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Spontaneous Music Ensemble : Oliv & Familie (Emanem, 2014)

spontaneous music ensemble oliv & familie

Enfermant désormais ses rééditions en élégants digipacks à volets, Martin Davidson n’oublie jamais d’y coucher quelques notes qui remettent la référence rééditée dans son contexte (musical, social, historique même). Ainsi, explique-t-il ici qu’Oliv & Familie (jadis sorti sur Maramalade, soit Polydor) est le troisième disque du Spontaneous Music Ensemble à avoir été édité, et aussi le premier à exposer un SME de cette taille.  

Dix musiciens – dont Trevor Watts, Evan Parker, Derek Bailey et Dave Holland –, auprès de John Stevens, pour l’enregistrement de Familie (deux versions) en janvier 1968. Sous influence japonaise (Davidson attire d’ailleurs notre attention sur le mouvement lent du gagaku), le groupe suit une partition dont les longues notes (voix de Pepi Lemer et Norma Winstone, flûte de Brian Smith) mettent à mal les lignes parallèles jusqu’à ce que le piano de Peter Lemer provoque les perturbations qui engageront les musiciens à abandonner la semi-composition pour une improvisation libre – qu'expressions concentrées, chutes de tension et éclats individuels, éloigneront peu à peu du bourdon qui composait sa trame.

C’est à neuf qu’a été enregistrée la première des deux variations d’Olive datant de l’année suivante. Aux voix, Pepi Lemer, Carolann Nicholls et Maggie Nicols, installent un autre bourdon, aux strates oscillantes, sur lequel Kenny Wheeler et Derek Bailey s’accordent bientôt avant de suivre les intérêts communs de Peter Lemer et Johnny Dyani : et le jazz gagne l’improvisation. Du même thème, Stevens fera tout autre chose encore en compagnie de Nicols, Watts et Dyani. Oliv II est ce quart d’heure que la voix et le saxophone alto s’approprient en douce. Leur dialogue, découpé, paraît écrit sous le coup de surprises. La composition instantanée que peut, parfois, être l'improvisation a-t-elle jamais aussi bien porté son nom ?

Spontaneous Music Ensemble : Oliv & Familie (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1968-1969. Réédition : 2014.
CD : 01/ Familie 02/ Oliv I 03/ Oliv II 04/ Familie (alternative ending)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Reg Schwager, Michel Lambert : Trio Improvisations (Jazz from Rant, 2013)

reg schwager michel lambert trio improvisations

Ici, 3 fois 3 trios. Et à neuf reprises, le duo Reg Schwager / Michel Lambert se frottant aux audacieux Kenny Wheeler, Michael Stuart ou Misha Mengelberg.

Avec le trompettiste,  la connexion est immédiate : climats introspectifs ou plus éclatés, ils cisèlent le naturel et diffusent les phrasés avec douceur et connivence. A (presque) chaque note, la beauté et l’évidence. Avec le saxophoniste, ils puisent en des profondeurs fécondes. Mélodies approchées mais jamais diffusées, sens du cadre et sages harmoniques, le saxophoniste excelle à varier ses effets. Avec le pianiste, ils découvrent le royaume de l’aléa. Dissonances, réduction du motif, errance et égarements, ils doivent compter sur leur sang froid pour éviter le hors sujet. Ce qu’ils réussissent merveilleusement bien ici, et ce, sans se défaire de leurs qualités habituelles : sens de l’écoute et de la répartie, abondance de suggestions et propositions, scintillement des cymbales et clarté des arpèges. Ici, 3 fois 3 beaux trios.

EN ECOUTE >>> Trio Improvisations (extraits)

Reg Schwager, Michel Lambert : Trio Improvisations (Jazz from Rant)
Enregistrement : 2001-2002. Edition : 2013.
CD : 01/ Out Class 02/ Gander 03/ After Thought 04/ Undertow 05/ Cross Talk 06/ In Sight 07/ Sense Less 08/ Hamlet 09/ Dysfunctional Harmony
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Foxes Fox : Live at the Vortex (Psi, 2012)

foxes fox live at the vortex

C'est en studio, à l'été 1999 d'abord (pour Foxes Fox, Emanem), peu après la formation « accidentelle » du groupe – par adjonction de Steve Beresford (piano) au trio d'Evan Parker (aujourd'hui au seul ténor), John Edwards (contrebasse) et Louis Moholo (batterie) – à l'automne 2004 ensuite (avec Naan tso, Psi), que les quatre musiciens avaient jusqu'alors enregistré, et il est particulièrement heureux que les micros de Steve Lowe les aient enfin saisis sur scène pour leur troisième disque, tant leur équipe semble adaptée à ce terrain.

La qualité toute orageuse du son que le quartet développe dès les premiers instants est électrisante et rend ce concert au Vortex passionnant. Remous brassés d'Edwards ; clavier insaisissable ou charpenteur ; batterie bruissante et tendue, explosible ; ténor rauque, sanglier à la hure hirsute. De front, une manière martiale, embrasée, propulsive. S'y complaire aboutirait à une complète combustion (et de l'invention et de notre attention) : il faut combiner, composer, et la quarantaine de minutes du premier set suffit, avec ses vrais moments de bravoure, à l'extraction d'un free rugueux auquel on pouvait certes s'attendre... mais auquel on ne peut se soustraire.

L'arrivée de Kenny Wheeler (trompette et bugle) sur les planches, pour quarante autres minutes, permet de rebattre un peu les cartes. Ses sinuosités ouvrent des perspectives et suggèrent d'autres climats : l'horizon y gagne éclaircissement, répartition, profondeur de plans, et les échanges se renouvellent en conséquence – jusqu'à un certain lyrisme. Que demander de plus ?

Foxes Fox : Live at the Vortex (Psi / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Foxes Set 1 02/ Foxes Set 2 03/ Foxes Set 3
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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John Surman : Flashpoint (Cuneiform, 2011)

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Un zeste d’Africa-Brass, un zeste de big-band bien swinguant, un zeste de free héroïque : John Surman, en ce printemps 69, multiplie les figures avec décontraction et détermination. Donne la parole aux diplomates (Kenny Wheeler, Ronnie Scott, Fritz Pauer), aux éruptifs affamés (Alan Skidmore, Mike Osborne), à ceux qui ne savant pas trop quoi en faire (Malcolm Griffiths, Erich Kleinschuster, Alan Jackson) ; charge le merveilleux Harry Miller de lier le tout. Et n’oublie pas, au passage, de signer quelques vaillants solos.

En CD et en DVD noir et blanc (avec indications et remarques du leader après chaque prise), cette répétition filmée mérite amplement le détour.

John Surman : Flashpoint : NDR Jazz Workshop – April ’69 (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1969. Edition : 2011.  
CD : 01/ Mayflower 02/ Once Upon a Time 03/ Puzzle 04/ Gratuliere 05/ Flashpoint - DVD : 01/ Mayflower 02/ Once Upon a Time 03/ Puzzle 04/ Gratuliere 05/ Flashpoint
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Anthony Braxton : Creative Orchestra (Köln) 1978 (HatOLOGY, 2009)

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En concert à Cologne en 1978, le Creative Orchestra d’Anthony Braxton vivait ses dernières heures, et peut être aussi ses plus intenses, à en croire ce Creative Orchestra (Köln) 1978, aujourd'hui éédité.

Parmi la vingtaine d’intervenants auprès de Braxton, souligner les présences de Vinny Golia, Leo Smith, Kenny Wheeler, George Lewis ou Marilyn Crispell – détail de l’orchestre à trouver en image. Pour tenter de décrire la musique, commencer par dire la lutte engagée sur Language Improvisations par un soprano contre le reste d'un groupe, lutte qui servira les intérêts du guitariste James Emery.

Cinq compositions du chef d’orchestre, ensuite : numérotées 55 (bop servi à l’unisson puis démoli par individualismes), 45 (musique de fanfare mêlant le grotesque à ses tourments obsessionnels), 59 (masse compacte née de dissonances d’où ne dépassera plus une note), 51 (bop soumis davantage aux oppositions frontales des solistes, Crispell étant de ceux-là la plus radicale de toutes) et enfin 58 (exploration sonore d’essence plus rare sur laquelle l’accordéon de Birgit Taubhorn et le synthétiseur de Bob Ostertag revendiquent leur place en musique créative et donnent par la même une leçon de subtilité à la plupart des défenseurs de tango jazz ou de fusion). En conclusion de cette même composition, une marche grave impose son allure, « funèbre » pourrait la qualifier. A suivre, la disparition du Creative Orchestra la revendiquerait même, après avoir presque tout prouvé dans le domaine de la musique créative comme dans le domaine de la musique d’orchestre.

Anthony Braxton : Creative Orchestra (Köln) 1978 (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1978. Réédition : 2010.
CD1 : 01/ Language Improvisations 02/ Comp. 55 03/ Comp. 45 – CD2 : 01/ Comp. 59 02/ Comp. 51 03/ Comp. 58
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Splinters : Split The Difference (Reel, 2009)

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A l’instar de Coleman Hawkins aux Etats-Unis, le saxophoniste et flûtiste Edward “Tubby” Hayes et le batteur Phil Seamen purent, en Angleterre, estimer le potentiel du dialogue intergénérationnel entre créateurs curieux.

Ancien partenaire de Ronnie Scott, Hayes s'oppose à tout clivage en se rendant en 1972 au 100 Club de Londres histoire d’échanger avec quelques représentants d’un art musical forcément plus novateur : Trevor Watts (saxophone alto), Kenny Wheeler (trompette et bugle), Stan Tracey (piano), Jeff Clyne (basse) et John Stevens (batterie). Propulsée par une section rythmique renforcée, la rencontre prend d’abord l’allure d’un swing capable de recueillir toutes interventions fantasques : archets de contrebasse rivalisant d’invention avec les entrelacs que dessinent les instruments à vents. La longue pièce, d’imposer ensuite ses allures : bop favorable aux déviations, et puis ballade écartée afin que sonne l’heure des scansions libertaires, grands écarts qui rappellent à Londres les fameux usages de Mingus.

Deux pièces seulement, sur lesquelles les individualités s’accordent sur une concession grandiose, le respect et la confiance en guise de langage commun. L’année suivante, Hayes disparaissait, laissant jouer sans lui les grands représentants d’un autre jazz britannique.


Splinters, Two in One Hundred (extrait). Courtesy of Reel Recordings.

Splinters : Split The Difference (Reel / Orkhêstra)
Enregistrement : 1972. Edition : 2009.

CD :  01/ One in One Hundred 02/ Two in One Hundred
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Spontaneous Music Ensemble: Frameworks (Emanem - 2007)

spontgrisliEn 1968, 1971 et 1973, le percussionniste John Stevens menait à Londres trois versions différentes de son Spontaneous Music Ensemble.

La première année, Norma Winstone dépose ses vocalises descendantes sur le bourdon étrange que forment Kenny Wheeler au bugle et Paul Rutherford au trombone. Notes longues portées haut par chacun des instruments (ajouter la basse clarinette de Trevor Watts), qui simulent chutes et rétablissements, tirant des dissonances de leurs confrontations. De plus en plus présent, Stevens finit par convaincre son ensemble des charmes d’une cacophonie libératrice (
Familie Sequence
).

Deux ans plus tard, le batteur retrouve Watts et invite Julie Tippett et le contrebassiste Ron Herman. Compulsif, mais aussi plus mélodique, Quartet Sequence
donne à entendre le duel interne auquel se livre Tippett, posant sa voix sur les arpèges clairsemés de sa guitare, parmi les frasques rythmiques montées par Stevens et Herman, et les chastes interventions du saxophone soprano.

A peine une dizaine de minutes, enfin, pour Flower
, sur lequel Stevens et Watts (toujours au soprano) improvisent et interrogent la possibilité d’une simultanéité d’exécution, pour mieux jouer, ensuite, avec le décalage de leurs interventions. Histoire de conclure l’exposition de trois pièces improvisées soumises à grands principes, qui éclairent sous un autre angle l'éloquent répertoire du Spontaneous Music Ensemble.

CD: 01/ Familie Sequence 02/ Quartet Sequence 03/ Flower

Spontaneous Music Ensemble - Frameworks - 2007 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform - 2007)

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En 1983, le contrebassiste anglais Graham Collier abandonnait son instrument au profit de la direction d’un orchestre d’exception, qui comptait dans ses rangs John Surman, Ted Curson, Tomasz Stanko ou Kenny Wheeler - 4 musiciens auprès de 16 autres, partis défendre ensemble Hoarded Dreams.

Dans les pas de George Russell, Collier interroge ici le rapport d’un jazz qu’il a toujours servi et d’une musique contemporaine décomplexée. Sortis des brouillards dissonants, une valse emportée ou un grand swing peuvent alors voir le jour ; ailleurs, une musique de chambre tourmentée ou un brin de funk rehaussé par les cuivres se disputent les faveurs de la composition. Toutes combinaisons faisant place, à intervalles presque réguliers, à un free jazz brouilleur de cartes.

Décelables parmi les envolées, les gestes précis de solistes remarquables : la trompette de Curson et le saxophone baryton de Surman sur Part 2, la flûte de Geoff Warren sur le mouvement lent de Part 4. Gratifications supplémentaires à celles déjà offertes par une pièce réfléchie, menée d’une main vicieuse par Graham Collier lui-même.

Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1983. Edition : 2007.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Free Zone Appelby 2005 (Psi - 2006)

psi0606sliAutour du saxophoniste Evan Parker, neuf improvisateurs de choix servent, selon les combinaisons, une musique exaltée et vorace, aux allures oscillant entre free jazz définitif et contemporain déluré.

Parmi les combinaisons, trois trios: Kenny Wheeler (trompette), Paul Rogers (contrebasse) et Tony Levin (batterie), déroulant un free incisif sur Red Earth Trio-1; Gerd Dudek (saxophone ténor), John Edwards (contrebasse) et Tony Marsh (batterie), introduisant Red Earth Trio-2 de manière déconstruite avant de tout sacrifier à l’énergie implacable ; Paul Dunmall (soprano et ténor), Philipp Wachsmann (violon) et Tony Levin, enfin, opposant les entrelacs mesurés de saxophones et de violon à la charge féroce des hurlements et des sirènes (Red Earth Trio-3).

A Red Earth Quartet 1, ensuite, d’occuper l’espace. Ouvert au son du contrepoint abrupt des deux ténors (Evan Parker et Gerd Dudek), la pièce progresse sous l’effet de l’ardeur de Tony Levin. Insatiables, déjà, les saxophonistes amassent leurs trouvailles sans plus se poser de question, quand Levin gagne encore en densité et que la contrebasse de John Edwards n’en peut plus d’insister.

Réunis tous, enfin, sur Red Earth Nonet, les improvisateurs investissent des sphères ténébreuses, mouvements lents et circulaires pour free jazz dense évoquant le Way Ahead de Coursil. Irrémédiable, la charge sera passagère, fière et accablante, et regagnera peu à peu le souterrain duquel on l’avait extirpée. Un final dans les brumes, après autant d’épreuves du feu essuyées avec prestige.

CD: 01/ Red Earth Trio-1 02/ Red Earth Quartet 1 03/ Red Earth Trio-2 04/ Red Earth Trio-3 05/ Red Earth Nonet

Free Zone Appleby 2005 - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.

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