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Le son du grisli
30 novembre 2011

Philippe Petit, Eugene S. Robinson : The Crying of Lot 69 (Monotype, 2011)

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Après la réédition de son essentiel Henry: The Iron ManPhilippe Petit trouve en l’Américain Eugene S. Robinson un nouveau partenaire à la hauteur de ses passionnantes ambitions. Membre du groupe Oxbow, que d’aucuns d’entre vous connaissant peut-être pour leur passage sur le très indépendant label Neurot Recordings, Robinson déploie en six chapitres un spoken word inquiétant et ravageur – tel un fils expié de Gil Scott-Heron affranchi de la figure paternelle et reconverti en figure prophétique des mauvais temps à venir.

Qu’on ne s’y trompe pas, toutefois, l’ensemble est absolument fa-sci-nant d’acuité et d’hypnose. Le pourquoi ? Quelques petites choses, mystérieuses en apparence et qui, mises bout à bout, implique une lecture sombre des événements, sans verser ni dans le pathétique, ni dans le suicidaire. Car, il faut le dire, tout concourt pour faire de la rencontre Petit / Robinson un nouveau classique à la mesure, dans un autre style, d’Anne-James Chaton vs Alva Noto (ou d’Olivier Cadiot & Rodolphe Burger), sans même parler de GSH aux côtés de Jamie XX. Voix d’outre-tombe clamant des textes angoissants au possible – telle une traversée du Montana en pleine nuit d’encre sous la menace de l’orage (Robinson), décorum musical bruitiste d’une somptueuse et terrifiante jubilation entre musique concrète et electronica ambient au vent mauvais (Petit), tout concourt pour faire de ce disque un incontournable de l’année 2011 – à commencer par la track 3, In My Curiosity, à rendre maboul d’ivresse apocalyptique.

Eugene S. Robinson, Philippe Petit : The Crying Of Lot 69 (Monotype / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ 1 The Table, The Stone 02/ Modern Trends In Modernity 03/ In My Curiosity 04/ Change In Total 05/ What Eros Is 06/ The Right Eye Cast
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

1 septembre 2011

Wadada Leo Smith : Heart's Reflections (Cuneiform, 2011)

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Qui chercherait ici une unité en serait pour ses frais. Wadada Leo Smith y désorganise sa musique plutôt que d’en justifier un seul et unique trait. S’y retrouvent donc les formes jadis explorées par le trompettiste : le lyrisme profond et perçant des enregistrements solos, les excès binaires et électriques du Yo Miles !, la résurgence d’un free décentré (ici en hommage à Leroy Jenkins). S’y découvre aussi, même si timidement, un intérêt pour les electronics et autres laptop saturants.

Et de cet orchestre aux larges épaules (présences appuyées de Michael Gregory, Pheeraon AkLaff, Brandon Ross, John Lindberg, Skuli Sverrisson, Angelica Sanchez, Stephanie Smith) de s’inventer une diversité et une richesse de formes clairvoyantes. Des inquiétudes sourdes et prégnantes que viennent percer la trompette du leader aux sèches frappes binaires du batteur, se construit un paysage sonore dont l’unité, si on devait obligatoirement en trouver une, pourrait se nommer errance. Une belle errance, inutile de vous le préciser.

Wadada Leo Smith’s Organic : Heart’s Reflections (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD1 : 01/ Don Cherry’s Electric Sonic Garden 02/ The Dhikr of Radiant Hearts Part I 03/ The Dhikr of Radiant Hearts Part II 04/ The Majestic Way 05/ The Shaykh, as far as Humaythira 06/ Spiritual Wayfarers 07/ Certainty  08/ Ritual Purity & Love Part I 09/ Ritual Purity & Love Part II – CD2 : 01/ The Well : from Bitter to Fresh Sweet Water Part I 02/ The Well : from Bitter to Fresh Sweet Water Part II 03/ Toni Morrison : The Black Hole (Sagittarius A), Conscience & Epic Memory 05/ Leroy Jenkin’s Air Steps
Luc Bouquet © Le son du grisli

21 octobre 2011

Dennis Cooper : Jerk (Dis Voir, 2011) / Dennis Cooper : Them (Tzadik, 2011)

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Ayant toujours accompagné ma lecture des romans de Dennis Cooper de musique occulte (disons le mot), je ne fus pas surpris d’apprendre la parution de deux livres qui parlent (disons le mot) : Jerk, à travers leurs larmes & Them.

Jerk (dont il existe deux versions : l’une anglaise l’autre française) est une pièce de théâtre sonore commandée par l’Atelier de Création Radiophonique. Un comédien (Jonathan Capdevielle) y joue le rôle de David Brooks emprisonné à vie pour avoir été complice dans les années 70 du serial-killer Dean Corll, qui raconte son histoire au travers d’un spectacle de marionnettes. L’épreuve est saisissante, pour ne pas dire puissante. Les poupées de Gisèle Vienne (que l’on avait déjà aperçues au dos du vinyle 3 de KTL) qui reconstituent dans le livre le désœuvrement des adolescents le sont tout autant. Et l’illustration sonore de Peter Rehberg est intelligente au point qu’on ne l’entend pas. La musique est un élément du sordide décor, et parfaite à ce titre.

Peter Rehberg, Dennis Cooper, Gisèle Vienne : Jerk, à travers leurs larmes (Dis voir)
Edition : 2011.
Livre + CD : Jerk, à travers leurs larmes.

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Sur Them, c’est la voix de Dennis Cooper qu’on entend : un récit de mort et de sexe mêlés, sur des illustrations sonores de Chris Cochrane (guitare, claviers, accordéon, tambour) accompagné de Kato Hideki (basse, percussions, claviers, mandoline) et une danse d'Ishmael Houston-Jones. Pour que l’auditeur puisse reprendre ses esprits entre deux lectures, on lui assène des plages sonores qui évoluent entre blues rock lent et no wave (notons que le projet date de 1985). Bien sûr, le jeu de guitare est assez simple et ne brille pas par son invention, mais peut-on envisager la musique sans la rattacher au projet littéraire ? D’autant que texte et musique font ici un couple terrible et merveilleux.

Chris Cochrane, Dennis Cooper, Ishmael Houston-Jones : Them (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD : 01/ Pre-Show 02/ Rite 03/ Ish Solo 04/ I Saw Them Once 05/ Trio 06/ Dead Friends / Blood 07/ I Met Julian Andes, 19, In Line 08/ Circle Duets / Masturbation / Fag Bash 09/ A Kock at My Bedroom Door 10/ Cruising 11/ Film Loop 12/ Goat 13/ Lymph Nodes

Pierre Cécile © Le son du grisli

19 octobre 2011

Shift : Songs from Aipotu (Leo, 2011)

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Au début les traits ne sont pas totalement définis, les frontières sont poreuses. Plutôt qu’une musique de tension(s) et de détente(s), s’envisage une musique d’attente et d’accomplissement. Le sens de ces grouillements, craquèlements et quasi-silence s’éclaircissent peu à peu. Dans ce demi-songe qu’est Introduction, les sons, frêles et distants, se brouillent, s’entrechoquent et donnent naissance à un rythme tendu, délivrant ainsi les élans enfouis. Le synthétiseur pousse alors ses larges vagues en plein large, le piano ne s’incommode plus d’un solo tranchant et la clarinette devient presque debusyenne.

Maintenant, tous peuvent resserrer les formes, ne plus taire leur jeu et grignoter le spasme en son entier (Modern Classics, Shot). Ainsi va la musique de Shift (Frank Gratkowski, Thomas Lehn, Philip Zoubek, Dieter Manderscheid, Martin Blume) : libre, autonome et diablement convaincante.

EN ECOUTE >>> Un extrait de 40 secondes

Shift : Songs from Aipotu (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ Introduction 02/ Modern Classics 03/ Gavotte 04/ Shot
Luc Bouquet © Le son du grisli

5 octobre 2011

Balanescu : This Is The Balanescu Quartet (MUTE, 2011)

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On ne comprend pas bien, de « This Is » ou « An Introduction To », quel est le nom de la série de best-of que le label MUTE inaugure avec This Is The Balanescu Quartet. Ce qu’on comprend par contre c’est que la sélection pioche dans les disques que Balanescu a publié sur ce même label et seulement sur celui-ci : Possessed, Luminitz, Angels and Insects, Maria T. Et ce qu’on voit, c’est que le packaging n’a pas été soigné (ce qui justifiera, j'imagine et espère, un prix de vente restreint).

Il n’y a donc pas de surprise à l’écoute de cette « introduction ». J’y entends l’homme au chapeau changer son violon d’épaule : interpréter avec une belle rigueur des morceaux de Kraftwerk (Autobahn, Pocket Calculator, Model), questionner ses racines roumaines en samplant la voix de Maria Tanase ou rendre plus légère la musique classique (Aria ou Waltz). Si Balanescu est maître des dissonances et des illusions et frappe souvent juste, ses mélodies peuvent être simplistes ou la tension dramatique exagérée, mais les souvenirs que quelques-uns des refrains de cette compilation font remonter sont forts. Ils engagent à aller rechercher Possessed ou Maria T. enfouis depuis des lustres dans la pile de disques que nous oublions tous.

The Balanescu Quartet : This Is The Balanescu Quartet (MUTE / Amazon)
Edition : 2011.
CD : 01/ Aria (Maria T) 02/ Autobahn (Possessed) 03/ Coppice (Angels and Insects) 04/ East (Luminitza) 05/ Wine’s So Good (Maria T) 06/ Model (Possessed) 07/ Revolution  (Luminitza) 08/ Waltz (Angels and Insects) 09/ The Young Conscript And The Moon (Maria T) 10/ Still with me (Luminitza) 11/ Love Scene (Angels and Insects) 12/ Pocket Calculator (Possessed)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

28 septembre 2011

Abdul Moimême, Rocardo Guerreiro : Knettanu (Creative Sources) / Diatribes, Abdul Moimême : Complaintes de marée basse (Insub.)

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Abdul Moimême (guitares électriques jouées simultanément et parfois préparées) et Ricardo Guerreiro (interactive computing platform) se connaissent assez bien pour que le premier ait accepté de faire de ses sons improvisés le matériau de départ des jeux de transformation du second.

C’est ce que raconte Knettanu sur l’air d’une musique qui hésite sans cesse entre délicatesses et expressions exacerbées. Ici, le chant est raisonnable : la guitare est gentiment frappée, mais l’ordinateur la retourne et change ses murmures en munitions qu’elle projette par salves. L’exercice connaît quelques longueurs, mais la dernière pièce, bruyante, vacille avec furie au point qu’on ne peut regretter s’être déplacé jusque-là.  

Abdul Moimême, Rocardo Guerreiro : Knettanu (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 19 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ #26 02/ #34 03/ #30 04/ #29.1 05/ #29.2 06/ #29.3 07/ #36
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Plus tôt, à Lisbonne, le même Abdul Moimême et Diatribes ont enregistré Complaintes de marée basse. La guitare préparée côtoie là les laptop et objets de D’incise et les percussions et frêles percussions de Cyril Bondi. La musique est rampante, jouant de bourdons épais, puis, à mi-parcours, la batterie se permet un rythme auquel se mesureront les intervenants avec plus d’intensité. Le mirage d’une pâle rencontre Keith Rowe / Ingar Zach s’efface alors, au profit d’un ouvrage plus original qui vaut bien qu’on l’écoute. D'autant qu'Insubordinations le met librement à disposition.

30 mai 2011

Sonic Youth : Sonic Youth (Neutral, 1981)

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Comme son inaugural, Sonic Youth avait d’abord choisi (c’est Thurston Moore qui le raconte) un simple mi, soit la première corde de la guitare jouée à vide. Trouvant sans doute l’expédiant un peu naïf, le groupe opta finalement pour une solution plus primitive, et plus efficace : un grand coup de cymbales puis un autre puis un autre. Faisant entendre ainsi une radicalité appelée à être immédiatement dépassée par une idée neuve quoique peu probable : le son d’une perceuse jouée comme on jouerait d’une guitare électrique.

The Primal Scream est porté par un rythme qui est presque l’archétype de la No Wave, tempo très élevé, temps marqué sèchement, basse qui fusionne avec la batterie, et une voix qui s’éraille à déclamer un texte tout juste sorti de l’adolescence. Il y a d’ailleurs presque tout Sonic Youth enveloppé dans ce seul titre : la jeunesse (même si celle-ci avec le temps, n’est-ce pas ?), l’inventivité, la radicalité, l’expérimentation totale qu’on sait cependant mettre au service d’une idée directrice.

La suite, on la connaît, mais elle commence ici. Dans cette rage déjà intelligente, qui utilise toutes les ressources de la musique. Comme la dimension ethnique de She Is Not Alone, qui semble tout entier fait pour réaliser la prédiction de Steve Reich : « All music turns out to be ethnic music. » Et aussi : I Don’t Want to Push It. C’est ça : entre l’ethnicité et l’avant-garde. Entre l’énergie à un état presque brut et la pensée la plus raffinée, il y a Sonic Youth. Pas à mi-chemin, mais qui tient les deux ensemble l’un contre l’autre.

Sonic Youth : Sonic Youth (Neutral)
Enregistrement : 1981.Edition : 1982.
CD : 01/ The Burning Spear 02/ I Dreamed I Dream 03/ She is Not Alone 04/ I Don't Want to Push It 05/ The Good and the Bad
Jérôme Orsoni © Le son du grisli

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Cette chronique est tirée du deuxième hors-série papier du son du grisli, sept guitares. Elle illustre le portrait de Lee Ranaldo.

18 mai 2011

Sonic Liberation Front : Meets Sunny Murray (High Two, 2010)

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Il n’y aura pas collision entre free jazz et rythmes afro-cubains. Il y aura tout autre chose qui sera surtout affaire de mouvement. Pas de savantes combinaisons ni de superpositions millimétrées mais, au contraire, une liberté de choix pour chacune des parties engagées.

Ainsi, et en deux sessions (2002 & 2008), percussionnistes (Chuck Joseph, Okomfo Adwoa Tacheampong, Shawn Hennessy, Nichola Rivera, Joey Toledo), contrebassistes (Matt Engle ou Fahir Kendall), saxophonistes (Terry Lawson, Adam Jenkins), trompettistes (Todd Margasak ou Kimbal Brown) et batteurs (Kevin Diehl, Sunny Murray) vont rayonner sur des structures ouvertes et solidaires.

Ni mixage ni métissage donc mais de hauts trajets où s’invitent irrégularité et aléatoire, convulsions et éructations. Et puis, en fin de disque, la caisse claire de ce diable de Sunny Murray n’en finissant pas de répondre aux percussions endiablées du combo, résonne en nous le troublant souvenir d’un certain Live at the Pan-African Festival.

Sonic Liberation Front : Meets Sunny Murray (High Two / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2002 & 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Init 02/ Knowledge of the Sun 03/ Meaningless Kisses 04/ Cosa de grupo 05/ Ochun libre 06/ Some Other Times 07/ Nomingo 08/ Under the Wave of Kanagawa
Luc Bouquet © Le son du grisli

7 mai 2011

Creative Sources Expéditives : Christmann, Frangenheim, Leimgruber, Stackenäs, Rodrigues, Alipio C Neto, John Berndt...

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Günter Christmann, Alexander Frangenheim, Elke Schipper : Core (Creative Sources, 2010). Cette session de janvier 2010, dans un studio berlinois, regroupe des musiciens qui se fréquentent depuis des lustres (par exemple dans le cadre des projets conduits par Christmann sous l’intitulé Vario) ; les quinze instantanés délivrés ici sont autant d’occasions de mesurer l’intime proximité du tromboniste & violoncelliste, du contrebassiste et de la vocaliste. Ces pièces, comme des noyaux d’activité, retiennent par leur qualité de concentration et de projection pétillante, bien que la théâtralisation du travail vocal (mais finalement, ni Minton ni Schürch – deux partenaires de GC – n’y échappent…) ait ses limites. Un enregistrement qui, dans cet idiome identifié, historique, est une réussite.

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Urs Leimgruber, Ulrich Phillipp, Nils Gerold : Hin (Creative Sources, 2010). Disposés de part et d’autre de la belle contrebasse de Phillipp, les deux souffleurs (saxophones soprano & ténor ; flûte & piccolo), s’ébattent en agiles dentelliers, grinçant à l’occasion, venant régulièrement refourbir pelotes et aiguilles dans de petites volières agacées, pépiantes. Est-ce manière de se conforter, de se redynamiser, d’avouer la difficulté à trouver la bonne distance, le bon pouls ? L’archet indique souvent de passionnantes directions : au travail, le trio se cherche, et se trouve parfois.

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David Stackenäs, Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Nuno Torres : Wounds of Light (Creative Sources, 2010). La combinaison instrumentale exploitée par cette formation, enregistrée en octobre 2008, est d’une élégante richesse : en une quarantaine de minutes et comme dans un atelier, la belle ingénierie (guitare, alto, violoncelle, saxophone alto) met en branle longerons, rabots, scies lentes, avec une vraie science des dosages et du brouillage des sources – qui peut évoquer, mutatis mutandis, certains travaux de Polwechsel. Un confort rêche, avec ce qu’il faut d’échardes pour rester sur le qui-vive…

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Alipio C Neto, Thelmo Cristovam : Triatoma Infestans (Creative Sources, 2010). Slaps, jeux d’anches et de clefs, étranglements, salive : soit un inventaire – en forme de jungle – établi, dans un espace réverbérant de Recife, par deux saxophonistes bien informés du bestiaire des aérophones (butchero-donediens) des quinze dernières années. Tandis que l’on y cherche une clairière, on s’inquiète de les entendre confondre grouillement (certes généreux… ou bavard) et tension inventive.

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John Berndt : New Logic for Old Saxophones (Creative Sources, 2011). D’un seul saxophone (alternativement un soprano de 1933 et un alto de 1935) dont on reconnaît le cuir des tampons sur la pochette, Berndt tire quinze pièces ou études – avec une belle ascèse, parfois rêveuse, voire lyrique, plus souvent chercheuse, éraillée, fauve – assorties de quelques dédicaces informatives, si ce n’est éclairantes (à Gianni Gebbia, Christine Sehnaoui-Abdelnour, Anthony Braxton). Quant à la « new logic » pour « old saxophones », sa dialectique fait-elle couler un « new wine » en « old bottles » ? Ce serait beaucoup dire, mais les rauques dégustations offertes sont assurément dignes d’intérêt.

22 avril 2011

Emergency! : Live in Copenhagen (Jvtlandt, 2010)

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Fin 2006, Emergency! Otomo Yoshihide et Ryoichi Saito (guitares), Hiroaki Mizutani (basse) et Yasuhiro Yoshigaki (batterie) – donnait en concert à Copenhague ses lectures de compositions d’origines éparses : Re-Baptizum (Yasuhiro Yoshigaki), Sing Sing Sing (Louis Prima), Fables of Faubus (Charles Mingus) et The Inflated Tear (Roland Kirk).

La composition du batteur est une pièce d’atmosphère longue et un mélange brouillon de rock et de jazz où les musiciens se contentent assez bien de lentement tourner à vide. Mieux : le titre de Prima revêt les atours d’une danse amusée qui croulera bientôt sous les guitares.

Mieux encore – au point que le disque commence ici à intéresser enfin –, cette lecture des Fables of Faubus : le rythme est ralenti, les graves abondent et déstabilisent l’installation du thème avant que les guitares s’emmêlent joliment sur un gimmick que Mizutani tient par la gorge. Dans le sillage, The Inflated Tear ira à son rythme et en flottant, distribuant larsens et bourdons avec un art grandiloquent de la provocation. Aux amateurs de guitare et d’électricité, l’heureux soulagement en standards de jazz réanimés.

Emergency! : Live in Copenhagen (Jvtlandt)
Enregistrement : 12 juillet 2006. Edition : 2010.
CD : 01/ Re-Baptizum 02/ Sing Sing Sing 03/ Fables of Faubus 04/ The Inflated Tear
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

10 mars 2011

Katsura Yamauchi : Asami (Jvtlandt, 2010)

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Sur Asami, le saxophoniste Katsura Yamauchi sert en concert un projet personnel appelé Salmo Sax. Aussi bien seul qu’accompagné (Chiharu Mizukawa, Kota Furusawa, Shiori Teshima, Yoshiomi Shuto, Yuka Takemoto, tous instrumentistes amateurs élevés en Yamauchi workshop).

Seul, Yamauchi dépose des couches de notes longues et vibrantes, sert deux compositions flottantes qui, malgré le déséquilibre créé par quelques portions joliment perturbées, sont autant de modèles de proportion et de plénitude. Improvisant, il gonfle ses graves de silences imposants,  combinaison qui le soulève.

A la tête du Salmosax Ensemble, Yamauchi gère en intimidé d’innocentes interférences et s’en sort pour savoir accorder inspiration et sang froid. Un peu plus loin, de minces constructions rappellent, toutes proportions gardées, les courte-échelles du World Saxophone Quartet et les obsessions inconsolables du ROVA. Certes moins vaillant accompagné que seul, mais ce ne semble être qu’une question de réglages.

Katsura Yamauchi : Asami (Jvtlandt)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Chikushi 02/ Hi 03/ Improvisation 04/ Shijima 05/ Shizuku 06/ Duck 07/ Who? 08/ Far East 09/ Kage Ballad
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

15 mars 2011

Other DImensions in Music : Kaiso Stories (Silkheart, 2011)

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Le calypso (ou kaiso) comme le jazz est une musique issue de la créolisation, au sens où l’entend Edouard Glissant. Aussi, ces musiques résultent de l’entremêlement des fondamentaux (notamment rythmiques) africains et d’éléments musicaux ou d’instruments européens. Toutes deux, finalement, sont filles de l’Afrique et de l’Europe, nées en Amérique ; filles de l’exil donc.

Si le jazz a vu le jour aux États-Unis, le calypso vient des Antilles, et plus exactement des îles Trinidad et Tobago. Moyen d’expression du peuple, musique du commentaire social, chant de la joie que procure la communauté comme du désespoir qui découle du déracinement, le calypso a bien des points communs avec le jazz, autre musique née de la douleur transcendée. Les routes du jazz et du calypso se sont déjà croisées par le passé, chez Duke Ellington, Dizzy Gillespie et bien sûr Sonny Rollins. Car le jazz a toujours su remonter le fil noueux de ses racines pour se réinventer et souhaité se confronter aux autres musiques du monde pour affirmer son identité.

Ici, sur ce disque Kaiso Stories, le groupe de free jazz Other Dimensions In Music rencontre la chanteuse originaire de Trinidad et Tobago Fay Victor. Alors naît une musique superlative, énorme, hors normes. Car, pour continuer d’invoquer Glissant, dans cette musique du « tout-monde » ou du « chaos-monde », l’addition des éléments qui la composent donne un résultat supérieur à leur somme. Le mélange n’est pas dilution ni perte mais enrichissement et renaissance ; la tradition n’est pas objet de poursuite mais sujet de départ à une exploration sonore inouïe.

Le free jazz pétri par les mains aventureuses et inspirées des soufflants Roy Campbell et Daniel Carter, de William Parker (contrebasse, guembri) et de Charles Downs (percussions) se saisit du calypso comme d’un esprit inspirant et vivace, et trouve en Fay Victor une belle voix de la déraison. Fay Victor, justement, qui s’empare de ce projet instigué par le label Silkheart, pour libérer tantôt furieusement, tantôt tendrement, la voix caribéenne qui sommeillant nécessairement en elle. Leur rencontre (ou leur « connexion », telle que la caractérise plutôt Fay Victor dans les touchantes et éclairantes notes de pochette) engendre une musique de fleuve en crue, de volcan réveillé, trop longtemps retenue, ravivée enfin. Une musique d’héritage et une musique d’urgence.

Other Dimensions in Music : Kaiso Stories (Silkheart / Orkhêstra International)
Enregistrement : 8 septembre 2010. Edition : 2011.
CD :  01/ Maryanne Revisited 02/ Three Friends Advised 03/ Kitch Goes Home 04/ Saltfish Refried 05/ John Gilman Wants Tobacco 06/ An Open Letter 07/ De Night A De Wake 08/ We Is We Trini
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

3 mars 2011

Pierre Favre : Le voyage (Intakt, 2010)

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Soit quatre saxophonistes (Beat Hofstetter, Sascha Armbruster, Andrea Formenti, Beat Kappeler), un tromboniste (Samuel Blaser), un clarinettiste (Claudio Puntin), deux bassistes (Wolfgang Zwiauer, Bänz Oster) et un guitariste (Philipp Schaufelberger) assistant ici Pierre Favre en son doux voyage.

Souffles à contre-jour ou en contre-chants, souffles tissant l’unisson ici et empruntant le contrepoint ailleurs, suave souffle d’un lunaire trombone face à l’armada solaire du percussionniste (As Far As That Goes) ; tous ces souffles sont des souffles d’unions et de largesses.

Toujours claires et sensibles, les textures de Pierre Favre, de l’éveil à la lumière, bénéficient d’une guitare-guide, tantôt vive et nerveuse, tantôt arpégeante de douceur. Et cette douceur, sans zone d’ombres et sans crépuscule défait, n’est pas pour rien dans le charme vivifiant de ce solaire voyage.

Pierre Favre Ensemble : Le voyage (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Les vilains 02/ Vreneli ab em guggisberg 03/ One for Makaya 04/ Akimbo 05/ As Far As That Goes 06/ Anapana 07/ Attila es-tu là ? 08/ Wrong Name
Luc Bouquet © Le son du grisli

22 février 2011

Steve Lacy : In Berlin (FMP, 2010)

lacyberlinsliCompte tenu du fait que ce disque est publié dans le cadre de la vaste rétrospective historique d’un éditeur phonographique, on comprendra que ledit label ait complété (ou « chargé ») la réédition du splendide LP solo de 1975, Stabs (dont l’ordre des faces est ici inversé), par la moitié – mais seulement… on le déplorera – d’un autre beau vinyle, Follies (1977)… Sans doute est-il vain d’ergoter car, somme toute, ce document a le mérite de présenter les deux faces essentielles de l’activité lacyenne durant ces très fructueuses « scratching seventies » : le solo (depuis le fameux concert d’Avignon, en 1972) et le quintet – que forment, autour de Steve Lacy (saxophone soprano), Steve Potts (saxophones alto), Irène Aebi (violoncelle), Kent Carter (contrebasse) et Oliver Johnson (batterie).

Impeccablement réfléchi et aussi complexe que la compression d’ouvre-boîtes (angles & réitérations) qui orne la couverture du disque, le programme solitaire que le sopraniste déroule fait alterner plages pensives, broderies de haute altitude et séquences maniaques qui, à bout de permutations géométriques et d’épuisements combinatoires, jusqu’au growl parfois, délivrent un lyrisme unique, refroidi et profondément humain, porté par une extraordinaire sonorité. Grand solo.

Plus débridé, le quintet ne sacrifie pas sa puissance vrombissante (la pochette d’époque, un dessin d’Antoine Nicoglou, présentait un groupe bien allumé – au milieu d’un sacré bestiaire, Lacy, braguette ouverte, faisant se lever les lames du parquet !) à la lourdeur : contrebasse & violoncelle, s’ils fondent le microcosme harmonique d’Esteem, dégagent sur Follies une pneumatique originale (bounce propulsif & bourdons arco) sur laquelle Potts & Lacy peuvent faire jouer leurs ressorts dramatiques respectifs (spirales, dérapages, abeilles, surf)…

Steve Lacy : In Berlin (FMP / Instant Jazz)
Enregistrement : 1975/1977. Réédition : 2010.
CD : STABS (solo) : 01/ Cloudy 02/ Moon 03/ Stabs 04/ No Baby 05/ Deadline 06/ Coastline 07/ The Duck – FOLLIES (quintet) : 08/ Esteem 09/ Follies
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Ce disque est l'un des douze (rééditions ou enregistrements inédits) de la boîte-rétrospective que publie ces jours-ci le label FMP. A l'intérieur, trouver aussi un grand livre de photographies et de textes (études, index de musiciens, catalogue...) qui finit de célébrer quarante années d'activités intenses.   

21 décembre 2010

Otomo Yoshihide : Bells (Doubt, 2010)

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Dans le même temps qu’il servait son obsession pour Lonely Woman, Otomo Yoshihide prenait la tête du même New Jazz Trio et du même New Jazz Trio augmenté – Sachiko M et Jim O’Rourke – le temps d’investir deux fois Bells d’Albert Ayler.

En quintette : la relecture est fauve, qui compose d’abord avec les agressions des ondes sinusoïdales et les vociférations de la guitare électrique ; la dérive est faite de multiples déviations instrumentales, parmi lesquelles Yoshihide parviendra à glisser les notes arrêtées de l’hymne inspirant. En trio : la guitare électrique désormais sans effets mais déformée par un vibrato obséquieux en appelle à une autre évocation. Qui fera pourtant elle aussi avec la multiplication de bruits que chance et opportunités transporteront autant que le transport roulant de la section rythmique. Dernières inspections des tirants et Yoshihide termine sous l’archet d’Hiroaki. Si la préférence ira à Lonely Woman, ces deux versions de Bells seront conseillées quand même.

Otomo Yoshihide’s New Jazz Trio : Bells (Doubt / Metamkine)
Enregistrement : 5 août 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Bells 02/ Bells
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

21 décembre 2010

Otomo Yoshihide : Lonely Woman (Doubt, 2010)

otomo yoshihide lonely woman

C’est une vieille habitude, pour Otomo Yoshihide, que celle de reprendre Lonely Woman. Si Guitar Solo en consigne déjà une version enregistrée en 2004, ce disque-là en assemble six, interprétées seul encore, en New Jazz Trio ou New Jazz Trio augmenté des présences de Sachiko M et Jim O’Rourke.

Le quintette se charge d’ailleurs des première et dernière versions à entendre sur le disque : lente divagation autour du thème d’Ornette Coleman conclue sur rendez-vous d’aigus tenaces ; jeu de miroirs opposant leurs motifs abstraits. Seul, Yoshihide élabore, au son d’une guitare acoustique brisée et plus tard d’une guitare électrique, deux approches de l’œuvre : nonchalante obligée et bruitiste défroquée. En New Jazz Trio promis, il donne avec Mizutani Hiroaki (basse) et Yoshigaki Yasuhiro (batterie) deux autres relectures : digression enlevée de guitare électrique contre versant mélodique où se réfugie la guitare acoustique. Malgré le spectre, pas une fois la redite. Lonely Woman conseillé en conséquence.

Otomo Yoshihide’s New Jazz Trio : Lonely Woman (Doubt / Metamkine)
Enregistrement : 5 août 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Lonely Woman 02/ Lonely Woman 03/ Lonely Woman 04/ Lonely Woman 05/ Lonely Woman 06/ Lonely Woman
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

18 décembre 2010

Marion Brown : Juba-Lee (Fontana, 1966)

jubaslee

Soyons clairs : Juba-Lee est l’une des précieuses pépites de la free music. Jamais vraiment rééditée. Une obscure réédition japonaise à la toute fin des années quatre-vingt et, depuis, plus rien.

Juba-Lee, ce n’est pas un disque enregistré à la va-vite et où l’on rémunère les musiciens à coup de substances illicites (ça peut donner de belles choses, toutefois). Juba-Lee, c’est un disque de feu intérieur, un disque qui pense l’ailleurs. C’est un disque qui ne veut plus des dissonances faciles. C’est un disque qui sait d’où il vient (le jazz sans le blues, les musiques contemporaines) et qui sait jusqu’où il pourrait essaimer.

Il y a Marion Brown et son alto éclaté. Son souffle est un souffle de saccades et de douces lacérations. Encore plus qu’auparavant (les disques ESP), il en appelle au rassemblement des troupes. L’avenir nous dira que peu l’entendirent. Il y a Bennie Maupin (vif, convulsif et à fleur de peau), Reggie Johnson (rond et délié), Beaver Harris (clair comme l’eau de roche, sobre et intense aux balais), Dave Burrell (conquérant et partisan : un convoi d’inquiétudes et de mystères jamais complètement résolu). Il y a aussi – et surtout – Alan Shorter et son bugle grave, profond, hypnotique. Entre silences et percées foudroyantes, il naviguait, alors, trop souvent en solitaire. Son souffle déblayait bien des idées reçues. Et si peu de monde pour s’en apercevoir. Oui, une pépite à rééditer d’urgence.

Marion Brown : Juba-Lee (Fontana)
Enregistrement : 1966.
CD : 01/ 512 e 12 02/ The Visitor 03/ Juba-Lee 04/ Iditus
Luc Bouquet © le son du grisli

10 décembre 2010

Lou Grassi Po Band, Marshall Allen : Live at the Knitting Factory Vol. 1 (Porter, 2010)

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En 2000, le Po Band de Lou Grassi invitait Marshall Allen à jouer à la Knitting Factory. Aujourd’hui, une première partie du concert se trouve consignée sur disque. 

Sur lequel on peut entendre deux improvisations et une composition de Paul Smoker – trompettiste apaisant d’un Po Band au free désabusé, qui touche par ses déroutes et les façons qu’il a de chercher à accorder ses tensions vives : le trombone de Steve Swell et la clarinette de Perry Robinson, la contrebasse de Wilber Morris et la batterie de Grassi.

Au saxophone alto et à la flûte, Allen intervient avec justesse : emboîtant le pas au trombone sur l’ascension du mont Marshalling Our Spirits avant d’en commander la descente facétieuse ; plaçant ensuite RePoZest sous le signe de la nonchalance et puis le déplaçant sous le coup d’incartades nerveuses, quelques fois héroïques. Hommage à l’organiste des sphères, LouRa lève enfin une armée de vents mal embouchés qui s’entendra sur un unisson avant de démontrer d’élans individuels tous singuliers. Roulant sur toms, Grassi en appelle pour conclure à un exercice de free plus affirmé. La voix d’Allen de redoubler alors de présence et de plaider avec majesté en faveur du second volume promis.

Lou Grassi Po Band, Marshall Allen : Live at the Knitting Factory Volume 1 (Porter / Orkhêstra International)
CD : 01/ Marshalling Our Spirits 02/ RePoZest 03/ LouRa
Enregistrement : 26 septembre 2000. Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

9 décembre 2010

Low Frequency Orchestra, Wolfgang Mitterer : MOLE (Chmafu, 2010)

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Wolfgang Mitterer fait partie de ces compositeurs de contemporain qui avouent un faible pour l’improvisation. C’est pourquoi le retrouver à l’orgue sur un disque du Low Frequency Orchestra n’est pas si surprenant. Bien moins que le disque en lui-même en tout cas.

Au départ, la réunion de sept musiciens excavent des profondeurs une électroacoustique que des assertions vocales assignent à un langage. A l’opposé de la naïveté du dessin de la couverture du digipack, le groupe évolue quand même sur une mer démontée, balayée par les vents (beaucoup de flûtes) et électrisée par de nombreux appareils. Pour faire face à ces vents, un moteur vrombit mais provoque des craquements : résister ne sert à rien.

L’orchestre et Mitterer changent en conséquence de méthode – l'orgue prend la barre sur MOLE qu’il comble de clusters. La chevauchée fantastique n’en a plus que pour une demi-heure, mais une demi-heure grise, d’un gris que l’on n’oublie pas. Ne perdant pas une miette des gestes du chamane Mitterer, Maja Osojnik devra dissiper tout cela de sa voix réconfortante. Trois points de suspension au lieu du point final.

Low Frequency Orchestra, Wolfgang Mitterer : MOLE (Chmafu Nocords)
Enregistrement : 10 janvier 2007. Edition : 2010.
CD : 01-05/ Slug 06/ Mole
Héctor Cabrero © Le son du grisli

6 novembre 2010

Michael Francis Duch : Edges (+3dB, 2010)

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Le contrebassiste Michael Francis Duch inaugure avec Edges une série d’enregistrements intitulée « Music for One » sur le label +3dB. Pour donner un aperçu de la largeur et de la hauteur de sa palette, il s’est servi dans le répertoire de Christian Wolff, Earle Brown, Cornelius Cardew, Morton Feldman et Howard Skempton.

Ce n’est d’ailleurs pas tant à un exercice d’interprète que se livre Duch qu’à un jeu d’évocations de grands fantômes qui le hantent encore. Sur Edges, il pèse de tout son poids sur l’archet pour qu’apparaisse sur la partition le visage en bas-reliefs de Christian Wolff. Pareil pour Brown ou Feldman : leurs silhouettes sont dessinées dans la lenteur et dans la nuance.

Pour faire mentir le chroniqueur ou l’empêcher de mettre au jour un système, Duch s’est gardé Octet ’61 de Cardew : c’est une obsession qui tourne au drame lorsque les notes s’abattent sur le compositeur comme sur l’interprète, l’hommage est un mille-feuilles de sons démoniaques. Ce n’est même plus seulement un hommage, c’est un chant d’amour que Duch consacre à ses modèles. Et c’est un chant d’espoir qu’il offer à ses auditeurs.

Michael Francis Duch : Edges (+3dB)
Edition : 2010.
CD : 01/ Christian Wolff : Edges 02/ Earle Brown : December 1952 03/ Cornelius Cardew : Octet ’61 04/ Morton Feldman : Projection I 05/ Howard Skempton : For Strings
Héctor Cabrero © Le son du grisli

25 octobre 2010

Zeitkratzer : Alvin Lucier (Zeitkratzer, 2010)

zeitslucier

Depuis la sortie de Xenakis [a]live!, Reinhold Friedl et son Zeitkratzer se sont intéressés à la musique contemporaine en instituant une série de disques baptisée « Old School ». Après John Cage et James Tenney, c’est au tour d’Alvin Lucier d’y trouver son compte.

Les travaux pratiques de physique musicale ont eut lieu à la fois en concert et en studio. Leur objet était de démontrer que les écritures d’une partition, soumise aux mouvements d’un orchestre, peuvent prendre d’autres formes que celles que le compositeur leur avait choisies. Examinons : ici c’est un violon (ailleurs un orgue ou même un triangle) qui tient la note-élément-premier de l’ensemble. Reste après cela aux pièces microtonales de dérouler un luxueux aréopage de sons fabuleux. Réexaminons, au microscope cette fois : ce sont-là des systèmes photosensibles qui en appellent à leur différenciation !

Zeitkratzer : Alvin Lucier (Zeitkratzer)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Fideliotro, for viola, cello and piano 02/ Music for Piano with Magnetic Strings, for grand piano and as many as five e-bows 03/ Silver Streetcat for the Orchestra, for amplified triangle 04/ Violynn, for violon and tape 05/ Opera with Objects, for performers with resonant objects
Héctor Cabrero © Le son du grisli

22 octobre 2010

Christian Marclay : Graffiti Composition (Dog W/A Bone, 2010)

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La scène se passa le 13 septembre 2006 au Museum of Modern Art de New York. Des guitaristes (guitar & bass guitar) de renom interprétèrent une composition graphique tirée de l'oeuvre de Christian Marclay. Ces guitaristes n’étaient autres qu’Elliott Sharp (qui chapeauta le projet), Lee Ranaldo, Vernon Reid, Mary Halvorson et Melvin Gibbs.

Il fallait s’y attendre,  il y eut du bruit et de la fureur, que les graffitis soient exécutés sur les allées et venues rapides des médiators ou sur d'attaques aux doigts. Chaque guitariste y va de son alarme, excave du lourd et du râlant, avant de passer le relais à son voisin. Pour couronner le tout, Sharp et ses acolytes y vont aussi de leurs expérimentations électroniques. Des pistes sont reprises ou transformées en direct. C’est bien simple, sur Graffiti Composition il n’y a qu’une chose que l’on peut regretter : un solo au tapping désuet dont on ne connaît pas l’auteur…

Christian Marclay : Graffiti Composition (Dog W/A Bone / Metamkine)
Enregistrement : 13 septembre 2006. Réédition : 2010.
CD : 01-06/ Graffiti Composition 1-6
Pierre Cécile © Le son du grisli

25 juin 2010

Empty Cage Quartet & Soletti-Besnard : Take Care of Floating (Rude Awakening, 2009)

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Ainsi recomposée et repensée grâce à l’adjonction du clarinettiste Aurélien Besnard et du guitariste Patrice Soletti, la musique d’Empty Cage (Kris Tiner, Jason Mears, Ivan Johnson, Paul Kikuchi), si elle ne perd ni ne gagne rien en intensité, trouve ici de nouveaux territoires à arpenter. Déjà, affleurant dans les disques précédents, les accents binaires se font plus pressants et s’incrustent durablement ici.

Y résistent toujours les enchâssements de souffles avant passages solistes (mention spéciale au trompettiste Kris Tiner) mais s’agitent, par ailleurs, des saillies improvisées peu entendues précédemment (Where It Was It Is). Ainsi le canevas inquiétant et grondant de To Be Ornette To Be succède-t-il à l’énergie baroque et fouettante de Smoke Point sans que ne s’y décèle la moindre trace de rupture ou cassure. Preuve d’une fluidité qui ne semble pas prête de s’éteindre.

Empty Cage Quartet, Patrice Soletti, Aurélien Besnard : Take Care of Floating (Rude Awakening)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Take Care of Floating 02/ Moths to the Flame 03/ Carry the Beautiful 04/ Cheese & Shoes 05/ Ele(g)y 06/ Where It Was If Is 07/ Smoke Point 08/ To Be Ornette To Be 09/ Only As Evidence 10/ Pieces of Biscuspid
Luc Bouquet © Le son du grisli

19 juin 2010

Sol 6 : Sol 6 (Red Note, 2010)

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Quelque chose serait donc en marche depuis Roof (en passant par la case, malheureusement achevée, Four Walls) et qui se poursuivrait avec Sol 6. On peut donc sans trop se tromper parler de continuité, d’un sillon creusé et sans cesse redéfini par le bouillonnant Luc Ex.

Ici, la parité est parfaite : trois musiciennes (Mandy Drummond, Ingrid Laubrock, Hannah Marshall) et trois musiciens (Tony Buck, Veryan Weston, Luc Ex), toutes et tous unis pour que s’agitent de vifs dialogues. Rares sont les effets de masse et les formules, les plus souvent utilisées, vont du duo au quartet en passant plus volontiers par le trio. Ainsi, s’élaborent un alphabet du débordement contagieux, sérieusement millimétré permettant au sextet de croiser héroïquement les compositions de Charles Ives, Erik Satie, Burt Bacharach, Luc Ex aux improvisations presque secrètes du combo. Presque secrètes car difficiles à localiser mais jamais perdues ou laissées à l’abandon dans ce vaste océan rugueux qu’est Sol 6.

Après avoir passé par tellement de sentiers (le jazz, l’improvisation, le rock, le contemporain) et de saveurs (le chaos, la douceur, l’obsession), Sol 6 s’enfuit brutalement sur une Miniature 2, tranchée nette. Peut-être une manière de nous dire que tout est toujours à recommencer, à reconquérir.


Sol 6, Autistic African Samba. Courtesy of Orkhêstra International

Sol 6 : Sol 6 (Red Note / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010. 
CD : 01/ Some Things Must Stay 02/ And the World Might Bb After All 03/ Uncaged 04/ The Cage 05/ Miniature 1 06/ Brain Boilingly Obvious 1 07/ Chanson hollandaise 08/ Leg Room in the 1st Class 09/ Amputation in Economy 10/ Nood 11/ Close to You 12/ Brain Boilingly Obvious 2 13/ Sick Eagle 14/ Autistic African Samba 15/ Brain Boilingly Obvious 3 16/ Insecurity 17/ Miniature 2
Luc Bouquet © Le son du grisli

17 juin 2010

Sebi Tramontana : Night People (Palomar, 2010)

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Parmi les rencontres faites sur disques par Sebi Tramontana – trombone de l'Italian Instabile Orchestra –, on trouvait jusque-là Carlos Zingaro ou Joëlle Léandre, improvisateurs uper-class agissant dans les cordes. Night People, d'ajouter en une fois quatre autres spécimens de la même espèce trouvés à Chicago : John Corbett (guitare), Fred Lonberg-Holm (violoncelle), Terri Kapsalis (violon) et Kent Kessler (contrebasse).

Anonnant d'abord en discret derrière l'échange d'un couple d'archets en perdition, Tramontana se retrouve coincé à l'intérieur de son instrument le temps d’une récitation de Kapsalis : la musique faite illustration occupera ensuite tout l’espace. Là, trouver alors un lot de notes fuyant sur perspectives descendantes, de grincements répétés et de constructions anguleuses d’une sophistication qui ne surprendra pas qui sait déjà de quoi est capable chacun des musiciens en place. Histoire de dire autrement, l’ensemble accueille le clarinettiste Guillermo Gregorio sur les quatre derniers titres : les mêmes constructions, de vaciller alors jusqu’à choisir l’option de l’écroulement pour toute apothéose.

Sebi Tramontana : Night People (Palomar / Instant Jazz)
CD : 01-08/ Part A-I
Enregistrement : 2004. Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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