Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Sun Ra : Cosmo Earth Fantasy (Art Yard, 2012)

sun ra cosmo earth fantasy

Ce qu’Art Yard édite sous le nom de Cosmo Earth Fantasy est un fourre-tout qui célèbre l’univers éclaté de Sun Ra. Musiciens et chorale engoncés en vaisseaux de carton et d’aluminium chantent là le jazz libre, l’expérimentation sonore, l’illustration à usage chorégraphique…

Des enregistrements datés de 1967 à 1974, de répétitions et prestations mêlant danse et musique : nouvelles strange strings en ouverture, explorations de l’intérieur des instruments (piano, premier de tous), joutes auxquelles se livrent Hohner clavinet et hautbois de Marshall Allen, tambours remontés et percussions frénétiques qui défont sur leur passage les réunions opportunes des gestes que l’on imagine aux danseurs et d’une musique directive (claques de Danny Ray Thomson et Atakatune, voix d’Eddie Thomas et Akh Tal Ebah), abstraite (Sun Ra en double éclaireur), répétitive (voix de June Tyson), romantique même (John Gilmore au saxophone ténor). A huit, l’(Astro Infinity) Arkestra sonne un retour au jazz frisant hard bop ; réduit à quatre, il soumet le meneur, Gilmore, Ronnie Boykins et Thomas Hunter, à la mélodie d’Autumn in New York.

C’est ensuite un enregistrement (Saturn) de concert, daté de 1975. « We ran the Cosmos, my brothers and I » : d’hallucinations collectives en surenchères vocales, la formation s’adonne à un théâtre musical plus anecdotique. Ce n’est l’affaire que de dix minutes, et encore, à relativiser seulement.

Sun Ra and His Astro Infinity Arkestra : Cosmo Earth Fantasy (Art Yard / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Cosmo Earth Fantasy 02/ Love Is For Always 03/ The Song Of Drums 04/ The World Of Africa 05/ What's New 06/ Wanderlust 07/ Jukin' 08/ Autumn In New York 09/ Space Is The Place, We Roam The Cosmos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marion Brown : Marion Brown Quartet (ESP, 1965)

marion brown quartet

Ce texte est extrait du troisième des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

coltrane brown shorter

LeRoi Jones (Amiri Baraka) vit en Marion Brown l’un des premiers disciples d’Ornette Coleman. L’un des premiers dignes d’intérêt, s’entend… Par Coleman, qui lui prêta plusieurs fois son alto de plastique et de légende, Brown fut en quelque sorte adoubé. Après quoi, d’autres figures de taille reconnurent le talent du saxophoniste au point de l’employer : Bill Dixon, Archie Shepp (Fire Music, février 1965) et puis John Coltrane (Ascension, juin 1965). De la séance, Brown se souviendra : « On a fait deux prises, et elles avaient toutes les deux en elles le genre de truc qui fait hurler les gens. Les gens qui étaient dans le studio hurlaient. Je ne sais pas comment les ingénieurs ont préservé le disque des cris. »

En novembre de la même année, Brown aura l’opportunité d’enregistrer pour la première fois sous son nom. Son premier disque, estampillé ESP, prendra celui de la formation qu’il emmène : Marion Brown Quartet – un quartette un brin changeant : sur « Capricorn Moon », on trouve ainsi le saxophoniste en compagnie d’Alan Shorter (trompette), Ronnie Boykins et Reggie Johnson (contrebasses), et puis de Rashied Ali (batterie). Boykins, membre de l’Arkestra de Sun Ra, est ici celui qui augmente le quartette, enfonçant le gimmick qui impulse « Capricorn Moon », composition d’obédience latine sur laquelle l’alto et la trompette pourront tour à tour vriller avec nonchalance – les usages de Boykins vont au gimmick, comme le redira « The Will Come, Is Now », morceau-titre de son premier disque, enregistré une dizaine d’années plus tard.

MARION BROWN DOS

Sans Boykins et en présence du saxophoniste Bennie Maupin en lieu et place d’Alan Shorter, Brown enregistre « Exhibition », titre qui joue lui aussi d’un gimmick et d’unissons. Ainsi donc, ce n’est que sur un des trois titres de Marion Brown Quartet qu’il est donné d’entendre le Marion Brown Quartet : « 27 Cooper Square ». Noter que la pièce est courte : moins de quatre minutes d’un bop virant free dont Brown occupe tout l’espace – les dernières secondes, Shorter s’y fait entendre avant de revenir au thème afin que le groupe en finisse. Pour compenser peut-être (sans doute pas, en vérité), la formation défendra une composition de Shorter : « Mephistopheles », qui sera écartée du pressage original – une autre version de ce titre, enregistrée le mois précédent par Alan Shorter sous la conduite de son frère Wayne, paraîtra sur un disque Blue Note, The All Seing Eye. Le saxophoniste dira de « Mephistopheles » qu’il est un cri que le diable en personne pourrait vous arracher.

Marion Brown 3

Si on ôta ce cri de la version originale de Marion Brown Quartet, il n’en résonne pas moins dans l’ouvrage puisqu’il est le souffle de vie que se partagent Marion Brown et Alan Shorter, l’entente sur laquelle fleurit « le genre de truc qui fait hurler les gens ». Avec Shorter et Maupin sur Juba-Lee, disque Fontana dont l’audace est intimidante, Brown plaidera avec autant de verve que sur Marion Brown Quartet en faveur de cette affirmation de Luigi Russolo : « La caractéristique du bruit (est) de nous rappeler brutalement à la vie ». Aucun des disciples d’Ornette Coleman n’aurait pu contredire la formule ; peu l’auront illustrée avec autant de panache que Marion Brown

guillaume belhomme philippe robert free fight camion blanc

 

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Joseph Ghosn : Sun Ra. Palmiers et pyramides (Le Mot et le Reste, 2014)

joseph ghosn sun ra

Dans un français que pourrait ô combien lui envier Guillaume Musso – pour sa simplicité, ses raccourcis terribles, ses fautes grammaticales et lourdeurs (« pas un instant ces gens-là ne semblent pas sérieux », « un groupe né à Chicago qui existe depuis au moins le milieu des années 50 », etc.) –, Joseph Ghosn a signé un petit livre sur Sun Ra. « Petit » est, précisons-le, à prendre dans tous les sens du terme : un sous-titre « à la » Sébastien Tellier (Palmiers et Pyramides) et la nécessité vitale ressentie par quelques poseurs incultes l’y engageaient sans doute.

En guise de portrait, un pot-pourri d’une quarantaine de pages qui mêle approximations historiques (en 1956, Sun Ra jouait « dans la continuité du hard bop » comme « Miles Davis ou John Coltrane » ; heureusement, le conditionnel existe), affirmations à l’emporte-pièce (l’Arkestra serait le « dernier grand orchestre de jazz » ; pour avoir interprété un morceau de musique tiré d’un film que Nat King Cole aura repris avant lui, on soupçonnera Sun Ra d’être fasciné par Hollywood ; quant à Coltrane, lorsqu’il salue après un concert la prestation de John Gilmore, le voici encaissant cette délirante appréciation de l’auteur : Gilmore jouant, je cite, « comme Coltrane tentait de le faire et tenterait de le faire jusqu’à la fin de ses jours, cherchant un idiome qui se démarquerait de la tradition, allant vers quelque chose d’à la fois plus sensible, énergique, spontané et spirituel. » Ouch.

Tout ça fait déjà beaucoup, mais notre affaire est loin d’être pliée. Car, si l’on ne peut douter de l’honnêteté de l’intérêt que Ghosn porte à tout ce qui brille (ou à ce qui, au moins, « fait original »), pourquoi applaudir au rituel d’un Arkestra déclinant qui défile entre les tables d’un restaurant à la fin des années 1990 ou s’émerveiller au moindre emploi d’un instrument rare (trautonium sur Electronics, boîte à rythmes sur Disco 3000) ? Mû par le « tout sensation », et enhardi par quelques recherches Discogs / INA / Wikipédia, le goût de Ghosn pour la curiosité accouche là d’une curieuse biographie, que se disputent sottises et phrases vides de sens. D’anecdotes en broutilles, l’auteur passe donc à côté de son sujet (si tant est que ce sujet n’est pas, en fait, sa propre personne), quand il ne lui marche pas tout bonnement dessus. A coup de digressions nombrilistes (souvenirs de lycée, absurdes affinités musicales…) notamment.

A titre personnel, je me moque de savoir par quel truchement tel ou tel auteur a pu, un jour ou l’autre, tomber sur l’objet de ses désirs qui lui permettra de démontrer au monde sa profonde nullité. Me voici, ceci étant, surpris d’apprendre que l’Arkestra, ce « groupe si atypique », « sait maîtriser la tradition avec un brio extrême. Comme pour mieux s’en moquer, s’en départir. » A l’auteur qui aurait aimé l’interroger sur le sujet, j’ose espérer que le Sun Ra en question aurait eu l’audace de retourner une claque intergalactique…

Aussi intergalactique, en tout cas, que les poncifs qui se succèdent dans ce livre – la musique de Sun Ra est bel et bien « venue d’ailleurs », « moderne et exotique », « improbable » (toujours moins que ce même livre), « extra-terrestre »… En ces termes, tout est dit, soit : très peu de choses (si ce n’est rien). Quid des premiers écrits de Sun Ra, de sa poésie revendicative, de l’influence – voire, de l’emprise – qu’il exerça sur ses troupes… ? Certes, il était plus essentiel de parler des « hommages » rendus au musicien par quelques projets récents (UNKLE, Zombie Zombie, Lady Gaga…).

Suite au minable portrait, une discographie sélective – soixante-dix pages cette fois, à l’introduction desquelles l’auteur ne dit plus « je » mais « nous ». Là, des formules creuses et des accroches à suspens, des approximations encore, du vide toujours... Journalisme. Et pour qui aura espéré se consoler à la lecture de la bibliographie : peine perdue. Une quinzaine de références (dont une bonne moitié abordant le sujet Sun Ra de très loin seulement : ouvrages de Carles et Comolli, Kofsky (on ne sait pourquoi changé ici en « Stofsky »), Bardin, Corbett ou Caux…). Aux curieux véritables, voici de vrais conseils de lecture :

CAMPBELL, Robert, The Earthly Recordings of Sun Ra, Cadence, 1994.
KAPLAN, Marc, The Last Temptation of Sun Ra, Xlibris, 2011.
PEKAR, Harvey, Sun Ra, Vendetta, 2005.
SINCLAIR, John, Sun Ra: Interviews & Essays, Headpress, 2010.
SUN RA, The Wisdom of Sun Ra - Sun Ra's Polemical Broadsheets and Streetcorner Leaflets, Chicago Press, 2006.
SUN RA, This Planet Is Doomed, Kicks, 2013.
SZWED, John, Space is the Place: The Lives and Times of Sun Ra, Mojo, 2000.
TCHIEMESSOM, Aurélien, Sun Ra : un noir dans le cosmos, L’Harmattan, 2005.
ZERR, Sybille, Picture Infinity: Marshall Allen and the Sun Ra Arkestra, Zerr, 2011.
 
Pardon maintenant, le papier est un peu long – une heure d’écriture, guère plus (on l’espère) que le temps qu’il fallut à Ghosn pour pondre la chose incriminée – mais finira sur une note positive : pour ce traité de « palmiers et pyramides », la catastrophe économique n’est pas à craindre : au royaume des poseurs, les derniers seront les premiers. 

Joseph Ghosn : Sun Ra. Palmiers et pyramides (Le Mot et le Reste)
Edition : 2014.
Livre : Sun Ra. Palmiers et pyramides.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

john coltrane luc bouquet lenka lente

 

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Sun Ra : College Tour Volume One (ESP, 2010)

sunrasli

Entre comédie musicale intergalactique et free incandescent, Sun Ra n’en fait qu’à sa tête. La prochaine étape sera Saturne nous prévient-il. Et Mars, tout de suite après. Cette nouvelle mouture de Nothing Is… est une pure bénédiction pour les fans : un premier set offert dans son intégralité, un second presque complet et quelques extraits du sound check pour finir. Tout ceci, rendu possible grâce au producteur Michael D. Anderson, archéologue avisé et grand admirateur du pianiste.

18 mai 1966 – St. Lawrence University – New York : c’est donc la « tournée des collèges ». L’orchestre est au grand complet (John Gilmore, Marshall Allen, Pat Patrick, Robert Cummings, Teddy Nance, Ali Hassan, Clifford Jarvis, Ronnie Boykins, James Jackson, Carl Nimrod). Le pianiste Burton Greene présente les musiciens. La joie est palpable. Marshall Allen s’écorche les doigts à trop vouloir harponner l’ultra-aigu. Les thèmes s’enchaînent. Parfois, le leader interrompt une improvisation et ordonne un nouveau thème. La musique est au bord du précipice, toujours prête à se rompre le cou, toujours en fusion-action mais jamais en attente. Les riffs sont dissonants ici, plus rassurants ailleurs ; les joutes batterie-percussions crépitent, la musique chaloupe, chavire, jamais ne dérive. C’est une musique de mirages et de certitudes (le rôle essentiel de Ronnie Boykins et Clifford Jarvis, essentielle cheville ouvrière de l’orchestre ; l’omniprésence d’un John Gilmore au sommet de son art). Bref un disque qui est de l’ordre de l’indispensable.

Sun Ra : College Tour Volume One : The Complete Nothing Is… (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Edition : 2010
CD1 : 01/ Burton Greene Introduction 02/ Sun Ra & His Band from Outer Space 03/ The Shadow World 04/ Interpolation 05/ The Satellites Are Spinning 06/ Advice to Medics 07/ Velvet 08/ Space Aura 09/ The Exotic Forest 10/ Theme of the Star Gazers 11/ Outer Space Ways Incorporated 12/ Dancing Shadows 13/ Imagination 14/ The Second Stop Is Jupiter 15/ The Next Stop Mars - CD2 : 01/ The Satellites Are Spinning 02/ Velvet 03/ Interplenetary Chaos 04/ Theme of the Star Gazers 05/ The Second Stop Is Jupiter 06/ We Travel the Spaceways 07/ Nothing Is 08/ It Is Eternal 09/ State Street 10/ The Exotic Forest
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP, 2009)

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Mille nouvelles copies vinyle du second volume de The Heliocentric worlds of Sun Ra tournent aujourd'hui. Milles planètes redécouvertes tournant autour du soleil ou de Sun Ra, au choix.

Enregistré à New York en 1965, le disque fait évoluer un octette qui, à lui seul, aura concrètement – et peut être mieux que les autres formations du pianiste – mis en scène et en espace une esthétique bouleversante. En ouverture, The Sun Myth progresse lentement au gré des fluctuations de l'archet de Ronnie Boykins et de la clarinette basse de Robert Cummings avant que le meneur commande l'invasion d'un free chaotique, enfoncé à coups de baryton par l'inégalable Pat Patrick. Mais les reliefs sont changeants, et les attitudes s'y adaptent : redescente obligée le temps de laisser la musique évoluer sur quelques glissements de terrains surprenants.

L'autre face contient deux pièces, exploration d'un palais des glaces sur lequel le groupe sera tombé finalement : flûte de Marshall Allen illustrant le ravissement sur A House of Beauty qui en appelle déjà au champ dévasté : Cosmic Chaos forcément percussif, et cédant sous l'alto de John Gilmore malgré les pansements et piqures de rappel au jazz ancien prescrits par la trompette de Walter Miller. Soudain, sur Cosmic Chaos, le soleil n'est plus par sa lumière (clarinette basse encore, ombreuse, insistante, de Cummings) mais par son énergie : l'essentiel, donc.

Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 novembre 1965. Réédition : 2009.
LP : A01/ The Sun Myth B01/ A House of Beauty B02/ Cosmic Chaos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sun Ra : Featuring Pharoah Sanders and Black Harold (ESP, 2009)

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Afin de célébrer le passage de l’année 1964 à l’année 1965, Sun Ra et son Arkestra – assez rare, celui-ci, puisqu’on y trouve Pharoah Sanders en lieu et place de John Gilmore, alors parti tourner en compagnie d’Art Blakey – prenait place dans une manifestation organisée par la Jazz Composers Guild de Bill Dixon.

Auprès du pianiste, trouver aussi les saxophonistes Marshall Allen et Pat Patrick, les contrebassistes Ronnie Boykins et Alan Silva, les percussionnistes Clifford Jarvis et Jimmy Johnson, enfin, et la liste n’en sera pas pour autant moins incomplète, le flûtiste Black Harold (Harold Murray). Sorti à l’origine sur Saturn Records – et aujourd’hui augmenté de six pièces –, l’enregistrement démarre au son de solos timides et d’un tout percussif qui augure de la suite.

Délurée, celle-ci : entre la reprise de We Travel The Spaceways et The Voice of Pan aux flûtes forcément débordantes, trouver un free jazz plus vindicatif encore que celui qui aura fait la réputation de Sun Ra : Sanders éructant sur ce Rocket Number 9 à la découpe déjà singulière, rivalité des vents sur The Now Tomorrow, sur lequel Black Harold parvient quand même à faire entendre une mélodie délicate. En guise de conclusion, le mouvement lent instigué au piano, et beaucoup de flûtes encore : Space Mates au bout d’une odyssée grandiose.

Sun Ra : Featuring Pharoah Sanders and Black Harold (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1964. Réédition : 2009.
CD : 01/ Cosmic Interpretations 02/ The Other World 03/ The Second Stop is Jupiter 04/ The Now Tomorrow 05/ Discipline 9 06/ Gods On A Safari 07/ The World Shadow 08/ Rocket Number 09/ The Voice Of Pan 10/ Dawn Over Israel 11/ Space Mates
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Sun Ra

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Ronnie Boykins: The Will Come, Is Now (ESP - 2009)

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« Bernard Stollman nous approchait à l’occasion de concerts, venait nous parler puis nous offrait la possibilité d’enregistrer un disque », confiait récemment Henry Grimes au moment d’évoquer The Call, disque qu’il signa pour ESP. Après avoir fait, dans les années 1960, la connaissance de Sun Ra, le producteur s’empressa de faire la même proposition à Ronnie Boykins, contrebassiste de l’Arkestra qui prit son temps avant d’entrer en studio pour l’enregistrement de The Will Come, Is Now, unique référence de sa discographie personnelle.

Aujourd’hui réédité par ESP, l’enregistrement, datant de 1974, retient de brillantes preuves du talent de compositeur de son leader : premières secondes imposant sans attendre la langueur d’un morceau-titre qu’épouseront les solos des saxophonistes Jimmy Vass, Monty Waters et Joe Ferguson, et du tromboniste Daoud Haroom avant que Boykins donne un aperçu définitif de son art à l’archet.

Plus loin, l’alto de Vass rappelle celui de Dolphy sur une ballade vieille école à la progression chancelante (Starlight at The Wonder Inn) avant qu’une confusion amusée ne s’empare de Demon’s Dance et de The Third I – ici, Boykins passé au sousaphone. Reste à célébrer Dawn Is Evening, Afternoon, boucle lasse et tombante (gimmick de contrebasse contre unisson des souffles) interrompue par des parcelles d’un swing déviant sur lequel s’accordent toutes pratiques libertaires. Se poser alors la question : combien de musiciens à discographie débordante accepteraient de renoncer à celle-ci pour un seul disque de la qualité de The Will Come, Is Now ? Autant, sans doute, qu’il pourrait en exister de sensés.

CD: 01/ The Will Come, Is Now 02/ Starlight At The Wonder Inn 03/ Demon’s Dance 04/ Dawn Is Evening, Afternoon 05/ Tipping on Heels 06/ The Third I >>> Ronnie Boykins - The Will Come, Is Now - 2009 (réédition) - ESP Disk. Distribution Orkhêstra International.

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Sun Ra: Some Blues But Not The Kind Thats Blue (Atavistic - 2007)

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Publiée par Saturn en 1978, voici rééditée par le label Atavistic la somme d’interprétations rares qu’est Some Blues But Not The Kind Thats Blue – standards et compositions du pianiste enregistrés à neuf ou dix en 1977 –, augmentée de deux versions de I’ll Get By, enregistrées en trios en 1973.

D’un amas d’instruments geignant parvient d’abord à s’extirper le thème de Some Blues qu’impose un piano leste, attentif aux solos – instruments pas tous à la même distance du micro – de John Gilmore, Marshall Allen  et Akh Tal Ebah. Traités avec grâce, ensuite : le thème de My Favorite Things : instruments à vents (dont le ténor rauque de Gilmore) portés par l’accompagnement sombre du leader ; celui de Nature Boy, évoqué par les arpèges de piano puis croulant sous les dissonances dues aux flûtes.

Et puis, I’ll Get By, deux fois interprétée : par Sun Ra à l’orgue, Ronnie Boykins et Akh Tal Ebah, version au cool décalé un peu par l’intervention d’un clavier parfois excentrique ; par un second trio, ensuite, Gilmore remplaçant le trompettiste et mesurant ses écarts pour ne pas trop rompre avec les intentions convenables. Autant d’atouts en faveur d’une autre réédition, d’un autre document d’importance.


Sun Ra, I'll Get By. Courtesy of Atavistic.

CD: 01/ Some Blues But Not The Kind Thats Blue 02/ I’ll Get By 03/ My Favorite Things 04/ Untitled 05/ Nature Boy 06/ Tenderly 07/ Black Magic 08/ I’ll Get By 09/ I’ll Get By

Sun Ra - Some Blues But Not The Kind Thats Blue - 2008 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International. 

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Sun Ra: Strange Strings (Atavistic - 2007)

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Réédition d’un album enregistré en 1966 et publié sur le propre label de Sun Ra, Strange Strings revient sur la rencontre entre l’Arkestra et d’hétéroclites instruments à cordes.

Hétéroclites, parce qu’aussi bien glanés en pays étrangers que sortis des claviers électroniques du leader, et arrachant au petit bonheur leurs combinaisons instables : Ronnie Boykins suivant à la viole l’allure éléphantesque de Worlds Approaching malgré les perturbations des saxophones de Pat Patrick, Marshall Allen et John Gilmore ; archets extirpant des plaintes longues et aigues sur l’accompagnement aléatoire d’une section rythmique perturbée (Strings Strange).

Expérimental, l’enregistrement l’est peut-être plus encore qu’aucun autre de Sun Ra, et se voit forcément refuser le titre d’introduction idéale à l’œuvre du pianiste. Mais celui-ci a-t-il encore besoin d’être découvert ? Et ne faut-il pas baser toute réédition sur tel ou tel aspect de sa musique qui aurait pu échapper à l’initié ? La secte des connaisseurs prend alors acte de la réédition de l’excellent Strange Strings, augmenté de Door Squeak, morceau sur lequel Sun Ra convainc Ronnie Boykins de l'intérêt de dialoguer avec une porte.

CD: 01/ Worlds Approaching 02/ Strings Strange 03/ Strange Strings 04/ Door Squeak

Sun Ra - Strange Strings - 2007 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

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Sun Ra: What Planet Is This? (Leo Records - 2006)

raraEnregistrement d’un concert donné en 1973 à New York, What Planet Is This? inaugure en beauté une série intitulée « The Waitawhile Sun Ra Archives », instiguée par Leo Records afin de combler quelques lacunes encore repérables dans la discographie du maître.

1973, donc ; le 6 juillet, où, menant un Arkestra de 25 musiciens, Sun Ra réécrit ses propres thèmes ou décide de l’usage d’improvisations renversantes : jouant de la surenchère des intervenants (première Untitled Improvisation), ou propulsant les fulgurances collégiales d’un free orchestral exacerbé (deuxième Untitled Improvisation).

Partout ailleurs se succèdent des thèmes déposés en chaloupes, fuyant la navette en perdition. Disséminés selon les mouvements aléatoires de mécaniques astrales, ils prennent la forme de rengaines apaisantes (Astro Black, chantée par June Tyson, dont la voix rappelle celle de Jeanne Lee) ou heureuses (Enlightenment), celle d’un swing bancal s’amusant des stridences (Discipline 27) ou d’une progression bruyante, baroque et dense (The Shadow World).

Après le free radical, comme pour faire contrepoids, l’Arkestra s’engouffre dans l’unisson salvateur des instruments à vent, qui se retirent bientôt pour laisser toute la place à l’allure tenue et chargée des percussions (Watusa, Egyptian March). Sur Love in Outer Space, déjà, elles avaient convaincu de leur importance, placées, nombreuses, en face d’un Sun Ra expérimentant à l’orgue.

Faiblissant rarement, l’émulsion disperse, sur What Planet is This ?, un enthousiasme exubérant, relevé ici ou là par la présence de solistes hors pair - les saxophonistes John Gilmore et Marshall Allen ; le contrebassiste Ronnie Boykins. Combinant pendant deux heures swing et free jazz, blues sophistiqué et expérimentations ludiques, l’équipage choisit de mettre un terme au voyage au son d’une valse décalée, sur laquelle il s’interroge : « What Planet Is This? » Question-réponse imposée, devenue complément discographique indispensable.

CD1: 01/ Untitled Improvisation 02/ Astro Black 03/ Discipline 27 04/ Untitled Improvisation 05/ Space is The Place 06/ Enlightenment 07/ Love in Outer Space - CD2: 01/ The Shadow World 02/ Watusa, Egyptian March 03/ Discipline 27-II

Sun Ra - What Planet Is This? - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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