Canalblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le son du grisli
12 février 2016

Giovanni Di Domenico, Jim O’Rourke, Tatsuhisa Yamamoto : Delivery Health (Silent Water, 2015)

giovanni di domenico jim o'rourke tatsuhisa yamamoto delivery health

L’intention avec laquelle Giovanni Di Domenico fait tourner un motif pourrait rappeler certaines pièces de Morton Feldman : mais les premières secondes de Delivery Health, que le pianiste a enregistré en 2013 avec Jim O’Rourke et Tatsuhisa Yamamoto, sont trompeuses.  

Car voici bientôt décalé le motif en question sous l’effet des cordes électriques : O’Rourke fait bien de choisir d’opposer aux aigus du piano des graves capables de polir leur brillance. Plus loin ce sont des merles sur un piano clair et puis, plus intéressant, en seconde face, de longues notes de guitare qui quadrillent l’espace ( ce Superfield annoncé).

Le trio y progresse comme sur un fil – des créatures l’environnent, qui chantent – et finit par aboutir : à ce morceau d’atmosphère qui rappelle de vieilles rengaines krautrock au détour desquelles il ne serait pas surprenant de croiser un Merzbow perdu. L’exercice est donc dense, et cet art de faire de la musique au gré de ses (diverses) envies, au final, plutôt louable.



delivery health

Giovanni Di Domenico, Jim O’Rourke, Tatsuhisa Yamamoto : Delivery Health
Silent Water
Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
LP : A1/ Transgression Is Only Fleeting A2/ Passe Muraille – B1/ Superfield
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 janvier 2016

SWQ : Ramble (Leo, 2015)

swq ramble

En quarante-sept petites minutes, entendre le salivaire s’éveiller et se convaincre que SWQ (pour Sandra Weiss Quartet, avec : Sarah Weiss & Jonathan Moritz : anches / Kenny Warren : trompette / Sean Ali : contrebasse / Carlo Costa : percussions) possède une singularité attachante.

Ainsi, entendre leurs tuyaux de cuivres effleurer les distances sans approcher l’ennui, enserrer le grain, fuir le flou, faire de la périphérie un environnement fertile. Ailleurs, remarquer le fin raclement des cercles sur les fûts, les balayages de souffles, l’abandon des arrière et premier plans au profit d’un écran-gîte expansif. Et ne pas s’étonner de leurs cris de bêtes, de leurs halètements, car ici il y a meute. Plutôt, s’interroger sur ce vrai solo de contrebasse, anachronisme (?) pointant en toute fin d’enregistrement, révélant ainsi un possible peu rencontré jusqu’alors. Demain, la suite…

swq

SWQ : Ramble
Leo  Records / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Water in Tubes 02/ Transition Suite-Diffusion 03/ Transition Suite-Scattering 04/ Transition Suite-Dispersion 05/ Ramble ON
Luc Bouquet © Le son du grisli

28 janvier 2016

Illogical Harmonies : With D’incise (Insub., 2016)

illogical harmonies d'incise

Dans l’un de ces beaux étuis que publie désormais le label Insub., on trouve un nouveau poster qui, malgré le pliage, délivre le code permettant de télécharger ces quarante-cinq minutes de concert enregistré à Genève (Cave 12). Ce soir-là, 22 février 2015 : Johnny Chang (violon) et Mike Majkowski (contrebasse) – Illogical Harmonies est le nom dont s’est emparé le duo – improvisaient avec D’incise (enregistrements).

D’une note unique maintenue à l’archet – qu’elle aille et vienne, tremble sous la main du violoniste ou flanche lorsque Majkowski pince une de ses cordes –, le trio fait le décor dans lequel il sème des graines d’idées, malheureusement pauvres. Ainsi, sur les archets, D’incise dépose un field recording convenu (turbines bruissantes ou rideaux de pluie). Et puis, une fois le field recording passé, Chang ose une mélodie plus fausse encore qu’illogique. Expressément ? La question se pose. Assourdissant, l’ennui que l’improvisation dispense nous empêchera d’y réfléchir.



illogical harmonies

Illogical Harmonies : With D’incise (Insub.)
Enregistrement : 22 février 2015. Edition : 2016.
Téléchargement (en étui) : 01/ Illogical Harmonies with D’Incise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

20 janvier 2016

Boris Hauf, Steve Heather, Martin Siewert, Christian Weber : The Peeled Eye (Shameless, 2015)

boris hauf the peeled eye

Après « s’être fait enregistrer » par Martin Siewert (National Parks), Boris Hauf l’invitait à prendre place dans un quartette où trouver aussi Christian Weber (basse électrique) et Steve Heather (batterie) : The Peeled Eye.

Dans les pas de Sonny Sharrock (I’ve been trying to find a way for the terror and the beauty to live together in one song. I know it’s possible), Hauf s’essaye une fois de plus – rappelons que certains de ses essais ont été concluants – non pas à un mélange des genres mais à quelques rapprochements. Le saxophone (baryton, ici) fait-il le jazz ? Et la guitare électrique, alors, le rock ? L’empêchement qui gangrène l’un et l’autre instrument dès la première plage du disque dit assez bien ce qu’il faut penser des trucs et astuces de musiciens qui s’abandonnent (presque) tous désormais à l’improvisation libre.

Les morceaux ne sont pas de même longueur, mais tous composent avec des gestes rugueux (guitare et basse peuvent rappeler les cordes électriques de The Ex) et une soif de sons inattendus (ici, un larsen à sculpter, là un tambour qui agace, ailleurs des cris de hyènes calqués sur les graves de la basse). Une atmosphère sous tensions, voilà le propos de The Peeled Eye, celui qui l'inspire, en tout cas.



peeled eye

Boris Hauf, Steve Heather, Martin Siewert, Christian Weber : The Peeled Eye
Shameless

Edition : 2015.
CD : The Peeled Eye
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

19 janvier 2016

Colin Potter : Rank Sonata (Hallow Ground, 2015)

colin potter rank sonata

On avait croisé l’ingé-son Colin Potter dans les parages de Nurse With Wound & Current 93 et le voici qui fait de la musique pour lui. En fait, ce n’est pas une nouveauté, sa discographie personnelle est bien fournie, j’avoue donc mon retard puisque ce LP, Rank Sonata, est ma première sortie dans l’univers Potter.

Le premier titre est lancé par un drone, mais un beat arrive. L’Anglais ne le lâche pas pendant une bonne dizaine de minutes jusqu’à ce que son trip de dance ramolli plonge dans une ambient à ondes hallucinogènes. C’est dire qu’avec A Wider Pale of Shale le disque est bien parti, d’autant que son battement est déjà re...parti ! Toujours mou, mais bien là, il inspire à Potter des instrumentaux d’un bizarroïde à loops qui finiront dans une prototechindus un peu forcée mais qui ne nous fera pas bouder notre plaisir !



colin potter

Colin Potter : Rank Sonata (Hallow Ground)
Edition : 2015.
LP : 01/ A Wider Pale of Shale 02/ You 03/ Knit Where? 04/ Beyond the Pail
Pierre Cécile © Le son du grisli

22 janvier 2016

Slobber Pup : Pole Axe (RareNoise, 2015)

slobber pup pole axe

Ça frappe fort (Balázs Pándi à la batterie), on ne s’en étonnera pas. Et ça chante dru (d’ailleurs, même la guitare de Joe Morris vocalise), et le saxophone (Mats Gustafsson) couine… peut-on dire pour autant que Slobber Pup, dont c’est le second enregistrement après Black Aces, donne dans le free rock ?

Pas sûr, parce que la guitare jouée au médiator est un peu facile et ne fait pas grand-chose de sa liberté ; pas sûr, parce que le sax baryton ronronne en fait et lasse plus que rapidement… Et voilà maintenant des synthés (Jamie Saft) ennuyeux à rire mou pour couronner le tout (ou plutôt le presque rien). Après UberPop et les taxis de contrebande voici donc Slobber Pup et l’improgonflette !



slobber pup

Slobber Pup : Pole Axe
RareNoise Records
Edition : 2015.
CD / 2 LP : 01/ Incendiary Axe 02/ Pole of Combustible Memory 03/ Bring Me My Desire And Arrows To Shoot
Pierre Cécile © Le son du grisli

15 janvier 2016

Sleaze Art : Infra (Bocian, 2015)

sleaze art infra

Une photo dit assez bien ce qu’on trouve en Infra : des instruments électriques à cordes épaisses tenus à la verticale ou à plat et reliés à combien de machines disposées sur une table. Si l’on redoute la friction des archets et des câbles, il faudra éviter de croiser la route du Sleaze Art de Kasper T. Toeplitz.

C’est à la fois une expérience et une procession : combien d’oscillations à mettre au compte de Toeplitz et des trois autres bassistes (Eryck Abecassis, Frédérick Galiay et JB Hanak) qui, ici – les membres du Sleaze Art semblent changer –, l’accompagnent ? Au son de tremblements, de crépitements, d’orages qui persistent et d’éclairs qui signent : derrière tout ça, c’est le passage d’un vaisseau qui fend l’air et après lequel on peut entendre ce même air se recomposer, cracher à son tour quelques morceaux de bruit, et puis disparaître. Et l’Infra révélé est forcément un Infra à entendre. 


Sleaze Art : Infra (Bocian / Metamkine)
Edition : 2015.
CD : 01/ Infra
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

kasper 100

Fin janvier, Kasper Toeplitz donnera quelques concerts en France : seul à Lille le 23 à l’occasion du festival 340 m/s & en compagnie d’Anna Zaradny à Alfortville les 25, 26 et 27, et Reims les 30 et 31.

18 décembre 2015

Clinamen Trio : Décliné (Creative Sources, 2015)

clinamen trio

En cascades ou en chutes libres, Louis-Michel Marion (contrebasse), Jacques Di Donato (clarinette) et Philippe Berger (violon alto) respirent abondement, ne se fient qu’à ce qu’entretient l’instant. Surtout : ne se soucient pas de la forme, des chemins à suivre et à respecter. Mais ne jaillissent jamais pour rien.

Ils épousent les lueurs, les murmures. Jamais on ne les surprendra à torturer les cordes ou les souffles. Ils diront quelques colères mais rejoindront vite les silences  épanouis. Ces silences se fendilleront de craquements, de bruissements, de frôlements. Ils ne seront pas servilité mais sensibilité. Puis toutes voiles dehors, ils fouetteront le dégel, enfanteront quelques morsures avant  de rejoindre ce silence tant adoré.



Clinamen Trio : Décliné (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2015.
CD : 01/ Clinamen#1: synclinal 02/ Clinamen#2: inclinant 03/ Clinamen#3: anticlinal 04/ Clinamen#4: enclin 05/ Clinamen#5: clin 06/ Clinamen#6: lin 07/ Clinamen#7: in 08/ Clinamen#8: n
Luc Bouquet © Le son du grisli

16 décembre 2015

Joe Panzner, Greg Stuart / Jason Brogan, Sam Sfirri : Harness (Lengua de Lava, 2015)

joe panzner greg stuart jason brogan sam sfirri hamess

Les deux duos que l’on trouve sur cette splitcassette ont été enregistrés le même soir (8 mars 2014) au même endroit (Oberlin College). C’est donc une soirée (plutôt noise) comme une autre, avec Joe Panzner & Greg Stuart qui versent dans un déluge progressif de sons qui raclent et font des étincelles… Le plaisir y est, et il y a même de beaux éclats tranchants…

Et Jason Brogan & Sam Sfirri (qui ont fait une apparition sur la compil' Wandelweiser Und So Weiter) qui passent derrière. Ce duo là est plus étrange, puisqu'il fait chanter un loup ? non ! Mais plutôt un chœur de pré-ados enfermés en sous-sol (si ce n’est en sous-bois, si l’on tend l’oreille on entend bien des oiseaux sur les branches) qu’ils s’apprêtent à calmer à coups de décharges électriques. L’accalmie qui suit est encore plus angoissante que les cris qu’on leur a arrachés. Heureusement, des voix reviennent, plus graves, peut-être celles de leurs fantômes (si l’on y croit). La prestation du duo a-t-elle été accompagnée d’un film ou d’un tableau chorégraphique quelconque ? Nul ne le sait mais sa musique est à elle seule extra-ordinaire.



Joe Panzner, Greg Stuart / Jason Brogan, Sam Sfirri : Harness (Lengua de Lava)
Enregistrement : 8 mars 2014. Edition : 2014.
Cassette : A/ Joe Panzner, Greg Stuart : We Didn’t Get There Tonight – B/ Jason Brogan, Sam Sfirri : Wolf
Pierre Cécile © Le son du grisli

20 décembre 2015

Rant : Margo Flux (Schraum, 2015)

rant margo flux

(A la boulangerie). J’entre, avec dans les oreilles Margo Flux de Rant (et non pas Mago Rant de R’flux), bref la vingtième sortie de Schraum (un label de l’est) : Merle Bennett et Torsten Papenheim. J’entre et que vois-je ? Mon boulanger coincé entre le mur et une vitrine – victime c’est sûr du syndrome que l’on dit de la brioche de trop. L’ennui, sans doute.

« Ami, j’ai ce qu’il te faut ! » Je le décoince, branche ma clef entre un pain de deux et une boule céréales et claque : la guitare électrique l’émeut ! Derrière, y’ un tambour, allez savoir pourquoi ça lui parle autant qu’à moi. Cette première piste est bouleversante, assis dans la farine nous pleurons tous les deux. La baguette est offerte, je continue mon chemin (plus que seize kilomètres, et à pied en plus).

J’ai une destination, moi, pas comme le piano de deux, pas terrib’terrib’ comme on dit dans le pays. Les musiciens remplissent et multiplient les instruments comme d'autres les petits pains, bon bon… Et bing, en quatre du noise bien tourné qui me retourne… me voilà reparti dans l’autre sens, sûr sûr : mon boulanger va adorer ! Le temps de le retrouver et c’est du tambour moins chouette. Rant joue et se joue de nous, ami du pain ! j’aurais aimé qu’ils filent la veine noise comme tu moules ta baguette : pas que du compact, de l’air, de l’air ! Déception : assis dans la farine, nous repleurons tous les deux !

Rant : Margo Flux (Schraum)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Aperçu 02/ Tympanen 03/ Kassiber 04/ Impasto 05/ Folia 06/ Epitaph 07/ Samisdat 08/ Vestibül
Pierre Cécile © Le son du grisli

21 décembre 2015

Martin Küchen, Jon Rune Strøm, Tollef Østvang : Melted Snow / Küchen, Berthling, Noble : Night in Europe (NoBusiness, 2015)

martin küchen melted snow

En plus de donner à entendre une sonorité particulière aux saxophones (la sienne propre, ici au ténor et au soprano), on reconnaîtra à Martin Küchen l’élaboration méticuleuse d’un corpus capable de servir différentes formations.

Le trio qu’il forme avec Jon Rune Strøm à la contrebasse et Tollef Østvang à la batterie – soit: deux tiers d’Universal Indians – interprétera ainsi deux fois cet air qu’il servait encore récemment en All Included: Satan In Plain Clothes. En introduction du disque (dans les graves comme dans les plus aigus, le thème est le même, que Küchen répète et fait plier afin qu’il respecte l’allure de ses deux partenaires) et en conclusion aussi (seul plage dispensable des sept que compte le disque, question de « batterie rock »).

Presque autant que le solo, le trio convient à Küchen : sous l’orage, il convainc ses partenaires de trouver refuge dans un sillon grave (I’ve Been Lied To) ; sous l’averse seulement, il feint le free ancien (Three Courses) ou relativise un thème plus désinvolte (Melted Snow, précisément). Et lorsqu’il parvient à faire disparaître son alto dans un paquet de cordes (Stein) alors le trio fait son affaire : Melted Snow, justement.

Martin Küchen, Jon Rune Strøm, Tollef Østvang : Melted Snow (NoBusiness)
Enregistrement : 9 avril 2014. Edition : 2015.
LP : A1/ Satan in Plain Clothes (Breakdown) A2/ I’ve Been Lied To 03/ Tune for Martin – B1/ Melted Snow B2/ Three Courses B3/ Stein B4/ Satan in Plain Clothes (Beat Up)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

martin küchen johan berthling steve noble night in europe

Sous cette pochette grise qui rappelle les noirs d’Odilon Redon, Martin Küchen se fait entendre en concert : 15 et 16 décembre 2014 au Glenn Miller café en compagnie de Johan Berthling et Steve Noble. Sur cymbales et cordes graves, le duo d’accompagnateurs sait attiser le jeu du saxophoniste : faussement contrarié, abrasif ensuite, Küchen répond avec un à-propos qui rehausse de déjà beaux éclats de batterie et d’impressionnants solos d’archet. Ainsi le trio fait-il concurrence, sans pour autant lui faire d’ombre, à celui de Melted Snow.

Martin Küchen, Johan Berthling, Steve Noble : Night in Europe (NoBusiness)
Enregistrement : 15 & 16 décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Night in Europe 1 02/ Night in Europe (again) 03/ Night in Europe 02
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

12 décembre 2015

John Carter : Echoes from Rudolph’s (NoBusiness, 2015)

john carter echoes from rudolph's

Dans le même temps qu’il publie un récent enregistrement de Bobby Bradford (The Delaware River), le label NoBusiness réédite un ancien disque de John Carter : Echoes from Rudolph’s, jadis autoproduit par le souffleur sous étiquette Ibedon – enregistré à Los Angeles entre 1976 et 1977, et ici augmenté d’un concert donné à la radio.

En 1973, Carter monte un trio avec son fils, Stanley Carter (contrebasse et basse électrique), et son ami William Jeffrey (batterie), que l’on entendra sur Nightfire ou Dauwhe. Jusqu’en 1976, la formation occupera ses dimanches après-midi à animer la minuscule salle du Rudolph’s Fine Arts Center – les spectateurs ne seront jamais plus d’une trentaine : peu de témoins, donc, de l’engouement pour la clarinette qui gagne Carter.

C’est néanmoins en studios (septembre 1976 et, pour une prise, juillet 1977) que le groupe se souvient ici de ces concerts réguliers : sur le morceau-titre, la clarinette suit les pas de Dolphy mais répond aussi à l’appel de ces folk pieces en gestation : impressions d’Afrique ou chants ultramodernes – c’est, sur To a Fallen Poppy, la douce voix de Melba Joyce, « accessoirement » épouse de Bobby Bradford – côtoient alors des interventions libres (à la clarinette, surtout) de toutes conventions.

The Last Sunday, dernier titre du premier des deux disques de ces nouveaux Echoes, donne aussi à entendre un archet frénétique : celui du fils. A la radio (en mars 1977), on atteste – malgré une prise de son moins favorable au trio – l’avancée de ses recherches avant de comprendre que ce qui les inspire est une admirable confiance. Ainsi John échange-t-il un motif mélodique avec Stanley avant de le laisser chercher de quelle manière lui échapper enfin : c’est un jeu en mouvement que les trois hommes partagent, qui se cherche encore dans le même temps qu’il affirme avec force. Plus tôt avec Bradford, ce fut Secrets ; quelques années plus tard, leur temps était déjà loin. C’est entre autres choses pourquoi cette réédition s’avère indispensable.

écoute le son du grisliJohn Carter
To A Fallen Poppy

John Carter : Echoes from Rudolph’s (NoBusiness)
Enregistrement : 1976-1977. Edition : 1977. Réédition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Echoes from Rudolph’s 02/ To a Fallen Poppy 03/ Angles 04/ Amin 05/ The Last Sunday – CD2 : 01/ Echoes from Rudolph’s / To a Fallen Poppy 02/ Unidentified Title 1 / Unidentified Title 2 / Unidentified Title 3 / Unidentified Title 4 / “Amin”
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

9 décembre 2015

Zbigniew Preisner : Dekalog / La double vie de Véronique / Bleu, Blanc, Rouge (Because, 2015)

zbigniew preisner dekalog la double vie de véronique bleu blanc rouge

Tu te souviens de ce documentaire que nous avions vu à la télévision ? Kieslowski expliquait que le spectateur ne pouvait fixer son attention trop longtemps sur une main qui faisait un canard de son sucre (dans Bleu, son film le plus lié à la musique). Il expliquait qu’il avait fallu confectionner un sucre spécial. Un faux sucre, qui imbiberait le café en moins de temps afin de ménager l'attention du spectateur. J’aurais bien passé plus de temps, moi, à voir canarder un vrai sucre.

Le réalisateur a-t-il été aussi prévenant pour ce qui est de la musique de ses films ? Je veux dire, pensait-il au public quand son compositeur, Zbigniew Preisner, lui faisait entendre un morceau ? Je te pose la question, à toi, qui a tout vu aussi, et puisqu’on réédite les BO de Bleu, Blanc et Rouge. Bleu et son flûtiste des rues (jamais je n’ai pu reconnaître le thème que Binoche pensait qu’il avait emprunté à son défunt mari et je dois t’avouer aussi que j’ai longtemps cherché des disques de ce compositeur allemand inventé de toute pièce, Van Den Budenmayer).

Il y a des années que je n’ai revu de film de Kieslowski. Mais la musique de Bleu, passée ce matin, m’a fait le même effet qu’il y a des années. Ses sons sont des images qui chantent en nous. Parfois très graves, très mélo (ampoulé, tu me diras, mais c’est aussi ça la Pologne, n'est-ce pas ? et les musiques de film aussi...). Mais s'il arrive au compositeur de déborder, il sait de temps en temps s’interrompre pour laisser parler une actrice. La musique de Blanc est un peu facile et celle de Rouge me touche moins (c’est la chanson de Zbigniew Zamachowski). Mais dans le duo Kieslowski / Preisner, il n’y a pas que Bleu qui me touche.

Il y a les dix heures des téléfilms du Dekalog – les flûtes et les synthétiseurs mélangés ne sont pas toujours agréables, je te l'accorde – et sa superbe introduction de piano (c’est l’instrument qui compte le plus pour le réalisateur). La grandiloquence égale parfois la tristesse des commandements, Preisner digère à peine Sibelius, Smetana et Penderecki. Il n’y a pas que Bleu qui me touche, Weronika. Il y a (plus encore je crois) sa double vie. Même la flûte passe, et le chœur qui regardera Véronique s’évanouir, je ne t’en parle pas. D’ailleurs le cinéma, il ne faudrait pas en parler. Et la musique, il ne faudrait plus rien en dire.



Zbigniew Preisner : Bleu, Blanc, Rouge / Dekalog / La double vie de Véronique (Because Music)
Réditions : 2015.
CD & LP : Bleu, Blanc, RougeDekalogLa double vie de Véronique
Héctor Cabrero © Le son du grisli

27 novembre 2015

Icepick (Wooley / Corsano / Haker Flaten) : Amaranth (Astral Spirits, 2015)

icepick amaranth

Poinçon et non vipère, Icepick est ce trio dans lequel s’ébattent Nate Wooley et Chris Corsano – plusieurs fois associés déjà, de Seven Storey Mountain en Malus ou From Wolves To Whales – en compagnie d'Ingebrigt Håker Flaten. Après une cassette (Hexane) l’année dernière, c’est aujourd’hui un vinyle que fait paraître le label texan Astral Spirits.

Enregistrées le 20 septembre 2014 à Austin, trois pièces y profitent d’une subtile agitation :  autrement inspiré que celui de (Dance to) The Early Music, c’est d’abord un jazz « straight » qui bout sur un feu qu’entretient Corsano (Rosso Corsa) ; une exploration sonore, ensuite, où le ramage de la trompette croise les allers-retours rapides d’archets affolés (Fuchsia) ; en seconde face (Rare Rufescent), Håker-Flaten remue et trouble encore le discours du trio, qui engage alors une nouvelle course : s'y défient trompette haute et roulements de tambour, qu’un ronronnement de contrebasse finira par ramener à la raison. Et quand l’improvisation se fait plus lâche, le trio n’en est pas moins inventif : la fin d’Amaranth aurait ainsi pu être un recommencement.



Icepick : Amaranth (Astral Spirits)
Enregistrement : 20 septembre 2014. Edition : 2015.
LP : A1/ Rosso Corsa A2/ Fuchsia – B/ Rare Rufescent
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

2 novembre 2015

Arvo Pärt : Babel (Col Legno, 2015)

arvo pärt babel

Le label Col Legno a demandé à Johannes Stecher, le directeur artistique de Babel, de raconter sa rencontre avec les garçons du Wiltener Sängerknaben. Nous lisons (sur internet à cette adresse) qu’il a fallu les « arracher » à leurs tablettes et à leurs iPads, les plonger dans Bach et Bruckner avant de les amener à Arvo Pärt. C’était la première répétition.

A la deuxième, les enfants et les jeunes adultes étaient plus concentrés. De répétition en répétition, ils ont appris à prendre en compte le silence, à ne pas cacher leur respiration… ce qui leur a permis de servir avec justesse cette musique céleste, plutôt que sacrée (ces psaumes et ces sermons peuvent perdre leur sens grâce à la musique), aérienne plutôt que céleste. Sur les neuf pièces de Babel, deux n’avaient jamais été enregistrées, Beatitudines et Drei Hitenkinder aus Fátima. Et c’est aussi la première fois que Pärt est interprété par un chœur de garçons. Avec ou sans l’orgue de Stecher, Babel est un disque de chant choral qui nous tire vers le haut et, comme d’habitude avec Pärt, nous ôte d’un grand poids.

Arvo Pärt : Babel (Col Legno)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Magnificat 02/ Beatitudines 03/ Nunc Dimittis 04/ Drei Hirtenkinder aus Fátima 05/ The Deer’s Cry 06/ Da Pacem Domine 07/ An den Wassern zu Babel sassen wir und weinten 08/ Littlemore Tractus 09/ Vater unser
Héctor Cabrero © Le son du grisli

13 novembre 2015

Alva Noto : Xerrox Vol.3 (Raster-Noton, 2015)

alva noto xerrox vol

Prolifique (mais alva-silencieux depuis quelque temps), Carsten Nicolai en est déroutant… En écoutant le troisième volume de Xerrox, je m’aperçois qu’ainsi (quoi ?) il y a déjà eu deux Xerrox de son Alva Noto et que je suis passé à côté. Je pourrais rattraper mon retard, vous me direz, et moi je répondrais « ça se pourrait bien ».

Une musique encore plus électrisante qu’électrique (un sticker devrait nous prévenir du danger à l’approche de ces nappes de synthés qui circulent comme des bancs de poissons de Miyazaki) et encore plus profonde (basses, mes amies) que tout ce que j’ai entendu du projet de Nicolai. Pop-impressionniste, nostalgico-naïf de temps en temps, l’ambient du vol.3 évoquera le duo Eno / Budd, mais en plus moderne (modo = temps présent). Et mon temps présent à moi est celui qu’Alva Noto fait, même si c’est à rebours : vol.3, vol.2, vol.1.



Alva Noto : Xerrox Vol.3 (Raster-Noton)
Edition : 2015.
CD : 01/ Xerrox Atmosphere 02/ Xerrox Helm Transphaser 03/ Xerrox 2ndevol 04/ Xerrox Radieuse 05/ Xerrox 2ndevol2nd 06/ Xerrox Isola 07/ Xerrox Solphaer 08/ Xerrox Mesosphere 09/ Xerrox Spark 10/ Xerrox Spiegel 10/ Xerrox Exosphere
Pierre Cécile © Le son du grisli

30 octobre 2015

Kenneth Kirschner Compressions & Rarefactions (12k, 2015)

kenneth kirschner compressions & rarefactions

Un peu d’ambient, maintenant, et pas n’importe laquelle. Celle de Kenneth Kirschner, que le label 12k continue de soutenir à bout de CD et de téléchargement (une fois Compressions le CD terminé, on pourra se plonger dans les cinq heures de Rarefactions le téléchargement). De quoi faire, donc…

Comme si l’on m’avait invité à parcourir les toiles de Kysa Johnson qui ont servi au design du disque (noir et blanc dehors, coloré à l’intérieur), me voici téléporté sur Kirschnerland. Diaphane, le paysage de September 13, 2012. Les notes qui me parviennent ont l'air de sortir de mobiles où sont suspendus des pianos, des violons (de Tawnya Popoff, je lis), des EBows… Un peu plus loin, sur April 16, 2013, il y a des notes cristallines qui se répondent, mais leur minimalisme me parle moins.

Je disais cinq heures, mais c’est plus de cinq heures et demi de musique téléchargée. Rarefactions doit correspondre au noir et blanc du design, la partie cachée de l’icebient… Sans CD, la musique de Kirschner semble plus immatérielle encore, son ambient plus oppressante. Dans le livret du digipack, Marc Weidenbaum (de Disquiet) écrit de cette musique « Il y a un nuage au-dessus, et un océan en-dessous. » Moi, je suis dans l’un et dans l’autre en même temps, mais ma tête fait la navette.



Kenneth Kirschner : Compressions & Rarefactions (12k)
Enregistrement  2010-2013. Edition  2015.
CD + Téléchargement  CD  Compressions  01 September 13, 2012 02 April 16, 2013 – DL  Rarefactions  01 July 17, 2010 02 January 10, 2012 03 October 13, 2012
Pierre Cécile © Le son du grisli

21 octobre 2015

Pascal Battus : Désincantation Indécantation (Cathnor, 2015)

pascal battus désincantation indécantation

On ne pourra reprocher à Pascal Battus d’explorer le dictionnaire – en vérité : combien de lexiques ? – dans le but de trouver les mots qui « pourraient dire » de quoi retournent ses expérimentations sonores. Hier Ichnites, Simbol ou Fêlure, les huit pièces de ce disque Cathnor tiendraient donc (davantage peut-être) de la désincantation et de l’indécantation.

A l’auditeur, maintenant, de faire la différence entre l’une et l’autre : quatre désincantations – en première plage, une parenthèse est ouverte, que l’on fermera en quatrième – et quatre indécantations, sur le disque en question. Pour les premières : ces surfaces qui tournent et, refusant toute magie, disent avec un concret minuscule des canti qui s’expriment dans le feulement, la vocalisation, le ronronnement, le tremblement, le jappement même… S’il s’interdit toute formule, Battus ne rompt pas une fois le charme de ses phrases alambiquées.

En d’autres alambics, les indécantations (les secondes) se seront donc développées – d’elles-mêmes, peut-être. Les moteurs y semblent plus revêches, l’atmosphère plus électrique encore – d’une électricité cette fois menaçante. Les voix qui s’y expriment abandonnent les canti pour des incanti autrement expressifs : crissements et grisailles, refrains impropres à la partition, codes morses appuyés, qui façonnent une abstraction remuante. Quitte à faire fi des différences entre « dés » et « in » – un coup de « in » jamais n’abolira le hasard –, le charme y est aussi, et même : tout autant.

Pascal Battus : Désincantation Indécantation (Cathnor / Metamkine)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Désincantation un (un 02/ Désincantation (deux) deux 03/ Désincantation trois (trois) 04/ Désincantation quatre) 05/ Indécantation Un 06/ Indécantation trois 07/ Indécantation deux (deux) 08/ Indécantation quatre
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

http://p3.storage.canalblog.com/38/07/335931/59148710.jpg

instants chavirésEn duo avec la bassoniste Dafne Vicente-Sandoval, Pascal Battus donnera un concert ce jeudi 22 octobre aux Instants Chavirés, en première partie d'un autre duo, constitué, lui, de Chris Abrahams et Alessandro Bosetti

20 octobre 2015

Möström : We Speak Whale (Unrecords, 2015)

mostrom we speak whale

Déjà fréquentés auprès de Gustav ou du Gemüseorchester, les trois Autrichiens de Möström envoient sur leur premier essai We Speak Whale vers un monde où le second degré l'emporte sur toute autre considération.

Laissons de côté les passages volontièrement bruitistes du schpounz et laissons-nous aller à la quiétude fendarde de leurs morceaux. Rendez-vous sans hésiter sur le second morceau, Humpty Dumpty, où la clarinette basse de Susanna Gartmayer déclenche des torrents de sourire décontractés du slip. Franchissez le cap, guettez l'instrument à sa moindre apparition, appréciez l'accompagnement de ses deux partenaires Elise Mory (claviers) et Tamara Wilhelm (électronique). En prime, l'insupportable Zaz en prend pour son grade. Elle est morte sur le coup, c'est bien fait.

Möström : We Speak Whale (Unrecords)
Edition : 2015.
CD/LP : A1/ Werft A2/ Humpty Dumpty A3/ We Speak Whale A4/ I Dream Of Jeannie A5/ Radio Da Da B1/ Spuckspielautomat B2/ Zwerge Gehen Schlafen B3/ Kugelfisch B4/ Karlsplatz B5/ Emoticon B6 Jahrmarkt
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

6 octobre 2015

Coppice : Matches (Category of Manifestation, 2015)

coppice matches

Il y a quelque chose qui me chagrine dans ces CD qui sortent à une centaine d’exemplaires (parfois c’est moins, et mon chagrin n’en est que plus grand !). C’est presque une défaite annoncée… Mais dans le cas de Coppice, il y a derrière cette pénurie d’exemplaires une « envie de faire rare » ou « limité ». Ce n’est pas la première fois que le duo « réserve » ses piécettes bruitistes à un public réduit. Son côté select, sans doute.

Sur Matches (100 ex. comme promis), ils piochent dans leurs enregistrements studio ou live pour faire de nouveaux bruits. Une shruti-box et un orgue à soufflet (qui peut se refermer sur un buzz ou un bourdon), tous les deux préparés bien sûr, des bandes, et voilà de quoi composer une marche proto-techno ou un noise mécanique et post-futuriste. En fait, Coppice s’inscrit dans les pas de Russolo avec la faconde de l’inventeur d’instrument doué pour la com’ arty. Déjà pas mal.

Coppice : Matches (Category of Manifestation / Metamkine)
Edition : 2015.
CD : 01/ Held Cascade 02/ Bromine 03/ Labile Form 04/ Discharge Form 05/ Subparallel Episode 06/ Bramble 07/ Caper
Pierre Cécile © Le son du grisli

24 octobre 2015

KOD-B : PosTec (Gex, 2015)

kod-b postec

La pochette de cette galette tirée à une centaine d’exemplaire fleure bon l’esprit potache, en tout cas le plaisir d’improviser sans trop de gêne. Et c’est tant mieux car quand il y a de la gêne…

On ne sait d’ailleurs pas qui, des deux dijonnais de KOD-B (Benoit Kilian à la batterie et Olivier Dumont à la guitare électrique noeffect), se cache sous cette casquette d’aviateur… Peut-être n’est-ce ni l’un ni l’autre, mais un des « potes » venus assister, dans un garage du voisinage, à la session d’impro qui donnera le premier disque du duo = Pos et Tec, deux improvisations de dix-huit minutes (à quelques secondes près).

Des grands coups de baguette et des tirages de larsens qui se tirent la bourre (passez-moi l’expression) avec des expérimentations plus appliquées, le tout dans un esprit « post-garage » qui ne se fait pas d’illusion. Pas de grande découverte, c’est sûr, mais on est quand même contents, malgré la tâche d’huile incrustée dans le jean, d’avoir été invités.  



KOD-B : PosTec (Gex / Metamkine)
Enregistrement : 29 septembre 2014. Edition : 2015.
LP : A/ Pos – B/ Tec
Pierre Cécile © Le son du grisli

19 octobre 2015

LDP 2015 : Carnet de route #21

ldp 2015 21 lille

Le 8 octobre dernier, Urs Leimgruber et Jacques Demierre étaient à Lille. L'occasion pour eux de rencontrer auditeurs et même lecteurs et, pour le pianiste, de poursuivre sa conversation avec la violoniste Anouck Genthon

8 octobre, Lille
La Malterie

La Malterie wird 1995 aus einem Kollektiv von Bildhauern gegründet, im Bestreben die Forschung und das Experimentieren Visueller Kunst und aktueller Musik zu unterstützen.
Der Ort befindet sich in einer alten Brasserie im Wazemmes Quartier.  Zahlreiche, eingeladene und residierende Künstler beteiligen sich am Haus.
Ein idealer Ort für ein Konzert in Verbindung von Video und Klang. Im ersten Teil zeigen wir zwei Ausschnitte aus Traces, Chapelle Ste Philomène und einem solo Konzert im Porgy & Bess, Wien mit Barre Phillips. Im letzten Teil beginnen die Musiker zusammen mit dem Video Klänge in den Raum zu setzen. Das Konzert nimmt seinen Lauf. Zum Schluss halten die Musiker eine längere Phase der Stille – ein Epilog im Pianissimo führt sie zum extensiven Schlusspunkt.
U.L.

P1100443

La situation : un spectateur-musicien, ce soir-là à Lille, lecteur attentif du Carnet de Route sur le blog le son du grisli, et plus particulièrement des mots issus de mon attention portée au matricule des pianos, a ainsi joint à son écoute du concert le résultat d’une élaboration sonore antérieure, une stratte fictionnelle en plus ajouté au mille-feuille en constant mouvement que constitue notre expérience du son. Quel plaisir. L’écoute est histoire et épaisseur, l’écoute est aussi collective, on y ajoute couche après couche, on alimente et poursuit notre propre palimpseste sonore en le partageant avec celui des autres. Bien que je n’ai joué que du piano Yamaha C2, numéro 6129582, je n’ai cessé d’écouter, durant tout le concert, les résonances et les légers effets de réverbération produit par le piano droit Elcké, Paris, qui se trouvait aligné contre un mur, dans l’ombre, à une dizaine de mètres de la scène où nous jouions. Durant le long silence qui a précédé la dernière section du concert, j’entendais aussi la vibration de la ventilation des amplificateurs filtrée par l’épaisseur des rideaux de scène les dissimulant. Le piano droit résonnant dans la distance, les ventilateurs aux bourdons sans aigu, l’écoute du public, nos instruments tout près de nos corps, le silence habité, tout était pris, agglutiné dans une expérience sonore insécable, indivisible, ne faisant qu’un avec l’expérience elle-même…
AG- En même temps tu pourrais penser ça comme une nouvelle expérience, comme une stratte supplémentaire, comme une sédimentation de la première, le fait que nous parlions pourrait être une nouvelle expérience sonore…
JD- Pour moi l’expérience de la parole est duelle, on met une distance entre ce dont on parle et nous-même, il y a un objet et il y a nous, on crée un espace entre l’objet et nous pour pouvoir en parler, ce qui est d’ailleurs magnifique…mais l’expérience du son est pour moi une expérience où l’on abandonne la dualité, j’ai l’impression que lorsque ça marche, que cela fonctionne, il n’y a plus moi et l’expérience, je fais partie de l’expérience du son …d’ailleurs dès que je prononce le mot expérience sonore, je n’y suis déjà plus…c’est notre condition humaine que devoir mettre de la distance entre les choses et nous pour pouvoir en parler…
AG- Mais si tu parles de toi et des traces qui se sont inscrites en toi au lieu de parler directement de l’expérience sonore, c’est peut-être une manière d’amoindrir se sentiment de dualité…
JD- Peut-être oui, comme certains cours de Roland Barthes au Collège de France, où l’on a parfois l’impression qu’il est totalement dans la performance sonore, au sein même de l’expérience, ou des enregistrements de Deleuze parlant où l’on a parfois le sentiment d’une adéquation entre ce qui est dit et l’expérience de ce qui est dit, mais dès qu’une mini-distance s’installe on est éjecté de cette expérience du son. Je crois que cela dépend beaucoup de ce que l’on veut en dire de cette expérience, est-ce qu’on veut expliquer ce que c’est, est-ce qu’on veut la décrire, qu’est-ce qu’on veut en faire de cette expérience, ne suffit-il pas de la vivre cette expérience, en tant qu’expérience, et seulement ensuite la laisser nourrir des réfexions théoriques…mais en tant qu’expérience on n’arrivera jamais à rendre compte de la multiplicité des paramètres qui sont en jeu dans l’instant, dans le flot continu des instants successifs. Par rapport à des pièces écrites, c’est cet aspect-là qui me semble décisif…
AG- Quand tu parles de mise en forme du réel sonore c’est à ça que tu fais référence ?
JD- Oui, soudainement surgit  quelque chose qui englobe la totalité, en jouant une pièce écrite on est par définition dans une situation duelle, on force la forme du réel par un objet, qui peut-être magnifique d’ailleurs – une sonate de Beethoven par exemple…- mais on force le présent…alors que dans l’improvisation, en tous les cas dans celle que j’essaie de pratiquer, je cherche à être en adéquation avec ces mouvements du réel et pas de forcer une forme qui irait à contre-courant, mais plutôt d’essayer d’être le plus possible dans ce flot d’événements qui sont constitutifs de la totalité…on a donc à faire à quelque chose de beaucoup plus large, d’extrêmement large, qui englobe tous les aspects présents au moment même de l’expérience sonore, la lumière fait aussi partie de cette expérience, les odeurs en font également partie, c’est l’expérience de notre présence à la réalité à travers nos sens, des musiciens comme La Monte Young avaient compris que l’expérience du son est une expérience globale et non une expérience purement sonore…
AG- Pour reprendre les mots de Barre Phillips entendus sur la video projetée en début de concert, que retire-t-on de l’expérience du concert, de l’expérience du son ?
JD- Tu remarqueras que Barre ne donne pas de réponse…il dit que depuis l’âge de 25 ans il est impliqué dans le son, dans la musique à plein temps, et qu’il se pose toujours la question de savoir ce qui est en jeu au moment du concert…depuis son propre sound world où il a pu développer son rapport au monde, à la réalité, que d’autres gens apprécient d’ailleurs, paient même pour partager ce sound world, lui, gagnant sa vie, créant une famille…depuis 50 ans il ne fait que pratiquer cette action-là, une action qui est à pratiquer et à repratiquer et qui est à chaque fois différente…Barre ne donne pas de réponse, et je pense qu’il n’y a effectivement pas de réponse, je pense que la réponse à la question est « continuez à pratiquer, continuez à jouer ! ». Pratiquer l’expérience du son, c’est la réponse à la question de qu’est-ce que l’expérience du son.
J.D.

Photo : Jacques Demierre

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE

15 octobre 2015

Universal Indians, Joe McPhee : Skullduggery (Clean Feed, 2015)

universal indians joe mcphee skullduggery

C’est à l’occasion d’une tournée que fit Joe McPhee avec Universal IndiansJohn Dikeman (saxophones), Jon Rune Strøm (contrebasse) et Tollef Østvang (batterie) – que fut enregistré ce concert. A Anvers, le 15 juin 2014.

Certes, la formule est classique, mais ne manque pas d’intérêt : l’esprit avec lequel McPhee explore l’intérieur de sa trompette de poche ou  tire de ses saxophones des phrases aussi concises que profondes invite le trio à l’écoute et même à la réflexion. Ainsi, Dikeman – dont on connaît la vivacité et le souffle épais – ménage-t-il ses partenaires pour mieux accepter un intelligent compromis : les salves furieuses rivalisent alors avec un chant engagé par l’archet de contrebasse (ailleurs, une vocalise en hommage à Dewey Redman) ou une mélodie lâche. Le morceau-titre, de fondre ces intentions différentes avec naturel épatant.

Universal Indians, Joe McPhee : Skullduggery (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 15 juin 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Yeah, and? 02/ Dewey’s Do 03/ Skullduggery 04/ Wanted
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

survival unitJoe McPhee emmènera ce jeudi soir à Brest, dans le cadre de l'Atlantique Jazz Festival, son Survival Unit III.

13 octobre 2015

Gregory Büttner : Wenn Uns Jemand Hört... (1000füssler, 2015) / Büttner, Lettew, Rodrigues, Torres : Zwei Mal Zwei (CS, 2015)

gregory büttner wenn uns

Sur ce nouveau disque qu’il publie sur 1000füssler, son label, Gregoy Büttner réinterprète – revoit, même – deux de ses compositions plus tôt créées par Anja Winterhalter.

La plus courte des deux pièces est celle qui donne son nom au disque, Wenn Uns Jemand Hört - Sag - Wir Haben Einfach Kurz Luft Geschnappt. Là, Büttner confectionne un ouvrage électronique qui perce et crépite, se tait plusieurs fois, repart sous l’impulsion d’un grave pour faire état ensuite état de microcouches sonores dont la disparité n’interdit pas l’accord.

Sur Falte, il arrange sur plus de trente minutes des séquences électroacoustiques faites d’ondes sinus, d’éclats d’objets et de chants enfouis. Plus « saisissable » que celle qui l’a précédée, la pièce enfile des bruits divers et métamorphosés par un intérêt pour le son juste, quand ce n’est pas rare. L’art avec lequel Büttner se penche au chevet d’un infiniment petit qu’il a imaginé puis créé de toutes pièces et à qui, enfin, il insuffle vie étant le point commun à ces deux créations intrigantes.

Gregory Büttner : Wenn Uns Jemand Hört - Sag - Wir Haben Einfach Kurz Luft Geschnappt (1000füssler)
Edition : 2015.
CD : 01/ Wenn Uns Jemand Hört - Sag - Wir Haben Einfach Kurz Luft Geschnappt   02/ Falte
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Gregory Büttner Gunnar Lettow Ernesto Rodrigues Nuno Torres zwei mal zwei

A l’électronique, Büttner enregistrait en avril et juin 2014 avec Ernesto Rodrigues (violon), Nuno Torres (saxophone) et Gunnar Lettow (basse électrique). L’improvisation est tendue, qui commande parfois des réactions mécaniques, mais parvient rapidement à accorder agitations et délicatesses. Et puis, de gestes et de signaux que l’on ne soupçonne pas, naît une abstraction qui sans cesse tend à l’effacement.

Gregory Büttner, Gunnar Lettew, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Zwei Mal Zwei (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : avril & juin 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ 1 + 3 02/ 5 – 1 03/ 4 04/ 22 05/ 42
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

21 mai 2018

Entrechoc : Aux antipodes de la froideur (Trace / Bloc Thyristors, 2018)

lsdg4150Cette chronique de disque est l'une des soixante-dix que l'on trouvera dans le quatrième numéro papier du son du grisli. Qu'il faut commander, et même : dès maintenant !

entrechocs antipodes

C’est là – après Brigantin (avec Conrad et Johannes Bauer et Barry Guy) et L’étau (avec Keith Tippett, Michel Pilz et Paul Rogers) – la troisième (et dernière, faut-il croire) belle boîte de tissu estampillée Trace / Bloc Thyristors à renfermer des associations nées dans l’esprit de Jean-Noël Cognard, batteur qui improvise mais, d’abord : organise.

Organiser : pour un improvisateur, qu’est-ce à dire ? C’est qu’il en faut, des improvisateurs qui ne font pas qu’improviser sur demande, contre cachet, etc. Mais qui organisent aussi. Et qui imaginent, même : des associations nouvelles, respectueuses (de ce qui a été fait plus tôt) et concrètes enfin. L’organisation n’interdisant pas l’inspiration, c’est donc là, pour la troisième fois, une boîte de couleur qui en contient combien d’autres ? Non pas 5, mais au moins 5 au carré ; ce qui nous fait 25…  bien. Or, à bien compter, puisqu'il faut toujours compter désormais et partout, on est en fait encore loin du compte.

Car d’une couleur à l’autre – voilà enfin (troisième paragraphe) les intervenants qui ici font impression : Michel Pilz (clarinette basse), Mark Charig (trompette), Quentin Rollet (saxophones), Marcio Mattos (contrebasse et violoncelle) et Jean-Noël Cognard (batterie) –, des rapprochements sont envisagés, qui bientôt « bavent ». Or, c’est dans la bave que l’amateur de musique créative trouve généralement son compte : dans le son de trop comme dans le silence : quelle est la différence ? Moins souvent dans l’accord tandis qu’il se fait entendre ; jamais, ou presque, dans l’unisson.  

Ravi donc, l’amateur. Pour ce qui est des couleurs : bleu de Sienne (le jazz créatif des années 1960), ocre de Provence (c’est l’improvisation, au soleil, chapeau de paille jusqu’au nez), noirs de partout (ce que c’est qu’un tempérament, il faudra faire avec). Alors le quintette va : deux jours passés en studio en 2017 à Chatenay-Malabry et puis un concert donné un peu plus tard aux Instants Chavirés. A chaque fois, disques noirs ou disque rouge, c’est le fruit d’un compagnonnage Cognard, d’une confrérie non pas du souffle mais de la claque, qui vaut caresse – allez expliquer ça aux curetons de la « société civile ». Et puis non, n’allez pas expliquer, soyez à la hauteur de ce que vous avez entendu : gardez ça pour vous, et pour eux encore davantage. [gb]

 

Newsletter