Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Sortir : Sonic Protest 2017Interview de Jacques Ogerle son du grisli papier
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

SWQ : Ramble (Leo, 2015)

swq ramble

En quarante-sept petites minutes, entendre le salivaire s’éveiller et se convaincre que SWQ (pour Sandra Weiss Quartet, avec : Sarah Weiss & Jonathan Moritz : anches / Kenny Warren : trompette / Sean Ali : contrebasse / Carlo Costa : percussions) possède une singularité attachante.

Ainsi, entendre leurs tuyaux de cuivres effleurer les distances sans approcher l’ennui, enserrer le grain, fuir le flou, faire de la périphérie un environnement fertile. Ailleurs, remarquer le fin raclement des cercles sur les fûts, les balayages de souffles, l’abandon des arrière et premier plans au profit d’un écran-gîte expansif. Et ne pas s’étonner de leurs cris de bêtes, de leurs halètements, car ici il y a meute. Plutôt, s’interroger sur ce vrai solo de contrebasse, anachronisme (?) pointant en toute fin d’enregistrement, révélant ainsi un possible peu rencontré jusqu’alors. Demain, la suite…

swq

SWQ : Ramble
Leo  Records / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Water in Tubes 02/ Transition Suite-Diffusion 03/ Transition Suite-Scattering 04/ Transition Suite-Dispersion 05/ Ramble ON
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Earth Tongues : Rune / Frantz Loriot : Reflections on an Introspective Path (Neither/Nor, 2015)

earth tongues rune

Avec Earth Tongues – c’est-à-dire une combinaison originale qui oppose au percussionniste une trompette (Joe Moffett) et un tuba (Dan Peck) –, Carlo Costa aborde d’une manière différente l’improvisation telle qu’il la défendit, par exemple, avec les deux archets de Natura Morta.

Pour répondre aux phrases courtes de Costa, deux cuivres donc (aux techniques étendues, il va de soi). Qui « font la taille » avec tel grincement long de cymbale ou répondent rondement à des coups plus volontaires. Autant que les gestes, les souffles sont ramassés ; mais l’association n’en compose pas moins de grands paysages suspendus qui se chargent de notes en fuite – augmentées parfois d’une autre, tenue, sortie d’une platine cassette (Peck) – sans jamais rien perdre de leur équilibre.

Earth Tongues : Rune (Neither/Nor)
Enregistrement : 17 janvier 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Porous Phase 02/ Sunblind 03/ Lithosphere 04/ Depths
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

frantz loriot reflections

Sur le même label, Frantz Loriot (violoniste alto sorti de Natura Morta) publiait récemment un enregistrement solo. C’est d’abord, sur les trois temps de Confluences, un instrument mis à rude épreuve : d’insistants va-et-vient y travaillent une première note qui, à force d’agression, accouchera d’une seconde, parfois d’une troisième – à la somme, il faudra ajouter quelques chants de friction.

Ailleurs, Loriot installe, au son de cordes lâches et de l'accrochage d'un archet précipité, des mobiles qu’un orage peut soudain emporter (Wick Machine). C’est la résistance de l’alto qui est ici à chaque fois expérimentée, presque autant qu’un possible art musical né de son éreintement.

Frantz Loriot : Reflections on an Introspective Path (Neither/Nor)
Enregistrement : 20 décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Confluences – Movement 1 02/ Confluences – Movement 2 03/ Confluences – Movement 3 04/ Equilibrium 05/ Wick Machine 06/ Thwart Path 07/ Attained
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Carlo Costa : Sediment (Neither/Nor, 2014)

carlo costa sediment

Avec ce questionnement d’une musique improvisée collectivement et néanmoins affichée sous le vocable du Carlo Costa Quartet, Sediment se révèle être une agréable surprise. Ici et ailleurs, aura déjà été remarqué le cousinage du percussionniste italien avec les britanniques d’AMM. Et, de nouveau…

Très rapidement se devine la matière et sa destination. Le cercle se forme, s’éveille, navigue. La sphère se nervure d’assauts et au loin se libèrent de lentes processions. Parfois la tentation d’une ruche ou d’une déstructuration pointe son nez. Apparaissent maintenant des mouvements mécaniques, des percussions décentrées. Mais le naturel demande toujours le retour à ses besoins giratoires. Ainsi circulent dans l’infini du cercle Jonathan Moritz, Steve Swell, Sean Ali et Carlo Costa, improvisateurs inspirés et inspirants.

Carlo Costa Quartet : Sediment (Neither/Nor Records)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Wither 02/ Pulverize 03/ Thaw 04/ Bloat 05/ Soak 06/ Molder
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Natura Morta : Natura Morta (Prom Night, 2012)

natura morta

C’est un disque court mais sur mesures : celles de trois jeunes musiciens associés : Frantz Loriot, Sean Ali et Carlo Costa, réunis en Natura Morta, projet dans lequel se mêlent de façons diverses violon, contrebasse et batterie. Lorsqu’ils ne sont pas préparés, les instruments tournent le dos aux techniques traditionnelles – à défaut d’être rare, la cause est ici au moins justifiée.

Alors donc les musiciens travaillent bois, cordes et peaux, marquant de leurs empreintes des instruments que l’on imagine postés à l’horizontal – dans l’arythmie de Costa, des effluves de Prévost ; dans les chassés-croisés de cordes glissantes (ici, parfois, un peu d’affect), le souvenir de Morton Feldman (l’influence n’est pas rare, elle non plus) : il n’en faut pas plus pour soupçonner des écoutes répétées d’AMM.

Plus loin, un relief commandera aux musiciens d’accélérer pour découvrir l’endroit où se terrent des monstres minuscules, et leur tendre le micro : alors, vont-ils d’aigus en crissements jusqu’à ce que Costa, au moyen d’une cymbale de petite taille, c'est-à-dire appropriée, sonne la fin de la récréation. Le bestiaire regagne les profondeurs, suivi par le trio lui-même.

Natura Morta : Natura Morta (Prom Night)
Enregistrement : 27 janvier 2012. Edition : 2012.
CD-R : 01/ Entropy 02/ Hive 03/ Marrow 04/ Glimmer
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Natura Morta : Decay (FMR, 2013)

natura morta decay

C’était le soir, j’étais seul. Assis sur la terrasse d’une maison isolée quand le bruit d’un train m’est parvenu. Je n’imaginais pas le village desservi. Ce train était conduit, de l’archet, par Frantz Loriot, qui avalait les mètres de rails que Sean Ali (à l’archet aussi) et Carlo Costa (aux doigts ou aux baguettes) déroulaient devant lui, et qui les menaient tous à moi.  

A peine étaient-ils arrivés, qu’ils gagnèrent un bout du jardin pour l’aménager. Plantés comme autant de sculptures sonores, leurs instruments diffusaient de premiers sons « aux couleurs » de l’Inde. Poursuivant ses travaux, le trio faisait plus ou moins de bruit (le violon pouvait par exemple crisser sur le roulement des toms basses). Moi, j’écoutais. Je prenais des notes sur les leurs.

Levant le nez : c’est tout un parc qui avait été aménagé à mes pieds. Avant de repartir, le trio y a planté des graines et enterré des œufs. Le Decay de Natura Morta, je m’y promènerai encore. Je compterai sur la brise pour faire tourner ses instruments, sur les frêles oiseaux qui s’y ébattent pour lui ajouter des touches et des variantes. Si la nature a horreur du vide, elle ne craint pas le silence. Ni les bruits quotidien qui ne cessent plus de le révéler.

Natura Morta : Decay (FMR)
CD : 01/ SIrens 02/ Miasmata 03/ The Burial of Memories 04/ As the Dawn Fades
Enregistrement : 30 mars 2012. Edition : 2013.
Héctor Cabrero © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>