Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Joe McPhee, Dominic Duval, Jay Rosen, Mikolaj Trzaska : Magic (Not Two, 2009)

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Enregistré à Cracovie en 2007, Magic devait célébrer la rencontre de Trio-X et de Mikolaj Trzaska mais est allé plus loin que cela : jusqu’à la formation d’un quartette, dit McPhee dans les courtes notes de pochette, qui, pour être né sur la scène de l’Alchemia, porte maintenant le nom de Magic.

Ainsi, ensemble, Joe McPhee (trompette de poche, saxophone ténor), Dominic Duval (contrebasse), Jay Rosen (batterie) et Mikolaj Trzaska (saxophone alto, clarinette basse), cultivent le mystère le long de deux disques d’une musique d’atmosphère en mouvement perpétuel, intense et lasse, volontairement et toujours décousue. Les plages méditatives ne respectent jamais le rythme qu’il arrive à Duval et Rosen de tenter d’imposer (The Magician) – Rosen prendra sa revanche en solo sur I Remember Max, Duval la sienne tout aussi seul sur Contra-Ception – et ne cèdent de quelques pouces de terrain qu’aux propositions d’angoisses faites par Trzaska à l’alto récalcitrant (War Criminal) ou à la clarinette basse traînant ses plaintes obscures (Sex Toys).

Rares sont les moments où McPhee et Trzaska vocifèrent : Turtles Crossing et Live in Alchemia quand même, et puis sur la fin de Return of the Terror, pièce qui révèle la formule juste que les musiciens ont cherchée partout dans la mesure et la virulence contrite : celle d’une improvisation autrement radicale pour avoir mis en valeur le charme de ses inquiétudes.

Joe McPhee, Dominic Duval, Jay Rosen, Mikolaj Trzaska : Magic (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD1 : 01/ The Magician 02/ War Criminals 03/ Sex Toys 04/ I Remember Max - CD2 : 01/ Return of the Terror : 02/ Contra-Ception 03/ Political Striper 04/ Turtles Crossing 05/ A Night in Alchemia 06/ Transaction
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michael Bisio : AM (Cimp, 2009)

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Dans la seule improvisation collective de ce disque (It’s Up to You), les deux saxophonistes (Avram Fefer, Stephen Gauci) tissent des lignes contrapunctiques puis étranglent leurs souffles pendant que contrebassiste (Michael Bisio) et batteur (Jay Rosen) soutiennent avec bienveillance ce joyeux capharnaüm.

Ailleurs, le jazz de Michael Bisio insiste sur les timbres : le ténor perce-muraille de Stephen Gauci ; la nonchalance feinte puis les embardées soudaines d’Avram Fefer ; les graves tambours de Jay Rosen. Le leader aime à perdre les thèmes en cours de route quitte à en impulser d’autres sans lien aucun avec l’originel. C’est un jazz qui aime le passage de relais (les duos batterie-soprano puis soprano-ténor de Can Opener), les oppositions de jeu (les chase de ténor d’AM), les mélodies finement dévoilées (Can Opener). C’est un jazz aux arrêtes vives. Un jazz simple et naturel, pas tout à fait à l’aise avec le passé (Seraphic Light de John Coltrane) mais totalement en phase avec son présent.

Michael Bisio Quartet : AM (Cimp)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
CD : 01/Empty Now Full  02/Can Opener  03/AM  04/Livin’ Large  05/Circle This  06/It’s Up to You  07/Seraphic Light  08/Blues for Melodious T
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Trio X : Live in Vilnius (No Business, 2008)

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Enregistré en mars 2006, voici Live in Vilnius transposé sur deux trente-trois tours allant à la vitesse de quarante-cinq. La rareté de la chose épouse ainsi l’entente intacte de Joe McPhee, Dominic Duval et Jay Rosen.

Au gré d’improvisations, de compositions que les membres du trio se partagent, et d’airs de diverses natures (puisque signés Ornette Coleman, Thelonious Monk, Billie Holiday, Richard Rodgers ou Anton Dvorak), Trio X déploie d’autres preuves d’un jeu intense mis au service de grandes relectures (My Funny Valentine aux sources de Valentines in a Fog of War, God Bless The Child), donc, et de passion dévorant le corps même des instruments (exaltations de McPhee sur Lonely Woman et Law Years, archet décadent de Duval sur Memories of the Dream Book).

Après avoir donné déjà une convaincante lecture d’Evidence, les musiciens en reviennent à Monk : Blue Monk éraillé mais en démontrant en guise de conclusion d’un concert d’exception aujourd’hui retenu sur les cinq cents exemplaires de Live in Vilnius.

Trio X : Live in Vilnius (No Business)
Enregistrement : 27 mars 2006. Edition : 2008.
LP : A.01/ Visions of War, Valentines in a Fog of War A.02/ Going Home B.01/ Dance of Our Fathers, Lonely Woman, Law years C.01/ Smiles for Samuel, The Basic Principles, God Bless The Child D.01/ For Don Cherry, Memories of the Dream Book, In Our Sweet Way D.02/ My Soul Cries Out, Blue Monk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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McPhee, Trzaska, Rosen: Intimate Conversations (Not Two - 2007)

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A Cracovie – Alchemia, toujours – Joe McPhee (saxophone ténor) et Jay Rosen (batterie) ouvraient Intimate Conversations en duo, augmenté lorsqu’arrive Mikolaj Trzaska (saxophones, clarinette basse), musicien de l’endroit ayant œuvré à une avant-garde polonaise appelée « yass » et entendu déjà auprès de Lester Bowie, Peter Brötzmann ou des frères Oles.

D’interventions communes – entrelacs improvisés et réfléchis – en solos motivants, McPhee et Trzaska construisent avec le soutien discret de Rosen – qui adresse au milieu du disque un bel hommage à Max Roach – un dialogue de sages, capables quand même d’emportements mais davantage intéressés par l’idée d’une interaction comptant sur la mesure profitable à toute première rencontre : posément, les trois hommes s’entendent alors, réléguant toutes définitions – le free jazz est un oxymore, écrit McPhee dans les notes qui accompagnent le disque – pour mieux composer un bouquet rare de méditations subtiles.

CD: 01/ Was It Something I Said ? 02/ Maybe Not 03/ If I Would I Could 04/ Did I Forget Darfur/What God ? 05/ An intimate Conversation #1 06/ An Intimate Conversation #2 07/ North Star (For Max Roach) 08/ An Intimate Conversation #3 09/ Dom’s Matrix 10/ Snowflakes on Flowers 11/ And Then 12/ King to King’s Bishop >>> Joe McPhee, Mikolaj Trzaska, Jay Rosen - Intimate Conversations - 2007 - Not Two [téléchargement].

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Michael Marcus: The Magic Door (Not Two - 2007)

marcusSaxophoniste new-yorkais entendu auprès de Sonny Simmons (au sein des Cosmosamatics, notamment), Jaki Byard ou Franke Lowe, Michael Marcus passe à la clarinette le temps de The Magic Door, enregistrement bouclé en compagnie de partenaires triés sur le volet.

Amateur d’un swing en perpétuel déséquilibre (The Magic Door, Sonic Corridors), Marcus peut évoquer Jimmy Giuffre sur un hommage adressé à Pee Wee Russell (Hey Pee Wee), ou Eric Dolphy
sur One More Minute. Moins convaincant lorsqu’il donne dans une mélodie perlée (Morning Daffodil), sujet parfois à quelque baisse de régime (Abstractions in Lime Caverns), c’est en instaurant des dialogues privilégiés avec tel ou tel de ses partenaires que Marcus sublime son enregistrement.

Aux côtés du violoncelliste Daniel Levin, par trois fois, mettant au jour un monde merveilleux de dissonances (Sonic Corridors, Sunset Falling in the Mirrors) ; en compagnie du contrebassiste François Grillot, se laissant aller à un long développement instinctif (Blue Reality). Et, partout, le soutien lumineux que confère à l’ensemble la batterie de Jay Rosen. Echanges qui font de The Magic Door un disque à l’alchimie née de la rencontre d’auteurs complémentaires.

CD: 01/ The Magic Door 02/ Hey Pee Wee (for Pee Wee Russell) 03/ Blue Reality 04/ Sonic Corridors 05/ Abstractions in Lime Caverns 06/ One More Minute 07/ Morning Daffodil 08/ Circular Worlds, Sitting Lights 09/ Sunset Falling in the Mirrors

Michael Marcus - The Magic Door - 2007 - Not Two. Import.

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Expedition : Live at the Knitting Factory (ESP, 2006)

expesliQuartette au nom bâtard, Expedition sortait en 2006 un disque à la couverture capable de provoquer la nausée. Un live, enregistré en 2001 à la Knitting Factory, fameux lieu new-yorkais qui aura programmé autant de musiciens superbes que d’amateurs malheureux du tout électrique. Alors, le doute s’installe.

A l’écoute, Expedition expose pourtant une musique abrasive, qui donne une réalité à un mélange sur lequel beaucoup avaient essayé de mettre la main - celui du jazz et d’un rock enfoui estampillé No Wave - avant de perdre la tête à jamais, et, avec elle, la capacité d’évaluer avec lucidité tout espoir de fusion.

Ici, par contre, la basse électrique de Chris Dahlgren parvient à ne pas gâter l’ensemble - voire, le relève (Setting Out With Aggressive Intent) -, la guitare d’Hans Tammen, malgré ses interventions ardues, sait les limites à ne pas dépasser (sauf sur Place That Has Emotional Significance), imposant ailleurs de grandes plages bruitistes. Au saxophone, Alfred 23 Harth enfonce le thème de From One Place to Another ou fait de Many Have Passed Rigorous Courses une transe chargée en compagnie de Jay Rosen, batteur brillant déjà repéré aux côtés de McPhee
ou Charles Gayle, capable de force définitive autant que de finesse (From One Place to Another).

Comme toute découverte récente aux conséquences inédites, cet enregistrement d’Expedition nous invite à revoir nos certitudes, et même, à en changer. Alors, si l’on savait l’existence (certes, douloureuse) du jazz rock, nous voici convaincus qu’il en est de qualité.

CD: 01/ Setting Out With Aggressive Intent 02/ Taken at A Leisurely Place 03/ Many Have Passed Rigorous Courses 04/ Considerable Amount of Time and Distance, A 05/ Retained Notions of Speed and Purpose 06/ Brief Pleasurable Trip, A 07/ From One Place to Another 08/ Long Trip By Water, A 09/ Place That Has Emotional Significance, A 10/ Returning to The Place Where It Began

Expedition - Live at the Knitting Factory - 2006 - ESP. Distribution Orkhêstra International.

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Trio-X: Roulette at Location One (Cadence Jazz - 2006)

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Enregistré le 4 Mars 2005 à New York, Roulette at Location One du Trio-X ne peut décevoir qui attend toujours autre chose de Joe McPhee, Dominic Duval et Jay Rosen. Huitième enregistrement, et autant de réussite.

Au soprano, McPhee hésite entre quelques assauts de free et la citation plus calme de My Funny Valentine, quand Rosen plaque un brin de funk sur le jeu de Duval. Accrochant les cordes de son archet, le contrebassiste amène souvent le trio sur le chemin de l’improvisation tempétueuse (David Danced, Improvs and Melodies od Themes).

Plus lâche, la section rythmique fait naître quelques impressions : blues apaisé qui devra faire avec de soudaines postures latines décidées par Rosen (Going Home), ou évocation orientale en chemin vers la déconstruction, qui finira par prendre les atours d’un free jazz soutenu (Sunflower Musings).

Polymorphe, le décorum institué par Rosen et Duval permet aux trouvailles de Joe McPhee de trouver toujours un refuge adéquat. Mises en valeur, elles redistribuent leur confiance à l’entier trio, qui n’a plus qu’à sceller dans l’allégresse un long et brillant set.

CD: 01/ Funny Valentines of War 02/ Improvs and Melodies of Themes 03/ David Danced : Variations on Ellington 04/ Sunflower Musings 05/ Going Home

Trio-X - Roulette at Location One - 2006 - Cadence Jazz.

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Gebhard Ullman: Cut it Out (Leo Records - 2006)

ullmanDéjà pleinement investi au sein du Clarinet Trio, Gebhard Ullman estime autrement les possibilités du travail à 3 aux côtés du bassiste Chris Dahlgren et du batteur Jay Rosen (membre, lui, du Trio-X). Le temps d’un Cut It Out plus que subtil.

Si ce n’est sur Lolligager – morceau qui balance entre un swing incertain et une marche lente, signé Dahlgren -, le trio choisit de donner dans l’improvisation. Astucieuse, celle-ci, qui combine les vues exigeantes et les codes de bonne sociabilité, au rythme soutenu d’un free jazz abordable (Walking Under Trains) ou au son d’accalmies déposées (Calling Mr. Waits No.2, U.S.O. Ballad).

Passant de la clarinette (basse) à la flûte (basse), Ullman ne cesse de creuser le sillon de ses graves à forces d’intentions répétitives (Grid Speak), de laisser-aller généreux (Calling Mr. Waits No.1) ou plus introspectif (Mbira). D’accord aussi pour suivre les conseils de ses partenaires, qu’il s’agisse de la course directive de Rosen (Walking Under Trains) ou des boucles instituées via sampler dont use Dahlgren (Bass/Bass, Epilog).


Une fois seulement, le trio peut donner l’impression de faire fausse route, sur No Mouthpiece, pièce d’expérimentale convenue. Partout ailleurs, il aura su gérer à merveille les changements d’humeur et de tons, décidant d’apaiser ici pour mieux fulminer là, refusant toujours l’acharnement fatal.

CD: Cut It Out (part 1) 01/ Grid Speak 02/ Calling Mr. Waits No. 1 03/ U.S.O. Ballad 04/ Lolligager 05/ No Mouthpiece Cut It out (part 2) 06/ Calling Mr. Waits No. 2 07/ Mbira 08/ Walking Under Trains 09/ Bass/Bass 10/ Epilog (Ballad No. 2)

Gebhard Ullman - Cut it Out - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Trio-X: The Sugar Hill Suite (CIMP - 2004)

SugargrisliDepuis 1998, Joe McPhee, Dominic Duval et Jay Rosen se retrouvent de temps à autre au sein du Trio-X et enregistrent ensemble des disques-étalon. Qu’il s’agisse des manières inédites de faire avec un jeu de références musicales assimilées, des méthodes à adopter pour mener au mieux l’improvisation en trio ou d’un refus opiniâtre de la redite, chaque nouvel enregistrement du Trio-X mesure et jalonne.

Avec The Sugar Hill Suite, les musiciens rendent hommage à Harlem, place de choix dans l’histoire du jazz, évidence qu’ils souhaiteraient voir se pérenniser. Incorporant des phases de jeu improvisé dans l’interprétation de standards, le trio parvient à évoquer de manière originale des artères à angles droits emplies de musique. De celle, insouciante, émanant du Cotton Club (Drop Me off in Harlem), à celle de standards de jazz d’inspiration traditionnelle (Sometime I Feel Like a Motherless Child).

Adepte de l’oxymore en musique, Joe McPhee défend ici subtilement son point de vue : son saxophone cite Freddie Hubbard avant de rendre des phrases atteintes par la rage (Little Sunflower) ou, au contraire, transforme une complainte urbaine que l’on n’ose que bien tard en rengaine optimiste (Goin’Home).

Le plus souvent discret, accentuant aux moments opportuns le jeu de ses partenaires, Jay Rosen propose parfois d’aller voir ailleurs. Installant sur Triple Play (For Jillian, Grace, & Dominic) un rythme funk minimaliste, il ouvre The Sugar Hill Suite (For Samuel Rosen) aux moyens d’une batterie psychédélique jouant des résonances, avant de lui accorder un solo fleuri à la fin duquel McPhee peut s’accorder toutes les permissions.

Subissant l’assaut de découpages arbitraires et efficaces, les improvisations du Trio-X sont autant de tentatives assemblées, où se bousculent les modulations de McPhee, le soutien fidèle des harmoniques de Duval, et les confirmations percutantes de Rosen. Le matériau est malléable, et l’on créé au moment même où l’on façonne. Le résultat est une nouvelle échelle de valeurs, à la palette élargie.

CD: 01/ For Agusta Savage 02/ Triple Play (For Jillian, Grace, & Dominic) 03/ Sometime I feel Like a Motherless Child 04/ Drop Me off in Harlem 05/ The Sugar Hill Suite (For Samuel Rosen) 06/ Little Sunflower 07/ Monk’s Waltz 08/ Goin’Home

Trio-X - The Sugar Hill Suite - 2004 - CIMP Records.

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