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Le son du grisli
29 juin 2013

Morton Feldman : Music for Piano and Strings, vol. 2 (Matchless, 2012)

morton feldman smith quartet john tilbury music for piano and strings vol 2

Comme son prédécesseur dans la série – qui réunissait For John Cage (1982) et Piano & String Quartet (1985) –, le second volume de Music for Piano and Strings estampillé Matchless Recordings rapproche deux œuvres de Morton Feldman : Patterns in a Chromatic Field (1981) et Piano, Violin, Viola, Cello (1987). Comme son prédécesseur, le disque (DVD) consigne des interprétations de John Tilbury et du Smith Quartet (Ian Humphries, violon ici absent, Darragh Morgan, violon, Nic Pendlebury, alto, Deirdre Cooper, violoncelle) données à l’Huddersfield Festival of Contemporary Music en 2006.

Patterns in a Chromatic Field. Tilbury et Cooper noyant leurs obsessions sur une trame en déroute ; allant répétitifs, butant, éclatants, de cellules isolées en conversations courtes ; l’archet en délitement sur un accord qui résonne, un piano reprenant à son compte une note que le violoncelle avait à peine effleurée, duo balançant enfin pour prendre de la hauteur et repérer l’endroit par lequel échapper à l’éternel retour des choses et des envies ;  la hantise de la note à suivre imposant une esthétique de changement, certes toujours insatisfaite – la nouveauté est une répétition comme une autre ? –, mais captivante.

Piano, Violin, Viola, Cello. Piano augmenté de trois cordes (Cooper encore, Pendlebury, Morgan) – ce que, depuis 1987, la partition commande. L’air détaché de Tilbury semble là suivre la cadence de partenaires-porteurs ; à force de décalages, le flottement gagne l’entière composition, la baigne dans une brume derrière laquelle violon, alto et violoncelle, de plus en plus distants déjà, finiront par disparaître. Alors, une autre fois, un disque « de » Morton Feldman passe, dont les dernières notes emportent du compositeur la délicatesse et le mystère, le rire et l'épouvante.    

Morton Feldman, The Smith Quartet with John Tilbury : Music for Piano and Strings, Volume 2 (Matchless Recordings)
Enregistrement : 2006. Edition : 2012.
DVD : 01/ Patterns in a Chromatic Field 02/ Piano, Violin, Viola, Cello
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

14 octobre 2013

Ravi Shardja : Grün ist grau (Grautag, 2013)

ravi shardja grun ist grau

Vous n’aviez jamais osé transposer la musique concrète de Pierre Schaeffer en Inde ? Pas d’angoisse, Ravi Shardja l’a imaginé – et réalisé – pour vous. Oeuvre totalement à part dans la discographie mondiale (oui, oui), son Grün ist grau multiplie les fractures et les horizons, entre échos de la rue à Bombay, sonorités échappées de Throbbing Gristle ou Merzbow, sans bien sûr omettre des souvenirs de sitar passés à la moulinette Prurient.

Pas sûr qu’au premier coup, on saisisse toutes les nuances du bidule, tant les idées foldingues pulluent et s’entrechoquent... On est en revanche certain d’enchaîner les découvertes planquées dans le mix au fil des écoutes.

En écoute >>> Grün ist grau (quatre extraits)

Ravi Shardja : Grün ist grau (Grautag Records / Souffle Continu)
Edition : 2013.
2 LP : A1/ Bombay Boobies Battle B1/ Curry Nelli Occhi Un'Acromatopsia Momentanea C1/ Attaque Sournoise Du Kopassus À Wamena D1/ Gartenfest Fessenheim Abgesagt
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

31 octobre 2013

P.O.P. : Täbriz (Monotype, 2013)

p

Capitale de l'Azerbaïdjan oriental, la ville iranienne de Tabriz est notamment réputée pour ses tapis, tout comme Senneh et Kerman qui donnent leurs noms aux deux autres morceaux du CD du nouveau projet de Reinhold Friedl, P.O.P. (pour Psychology of Perception). La pochette persiste et signe, d’ailleurs : avec le bassiste (électrique) Hannes Strobl et le saxophoniste Hayden Chisholm, l’éclectique Friedl tapisse !

Doit-il pour autant renoncer à aller fouiller à l’intérieur de son piano pour confectionner son artisanat ? La réponse est non, évidemment, d’autant que Friedl et Strobl soignent comme dans une pouponnière les drones, les aigus, les murmures, les cordes presque muettes... Suffisamment développés, tous ces sons partent rejoindre Chisholm qui en usant d’une seule et unique note donne une forme à l’ensemble et même les transcende. La musique tout à coup se fait visible. Et en effet, le trio tisse un motif qu’il reprend avec concentration. A plat, l’abstraction de ses trois tapis sonores fait sens & bel effet.

écoute le son du grisliP.O.P.
Kerman

P.O.P. : Täbriz (Monotype)
Edition : 2013.
CD : 01/ Täbriz 02/ Senneh 03/ Kerman
Pierre Cécile © Le son du grisli

30 septembre 2013

Mika Vainio, Joachim Nordwall : Monstrance (Touch, 2013)

mika vaino joachim nordwall monstrance touch le son du grisli

Vieille branche de la musique électronique, qu’elle soit ou non drapée de beats, Mika Vainio joint ses forces obscures au Suédois Joachim Nordwall (le fondateur du label iDEAL Recordings), pour un disque en tous points vibrant. Telle une connexion frappadingue où Einstürzende Neubauten jammerait – osons le mot – aux côtés de SunnO))) dans un squat berlinois à douze mètres du mur, les deux Scandinaves font hurler les guitares et l’électronique, qu’est-ce que ça envoie du bois, ou plutôt de l’acier trempé.

Toutefois, Vainio (pour rappel, moitié de Pan Sonic) et Nordwall ne se contentent pas de jouer à qui sera le plus bruyant et/ou strident. Passés les – très – impressionnants deux premiers morceaux, un calme dès plus trompeurs s’installe, comme un écho de combinat est-allemand désaffecté (think Jason Kahn vs Gilles Aubry) et la suite des sept tracks explose à la moulinette toute allusion à la monotonie. Au-delà des mots, je vous laisse le plaisir sensoriel de la découverte, vous risquez d’en ressortir tout ouf.

Mika Vainio, Joachim Nordwall : Monstrance (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Alloy Ceremony 02/ Live At The Chrome Cathedral 03/ Midas In Reverse 04/ Irkutsk 05/ Praseodymium 06/ Promethium 07/ In The Sheltering Sanctus Of Minerals
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

18 juillet 2013

Katsura Mouri, Tim Olive : Various Histories (845 Audio, 2013)

katsura mouri tim olive various stories

Aux platines, edits & mix, Katsura Mouri. Aux pickups et metals, Tim Olive. Et avec tous ces branchements, le duo ne craint par le grand saut… à l’eau. Malgré nos craintes, nous plongeons avec eux.  

Au fond, c’est comme un moteur qui tourne et nous attire. L’oreille perçoit ce quelle peut (cliquetis, frottements, frisements) jusqu’à ce qu’apparaissent (même bien cachées) une, deux puis trois mélodies. Sous l’effet des bruits de Mouri et Olive ou celui de la pression, notre cerveau nous jouerait-il des tours ? Impossible de répondre, je me souviens seulement de l’expérience, et surtout de la cinquième plage : comme engourdi, des basses me pénètrent, et une force plus grande que moi me transporte. Je crois ne plus entendre qu’un drone et des coups donnés sur une corde. J’en ressors sonné, béatement conquis de ces contes à ouïr debout.

Katsura Mouri, Tim Olive : Various Histories (845 Audio)
Enregistrement : 2010. Edition : 2013.
CD : 01-05/ Various Histories
Pierre Cécile © Le son du grisli

6 mai 2013

Reg Schwager, Michel Lambert : Trio Improvisations (Jazz from Rant, 2013)

reg schwager michel lambert trio improvisations

Ici, 3 fois 3 trios. Et à neuf reprises, le duo Reg Schwager / Michel Lambert se frottant aux audacieux Kenny Wheeler, Michael Stuart ou Misha Mengelberg.

Avec le trompettiste,  la connexion est immédiate : climats introspectifs ou plus éclatés, ils cisèlent le naturel et diffusent les phrasés avec douceur et connivence. A (presque) chaque note, la beauté et l’évidence. Avec le saxophoniste, ils puisent en des profondeurs fécondes. Mélodies approchées mais jamais diffusées, sens du cadre et sages harmoniques, le saxophoniste excelle à varier ses effets. Avec le pianiste, ils découvrent le royaume de l’aléa. Dissonances, réduction du motif, errance et égarements, ils doivent compter sur leur sang froid pour éviter le hors sujet. Ce qu’ils réussissent merveilleusement bien ici, et ce, sans se défaire de leurs qualités habituelles : sens de l’écoute et de la répartie, abondance de suggestions et propositions, scintillement des cymbales et clarté des arpèges. Ici, 3 fois 3 beaux trios.

EN ECOUTE >>> Trio Improvisations (extraits)

Reg Schwager, Michel Lambert : Trio Improvisations (Jazz from Rant)
Enregistrement : 2001-2002. Edition : 2013.
CD : 01/ Out Class 02/ Gander 03/ After Thought 04/ Undertow 05/ Cross Talk 06/ In Sight 07/ Sense Less 08/ Hamlet 09/ Dysfunctional Harmony
Luc Bouquet © Le son du grisli

28 mars 2013

My Bloody Valentine : mbv (MBV, 2013)

my bloody valentine mbv le son du grisli

Du Huffington Post à L’Express, tout le monde aura annoncé la sortie du nouvel album de My Bloody Valentine. J’en conclus que j’ai dû dormir une bonne vingtaine d’années au moins ! A mon réveil, j’ignore tout des efforts qu’ont dû faire Kevin Shields et sa bande pour jouir d’une telle notoriété, mais je les en félicite.

Avant de rattraper mon retard – c'est-à-dire de me jeter sur la vingtaine de disques au moins que le groupe a dû enregistrer pendant mon coma profond –, je jette une oreille sur le dernier en date, mbv. A cause du titre (et de cette idée de vouloir au plus vite combler mon retard), j’ai d’abord cru à une compilation (qui serait sortie, comme les choses sont bien faites, le jour même de mon réveil). Au casque, j’ai même entendu une compilation où se côtoient des chutes de vieux morceaux et de nouvelles tentatives de pop triturée…

Or, mbv n’est pas une compilation mais bel et bien un album sur lequel on retrouve le bloody brouillard et les oscillations-modulations valentine et où l’on découvre aussi de nouveaux artifices comme des synthétiseurs stereolabiens (Is This And Yes, Wonder 2) et des structures mélodiques bien plus (parfois bien trop) classiques (New You, Only Tomorrow). En somme pas grand-chose – d’intéressant ni de vraiment décevant – mais quand même trois titres hybrides (She Found Now, In Another Way et Nothing Is).

Même si la voix de Bilinda Butcher ne pourra plus m'éviter de regretter les années Loveless, c’est décidé : je vais aller chercher et écouter tout ce que My Bloody Valentine a pondu entre Loveless et cet mbv. Et si rien ne me surprend plus, je jure que je m’attends à tout !

My Bloody Valentine : mbv (MBV)
Edition : 2013.
CD / LP / DL : 01/ She Found Now 02/ Only Tomorrow 03/ Who Sees You 04/ Is This And Yes 05/ If I Am 06/ New You 07/ In Another Way 08/ Nothing Is 09/ Wonder 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

25 mars 2013

Kristoff K. Roll : A l’ombre des ondes (Empreintes DIGITALes, 2012)

kristoff k roll a l'ombre des ondes

A l’ombre des ondes, de Kristoff K. Roll (J-Kristoff Camps et Carole Rieussec), est une invitation à la rêverie. Des hommes et des femmes sont invités sur une méridienne (pour ne pas dire un divan, ce qui ferait de nous, auditeurs, des psys incompétents) à nous parler de leurs rêves.

Il est difficile de raconter des rêves, pour cela il faut choisir les bons mots. Il faut aussi se concentrer pour ne pas être dérangé par le bruit d’un avion qui passe ou par celui de pas sur le gravier. Mais certains n’hésitent pas. Un homme dit qu’il a rencontré Brigitte Bardot pendant la guerre, que celle-ci vendait ses meubles. Une femme raconte son exploration de villes qui n’existent pas. Un autre homme avoue rêver érotique. Une autre femme se souvient avoir perdu ses amis et s’être retrouvée seule dans une ville inconnue…  Il y aura d’autres histoires, mon intérêt variera – je m’aperçois que le son de la voix et les intonations (trop « jouées » parfois) peuvent avoir un effet néfaste sur mon attention.

Les ombres sont courtes comme les ondes, même si l’on peut y trouver une certaine fraîcheur. Mais lorsqu’on décroche, c’est l’imagination (je veux dire, le beau bruitage) de Kristoff K. Roll qui nous rattrape. Le bois qui craque, l’eau qui endort, me convainquent de me laisser aller. Une foule parle fort, le soleil est aveuglant. « Je suis photographe d’animaux sauvages ayant pris place dans des voitures ». Est-ce le rêve d’un autre étranger ou bien le mien qui commence ?

Kristoff K. Roll : A l’ombre des ondes (Empreintes DIGITALes / Metamkine)
Edition : 2012.
CD : 01/ Méridienne allongée 02/ Récit de rêve 03/ Méridienne inclinée
Héctor Cabrero © Le son du grisli

29 janvier 2013

Gilded : Terrane (Hidden Shoal, 2012)

gilded terrane

Debut album, comme on dit du côté de Perth, de la paire australienne Gilded, Terrane nous entraîne sur des terres jazz ambient d’un bel intérêt, telle une rencontre entre Kapital Band 1 et Z’ev dans une tonalité proche de Sébastien Roux et Chris Corsano...

Déroulant sur une note paisible et éthérée des tentations où le jazz et la microtonalité ne s’effraient pas mutuellement, le duo Matt Rösner / Adam Trainer ose sans le moindre complexe l’enchaînement des couches sonores, tout en donnant à ses sonorités une légèreté bluffante. Des neuf morceaux, on goûtera tout particulièrement aux atmosphères quasi-americana de Road Movie, mais aussi aux boucles pianistiques de Tyne, en marge de Sylvain Chauveau et de son Black Book of Capitalism.



Gilded : Terrane (Hidden Schoal Recordings)
Edition : 2012.
CD : 01/Velar 02/    String and Stone 03/ Dew Cloud 04/ Road Movie 05/ Tyne 06/ Straight Crest 07/ Cluttered Room 08/ Expand/Contract  09/ Moth Food
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

30 janvier 2013

Han Bennink & Co. (Ilk, 2012) / Joachim Badenhorst : The Jungle He Told Me (Smeraldina-Rima, 2012)

han bennink & co

Avec sa seule caisse claire et jamais en manque de ressources, Han Bennink refuse le rôle d’accompagnateur tout autant que celui de soliste ici. Dans cet entre-deux fécond, il navigue entre balais et baguettes, se souvient de papa Jo Jones, entrechoque les bois, étouffe la peau, joue avec les contrastes, enveloppe le tempo plus qu’il ne le souligne.

Dans une relative retenue, le pianiste Simon Toldam et le saxophoniste-clarinettiste Joachim Badenhorst parcourent quelques points cardinaux du jazz (celui des origines, celui de Monk plusieurs fois cité, celui du free, celui des libres improvisations) et ne se lassent pas d’en dévier les axes. Et le bouillonnant et bondissant Bennink de s’enivrer de ce très tonique festin.

Han Bennink Trio : Bennink & Co. (Ilk / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Klein Gebrek Geen Bezwaar 02/ Sim March 03/ Suite in a Sea 04/ Meet Me Tonight in Dreamland 05/ Dog 06/ Lauren-s S.D. 07/ Inside Inside 08/ Ganz 09/ Klein Gebrek Geen Bezwaar N° 2  10/ Kiefer 11/ Postlude to Kiefer and a Piece of Drum 12/ A Flower Is a Lovesome Thing
Luc Bouquet © Le son du grisli

joachim badenhorst the jungle he told me

Qu’il change sa clarinette défaillante en instrument exotique (genre duduk), fait œuvre de diphonie qui dans la lenteur vrille ou construit au ténor une pièce minimaliste qu’il aurait pu ne jamais finir de faire tourner, Joachim Badenhorst ne perd rien à la solitude. Rappelant – fond et forme confondus – Gunter Hampel, il ne se refuse ni mélodie anecdotique, ni déviation chaotique, ni blues à la Mezzrow : The Jungle He Told Me a en conséquence de quoi surprendre, et même convaincre.

Joachim Badenhorst : The Jungle He Told Me (Smeraldina-Rima)
Edition : 2012.
LP / Téléchargement : 01/ Klarinet 02/ Basklarinet 03/ Tenor 04/ Djilatendo 05/ Rafelromp 06/ Ek stamel ek sterwe 07/ X (for Joe McPhee) 08/ Singing the Blues 09/ Tafel Stomp
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 janvier 2013

Thomas Borgmann, Wilber Morris, Reggie Nicholson : Nasty & Sweet (NoBusiness, 2013)

thomas borgmann wilber morris reggie nicholson nasty & sweet

Aux côtés de Sirone à la fin des années 1980 puis à la tête de l’Orkestra Kith’N Kin – présences de John Tchicai, Lol Coxhill ou Pat Thomas – ou encore associé à Peter Brötzmann, Thomas Borgmann dévoila ses fiévreuses intentions musicales. Des dispositions pour le trio l’incitèrent à fréquenter plus régulièrement encore Wilber Morris et Denis Charles de 1995 à 1998 (BMC Trio, dont Silkheart publiera The Last Concert). A la disparition de Charles, Reggie Nicholson prit place derrière la batterie : BMN Trio donnera des concerts jusqu’en 2002.

En 1999 – soit quelques mois après s’être produit à la Spirit Room de Rossie (disque CIMP You See What We’re Sayin’?) –, Borgmann, Morris et Nicholson étaient du Tempere Jazz Festival. La mise en place prend son temps, celui nécessaire à la déposition d’une texture qui démontre déjà la cohérence de la formation. Selon qu’il intervient au ténor ou au soprano, Borgmann instille ensuite – Sweet puis Nasty, alors – une improvisation aux reliefs abrupts ou verse dans un free autrement précipité. Morris modifiant avec subtilité les couleurs du décorum et Nicholson battant la mesure en hachant toutes secondes, voilà que les quatre faces ont passé avec force et rapidité. En supplément, trouver deux autres pièces improvisées le 25 avril 1998 : Wilber’s Mood et autre Nasty & Sweet. L’idée est la même, qui persiste et signe : il est temps de faire plus ample connaissance avec l’art de Thomas Borgmann



Thomas Borgmann, Wilber Morris, Reggie Nicholson (BMN Trio) : Nasty & Sweet (NoBusiness)
Enregistrement : 7 novembre 1999. Edition : 2012.
2 LP : A1/ Nasty & Sweet Part I B1/ Nasty & Sweet Part II C1/ We Went That Away C2/ Wilber’s Mood D1/ Nasty & Sweet
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

13 janvier 2013

Ryu Hankil, Choi Joonyong, Hong Chulki : Inferior Sounds (Balloon & Needle)

hankil chulki joonyong inferior sounds

Caisse Claire et machine à écrire pour Ryu Hankil, turntable pour Hong Chulki & lecteur CD pour Choi Joonyong. Voilà qui change des instruments habituels sur cette improvisation qui ravira les amateurs de bruits aussi ordinaires qu’extraordinaires.

C’est donc normal si nos repères s’y perdent. A qui attribuer ces larsens ? A qui ces frictions ? A qui ces combinaisons de hasard jouées à la roulette ? Peu importe, le trio forme une seule et même équipe, qui travaille sur un chantier des plus expérimental. L’usinage, qui n'est pas toujours agressif, produit des étincelles grises ou bleues qui étonnent par leur capacité d’expression et des sons qui n’ont rien d’ « inférieur » (le recul pris par le trio dans le titre de ce CD est d’ailleurs gage d’intelligence !).

Ryu Hankil, Choi Joonyong, Hong Chulki : Inferior Sounds (Balloon & Needle)
Enregistrement : 17-19 janvier 2011. Edition : 2011.
CD : 01/- 02/-
Pierre Cécile © Le son du grisli 2013

3 novembre 2015

LDP 2015 : Carnet de route #24

ldp 2015 24 ann arbor

La vitesse à laquelle Jacques Demierre et Urs Leimgruber parcourent les Etats-Unis s'accélère. Ici,le souvenir d'un concert donné à Ann Arbor, le 24 octobre, et, avant lui, des nouvelles encourageantes que Barre Phillips nous adresse de Puget-Ville.

24 Octobre 2015, Ste-Philomene, Puget-Ville, France

Sitting here knowing that I'm missing a very important tour with my friends Urs and Ja(ques. But what can I do? Be ready to join them when they will get back to Europe on the 8th of November. The Black Bat, before he left my body, did a lot of damage. The damage can repair itself, if I act in the right ways. Eating and resting being so important.    
I touch the bass and after a short time of waking up it tells me that it's ready to go. Took a short trip (a test run) up to Lyon to visit a friend and my luthier. Bass player from Tokyo. We played and I used a Carbow that the luthier had and it marveled me out, to the point to where I had to buy it. New starting. A new mechanical thrall. Like pealing the apartment bicycle 20 mns. I have faith that we'll all meet at the appointed time - my friends, my mind, my body and my spirit, to continue re-starting anew our sound and human adventure. Hold on! Hold on! Here I come.
B.Ph

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24 octobre, Ann Arbor, USA
19th Annual EDGEFEST 2015:  Wake Up Calls from the Edge
Kerrytown Concert Hall

Midwood Suites Brooklyn 6:30am. Morgendämmerung. Der Taxifahrer, ein Mexikaner wartet in der schwarzen Limosine auf uns. Newark Airport! Der Wagen rollt durch leere Strassen und bereits dicht gefüllte Avenues and Higways, Richtung Flughafen. Das check-in geht ganz schnell, in der Flughalle gibt es kaum Leute. Newark ist ein kleiner, sehr angenehmer Flughafen. Two espressos, one single, one double and two croissents. Wir setzen uns hin und geniessen die Ruhe. Eine junge Kellnerin serviert uns den Kaffee und die Gipfel. Wir sind die einzigen Gäste und wir sehen kaum Leute vorbei gehen. Wir fühlen uns in einem fast Zeit losen Raum. Lauter Ruhe vergessen wir, auf einem Flughafen zu sein. Beinahe verpassen wir das Boarding. Ein kleiner Flieger, Typ Sky Jet 900 bietet nur kleine Overheads an. Mein Softbag mit den beiden Saxofonen passt nicht hinein. Was nun? Die Stewardess bietet mir nach einer kurzen Unsicherheit einen Platz in der Crew eigenen Garderobe an. Das Ding passt hinein. Glück gehabt. Endlich erreiche ich meinen Platz, ein exit seat wo ich meine Beine strecken kann. Ich atme kurz ein und aus. Fasten Seat Belt. We are taking off, destination Detroit. Nach leichtem Abheben des Vogels sind wir endlich in der Luft.
Wieder ist Ruhe. Wir brauchen unzählige Stunden um ein Konzert von 50 Minuten zu spielen. Der Aufwand ist enorm, und doch lohnt es sich. It’s all about an experimental experience. Und die Eindrücke sind nachhaltig. Nancy holt uns am Flughafen Detroit mit einem grauen Subaru ab. Nancy ist klein gewachsen und hat rote Haare. Sie ist Künstlerin sagt sie uns während der Fahrt zum Microtel. Sie hätte eine Ausstellung im Konzertraum. Check-in an der Reception und ab in die Zimmer. Kurz danach sitzen wir im Koreaner nebenan und bestellen Tofu mit Gemüse und Reis. Der anschliessende, kurze Nachmittagsschlaf ist auf der Tournee äusserst wichtig und wohltuend. Um 6:30pm holt uns Nancy am Hotel wieder ab. Im Kerrytown Konzerthaus spielt das Trio Joe McPhee, Fred Lonberg Holm, Michael Zerang zusammen  mit dem Gast Trompeter Peter Evans. Das Thema des Festivals in diesem Jahr ist die Trompete. Die Gruppe spielt einen hochkarätigen Set mit eruptiven und virtuosen Ausbrüchen und ruhigen Passagen zum ausklingenden Schluss. Das fachkundige Publikum ist sehr aufmerksam. Die Leute spielen gut mit. Sie übernehmen manchmal sogar die Führung und applaudieren am Schluss in die Stille hinein!
Nach einer kurzen Pause beginnt das nächste Konzert in der St. Andrews Episcopal Church nebenan mit TAYLOR HO BYNUM EDGEFEST PLUSTET mit dem University of Michigan Creative Arts Orchestra. Während dieser Zeit stimmen wir uns im Kerrytown Concert House für unser Konzert ein. Das Video zeigen wir heute nicht. Wir spielen zusammen mit Fred Lonberg Holm und Joe McPhee im Quartett als Abschluss des Festivals. Wir werden von der Festival Leitung von Deanna Relyea, Allison Halerz, Piotr Michalowski, Marc Andren und Christine Reardon die unser Konzert gesponsert haben herzlichst empfangen. Sie alle kennen unsere Musik sehr gut und sie überhäufen uns mit Lob und Anerkennung. Wenn das nur gut geht?
Um Punkt 10:00pm beginnt unser Konzert. „Swiss musicians Urs Leimgruber and Jacques Demierre join forces to create musical relationships that are intimate, while also surprising, subtle and intense. Their music reshapes existing material into surprising sounds. Every time they play together, they are able to reinvent their music and take it to a new level“.
Wir spielen einen fulminanten Bogen. Laute Pianissimos und leise Fortissimos, Lärm und Melodien, Luft und Getöse lösen sich ab in zwei Teilen mit Zwischenapplaus.Nach einem experimentellen Erlebnis bedankt sich das Publikum enthusiastisch. Wir verkaufen viele CD’s und der Abend nimmt sein Ende im Zusammensein, spannenden Gesprächen und Kalifornischem Rotwein. Morgen früh geht die Reise weiter, wir fliegen zurück nach Newark.
U.L.

P1100548

Il est traditionnellement dit que les pianos Steinway & Sons fabriqués à Hambourg n'ont pas la même qualité sonore que ceux produits à New York. Deanna Relyea, directrice artistique du Edgefest Festival de Ann Arbor, non loin de Detroit, et fondatrice du Kerrytown Concert House, me dit qu'en l'occurrence, le STEINWAY & SONS, C, 468920, mis à disposition des pianistes invités, provient de l'usine de Hambourg. Elle ajoute que l'instrument, acheté en 1988, à une époque où le taux de change du dollar permettait ce genre d'acquisition, a été mis en vente par la femme d'un riche industriel anglais qui préférait un piano à queue au vernis éblouissant à un instrument à la matité sans doute un peu honteuse. Le mauvais goût est parfois un allié insoupçonné. Est-ce le fait de la rapide traversée aérienne de la côte ouest vers la côte est des Etats-Unis d'Amérique, ou le fait de la mention de cette différenciation sonore opposant Nouveau Monde et Vieux Continent, qui colora d'ailleurs étrangement mon jeu durant le sound check – différenciation qui fait surtout partie du mythe que Henry Engelhard Steinway et ses fils ont construit, mais qui n'est finalement pas si pertinente, car il n'existe pas deux pianos, quelle que soit leur marques, qui laisseraient la même trace sonore dans le temps –, toujours est-il que j'ai senti se construire progressivement la sensation d'un temps et de sa hiérarchisation qui se retiraient en moi au profit de l'apparition d'un espace intérieur particulier, où se répartissaient progressivement des séries de points, des écheveaux d'éléments, appartenant tous à un entrelacs de sensations, d'expériences et de souvenirs. Un courriel de Barre joua aussi un rôle de déclencheur : "Gordon Mumma, Bob Ashley, Bob James were in Ann Arbor in the 60's, starting out. I'll play a track for you some day that I recorded with Bob James and a drummer plus a tape by Bob Ashley – on a ESP record from the 60's. Adventuresome young guys." Des relations, sans échelle temporelle, se créaient sans cesse en moi, la trompette de poche de Joe McPhee, qui partagea notre performance ce soir-là avec Fred Lonberg-Holm, résonant dans la table d'harmonie du Steinway fabriquée à Hambourg et sûrement faite d'un bois datant de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, partageait le même territoire intérieur que mon admiration adolescente et sans borne pour la musique de MC5, groupe de Detroit à l'énergie fulgurante, qui demeure comme une étincelle initiale qui n'a cessé de produire en moi de nouveaux foyers sonores. Je suis comme un arbre aux mille points, où les ramifications de mon espace intérieur font apparaître des configurations que les autoroutes du temps et de la durée ne sauraient égaler. Le son du saxophone soprano de Urs jouant à Los Angeles à mes côtés est là, tout comme l'irritante présence sonore du drone de ma chambre d'hôtel de New Haven, les moments niouiorquais de son tranché au couteau dans leur propre durée par John Zorn, Paul Lytton et Nate Wooley, lors d'un Benefit Concert à The Stone, se superposent, tout en se recouvrant subtilement, à la sirène du train Amtrak, dans lequel j'écris ces mots maintenant. En ce moment de dispersion entrecroisée, entraîné par un mouvement d'horizontalité entre le proche et le lointain, je ne peux croire le fait que notre premier concert sur la côte est des Etats-Unis, accompagné d'un piano d'Europe à la facture nouvelle et plus résistante, qui avait permis une approche encore inouïe du jeu pianistique, ne soit que pure coïncidence, surtout quand on sait (dixit wiki) que Franz Liszt cassait marteaux et cordes à chaque concert...
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE

4 novembre 2015

Mark Trayle : Goldstripe / Toshimaru Nakamura, Mark Trayle : Stationary (Creative Sources, 2015)

mark trayle goldstripe toshimaru nakamura mark trayle stationary

Entendu souvent en compagnie de Jason Kahn (Five Lines, Fronts, Timeline Los Angeles) mais aussi auprès de Vinny Golia (Music for Electronics & Woodwinds), voici Mark Trayle improvisant, en 2006 et 2007, dans d’autres conditions : seul (Goldstripe) ou en duo avec Toshimaru Nakamura (Stationary).

Sur Goldstripe, Trayle  interroge le potentiel sonore des pistes magnétiques de cartes bancaires. Si elle peut, au son, rappeler les Dataphonics de Ryoji Ikeda, l’épreuve est moins dogmatique, et même : plus poétique. Ainsi extrait-il – certes pour les étouffer, mais en se gardant toujours de les faire taire – les éléments d’une électronique de contenu généralement enfoui. A son imagination, maintenant, de décider : ici, les renverser ; là, les obliger à un rythme ou à une danse ; ailleurs, les déformer à loisir – les pièces peuvent alors rappeler les expériences sur platines d’Otomo Yoshihide ou les plus étranges instrumentaux de Throbbing Gristle.

Avec Toshimaru Nakamura, c’est presque une autre histoire. Ordinateur contre no-input mixing board à trois reprises : malgré les velléités, de part et d’autre, les gestes sont mesurés. A tel point qu’on soupçonne l’électronique de s’être rapidement fondue dans le décor pour mieux sourdre ensuite… à travers les plaintes, fragiles toutes : sifflements, oscillations, crépitements, saturations… La mesure et la précision du duo soignent là une électronique rare, d’un expressionnisme moléculaire plus remarquable encore que celui de Goldstripe.



Mark Trayle : Goldstripe (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2007. Edition : 2015.
CD : 01-07/ Goldstripe

Toshimaru Nakamura, Mark Trayle : Stationary (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : Janvier 2007. Edition : 2015.
CD : 01/ 10’16’’ 02/ 27’59’’ 03/ 6’45’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

29 mai 2012

Foxes Fox : Live at the Vortex (Psi, 2012)

foxes fox live at the vortex

C'est en studio, à l'été 1999 d'abord (pour Foxes Fox, Emanem), peu après la formation « accidentelle » du groupe – par adjonction de Steve Beresford (piano) au trio d'Evan Parker (aujourd'hui au seul ténor), John Edwards (contrebasse) et Louis Moholo (batterie) – à l'automne 2004 ensuite (avec Naan tso, Psi), que les quatre musiciens avaient jusqu'alors enregistré, et il est particulièrement heureux que les micros de Steve Lowe les aient enfin saisis sur scène pour leur troisième disque, tant leur équipe semble adaptée à ce terrain.

La qualité toute orageuse du son que le quartet développe dès les premiers instants est électrisante et rend ce concert au Vortex passionnant. Remous brassés d'Edwards ; clavier insaisissable ou charpenteur ; batterie bruissante et tendue, explosible ; ténor rauque, sanglier à la hure hirsute. De front, une manière martiale, embrasée, propulsive. S'y complaire aboutirait à une complète combustion (et de l'invention et de notre attention) : il faut combiner, composer, et la quarantaine de minutes du premier set suffit, avec ses vrais moments de bravoure, à l'extraction d'un free rugueux auquel on pouvait certes s'attendre... mais auquel on ne peut se soustraire.

L'arrivée de Kenny Wheeler (trompette et bugle) sur les planches, pour quarante autres minutes, permet de rebattre un peu les cartes. Ses sinuosités ouvrent des perspectives et suggèrent d'autres climats : l'horizon y gagne éclaircissement, répartition, profondeur de plans, et les échanges se renouvellent en conséquence – jusqu'à un certain lyrisme. Que demander de plus ?

Foxes Fox : Live at the Vortex (Psi / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Foxes Set 1 02/ Foxes Set 2 03/ Foxes Set 3
Guillaume Tarche © Le son du grisli

18 mai 2012

From the Mouth of the Sun : Woven Tide (Experimedia, 2012)

from the mouth of the sun woven tide

Voyage suspendu au fil de quelques notes entre la Suède de sa première moitié (Dag Rosenqvist aka Jasper TX) et le Kansas de sa seconde composante (Aaron Martin, déjà entendu – en bien – auprès de Machinefabriek), From The Mouth Of The Sun incline très obliquement en direction du minimalisme électroacoustique. Echafaudées sur quelques échos de piano et de violoncelle imprimés sur des sphères electronica nappées, les huit pièces de Woven Tide invitent à un voyage méditatif plaisant, bien que terriblement encombré dans sa catégorie.

Plusieurs morceaux de bravoure hors toute complaisance valent toutefois la peine – notamment un Pools Of Rust et ses éclats post-shoegaze en sourdine montant lentement en puissance ou les traversées fantomatiques de Color Loss et sa voix de sépulture dévoyée dans l’anonymat. Hélas, d’autres instants ne trouvent jamais la faille promise – ou l’indispensable ambiguïté – nécessaire à l’échappée du tout venant ambient, je le regrette d’autant plus que les splendides échos néo-classiques de Sitting In A Roofless Room. Pourtant, quelque part entre Deaf Center et Max Richter, l’espace est vaste et appétissant.



From The Mouth Of The Sun : Woven Tide (Experimedia)
Edition : 2012.
CD : 01/ The Crossing 02/ Pools Of Rust 03/ Color Loss 04/ My Skin Drinks Light That Has Passed Through Leaves 05/ Sitting In A Roofless Room 06/ Like Shadows In An Empty Cathedral 07/ A Season In Waters 08/ Snow Burial (While Blue Skies Gather)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

15 mars 2012

Archipel électronique Vol. 1 (D'autres cordes, 2011)

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La lecture des quelques noms « connus » à l’affiche de la présente compilation (Sébastien Roux, eRikm, Frank Vigroux, Bérangère Maximin) laissait entrevoir une série de découvertes importantes, sinon sympathiques, et le moins qu’on puisse dire est que nulle déception ne surgit à l’écoute des neuf plages d‘Archipel Electronique Vol. 1 – à tel point que j’espère déjà une suite.

Tout débute d’ailleurs de fort belle manière en compagnie de Christophe Ruetsch. Associé à l’Ensemble Pythagore et au collectif Eole, l’artiste français né dans le Gers dévoile une pièce totalement subtile (S.L.O.T), à la croisée de William Basinski, Giuseppe Ielasi et Phil Niblock qui, rien qu’à elle seule, vaut le détour. Davantage brumeuse, ponctuée d’une suite de bruitages qui soulèvent son intérêt, France Matraque de Franck Vigroux ne sort toutefois pas du lot séparant Xela de Deaf Center. De l’abstraction au concret, il n’y a qu’un pas, franchi sans complexes par eRikm. Fondée sur la sirène d’alerte des pompiers que nous connaissons tous, Une Canopée Aux Accidents évolue rapidement vers une méditation alanguie, reconvertie au finale en une cascade de grillons digitalisés. Tout autre est l’atmosphère de la Matrice d’Annabelle Playe, que je qualifierais sans hésiter de berlinoise, au sens que lui avait donné Gilles Aubry sur son intrigant s6t8r – telle une sombre menace post-industrielle à fleur de peau.

Charnière de l’ensemble, Un Jour Mes Restes Au Soleil de Bérangère Maximin est réellement impressionnante d’envergure (in)soumise aux démons qui la traversent. Construite sur des échos de cordes stridentes, percutée par une basse bourdonnante jamais bavarde, l’œuvre explose sept minutes durant les canevas secrets d’une fabrication insoupçonnée. On n’en dira pas autant du bruitisme industrialisant de Jérôme Montagne, dont les tentations Yasunao Tone-friendly donnent envie de zapper, contrairement au terrifiant (et bien nommé) Territoire Fracas de Kasper T. Toeplitz – genre de déluge noise abyssal dont même le grand  Francisco Lopez doit cauchemarder la nuit, autant dire qu’on n’en sort pas intact. Tout en contrastes, à la lisière du néo-classique tel qu’on le retrouve sur le label Type, mais aussi influencé par Xenakis, la pièce C de Sébastien Roux rappelle, ne fut-ce que partiellement, que l’ombre de Pierre Schaeffer plane toujours sur notre temps et, pour conclure, L’Intelligence Pétrolifère de Sébastien Sighicelli (extraite de son opus Marée Noire de 2007) poursuit l’aventure entre concrétisation sonore et abstraction philosophique. Vous vouliez des découvertes ? En voici une de taille.

V/A : Archipel Electronique Vol 1 (D’Autres Cordes)
Edition : 2011
CD : 01/ S.L.O.T 02/ France Matraque 03/ Une Canopée Aux Accidents 04/ Matrice 05/ Un Jour, Mes Restes Au Soleil 06/ NOP(3) 07/ Territoire Fracas 08/ C 09/ L’Intelligence Pétrolifère
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

14 février 2012

Zeena Parkins : Double Dupe Down (Tzadik, 2012)

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Réunissant cinq musiques de films composées entre 2004 et 2011 par Zeena Parkins, Double Dupe Down joue la carte d’une étrange diversité. Mais de ce choix de transposer les sources et de bouleverser chronologie et orchestration émerge une œuvre-suite évitant, de belle manière, l’effet zapping.

Ici, même si imbriqués ou juxtaposés, ce sont les passages solos (PSA N° 2 + 7), les arrangements de cordes (The Shape of Error avec Sara Parkins, Maggie Parkins et Okkyung Lee) ou les parties à deux cornemuses (Oompie Ka Doompie avec David Watson et Matthew Welch) plutôt que les electronics inhabités d’Ikue Mori (Harpstring and Lava) que l’on a envie de défendre. Une suite attachante. Sans images certes…

Zeena Parkins : Double Dupe Down (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2004-2011. Edition : 2012.
CD: 01/ Harpstring and Lava 02/ Selina 03/ Opening Credits 04/ Chorale 05/ I Hardly Care 06/ Pipes Oompie 07/ No Sweet Love 08/ Phantasmagoria 09/ Zoo 10/ Skin 11/ Fireworks 12/ At Sea 13/ Duo 14/ Allegra 15/ Picnic Too 16/ The Air Is Perfectly Clear 17/ Squiggle 18/ Carousel 19/ Anthem
Luc Bouquet © Le son du grisli

15 décembre 2011

Cordes expéditives : Okkyung Lee, Sheriffs of Nothingness, Christian Munthe, Ernesto Rodrigues, Mathieu Werchowski...

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sheriffsSheriffs of Nothingness : A Summer’s Night at the Crooked Forest (Sofa, 2011)
Traînant ou agissant par saccades, les archets conjoints du duo Sheriffs of Nothingness tissent des tapis d’ombres aux variations charmantes. Emportées ou redondantes, fiévreuses ou apaisantes, ce sont-là onze pièces environnementales (Summer Nights, Sunset, Forests…). Qui balancent sous le coup des soupçons ou unissons féroces des païens archets de Kari Ronnekleiv et Ole Henrik Moe.

zero_centigradeZero Centigrade : Unknown Distances (Audio Tong, 2011)
Aux côtés du trompettiste Vincenzo De Luce, le guitariste Tonino Taiuti défend ses compositions sous le nom de Zero Centigrade. Ici défilent quinze pièces enregistrées en 2010 d’un folk expérimental qui peut évoquer, selon les moments, Sharif Sehnaoui ou Gastr del Sol. Après le western, voici inventée l’Americana Spaghetti.

okkyung_leeOkkyung Lee : Noisy Love Songs (for George Dyer) (Tzadik, 2011)
En compagnie d’invités (Peter Evans, Ikue Mori, Satoshi Takeichi…), Okkyung Lee sert sur un disque du même nom quelques Noisy Love Songs. En fait de chansons, ce sont des pièces minimalistes aux influences diverses (musique de chambre dérangée, folk, pop, romantisme…) que l’on colle les unes aux autres. L’amalgame est parfois hasardeux mais n’en constitue pas moins un recueil de musique courtoise.

lee_noyes_christian_muntheChristian Munthe, Lee Noyes : Onliners (*For*Sake, 2011)
Pour avoir entendu Christian Munthe dans d’autres circonstances, ce duo avec Lee Noyes n’en est que plus réjouissant. Sur des percussions souvent étouffées, le guitariste y apparaît en élève de Derek Bailey : un élève impatient et parfois en manque de confiance. Mais lorsqu’il doute, qu’il se demande s’il faut toujours, coûte que coûte, remplir les silences, alors Munthe trouve refuge en mélodies ou arpèges qu’il s’amuse à faire tourner.

Gu_mundur_Steinn_GunnarssonGuðmundur Steinn Gunnarsson : Horpma (Carrier, 2011)
A côté du compositeur Guðmundur Steinn Gunnarsson, cinq autres musiciens (dont Charity Chan et Kanoko Nishi) sont à entendre sur Horpma. Cette pièce en deux temps ordonne le concours de 27 instruments à cordes pour défendre au mieux une musique espiègle pour être en décalage perpétuel. Les motifs que se repassent guitares et clavecins, piano et harpe, ukulele et langspil, déclenchent au fil des secondes une œuvre singulière, faite autant d’insistances que de beaux accidents.

rodrigues_werchowski_drainErnesto Rodrigues, Mathieu Werchowski, Guilherme Rodrigues : Drain (Creative Sources, 2011)
En compagnie du violoniste Mathieu Werchowski, Ernesto et Guilherme Rodrigues augmentent leur œuvre improvisé d’une référence. Drain, la référence en question, est faite de mouvements d’archets contradictoires, de pas de deux et de trois pas effrayés par les parasites, de réactions des cordes aux assauts des mains gauches. Bientôt, les flèches décochées ont raison des bois, qui grincent avant d’expirer.

wolfliBaudouin de Jaer : The Heavenly Ladder / Analysis of the Musical Cryptograms (Sub Rosa, 2011)
Mettre en musique les dessins d’Adolf Wölfli, grande figure de l’art brut, est ici le propos du violoniste Baudouin de Jaer. Des couleurs et des étranges partitions du Suisse, le musicien belge tire, selon l’inspiration, un minimalisme aux portes du silence, des airs de folklore halluciné ou des ritournelles de scènes champêtres que n’aurait pas reniées Bruegel. Soit, un art musical aussi baroque qu’est chamarrée l’œuvre de Wölfli.

13 septembre 2011

Evan Parker, Matthew Wright : Trance Map (Psi, 2011) / Parker, Mori, Laswell, Nauseef : Near Nadir (Tzadik, 2011)

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Alors que DJ Sniff donnait sur EP sa relecture d’une sélection de 33 tours signés Evan Parker, Matthew Wright modèle, sur Trance Map, le discours du même saxophoniste, mais en sa présence.

Au soprano et en usant de sa collection personnelle de samples, Parker agit donc ici. A ses côtés, Wright s’agite à l’échantillonneur et aux platines le temps d’une grande pièce d’improvisation que l’on découpera en quatre pour plus de convenance d’écoute – le deuxième temps verra aussi Toma Gouband intervenir au lithophone, percussion de pierres sonnantes.

Si quelques-uns des travaux d’électroacoustique de Parker se sont avérés confus, voire décevants, il faut dire la réussite qu’est Trance Map. Abandonné à l’improvisation, ne comptant que sur la surprise, le soprano tremble là d’euphorie, travesti en flûte multiple invente ici un chant diaphane, progresse ailleurs augmenté de machettes dans une luxuriante jungle sonore. Wright peut aussi transformer le saxophone en instrument débiteur de signaux électriques ou emmêler ses éléments de langage sur mouvements circulaires. Comme on bat le mil, il confond sa voix avec celle d’Evan Parker, avec idée et endurance, et ce jusqu’à ce que le jour décline, et la chaleur de Trance Map avec.

Evan Parker, Matthew Wright : Trance Map (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Intro 02/ 03/ 04/ Outro
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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En 2010, Evan Parker improvisait en compagnie d’Ikue Mori (synthétiseurs), Bill Laswell (basse électrique) et Mark Nauseef (percussions) ce Near Nadir de facture différente. Ici en effet, le soprano ne peut rien pour rattraper l’affaire électroacoustique : les synthétiseurs de Mori y tissent des tapis de naïvetés synthétiques, les cloches et woodblocks récitent un gamelan new age quand les basses de Laswell – qui s’est cependant mille fois montré moins pondéré – finissent d’étouffer les déclamations d’une association vaine.

1 octobre 2015

LDP 2015 : Carnet de route #17

ldp 2015 17

A la veille de la reprise pour le trio ldp de la tournée Listening (Lucerne, puis Londres), Barre Phillips évoque ici le souci de santé qui le tiendra quelque temps éloigné de la scène. Comme nous tous, Jacques Demierre et Urs Leimgruber attendent déjà son retour…



7 août 2015
La Garde, France

Deep inside us there are so many states of being that we work toward bringing to the light as we go through our lives.   
Black Bat – Roaming in the evening, plunging in the early morning.
And KABOOM – He found an opening in me –
"This is part of you too" he whispered into my inside ear.
Dance Dance Mother-fucker. Maybe you'll find it. I did.
With a little help from my friends. Cutting way down to beyond zero. The psycho-physical-knowing space that is nothing. Full of emptiness. All can happen and we will see it clearly because there is nothing else. With a little help from my friends. And there he was, B.B. locked in his cage, crying to get out and devour everything – But no!
Clarity beat out darkness. And today Black Bat is reduced to a Crab Shell. Just in time to fall away.     
Hallelujah! With a little help from my friends.
B.Ph.

Die extensive Frühlings-Tournee ist vorbei. Das lange Stück des Trios, ohne Anfang und ohne Ende hat wieder einmal eine lange Pause. Alles ist jetzt anders als vorher. In der Stille, in der Abwesenheit der physischen Präsenz spielt in mir das Trio weiter. Es gibt kaum einen Moment wo ich nicht mit dem Klang des Trios verbunden bin. Ob beim Spazieren in der Natur, im Strassenverkehr oder am Instrument, es spielt. Ich nehme wahr, ich höre und ich lasse mich darauf ein. Ich beobachte bewusst die Empfindungen in meinem Körper mit Gleichmut. Ob helldunkel, nasstrocken oder heisskalt ich lasse mich darauf ein. Auf das wie es ist. Das Hier und Jetzt ist nicht die Realität. Dennoch geniesse ich diesen Moment.
Die freie Improvisation ist eine andere Form von Komposition. Ich spiele mit meinem Instrument Lufttöne. Ich reibe und schleife an musikalischem Material. Auf einmal spiele ich einen langen, unaufhörlichen Ton. Ich spiele ihn weiter und weiter, ohne Anfang und ohne Ende. Ich fühle mich als Vogel und fliege davon. Erst jetzt merke ich, dass ich geträumt habe und erwache aus meinem tiefen Schlaf.
U.L.

Malgré le silence des instruments, la musique du trio se poursuit et continue de retentir dans l'interstice estival délimitant le Spring Tour du Fall Tour. Espace restreint mais essentiel entre-jeu, où d'intenses expériences ne cessent de nous relier. De ma cuisine, où j'écris la pièce dont le trio fera la création en novembre prochain avec l'orchestre symphonique de la Tonhalle de Zürich, la retraite silencieuse et méditative de Urs dans le Jura suisse m'ouvre par rebond un espace intérieur où je découvre des configurations sonores insoupçonnées. Assis à ma table, j'imagine cette autre table sur laquelle Barre combat Black Bat, et je ressens l'énergie profonde contenue dans ces quelques mots: with a little help from my friends. Le trio ldp est à la fois un lieu de pratique et une présence au monde de chacun des deux autres. En liberté, et much love, aussi.
C'est dans cette présence èldépienne que s'est progressivement révélée No Alarming Interstice, composition pour le trio et le Tonhalle Orchester Zürich commandée par les Tage Für Neue Musik. Une interrogation initiale a tracé la piste à suivre: comment rendre possible la rencontre entre un orchestre symphonique dédié à l’interprétation de compositions écrites et un trio de musiciens dont la pratique est de composer en improvisant ? Autrement dit, comment faire coexister dans un présent musical des expériences du son qui rassemblent des approches aussi différentes que celle de l’écriture, de l’indétermination et de l’improvisation ?
Ces questions fondatrices de No Alarming Interstice m’ont amené à réexaminer certains commentaires de Morton Feldman sur son propre travail compositionnel graphique. Il y décrit sa principale déconvenue: le défaut qu’ont ses pièces graphiques à contribuer à la libération des interprètes, alors que ce qu’il cherchait avant tout, c’était de permettre aux sons eux-mêmes d’être libres. L’objectif du compositeur américain étant de libérer les sons, non de laisser les musicien.cienne.s les occulter par un usage inapproprié de leur expression égocentrée. Il ajoute à son commentaire qu’il n’a jamais songé à la composition graphique comme un art de l’improvisation, mais davantage comme une aventure sonore totalement abstraite.
Pourtant, même si Morton Feldman semble dire que le résultat d’une mauvaise interprétation de son écriture graphique peut produire de l’improvisation - ce qui reste à questionner - le problème n’est pas celui de l’improvisation en tant que telle, laquelle est une pratique en soi et non un effet collatéral, mais plutôt celui de la confusion qui existe, au moment de l’interprétation, entre la responsabilité que demande une écriture indéterminée et la liberté, souvent mal comprise, d’agir selon ses envies en relativisant le texte graphico-musical. On retrouve d’ailleurs cette même confusion dans le cadre de la pratique improvisatrice expérimentale, où le rôle du texte musical est joué là par le contexte acoustique et sonore. Je verrais ainsi l’indétermination et l’improvisation plutôt comme des lieux autonomes, des entités spécifiques, avec leur propres stratégies graphico-musicales et sonores, textuelles et contextuelles.
Le point de vue, ou le point d’écoute, adopté dans No Alarming Interstice est celui où les trois approches mentionnées, indétermination, improvisation et écriture, sont abordées d’une manière non-hiérarchique, chacune entretenant et développant instant après instant un rapport particulier avec un texte qui lui est propre: musical, graphique, acoustique.
Ce qui m’a paru tout à la fois extrêmement intéressant et particulièrement stimulant, c’est le paradoxe entre la réflexion de Feldman en forme de constat d’échec sur une écriture musicale graphique qui manquerait sa cible en offrant une certaine forme de liberté improvisatrice et le fait que le compositeur américain soit devenu aujourd’hui l’un des compositeurs dont la scène de l’improvisation expérimentale se revendique le plus.
Le temps a passé, depuis plus de soixante ans, l’écoute a changé, et même si Feldman pointait négativement, à mon sens, l’improvisation, il y a eu appropriation de l’écoute feldmanienne par les musicien.cienne.s d’improvisation. Mais c’est moins l’ironie de l’histoire que les réflexions et les expériences sur l’espace et l’environnement sonores, où la position du sujet improvisant est moins égocentrée que dans la période annonçant le free-jazz, qui ont profondément modifié la pratique improvisatrice et raproché celle-ci de la position esthétique et de l’attitude compositionnelle du compositeur américain, où l’attention à la fois instinctive et extrême qu’il portait au son, à l’enchaînement temporel basé sur l’écoute de patterns sonores, a fait écho aux enjeux esthétiques et musicaux des improvisateur.trice.s. D’une certaine manière, avec les moyens et les préoccupations d’aujourd’hui, l’improvisation expérimentale poursuit au sein de l’instant la tradition de ce que Morton Feldman visait à travers son écriture graphique et indéterminée, à savoir une certaine forme de libération des sons.
C'est associée à la musique improvisée que le trio développe depuis une quinzaine d’années et fondée sur Marginal Intersection, une pièce pour grand orchestre écrite par Morton Feldman en 1951, que No Alarming Interstice rend un hommage anagrammatique au compositeur américain et convoque indétermination, écriture et improvisation, pour une expérience élargie de l'écoute du son dans l’instant.
J.D.

photo barre phillips

Photo : Barre Phillips

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2 octobre 2015

Florian Wittenburg : Aleatoric Inspiration (Nur/Nicht/Nur, 2015)

florian wittenburg aleatoric inspiration

Il a raison, Florian Wittenburg, pourquoi choisir entre acoustique et électroacoustique ? Pourquoi ne pas s’atteler aux deux ? Après, ce n’est qu’une question d’ « aléatoire ».

Sur les huit morceaux d’Aleatoric Inspiration (titre tiré du titre d'un des morceaux), six sont acoustiques. Wittenburg se sert du piano sous l’influence de compositeurs contemporains de l’aléatoire, justement (Morton Feldman surtout). Des micro arpèges, des répétitions, des silences… Comparé aux maîtres du genre, pas très impressionnant, mais ça passe – sauf quand de temps à autre on frôle la BO de docudrama.

Là où Wittenburg s’en sort mieux, c’est sur ses deux compositions électroacoustiques. Pulses & Drones, où il utilise des samples de Benoît Delbecq (un genre de bruit de flippant flipper qui pulse contre des drones aux volumes taillés comme il faut) et Piece for Bowed Piano & Electronics (un drone qui grésille fabriqué avec le pianiste Ned McGowan). Là, d’accord… Peut-être parce que le drone a, par définition, moins à craindre de l’aléatoire.

Florian Wittenburg : Aleatoric Inspiration (Nur/Nicht/Nur)
Edition : 2015.
CD : 01/ Aleatoric Inspiration 02/ Pulses & Drones 03/ Für Scarlett 04/ Dark Piece 05/ Little Permutation Piece 06/ Motiv Sabine 07/ Piece for Bowed Piano & Electronics 08/ Aleatoric Inspiration II
Pierre Cécile © Le son du grisli

25 mai 2011

AMP : s/t (El Sound, 2011)

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AMP pour Akchoté / Montera / Pauvros. AMP qui donna un concert au Point du jour, un centre d’art installé à Cherbourg dans un bâtiment d’Eric Lapierre. On peut trouver ce concert d’AMP sous forme de LP (blanc ou noir) édité par El Sound, ou, de durée plus courte cependant, sous forme de CD (argent) accompagné d’un livre de photos du bâtiment, édités par Le point du jour. 

Mais revenons à la musique. Le 29 août 2009, les trois guitaristes trituraient leurs médiators sur un mélange de folk et de blues improvisé. Avant que les ondes électriques ne changent tout et fassent tout vaciller. Les guitares partent en vrilles (je  veux parler de vraies vrilles) et élèvent un mur de sons précontraints. Le deuxième acte de la performance, deux fois plus court (c'est-à-dire neuf minutes et demi), commence aussi calmement. Un arpège et encore un peu de folk. Mais des sifflements montent, une guitare vrombit, Akchoté, Montera et Pauvros crachent tout ce qu’il leur reste, et le reste est dense. Ils se font éruptifs et grandioses. Malgré tout, la construction de Lapierre semble avoir tenu.

AMP : s/t (El Sound / Souffle Continu)
Enregistrement : 29 août 2009. Edition : 2011.
LP : A/ B/
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-François Pauvros donnera, le 31 mai en compagnie de Charles Pennequin, un concert au Générateur, Gentilly. Deux places sont offertes aux lecteurs du son du grisli : la participation à ce petit concours impliquant d’adresser ses coordonnées ici.

24 mai 2011

Swedish Azz, C. Spencer Yeh, Andy Moor, Tomasz Krakowiak, Kevin Drumm, Jérôme Noetinger...

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Swedish Azz : Merry Azzmas (Not Two, 2010)
Avant que paraisse Azz Appeal, le Swedish Azz de Mats Gustafsson se contentait de deux faces réduites. Pour autant, Merry Azzmas ne se fait pas plus expéditif : distillant lentement son angoisse de passer un autre Noël sous une neige étouffante (morceau titre) ou allant de swing léger en free gaillard pour oublier celle-ci (Karl-Bertil Jonsson 11 ar). S’il vaut surtout pour sa première face, le disque est d’un contraste charmant. (gb)

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C. Spencer Yeh Trio : 7’’ (Krayon, 2011)
Sobrement intitule 7’’, ce 33 tours de la taille d'un 45 consigne des extraits d’un concert donné à Cincinnati en 2008 par C. Spencer Yeh (violon), Jon Lorenz (saxophones) et Ryan Jewell (batterie). Virulent, l’archet de violon emmène sur la première face une improvisation qui aboutira à une belle cohésion bruitiste. Face suivante et obsessionnelle, c’est au tour de Lorenz de prendre le dessus et de nous donner l’envie d’aller entendre maintenant la collaboration gravée sur disque du C. Spencer Yeh Trio et du duo Paul Flaherty / Chris Corsano. (gb)

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Anne-James Chaton, Andy Moor : Transfer/1 : Departures (Unsounds, 2011)
Les suites de la collaboration du poète Anne-James Chaton et d'Andy Moor, ce sont quatre vinyles édités par le label Unsounds. Sur le premier d’entre eux, il y a Dernière Minute, une liste de news lue par un Chaton à la scansion robotique sur la guitare de Moor, et D’Ouest en Est, une énumération qui mêle longitudes attitudes et heures. Pas bouleversant, le duo se rattrapera peut-être sur Princess in a Car, le deuxième titre de cette série Transfer. (pc)

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Dow Jones and the Industrials : Can’t Stand the Midwest (Family Vineyard, 2011)
Avant de rééditer le reste de la minuscule discographie de Dow Jones and the Industrials, le label Family Vineyard a gravé cet ep vieux de 30 ans : Can’t Stand the Midwest. Ce sont trois morceaux sauvages à mi-chemin des Buzzcocks et de Gang of Four dont Let’s Go Steady donne un aperçu saisissant. A écouter aussi pour l’usage qui est fait de l’électronique sur Indeterminism ! (pc)

krakosli

Tomasz Krakowiak : A/P (Bocian, 2011)
Tomasz Krakowiak s’était déjà montré surprenant sur La ciutat ets tu. Enregistré en 2010, A/P délivre en tournant 45 fois par minute le chant d’une cymbale et les mouvements conjoints de plateaux vacillants. De ronronnements sereins en oscillations amalgamées, le percussionniste passe d’un univers à l’autre, l’un rappelant l’art de Christian Wolfarth, un autre celui d’Ursula Bogner... (gb)

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Kevin Drumm, Jérôme Noetinger, Robert Piotrowicz : Wrestling (Bocian, 2011)
Si, sur Wrestling, Kevin Drumm (synthétiseur analogique, électronique), Jérôme Noetinger (électronique) et Robert Piotrowicz (synthétiseur analogique, guitare) en viennent aux mains, notons que la confrontation date de 2005 et eut lieu sur ring Musica Genera. Non pas tant la lutte de Jacob avec l’Ange que celle de tigres de métal aux clés remontées : la mécanique est fière et bruyante, le rythme abandonné aux glorieux effets de manche et l’apaisement de conclusion permettra le réconfort. La durée du 45 tours – masterisé par Giuseppe Ielasi – convenant parfaitement à la confrontation.  (gb)

12 janvier 2011

Paw Music : Depositio de lixo garbage house (Ronda, 2010)

grislipaw

Ces adeptes de Paw Music ont des pseudonymes peu communs : Q (pour Quentin Rollet qui joue du saxophone, trifouille des objets et vocalise), ÉN (pour Pál Tóth qui joue avec ses dispositifs électroniques, trifouille des objets et vocalise) et AHAD (pour Zsolt Sorés qui joue du violon, trifouille des objets et vocalise). Le trio peut parfois accueillir HEyeRMEarS (pour Jozef Cseres, qui vocalise sans trifouiller).

Maintenant la Paw Music… A l’écoute du disque, on pourrait la définir de mélange expérimental foutraque. Le saxophone agresse des oiseaux électroniques, ces oiseaux-là se font abattre par des vents terrifiants, un larsen pointe de temps à autre le bout de sa lance, le même sax free sec pour lutter contre des créatures sorties tout droit d’un jeu d’arcades… Le résultat de tout ça est parfois heureux, parfois brouillon et parfois malheureux (l’électronique peut être d’un kitsch commun). La Paw Music, ce serait donc ça : un air de danse folle, heureux puis triste, triste puis heureux ?

Paw Music : Desposito de lixo garbage house (Ronda / Metamkine)
Enregistrement : 2002. Edition : 2010.
CD : Paw Music
Pierre Cécile © Le son du grisli

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