit à la contrebasse. Dès l’ouverture, le champ musical approuve et la ligne claire et le parasite, le décors sombre et quelques éclaircies. Du swing bancal d’Harry S. Truman – pièce qui donne à entendre ce que Carla Bley aurait pu tirer d’une production soignée davantage – à la valse sur-lente d’a.k.a. You, for Example, du brillant MülheimAnDerRuhr (la clarinette basse de Christian Biegai luttant contre les motifs que répète la guitare) au couple Special Teeth Profiles Shifting / Mitscherlichs Zoo (qui commande une suite plus pernicieuse dont le temps obéit à un swing plus lent encore puis à une frénésie collégiale), les musiciens se laissent porter par les courants en mettant presque toujours à profit l’association de leurs singularités reconnues. Alors une autre fois au catalogue du label Schraum : un disque d’une sophistication irrésistible.

Torsten Papenheim : Some of The Things We Could Be (Schraum)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Introducing Selected Characters & Tones 02/ Harry S. Truman 03/ Bruxelles Piano Lessons 04/ a.k.a. You, for Example 05/ MülheimAnDerRuhr 06/ Nocturne Drei 07/ Special Teeth Profiles Shifting 08/ Mitscherlichs Zoo 09/ The Uses of Literature 10/ Nocturne Vier 11/ Kargo 12/ All The Songs You Sing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

29 septembre 2009

Ashley Kahn : Kind of Blue (Le mot et le reste, 2009)

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L’ère des commémorations imposait récemment que l’on fête les 50 ans de Kind of Blue, « chef d’œuvre de Miles Davis », dit le sous-titre du livre d’Ashley Kahn. Par « fêter », entendre se ruer sur la dernière réédition en date et mettre un peu encore de sa poche dans un ouvrage dont la lecture accompagnera la réécoute. Kind of Blue : disque de jazz le plus vendu / Miles Davis : musicien de jazz le plus vendeur, voire commerçant. Impossible, alors, de passer à côté du phénomène, même réchauffé.

Profitant de l’occasion, la traduction du travail du journaliste Ashley Kahn, aujourd’hui éditée par Le mot et le reste, n’en est pas moins convaincante. S’il porte beaucoup sur Davis – histoires du trompettiste et de sa formation racontées encore – quand la valeur de Kind of Blue vient avant tout de l’acuité de chacun de ses concepteurs et intervenants (auxquels ajouter aussi George Russell et Gil Evans), l’ouvrage gagne son statut annoncé de « making-of » avec un certain brio : parce qu'il s’en tient aux faits autant qu'à une suite de témoignages inédits ; bien sûr, ne fait pas de vagues, mais se permet quand même d’aborder le sujet de la transformation d’un disque de musique en « pur » produit de commerce.

Dans sa forme, l’ouvrage se montre aussi amène : disposant des chapitres consacrés à quelques détails en constellations autour de la trame principale, décomposant chacune des pièces de l'enregistrement et faisant de même pour leurs prises, retranscrivant quelques dialogues consignés sur bandes archivées ou illustrant le propos à coups de photos fondamentales. Bref : Kind of Blue jusqu’à l’obsession – qui trouve de l’intérêt jusque dans les photos des boîtes contenant le master ou le registre des bandes – le temps de la lecture d’un livre incontournable pour qui aura décidé de revenir à Kind of Blue.

Ashley Kahn, Jimmy Cobb (préface) : Kind of Blue. Le making-of du chef d’œuvre de Miles Davis (Le mot et le reste / Amazon)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © son du grisli

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8 septembre 2009

Chris Corsano : Another Dull Dawn (Ultra Eczema, 2009)

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Qui a déjà pu voir une performance du batteur et multi instrumentiste Chris Corsano ne peut être qu’impressionné par sa fougue, sa liberté et sa technique incroyables. Qu’il soit seul ou aux côtés d’autres artistes (d’Evan Parker à Thurston Moore en passant par Keiji Haino, C Spencer Yeh et bien d’autres), il s’investit totalement dans une approche autant redevable au noise-rock qu’au free jazz ou à l’improvisation la plus acérée. Son but ne semble jamais être d’élaborer un simple contrepoint rythmique à ses coreligionnaires, mais bien de créer un véritable monde sonore dans lequel toute une série d’objets (cordes, papier collant, mélodica, anche de saxophone, jouets…) sont aussi importants que ses baguettes, cymbales et autres grosses caisses.

Lors de ses performances en solo, comme le laisse entendre The Young Cricketer (paru initialement en CD-R en 2006 et réédité en vinyle sur Family Vineyard en 2008), le musicien  pousse encore plus loin l’exploitation de tous ces procédés. Another Dull Dawn enfonce le clou en concentrant ces effets, en les alternant, parfois en les superposant. Cette incroyable capacité d’ubiquité laisse parfois supposer que le batteur est accompagné, mais il n’en est rien. Les pièces, relativement courtes, exposent un primitivisme sophistiqué qui évoque tantôt certaines musiques traditionnelles (les bols chantants de The Mistaken Reaction), tantôt les dérives furieuses d’un free jazz incendiaire forgé entre autres par le label ESP dans les années 1960 (Kittenish Gnawing, Part 1).

Entre drones hypnotiques, emballées percussives et/ou bruitistes et notes étranges tirées de jouets pour enfants (Kittenish Gnawing, Part 2), le musicien américain parvient à créer un album fascinant d’un bout à l’autre, combinant parfaitement recherche d’idées et spontanéité bien sentie.


Chris Corsano, Another Dull Dawn. Courtesy of Ultra Eczema.


Chris Corsano, Kittenish Gnawing, Part 1. Courtesy of Ultra Eczema.

Chris Corsano : Another Dull Dawn (Ultra Eczema)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
LP : A1/ Another Dull Dawn A2/ Kittenish Gnawing, Part 1 A3/ The Threshing Machine A4/ The Mistaken Reaction A5/ The Drunken Doctor's Blunder Shrugged Away A6/ The Anger Of Kings A7/ Kittenish Gnawing, Part 2 A8/ The Frayed Elevator Cable B1/ The Quick Collapse Of Ice B2/ The Opaque Gasp B3/ The Misread Altimeter B4/ The Wreck B5/ The Hurried Adze B6/ The Knotted Silk Cord B7/ The Chair Dustless In The Tiled Room.
Jean Dezert © Le son du grisli

Archives Chris Corsano

7 août 2009

Fenn O’Berg : The Magic Sound & Return Of… (Editions Mego, 2009)

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A ce stade de leur notoriété, underground indeed, il n’est plus nécessaire de revenir sur les glorieux parcours respectifs des trois ultimate geeks qui forment le projet Fenn O’Berg. Véritables dieux des musiques expérimentales, qu’elles soient d’une teneur ambient majestueuse (Christian Fennesz), indie rock folk noise (Jim O’Rourke) ou drone metal vs electronica (Peter Rehberg aka Pita et moitié de KTL), les protagonistes à l’œuvre en cettte splendide double réédition n’ont plus guère à prouver, si ce n’est envers eux-mêmes. Aujourd’hui pleinement – osons le mot, il n’est point galvaudé – mythiques, les deux albums réunis sur ce double CD datent respectivement de 1999 (The Magic Sound) et 2002 (The Return Of…) et ont marqué une étape cruciale dans le développement de l’improvisation au laptop.

Adeptes d’une liberté d’action sans la moindre concession aux modes de pensée dominants, Fennesz, O’Rourke et Rehberg avaient enregistré The Magic Sound au cours de diverses performances entre Tokyo, Berlin, Hambourg, Vienne et Paris, et c’est peu dire que dix années plus tard, les neuf titres n’ont pas pris une ride. D’un esprit fondamentalement libertaire – à l’image de ce xylophone qui danse, loufoque et jazz, sur les grondements sourds d’un monde digitalisé (Shinjuku Baby Pt. 1) – l’opus ne recule devant aucun obstacle a-mélodique, quitte à nous laisser sur le bord du chemin (Horst und Snail mit Markus). Comme toujours dans ce type de collaborations, les influences des uns et des autres l’emportent, tels Gürtel Eins et Gürtel Zwei, marqués d’une approche quasi-boulezienne, elle n’a jamais autant rimé avec fenneszienne. Carrément superbe en maints endroits (dont Fenn O’Berg Theme, magnifique variation aux contours néo-classiques), l’œuvre est à (re)découvrir de toute urgence.

Le second disque The Return Of… – enregistré au Centre Pompidou et au Porgy & Bess de Vienne – vole tout autant des les hautes sphères de la galaxie électronique. Débutant par quelques secondes pratiquement techno, Floating My Boat noie très vite la tentation du beat qui bouge, pour s’achever sur des boucles obsédantes qui donneront des années plus tard le meilleur de Giuseppe Ielasi (son EP Stunt de 2008). Plus étendues et plus développées, les cinq tracks (dont l’inédit Adidas Sun Tannned Avant Man, sorti à l’époque sur l’édition japonaise) prennent le temps de la (dé)mesure, übersensorielle et métaphysique. Quand elle atteint la grâce ultime d'A Viennese Tragedy, ex-tra-or-di-nai-re contorsion mélodique basée sur des samples d’un orchestre hollywoodien (cette mélodie tournoyante !) essaimé par la ruche d’un certain Christian F., on repense à la maxime de Faithless : God is a Laptop Improviser

Fenn O’Berg : The Magic Sound & Return Of… (Editions Mego / La Baleine)
Enregistrement : 1998, 1999 & 2001. Réédition : 2009.
CD1 : 01/ Shinjuku Baby Pt. 1 02/ Steam Powered Oscillation 03/ Horst und Snail mit Markus 04/ Gürtel Eins 05/ Escape From Hamburg 06/ Shinjuku Baby Pt. 2 07/  Gürtel Zwei 08/ Fenn O’Berg Theme 09/ (5,6m Of) Fenn O’Berg - CD2 : 01/ Floating My Boat 02/ A Viennese Tragedy 03/ Riding Again 04/ We Will Diffuse You 05/ Adidas Sun Tannned Avant Man
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Archives Fennesz
Archives Jim O'Rourke
Archives Peter Rehberg

31 juillet 2009

Nicole Mitchell’s Black Earth Strings : Renegades (Delmark, 2009)

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Le Black Earth Strings est une émanation du Black Earth Ensemble, emmené par la flûtiste Nicole Mitchell. On y retrouve le contrebassiste Josh Abrams et la violoncelliste Tomeka Reid et y sont accueillis la violoniste Renee Baker et la percussionniste Shirazette Tinnin. Il plane sur cette session le même esprit que dans l’Ensemble : celui de la Great Black Music.

Rappelons que Nicole Mitchell est vice présidente de l’AACM, cette association chicagoane qui rassemble des musiciens et dont Lester Bowie, membre fondateur, définissait ainsi le propos : « contribuer à développer la personnalité des jeunes musiciens afin de créer une musique d'un haut niveau artistique à l'attention du grand public ». Soulignons aussi que c’est sur Delmark, historique label indépendant, que sort ce disque.

L’instrumentation évoque tantôt la musique de chambre européenne (le violon, le violoncelle, l’alto et la contrebasse, comme en témoigne Symbology # 1), le jazz (la pulsation de la contrebasse et de la batterie sur Mama Found Out) ou l’Afrique (quand Abrams s’emparant du gembi accompagne les percussions de Tinnin sur Windance). Et c’est la flûte, un des plus anciens instruments du monde, qui fait le lien. Nicole Mitchell est ici au sommet de son art : insaisissable, toujours surprenante et changeante. Elle est à la tête d’un quintet qui, si c’est ici son premier disque, a commencé de jouer il y a bientôt dix ans. D’où le sentiment de fraîcheur et de complicité mêlées.

« J’ai appris que, quand on est femme et noire et que l’on veut faire de la musique, il faut être agressive » nous dit Mitchell. Son groupe, à forte empreinte féminine (un homme, tout de même), parle de liberté et de rupture avec la société machiste (Waris Dirie, en hommage à l’artiste somalienne qui lutte contre les mutilations sexuelles ou encore By My Own Grace, hymne féministe), écho d’un monde impérialiste et esclavagiste (Wade, inspiré par le gospel Wade in the Water) balayés d’un revers de main par ce grand disque.

Nicole Mitchell’s Black Earth Strings : Renegades  (Delmark / Socadisc)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 1/ Crossroads 2/ No matter what 3/ Ice 4/ Windance 5/ Renegades 6/ By my own grace 7/ What if 8/ Symbology #2A 9/ Wade 10/ Waterdance 11/ Symbology #1 12/ Mama found out 13/ If I could have you the way I want you 14/ Symbology #2 15/ Waris Dirie 16/ Aaya’s rainbow
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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30 juillet 2009

Ernesto Rodrigues, Rhodri Davies, Stéphane Rives, Guilherme Rodrigues, Carlos Santos : Twrf Neus Ciglau (Creative Sources, 2009)

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Au Música Portuguesa Hoje festival de Lisbonne, fut donnée l’année dernière une trentaine de minutes d’une musique électroacoustique élaborée par Rhodri Davies (harpe, électronique), Carlos Santos (électronique), Stéphane Rives (saxophone soprano), et puis Guilherme et Ernesto Rodrigues (violoncelle et violon).

Plus d’une demi-heure, pour être tout à fait juste, d’une rencontre internationale s’entendant sur un amas de lignes de fuite, souterraines ou ascendantes, et de drones assemblés : là, un aigu perce, ailleurs, un autre renonce. L’improvisation s’immisce dans le paysage, attire à elle l’auditeur pour l’avaler ensuite. L’exercice est réussi, et l’épreuve : manifeste.

Ernesto Rodrigues, Rhodri Davies, Stéphane Rives, Guilherme Rodrigues, Carlos Santos : Twrf Neus Ciglau (Creative Sources)
Enregistrement : 12 juillet 2008. Edition : 2009
CD : 01/ #1
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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24 avril 2009

Trio X : Live in Vilnius (No Business, 2008)

trio x live in vilnius

Enregistré en mars 2006, voici Live in Vilnius transposé sur deux trente-trois tours allant à la vitesse de quarante-cinq. La rareté de la chose épouse ainsi l’entente intacte de Joe McPhee, Dominic Duval et Jay Rosen.

Au gré d’improvisations, de compositions que les membres du trio se partagent, et d’airs de diverses natures (puisque signés Ornette Coleman, Thelonious Monk, Billie Holiday, Richard Rodgers ou Anton Dvorak), Trio X déploie d’autres preuves d’un jeu intense mis au service de grandes relectures (My Funny Valentine aux sources de Valentines in a Fog of War, God Bless The Child), donc, et de passion dévorant le corps même des instruments (exaltations de McPhee sur Lonely Woman et Law Years, archet décadent de Duval sur Memories of the Dream Book).

Après avoir donné déjà une convaincante lecture d’Evidence, les musiciens en reviennent à Monk : Blue Monk éraillé mais en démontrant en guise de conclusion d’un concert d’exception aujourd’hui retenu sur les cinq cents exemplaires de Live in Vilnius.

Trio X : Live in Vilnius (No Business)
Enregistrement : 27 mars 2006. Edition : 2008.
LP : A.01/ Visions of War, Valentines in a Fog of War A.02/ Going Home B.01/ Dance of Our Fathers, Lonely Woman, Law years C.01/ Smiles for Samuel, The Basic Principles, God Bless The Child D.01/ For Don Cherry, Memories of the Dream Book, In Our Sweet Way D.02/ My Soul Cries Out, Blue Monk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 juin 2009

Splinters : Split The Difference (Reel, 2009)

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A l’instar de Coleman Hawkins aux Etats-Unis, le saxophoniste et flûtiste Edward “Tubby” Hayes et le batteur Phil Seamen purent, en Angleterre, estimer le potentiel du dialogue intergénérationnel entre créateurs curieux.

Ancien partenaire de Ronnie Scott, Hayes s'oppose à tout clivage en se rendant en 1972 au 100 Club de Londres histoire d’échanger avec quelques représentants d’un art musical forcément plus novateur : Trevor Watts (saxophone alto), Kenny Wheeler (trompette et bugle), Stan Tracey (piano), Jeff Clyne (basse) et John Stevens (batterie). Propulsée par une section rythmique renforcée, la rencontre prend d’abord l’allure d’un swing capable de recueillir toutes interventions fantasques : archets de contrebasse rivalisant d’invention avec les entrelacs que dessinent les instruments à vents. La longue pièce, d’imposer ensuite ses allures : bop favorable aux déviations, et puis ballade écartée afin que sonne l’heure des scansions libertaires, grands écarts qui rappellent à Londres les fameux usages de Mingus.

Deux pièces seulement, sur lesquelles les individualités s’accordent sur une concession grandiose, le respect et la confiance en guise de langage commun. L’année suivante, Hayes disparaissait, laissant jouer sans lui les grands représentants d’un autre jazz britannique.


Splinters, Two in One Hundred (extrait). Courtesy of Reel Recordings.

Splinters : Split The Difference (Reel / Orkhêstra)
Enregistrement : 1972. Edition : 2009.

CD :  01/ One in One Hundred 02/ Two in One Hundred
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

22 mai 2009

Christof Kurzmann, Burkhard Stangl : Neuschnee (Erstwhile, 2009)

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Sorti de The Magic I.D., Christof Kurzmann redonne une actualité au duo qu’il forme avec le guitariste, pianiste, vibraphoniste et chanteur Burkhard Stangl, sorti, lui, de Polwechsel. Et Neuschnee, de mettre au jour le curieux rapport des deux hommes au format chanson.

L’électroacoustique pour tout langage, ils abordent le domaine en originaux tourmentés : traînant de longs morceaux sur lesquels on trouve field recordings, ébauches de travaux minimalistes, perturbations sonores et instrumentations démembrées, au rythme d’un vague à l’âme cher jadis à Gastr Del Sol – voix et guitares de Stangl rappelant plusieurs fois celles de David Grubbs.

La lassitude pas assez affirmée pour refuser de créer encore, Kurzmann et Stangl élaborent enfin Gredler, grande pièce de musique dissonante élevée sur boucle, puis Song Songs, au texte nourri de titres de chansons célèbres empruntés à Nick Cave ou à Cole Porter, aux Carpenters ou aux Beatles, histoire de combler de références leur forme singulière de chanson expérimentale.

CD: 01/ Las Hijas de Nieve 02/ In The Global Snow of Things 03/ Gredler 04/ Homeless Dogs 05/ Song Songs >>> Christof Kurzmann, Burkhard Stangl - Neuschnee - 2009 - Erstwhile. Distribution Orkhêstra International.

25 avril 2006

Bass Tone Trap: Trapping (Music à la coque - 2006)

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Formé en 1981 par Martin Archer (saxophones, violon, claviers) et Paul Shaft (contrebasse, voix), le groupe Bass Tone Trap change d’allure à l’arrivée du saxophoniste Derek Saw. Venu du jazz, celui-ci met ses influences au service d’un groupe faisant déjà avec les siennes propres, nombreuses et éclatées. Le résultat : la musique d’une fanfare punk, allant voir, sans se poser de questions, du côté du Krautrock, de la No Wave et du Free Jazz.

Sorti en 1983, Trapping donne à entendre un tel mélange, déjanté et plaidant le long de 13 morceaux en faveur de son émancipation immédiate. Peu importe qu’il s’agisse de le faire au son de progressions expérimentales atmosphériques (Magnetic North) ou bruitistes (Magnetic South), de pop funk délurée (Sanctified), ou de free changeant – virant au swing sur le motif répété des guitares de Safe in The Inner Core, ou plus radical sur Rare & Racy et Afraid of Paper.

Selon l’humeur, les 6 musiciens fantasment les rencontres : celle de Soft Machine et du World Saxophone Quartet (pour l’unisson des instruments à vent auquel il a souvent recours), ou celle de Can et d’Alterations. Le plus souvent convaincantes, ces collisions ne laissent rien en place longtemps et font un puzzle cataclysmique de quelques influences ramassées.

La musique en réaction, confiant à qui veut l’entendre que le domaine n’a rien à faire des leçons. Qui évolua avec Bass Tone Trap 4 années durant au gré d’une énergie impertinente, pour viser aujourd’hui le statut de document démesuré, attestant de l’existence d’un Lower East Side transposé jadis en Angleterre. Forcément moins sourcilleux.

CD: 01/ Sanctified 02/ Safe in The Inner Core 03/ Stay There 04/ Afraid of Paper 05/ Magnetic North06/ Intruder in the Dust 07/ AAK 08/ The Complex Aesthetic of John Jasnoch 09/ Sleep Lights 10/ Magnetic South 11/ Rare & Racy 12/ Africa Calling 13/ Radio Slot

Bass Tone Trap - Trapping - 2006 (réédition) - Music à la coque.

28 novembre 2008

Jacob Kirkegaard : Labyrinthitis (Touch, 2008)

jacob kirkegaard labyrinthitis

Derrière les drones tenaces commandés par Jacob Kirkegaard – lignes de fuite enveloppantes élevées sur de plus aigues, notes cristallines étirées à loisir puis changées en impatientes et finalement fragmentées – et sous ses airs d’ambient constructiviste, l’horizon de Labyrinthitis est fait aussi des réactions de qui l’écoute aux impulsions discrètes qui ne cessent de l’y provoquer.

Sans dire que Kirkegaard élève ici l’acouphène au rang d’œuvre d’art, celui-ci expose l’auditeur à quelques sifflements et bourdons instinctifs, et donc, le met à contribution le temps d’édifier une œuvre qu’il n’aura aucune raison, ensuite, de juger incomplète ou triviale. Parce qu’elle le changera aussi des sourcilleux audiogrammes, non pas tant sur la forme que sur la relativité des résultats qu’il doit en attendre. 

Jacob Kirkegaard: Labyrinthitis (Touch)
Edition : 2008.
CD : 01/ Labyrinthitis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

31 mai 2005

Blank: Post (Grob - 2005)

blank post grob

Des 3 membres de Blank, Rüdiger Carl est celui qui orienta le trio vers la musique improvisée. Convaincus, Oliver Augst et Christoph Korn se sont laissé faire avec assez d’enthousiasme et d’acharnement, semble-t-il, pour proposer aujourd’hui sur Grob un florilège iconoclaste de leurs enregistrements : Post, 33 morceaux.

S’y bousculent, dans le désordre, et pour résumer, une musique folk sérielle – convaincante (Blut, Coal, Brut) ou non (Herero) -, des expériences bruitistes ravissantes (Radio, Jam), un rock décomplexé et rugueux (Konto) ou un post-rock nullissime (Rag), une berceuse angoissante (des)servie par les pires sonorités d’un mini synthétiseur qui commence à dater (Blade).

Ailleurs, le trio crache une samba sur les mots de T.S. Elliot (Old), déploie un blues blanc sur ceux de Werner Büttner (Green Birds) ; instigue une marche pop (Groom) ou entrecoupe d’envolées de beat box une valse punk saturée (Spartakus). Ici, comme sur Revenge ou Bullet, un parallèle possible avec la musique de Xiu Xiu, lorsque – trop rarement, d’ailleurs – celle-ci sert des compositions valant la peine qu’on s’y attarde.

Bien sûr, presque inévitablement, des plages inutiles (Pill, Twister, Vage). Rien de grave, étant donné le propos de Post : déluré, irrespectueux à souhait, refusant toujours d’envahir le champ d’une esthétique du fini à laquelle on a l’habitude de sacrifier l’âme. Originale, celle dont Blank dote ses 33 exercices de styles, ingrédients d’un bouillon de cultures divertissant et vengeur.

Blank : Post (Grob / Metamkine)
Edition : 2005.
CD : 01/ Parken 02/ Revenge 03/ Twister 04/ Spartakus 05/ Brot 06/ Pill 07/ Herero 08/ Bleib 09/ Radio 10/ Poke 11/ Bullet 12/ Old 13/ Ash 14/ Rag 15/ Trap 16/ Pace 17/ Blade 18/ Vage 19/ Blut 20/ Green Birds 21/ Groom 22/ Kerouac 23/ Bote 24/ Hoheit 25/ Coal 26/ Runover 27/ Tin 28/ Brut 29/ Home 30/ Welt 31/ Jam 32/ Konto 33/ Byebabe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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