The Clarinet Trio : 4 (Leo, 2012)

Beaucoup de cas de figures exposés ici par le Clarinet Trio (Jürgen Kupke, Michael Thieke, Gebhard Ullman). On aurait envie de dire : l’unisson, d’abord, encore et toujours. Ici, un unisson de combat ; ailleurs, un unisson fielleux, malade et expert en désunion.
Toujours, les souffles arpentent mille routes : celles, voilées, de la microtonalité et d’autres, plus déterminées, en direction de contrepoints doucement giuffriens. Sur ces routes aux signalisations sommaires, tous les trois s’adonnent à la course-poursuite : cris, strangulations, virages dangereux, traits saillants ; autant de conduites à risques et toujours arrivées à terme sans le moindre choc. Ailleurs mais sans s’éterniser, ils improvisent et avancent prudemment avec la sagesse au cœur.
Que leur reprocher ici ? Surement pas la diversité de leurs élans, l’étendue de leurs souffles. Rien, donc.
The Clarinet Trio : 4 (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ May 5 02/ Blaues Viertel 03/ Collectives #13 #14 04/ Homegenous Emotions 05/ Catwalk Münzstrasse 06/ Waters 07 /Kleine Figuren # 1 08/ News ? No News ! 09/ Geringe Abweichungen von der Norm 10/ Kleine Figuren # 1 (Variation) 11/ Kleine Figuren # 2
Luc Bouquet © Le son du grisli

The Magic I.D. : I'm So Awake / Sleepless I Feel (Staubgold, 2011)

On gardait un bon souvenir de Till My Breath Gives Out, le premier album de The Magic I.D. Ce souvenir était-il trop bon ? Et deuxième question : ce souvenir aurait-il pollué l’écoute d’I’m So Awake / Sleepless I Feel ?
Les choses commençaient pourtant bien. Elles s’appelaient (s’appellent encore, d’ailleurs, pour ceux qui auront le courage...) Atmospheres of a Beginning. Une folk lo-fi, noueuse, dissonante, et deux voix (Christof Kurzmann et Margarteh Kammerer) qui se chevauchent joliment… Après ça, des atmosphères qui se suivent sans se ressembler (entre pop et expérimental) mais qui déclinent, il faut bien le dire. Les rythmes sont décalés et jurent avec le parti pris de la production : une boîte à rythme rappelle Momus, la mollesse de Kurzmann rappelle celle de David Byrne… Tant de lourdeurs qu'après Eric Kicks le disque coule, et les clarinettes de Kai Fagaschinski et Michael Thieke n’y peuvent rien. Pire encore : tout à coup glapissent des chœurs niais, la voix maniérée de Kammerer devient insupportable, la guitare se la joue demi-ukulélé rébarbatif alors que les compositions brillent déjà par leur non-originalité (celle-ci a l’avantage de trouver une catégorie dans laquelle ranger la musique de The Magic I.D. : « néo-folk, barbes & robes à fleurs »).
Bref, on l’aura compris, l’expérimentation n’est que de façade, et même branchouille de bon ton. Le disque qui avait commencé sur un air de Mark Hollis finit sur des arrangements que ne renierait pas la paire d’idiotes réunies sous le nom de Brigitte. Oserais-je écrire que, chez Kurzmann & associés, la magie a déserté l’idée ?
The Magic I.D. : I’m So Awake / Sleepless I Feel (Staubgold)
Edition : 2011.
CD : 01/ Atmospheres Of A Beginning 02/ My Hands 03/ Eric Kicks 04/ Children's Tale 05/ In My Dreams 06/ Weary 07/ Something 08/ Mambo 09/ Liebeslied 10/ Feels Like An Ending
Pierre Cécile © Le son du grisli

Torsten Papenheim : Some of The Things We Could Be (Schraum, 2009)

Instruments avec lesquels Torsten Papenheim composa Some of The Things We Could Be : guitare (en premier lieu), banjo et piano. Nombre de musiciens auprès desquels il défendait ensuite son ouvrage : douze, parmi lesquels en trouver de brillants : Michael Thieke (saxophone alto), Ute Völker (accordéon) et Clayton Thomas (contrebasse).
Des arpèges de guitare ouvrent l’enregistrement, que rattrape un grésillement que l’on doit à la contrebasse. Dès l’ouverture, le champ musical approuve et la ligne claire et le parasite, le décors sombre et quelques éclaircies. Du swing bancal d’Harry S. Truman – pièce qui donne à entendre ce que Carla Bley aurait pu tirer d’une production soignée davantage – à la valse sur-lente d’a.k.a. You, for Example, du brillant MülheimAnDerRuhr (la clarinette basse de Christian Biegai luttant contre les motifs que répète la guitare) au couple Special Teeth Profiles Shifting / Mitscherlichs Zoo (qui commande une suite plus pernicieuse dont le temps obéit à un swing plus lent encore puis à une frénésie collégiale), les musiciens se laissent porter par les courants en mettant presque toujours à profit l’association de leurs singularités reconnues. Alors une autre fois au catalogue du label Schraum : un disque d’une sophistication irrésistible.
Torsten Papenheim : Some of The Things We Could Be (Schraum)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Introducing Selected Characters & Tones 02/ Harry S. Truman 03/ Bruxelles Piano Lessons 04/ a.k.a. You, for Example 05/ MülheimAnDerRuhr 06/ Nocturne Drei 07/ Special Teeth Profiles Shifting 08/ Mitscherlichs Zoo 09/ The Uses of Literature 10/ Nocturne Vier 11/ Kargo 12/ All The Songs You Sing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

The Magic I.D. : Till My Breath Gives Out (Erstwhile, 2008)

Emmené par Christof Kurzmann (entendu jadis auprès de John Butcher ou Steve Lacy) et Michael Thieke (membre notamment du Clarinet Trio), The Magic I.D. compose un premier album d’une électroacoustique soumises à influences – David Grubbs, Mark Hollis ou Stina Nordenstam – ainsi qu’à l’originalité de son instrumentation (voix, guitares et clarinettes).
D’allure plutôt lente, l’ensemble défend souvent une pop atmosphérique ou un folk mouvant, aux mélodies instituées sur boucles et déviant selon l’effet des interventions. Capables de quelques maladresses (voix ici trop appuyée ou improvisation virant là au refrain stérile), The Magic I.D. parvient sur la longueur à imposer avec Till My Breath Gives Out (première référence d’une section pop ouverte par le label Erstwhile) un idéal musical polyphonique et polymorphe, rare et presque singulier ; prometteur, surtout.
The Magic I.D. : Till My Breath Gives Out (Erstwhile / Orkhêstra Interational)
Edition : 2008.
CD : 01/ True Holiday 02/ Feet Deep 03/ Wintersong 04/ Martin Fierro 05/ From the Same Road 06/ Loopstück
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Michael Thieke: Leuchten (Creative Sources - 2004)

Membre appliqué du Clarinet Trio, Michael Thieke peut envisager son instrument de façon encore plus radicale. En solo, par exemple, venant grossir le nombre des musiciens pratiquant un instrument pour en sortir le moins de notes possibles. Souvent frelaté, ce genre d'expérience trouve une exception dans Leuchten.
Enregistrant en direct sur DAT, Thieke accepte un duel brut et déconcertant avec son instrument. Entre les silences de rigueur, s'y bousculent les chocs, les rythmes à soupçonner, et les luttes intestines que se livrent salive et souffle dans un endroit non identifié du conduit (Nicht Existent). Toujours plus agressifs, les souffles ; jusqu'à se montrer exclusifs (Jene Randfiguren).
Ailleurs, d'autres contrastes encore. Celui de parasites aléatoires profitant d'une clarinette sous crise d'asthme pour mieux se faire valoir (Quellend). Celui qu'imposent les natures différentes de deux morceaux opposés : Digamma, seul à permettre l'évasion de quelques notes - raclées, toutefois, se bousculant, forcément impatientes, au pavillon -, et Diffusion, morceau sans grand intérêt, qui se contente de nappes oscillatoires formées par des souffles en transit.
Comme Michel Doneda, Michael Thieke arrive à faire d'une intention bravache et de postures provocantes une interrogation subtile sur l'utilisation de son instrument. Vision personnelle d'une possible évolution des pratiques, l'exposé qu'est Leuchten est assez bien ficelé pour ne pas lasser l'auditoire.
CD: 01/ Nicht Existent 02/ Diffusion 03/ Jene Randfiguren 04/ Digamma 05/ Quellend
Michael Thieke - Leuchten - 2004 - Creative Sources.

The Clarinet Trio: Ballads and Related Objects (Léo Records - 2004)

Depuis 1998, Gebhard Ullman et Jürgen Kupke abordent en trio la question de la clarinette. En compagnie de Theo Nabicht, dans un premier temps, et maintenant aux côtés de Michael Thieke, ils inventent, au sein du Clarinet Trio, autant d’approches rares de l’instrument que de compositions alambiquées destinées à en faire redécouvrir les richesses.
Signés Ullman lorsqu’ils ne sont pas improvisés, les morceaux de Ballads And Related Objects multiplient les propositions : harmoniques évasives et entrelacements entêtants, choix ou refus du jeu à l’unisson pour l’interprétation de ballades apaisantes (Desert…Bleue…East), de mouvements extatiques (29 Shoes) ou de blues revisité (Collective N°.10 (Lines)).
Gimmicks contrôlés, les ruptures, de rythmes et d’intuition, distillent leurs poisons délicats à l’écrit (Seven 9-8, suite éléphantesque majestueuse) comme à l’improvisé (Collective N°.9 (Part 1-4)). Ici, elles permettent aux tentatives funambules de croître et de multiplier (Déjà Vu (Theme)), tandis qu’ailleurs, savamment positionnées, elles permettent aux clarinettes de lutter contre l’installation du silence en usant des silences (Déjà Vu (Variation 2)).
Ceci n’empêche en rien le trio de distribuer les solos agressifs ou les tournures rythmiques chaleureuses. De basses enivrantes en élucubrations aigues, la maîtrise pour principal fil conducteur, The Clarinet Trio fait preuve d’inspirations variées tout en menant une quête homogène commune de l’inédit musical. Trois clarinettistes à atteindre, ensemble, le but qu’ils s’étaient fixé.
CD: 01/ Déjà Vu (Variation 1) 02/ Seven 9 – 8 03/ Collective N°.9 (Part 1-4) 04/ Almost Twenty – Eight 05/ Variations On A Theme By Claude Debussy 06/ Collective N°.10 (Lines) 07/ 29 Shoes 08/ Collective N°.11 (Hohe Objekte) 09/ Verschiedene Annäherungen an den Ton Ges 10/ Déjà Vu (Theme) 11/ Desert...Bleue...East 12/ Collective N°.12 (Ballad) 13/ Déjà Vu (Variation 2)
The Clarinet Trio - Ballads and Related Objects - 2004 - Leo records. Distribution Orkhêstra International.























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