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Le son du grisli
13 octobre 2016

Céleste Boursier-Mougenot : Perturbations (Analogues, 2015)

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C’est ici la suite – et, même, le complément – de ces États seconds dont il faudra aller relire la chronique (il est d’ailleurs possible au vaillant petit lecteur de se procurer, à cette adresse, les deux livres d’un coup). A cette courte présentation, on pourra ajouter la lecture des lignes consacrées à bruitformé par Olivier Michelon, directeur des Abattoirs de Toulouse qui accueillirent en 2014 l’exposition Perturbations.

Duchamp (et À bruits secrets) en ligne de mire, donc, ou plutôt : agissant sur Céleste Boursier-Mougenot comme Morton Feldman et Pierre Boulez agissaient par exemple sur Bunita Marcus : en figures inspirantes avec lesquelles il est, si l’on veut parvenir à s’exprimer dans sa propre langue, bien nécessaire de rompre. La métaphore musicale n’est pas vaine, puisque l'artiste, ancien compositeur, fait encore grand cas de la musique – ainsi s’explique-t-il : « la musique vivante produite en direct (…) est à compter parmi les phénomènes qui ont la propriété d’amplifier notre sentiment du présent. »  

Plus que tout, le « présent » / le « vivant » semble donc inquiéter l’artiste : ses installations où prolifèrent guitares-branche, mousse-masse, micros-ruche, pianos-truck… réagissent alors par le son aux mouvements alentours – à la fin du volume, Boursier-Mougenot explique de quoi retourne précisément chacune des œuvres récentes (2008-2014) ici présentées. Duchamp effacé, c’est John Cage – que cite notamment Emanuele Quinz, universitaire et autre contributeur de cette monographie : « l’art est l’imitation de la nature dans sa manière de procéder » – qui pose question. En jouant d’approches et de rapprochements, d’influences et d’échanges, Céleste Boursier-Mougenot pense un art qui ne s’en tient pas au seul effet qu’il fait.

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Olivier Michelon, Nikola Jankovitz, Emanuele Quinz, Emma Lavigne, Céleste Boursier-Mougenot : Perturbations
Analogues / Presses du Réel
Edition : 2015.
Livre (français / anglais) : Perturbations
Guillaume belhomme © Le son du grisli

14 octobre 2016

Twenty One 4tet : Live at Zaal 100 (Clean Feed, 2016)

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Ayler résonne en eux : même façon d’entrelacer leurs lyrismes, mêmes élans convulsifs, même abstraction du rythme. Ceux qui y trouveront à redire retourneront vite à leurs petits princes sur papier glacé. Les autres (j’en suis, j’en suis !) ne s’useront jamais de leurs joutes, de leurs solidités et endurances résolues.

A Amsterdam, ce soir-là, Luis Vicente (trompette), John Dikeman (saxophone ténor), Wilbert de Joode (contrebasse) et Onno Govaert (batterie) apportèrent de nouvelles nuances : épurer le texte, créer une masse expressive, faire du torride un terrain d’expérimentation lisible, sortir d’un brötzmannisme stérile, introduire un zeste de brasier sonique, briser la stature du fort-en-gueule, ne plus saturer le cercle. Et, ainsi, camper dans la toute proximité des glorieux et admirés ancêtres.


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Twenty One 4tet : Live at Zaal 100
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 27 septembre 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Red Moon 02/ Rising Tide 03/ Undertow 04/ Vesuvius
Luc Bouquet © Le son du grisli

11 octobre 2016

Kasper Tom, Rudi Mahall : One Man’s Trash Is Another Man’s Treasure (Barefoot, 2016)

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L’un (Kasper Tom) est adepte du rebond fertile, l’autre (Rudi Mahall) raffole des phrasés saillants. Ainsi, tambours et clarinettes vont parcourir des terres vierges avant de fixer un cap.

Dans cet aléatoire de chocs et de souffles, on sera néanmoins loin du fouet, loin des spasmes. On voguera dans l’intime, dans la conviction qu’il ne faut pas brusquer le silence. On passera par une escapade sonique peu convaincante pour, très vite, revenir au bercail. Et ce bercail, ici, se nomme rythme et réminiscence d’un jazz finalement jamais totalement abandonné. Un dernier sursaut en toute fin d’enregistrement (Here We Go Again) laissera entrevoir un fort désir de convulsion soutenue. Trop tard ?


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Kasper Tom, Rudi Mahall : One Man’s Trash Is Another Man’s Treasure
Barefoot Records
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Here We Go 02/ Totart 03/ Drummer Queen 04/ Frühaufsteher 05/ Die Flexitarier 06/ Halbes Publikum 07/ An der dünnen grauen Odense A 08/ Lodz 09/ Here We Go Again
Luc Bouquet © Le son du grisli

29 septembre 2016

Flaming : Flamingo (Barefoot, 2016)

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Affronter l’horizontalité ne fait aucunement peur à la clarinette contrebasse de Chris Heenan, à la contrebasse d’Adam Pultz Melbye ou à la caisse claire de Christian Windfeld. Au contraire, elles y élisent domicile, en fouillent tous les recoins, filtrent quelques louches de sensible. Ici, on lustre le cercle, on craquelle la peau, l’anche grince, les balles rebondissent, l’archet frôle plus qu’il ne percute.

Plus tard, tous abandonneront l’horizon pour la strie, les césures vagabondes : la clarinette contrebasse se gargarisera de souffles parasites, s’y développeront fiels et griefs, bruissements d’ailes. Puis, animés par leur profonde nature, reviendront à la ligne droite.

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Chris Heenan, Adam Pultz Melbye, Christian Windfeld : Flamingo
Barefoot Records

Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Life Is Nothing But Trading Smells 02/ Stepchild of Living Languages 03/ The Void Beneath 04/ Horizontal Fold 05/ Attention Filter
Luc Bouquet © Le son du grisli

 

1 septembre 2016

Duck Baker : Outside (Emanem, 2016)

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En regardant la couverture de ce CD de Richard ‘’Duck’’ Baker (que je découvre : sourire sous moustache & guitare folk sur pull de laine) j’ai vu en lui un guitariste folk qui aurait pu au moins chanter un peu. Mais le CD sort sur Emanem alors je commence à douter alors (encore) que j'entame la lecture de la présentation écrite par Duck Baker himself.

Le gratteux raconte son histoire, une histoire qui commence avec sa rencontre avec Eugene Chadbourne à Toronto en 1975. Chadbourne enregistrera d’ailleurs avec Baker en duo (un morceau que l’on trouve sur le LP Guitar Trios 3 et les deux que l’on trouve sur les deux dernières pistes de ce CD) avant de le laisser faire son affaire tout seul, dans un genre free fingerstyle tellement free qu’on ne peut qu’applaudir à la diversité des expériences.

Glissant sur le manche, tirant-tirant la corde ou tapant la caisse de sa guitare (Klee), suintant le blues (No Family Planning), improvisant à coup de picking triomphant et d’arpèges usés jusqu’à la pompe ou reprenant gaiement le Peace d’Ornette Coleman si ce n’est beaucoup moins gaiement You Are My Sunshine (ou, ou, ou…), Baker n’arrête pas. Il n’en fait qu’à sa tête et se permet même de ces fantaisies qui donnent envie d’aller l’écouter tous ses vieux disques. Et il y a de quoi faire…

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Duck Baker : Outside
Emanem / Orkhêstra International.
Enregistrement : 1977, 1982, 1983. Edition : 2016.
CD : 01/ Breakdown Lane 02/ Klee 03/ Like Flies 04/ No Family Planning 05/ Peace 06/ Torino Improvvisazione 07/ London Improvisation 08/ Southern Cross 09/ Holding Pattern 10/ You Are My Sunshine 11/ Klee 12/ Like Flies 13/ No Family Planning 14/ Peace 15/ Shovelling Snow 16/ White With Foam 17/ Mary Mahoney 18/ Things Sure Must Be Hoppin’ Tonight On Castro Street
Pierre Cécile © Le son du grisli

30 août 2016

Xavier Charles, Nikos Veliotis : Kaspian Black (Alt.Vinyl, 2015)

xavier charles nikos veliotis kaspian black

Si l’image de sa couverture a été choisie pour dire – ne serait-ce qu’un peu – de quoi retourne la musique qu’on trouvera sur ce disque, alors on ne sera pas étonné d’y entendre Xavier Charles et Nikos Veliotis usiner leurs instruments avec application – amplification, aussi.

Dans l’armurerie qu’ils partagent, deux instruments seulement : la clarinette et le violoncelle, dont les musiciens transforment une nouvelle fois le son traditionnel. Chose rapidement faite, ils parviennent, à force d’insistance et d’épanchement, à faire des longues notes qu’ils arrangent en tresses les éléments terribles d’un ballet rétro futuriste – chuintements, grognements et sirènes pratellodéviants ou russolotractés.

On ne pourrait dire « apaisés » les gestes que l’on trouve sur les deux pièces de la seconde face : ralentis, certes, et quasi débarrassés de l’amplification, ils n’en laissent pas moins filtrer une intention similaire : se faire entendre autrement que dans la seule durée (Veliotis n’a-t-il pas donné en Mohammad ou Folklor Invalid ?) et dans la seule altération (Charles en tirait récemment encore 12 Clarinets in a Fridge). C’est alors, par deux fois, un jeu de patience et d’équilibre qui va au gré de sons tenus qui cependant oscillent. Là encore, Charles et Veliotis s’y entendent.

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Xavier Charles, Nikos Veliotis : Kaspian Black
Alt.Vinyl
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2015.
LP : A/ I – B1/ II B2/ III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

23 mars 2018

Heldon : Un rêve sans conséquence / Interface / Stand By (Souffle Continu, 2017)

heldon 2017

A l'occasion de la parution du deuxième volume d'Agitation Frite de Philippe Robert, le son du grisli s'intéressera dans les jours à venir (dix, douze, quinze ?) au sujet du livre, soit : l'underground français. Inauguration au son de disques réédités par nos amis (avouons la chose : pas si vieux, encore beaux et dotés d'oreille : ce sont nos amis) du Souffle Continu

Qui voudra revenir aux années 1976-1979 ne devra craindre l’environnement des guitares électriques ni celui des programmations de synthétiseurs (ARP et VCS3). Encore moins l’influence des Doms qui formaient alors Heldon Richard Pinhas avec Patrick Gauthier, Didier Batard et François Auger – et qui étaient de taille à poursuivre la « guérilla électronique » auquel le projet de Pinhas avait appelé dès ses origines discographiques.

L’auditeur, sous influence donc, n’aura d’autre choix que de se laisser aller à ses ruades, nombreuses et diverses en plus. Sur un champ où tonnent et détonnent guitares, synthétiseurs et percussions, ce sont là des épreuves qui doivent à King Crimson et au Jimi Hendrix Experience (dont le morceau Stand By expose de beaux restes d’écoute) mais qui délivrent aussi de nouveaux messages, si ce n’est un langage à venir. L’auditeur, revenons-y, cale l’allure de son pouls sur le rythme de la chose, tend l’oreille du côté où un éclat de guitare surgit, assiste en spectateur à une charge héroïque, une fantasia voire (Marie Virginie C.), ou se laisse amadouer, Marianne, par une impression d’Afrique plutôt inattendue (Elephanta).

heldon stand by

Sur Un Rêve Sans Conséquence Spéciale (le titre aussi est d’agit-pop), la marche chaloupée d’MVC II approche la musique d’un cinéma étrange, que rappelle aussi le premier « mouvement » de Bolero sur l’album Stand By (on imagine John Carpenter, quelque part, caché derrière) ou encore l’air de Les Soucoupes Volantes Vertes sur Interface. Maintenant, comme l’assaillant qui trop en fait, le groupe manque parfois sa cible, sa musique tourne parfois en rond (Une drôle de journée ou Jet Girl, morceaux d’electrokraut poussif). Malgré tout reste une certitude : depuis la chose – depuis ces choses, que Souffle Continu propose aujourd’hui au détail ou assemblées dans une boîte noire dont l’élégance est toute spinradienne –, quel trifouilleur de synthés vintage a fait davantage ? A les entendre, ils confirment d’ailleurs : Heldon un jour a fait un rêve, beau mais sans conséquence spéciale.

Heldon : Un rêve sans conséquence / Interface / Stand By
Souffle Continu 2017
Guillaume Belhomme © le son du grisli 

24 juillet 2016

Arthur Williams : Forgiveness Suite (NoBusiness, 2016)

arthur williams forgiveness suite nobusiness

Si les trajectoires d’Arthur Williams (trompette), de Peter Kuhn (clarinettes, saxophones) et de William Parker (contrebasse) se confondent ici – « alors » (19 décembre 1978), devrait-on plutôt écrire – avec bonheur, c’est qu’elles s’étaient déjà croisées, et même souvent : dans ce Muntu que Williams emmena un temps en association avec Jemeel Moondoc ou dans l’Orchestre de Frank Lowe, par exemple. En quintette avec Toshinori Kondo (trompette), fraîchement débarqué du Japon, et Denis Charles (batterie), le trio donnait un concert à la Columbia University Radio WKCR-FM.

Si celui-ci permit à Kuhn de publier Livin’ Right – réédité ces jours-ci par NoBusiness sur No Coming, No Going, The Music of Peter Kuhn, 1978-79 –, le disque en question ne consignait pas l’entier concert : la découverte de cette « suite » composée par Arthur Williams répare l’oubli et documente le travail d’un trompettiste méconnu – dont Ed Hazell rappelle le parcours dans les notes de pochette : premières expériences avec Ahmed Abdullah et Charles Downs, création du Master Brotherhood avec notamment Joe Rigby et Steve Reid, expérience Muntu jusqu’en 1978 puis dernières associations avec Milford Graves, Cecil Taylor et Charles Tyler, avant de renoncer à la musique au début des années 1980.

En cette Forgiveness Suite, trois notes lentes suffisent à inspirer un quintette d’exception : à distance, leurs répétitions par des vents souvent à l’unisson arrangent les diverses – autant que peuvent l’être les musiciens en place : ainsi la clarinette basse de Kuhn, déstabilisante, contraste-t-elle avec la déconstruction maniaque du thème par la trompette de Kondo – séquences d’un remarquable vagabondage sonore. Autour d’une composition d’inspiration taylorienne, les cinq musiciens ont ainsi tourné : il fallait donc bien que cette suite nous revienne, à nous et à Arthur Williams.

écoute le son du grisliArthur Williams
Forgiveness Suite (Part 1)

arthur williams

Arthur Williams : Forgiveness Suite
NoBusiness
Enregistrement : 19 décembre 1978. Edition : 2016.
LP : A/ Forgiveness Suite (Part I) – B/ Forgiveness Suite (Part II)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 août 2016

Reidemeister Move : Borromean Rings (Corvo, 2016)

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Un morceau de partition, celle de Borromean Rings, épouse la forme du picture-disc ; son compositeur, Robin Hayward (tuba microtonal), compare son interprétation à une partie d’échecs qui n’opposerait pas ses joueurs – le second étant Christopher Williams (contrebasse « passée » par Charles Curtis ou La Monte Young ) – mais les ferait s’entendre sur l’exploration de sons tenus – ce rêve, étrange et pénétrant, d’une forme inconnue, qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre…

Double partition circulaire (basse / tuba), bourdons d’obligation et mouvements composés, mais pour combien d’anneaux promis ? C’est qu’au duo d’instruments allant sur parallèles, Hayward préfère travailler là deux voire trois bourdons proches, certes instables mais toujours fidèles : Borromean Rings est ainsi une course qui révèle l’opposition, que le compositeur et son acolyte auraient aimé cacher, de graves endurants et de hautes notes tenues jusqu’à l’essoufflement. Mais puisque la partition tourne, pourquoi le reste n’irait-il pas ?

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Reidemeister Move : Borromean Rings
Corvo / Metamkine
Enregistrement : août 2014. Edition : 2016.
LP : A-B/ Borromean Rings
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

29 mai 2016

Didier Lasserre, Thierry Waziniak : Twigs (Label Rives, 2016)

didier lasserre thierry waziniak twigs

C’est, entre deux carrés aimantés, un duo de batteries enregistré le 5 juin 2015 à La Maison en bois d’Abbéville-la-Rivière, le long duquel Didier Lasserre et Thierry Waziniak (qui, avec Jacques Di Donato et Gaël Mevel, forme le Trio Rives) improvisent en toutes discrétions. Le pluriel est de mise car les deux musiciens s’y entendent pour faire œuvre de « brindille », nom donné aux trois plages du disque, structures fragiles que ménageront des gestes qui tombent aussi lentement qu’ils se seront levés.

Sur la fin de la première, après un passage de rumeurs et de sifflements, une grosse caisse exige-t-elle que s’achève cet air de soupçons et de soupirs ? C'est que la deuxième brindille est plus nerveuse, mais aussi plus courte que les autres : trois minutes seulement, après lesquelles la retenue fait son grand retour. Et s’il est plus difficile de s’entendre sur une retenue, sur un soupçon ou sur un soupir que dans le fracas – est-ce ici la batterie de Waziniak qui réclame la parole quand celle de Lasserre s’efface autant qu’il est possible ? Est-ce l’inverse ? –, la retenue en question, le soupçon accordé ou le soupir pratique délivrent les éléments d’une expression tangible qu’il est, à Lasserre comme à Waziniak, finalement impossible de taire.

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Didier Lasserre, Thierry Waziniak : Twigs
Label Rives / Metamkine
Enregistrement : 5 juin 2015. Edition : 2016.
CD : 01Première brindille 02/ Duexième brindille 03/ Troisième brindille
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

12 mai 2016

Game of Patience : Trial and Error (Herbal, 2016)

game of patience trial and error

Comme le CD sort dans la série Concrete Disc du label Herbal, j’ai bien regardé l’intérieur de ce digipack trois panneaux : c’est qu’on dirait le sommet d’une architecture de verre et de fer, qui pourrait bien dater du XIXe. Or si elle date du XIXe, j’imagine qu’on n’a pas permis à Game of Patience de faire bouger sa structure, question de conservation…

Parce ce que c’est ce qu’on suppose au début de cette impro du trio (Yong Yandsen au saxophone, Darren Moore à la batterie & percussions et Brian O’Reilly à la contrebasse & electronics). Enfin, jusqu’à ce qu’une cymbale se fasse frotter dans le sens de ses rainures : alors voilà l’impro sur le feu, qui fait chauffer à court-bouillon des tintements métalliques, des crincrins récalcitrants, etc. Ensuite, à Fukuoka (c’est le deuxième morceau, un autre enregistrement de concert), ça part en free = à force de patience on en arrive à en goûter (de la force). Il semblerait que les concerts de Game of Patience se suivent et ne se ressemblent pas, et ça c’est tant mieux pour leurs disques !



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Game of Patience : Trial and Error
Herbal International
Enregistrement : 22 janvier 2015 & 16 juin 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ CHOPPA 02/ Fukuoka
Pierre Cécile © Le son du grisli

9 mai 2016

André Gonçalves : Currents & Riptides (Shhpuma, 2016)

andré gonçalves currents & riptides

Collaborateur de Kenneth Kirschner (sur Resonant Objects) ou de Richard Gareth & Ben Owen (dans l’international project EA), ingénieur chez les fabricants de synthés analogiques ADDAC Systems, André Gonçalves accouche (presque seul) de deux plages d’électronique à couches pour le label Shhpuma « powered by » Clean Feed.

Avec Pedro Boavida au Fender Rhodes, notre Portugais entame l’enregistrement sur une (et une seule) note de synthé modulaire (à moins que ce ne soit un feedback de guitare) qu’il fait tenir plus de quatre minutes. C’est fragile et haletant à la fois, mais malheureusement ça ne dure que le temps annoncé. Plus rien d’haletant après mais des tas d’aigus de synthé sur des voix préenregistrées sur des guitares qui trifouillent sur des bruits de jacks branchés à l’arrache... Un fatras laborieux.

Mais ce sera mieux sur l’autre piste. Avec Rodrigo Dias à la basse et Gonçalvo Silva à la guitare (attention, leurs présences sont très très discrètes), il fait gonfler une ambient à reverses (pas renversante mais) qui s’écoute bien quand même, entre Lawrence English et Taylor Dupree. Cette fois, on garde. Et d'ailleurs, avec le plus modeste des logiciels d’enregistrement disponibles gratuitement sur internet on peut découper les quatre premières minutes du premier pour les conserver précieusement.  



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André Gonçalves : Currents & Riptides
Shhpuma / Orkhêstra International
Edition : 2016.
CD : 01/ Long Story Short 02/ Will Be Back In A Few
Pierre Cécile © Le son du grisli

4 mai 2016

Open Field, Burton Greene : Flower Stalk (Cipsela, 2015)

open field burton greene flower stalk

Minimalistes (Angels of the Roof) ou emportés (Rising Intensity), Open Field (José Miguel Pereira, João Camões, Marcelo dos Reis) & Burton Greene offrent à leurs cordes (contrebasse, viola, guitare, piano) quelques pistes abruptes.

S’enfonçant ou s’échappant, se faufilant au gré des intervalles, ils construisent note à note, accord après accord (Greene Hands à la seule charge du pianiste) et tiennent le cap des discours ténus. Ailleurs et véloces, ils grimpent des cimes caractérielles, soudaines. Toujours construisent sans encombrement et toujours au cœur d’une impulsion naturelle, spontanée. Et quand se dérèglent les angles choisis jusqu’alors et que s’invitent mey moqueur et voix d’outre-souffle, Open Fields élargit plus encore le cercle de ses riches possibles.  



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Open Field, Burton Greene : Flower Stalk
Cipsela
Enregistrement : 7 mai 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Rising Intensity 02/ Angels of the Roof 03/ On the Edge 04/ Greene Hands 05/ Ancient Shit
Luc Bouquet © Le son du grisli

22 avril 2016

Etienne Brunet : Berlingot (Longue Traîne Roll, 2015)

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Musicien affranchi – parmi les références qui composent sa discographie, trouver un duo avec Fred Van Hove (Improvisations), un autre avec Julien Blaine (Bye-bye La Perf.) ou encore, si l’on remonte au début des années 1980, un lot d’improvisations enregistrées sous couverture Axolotl avec Jacques Potlatch Oger et Marc Dufourd –, Etienne Brunet est un écrivain certainement plus affranchi encore.

Berlingot, le livre qu’il publiait l’année dernière, sous-titré « ego-graphies, chroniques, bio-bio musiq et souvenirs », tend en tout cas à le démontrer. Prolixe, fantaisiste, iconoclaste, paranoïaque, Brunet est dans le texte un poète contrarié, un lettriste d’après la lettre, un futuriste qui craint l’avenir, un nostalgique à acouphènes…

Les textes réunis ici – certains ont été publiés dans Art et Anarchie, Les allumés du jazz, Invece… – trimballent leur lecteur de Nice à Berlin et de São Paulo à Essaouira, lui parlent d’Albert Ayler et de Brion Gysin, citent Charb ou John Giorno, avec une urgence qui commandait l’autoproduction. Etienne Brunet est un fou littéraire qu’il faut lire dans la minute, et sur toutes surfaces : papier payant ou même écran gratuit (le livre peut être téléchargé ici).

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Etienne Brunet : Berlingot
Longue Traîne Roll
Edition : 2015.
Livre : Berlingot, 127 pages, ISBN : 978-2-9542972-1-7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

8 avril 2016

Glenn Jones : Fleeting (Thrill Jockey, 2016)

glenn jones fleeting

My Garden State a pas mal tourné depuis sa sortie, à la maison. Alors que Fleeting, le nouvel album du guitariste Glenn Jones, commence par une sorte de variation guillerette sur le thème de Bergen County Farewell, le « tube » de My Garden State, ce qui n'est pas mal pour faire le lien.

Mais le premier titre, Flower Turned Inside-Out, est en fait l’arbre qui cache la forêt (de bouleaux). En effet, est-ce la disparition de sa mère à qui ce disque est dédié ?, l'ex Cul de Sac s’y montre plus contemplatif, plus sombre, et ce même au banjo qu’il attrape quelques fois. C’est donc un Glenn Jones plus mélancolique que ce disque nous permet d'entendre. Et c’est sur une impression de grave légèreté que Fleeting diffère de ses précédents enregistrements : moins dans la démonstration (même s’il ne l’a jamais été totalement), plus dans la sensibilité. Qui s’en plaindrait ?


fleeting

Glenn Jones : Fleeting
Thrill Jockey
Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01/ Flower Turned Inside-Out 02/ In Durance Vile 03/ Cleó Awake 04/ Mother's Day 05/ Gone Before 06/ Spokane River Falls 07/ Portrait Of Basho As A Young Dragon 08/ Close To The Ground 09/ Cleó Asleep 10/ June Too Soon, October All Over
Pierre Cécile © Le son du grisli

Glenn Jones donnera un concert en appartement parisien, le 1er mai prochain. Pour plus de renseignements, cliquer sur l'image ci-dessous.

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5 avril 2016

Tom Prehn Quartet : Axiom (Corbett vs. Dempsey, 2015)

tom prehn axiom

 

Le vent (chaud) que soufflèrent Albert Ayler et Cecil Taylor sur la Scandinavie au début des années 1960 eut quelque répercussion sur la faune musicale de l’endroit. Au Danemark, c’est le pianiste Tom Prehn qui le prouve.

 

Fin 1963, quelques mois à peine après avoir constitué son propre quartette, Prehn enregistrait pour le label Sonet – l’Axiom 1 et l’Axiom 2 que l’on trouve ici reproduits. C’est là une urgence manifeste qui commande : aux musiciens de tout dire, et vite encore, en un minimum de temps – dans le saxophone ténor de Frits Krogh, on entend le tout dernier Coltrane et un peu de la désinvolture de Dolphy ; au label, de publier tout aussi vite : or, les musiciens tarderont à donner leur accord, et le disque ne sera pas commercialisé.

 

Il aurait pourtant révélé la possibilité d’un free vernaculaire et d’une expression aussi incisive que celle des musiciens américains que l’Europe put accueillir. Or, tous les deux (free et expression) dataient déjà : c’est ce que démontre cette pièce enregistrée en 1966 pour la radio suédoise qui vient augmenter le LP original. Prehn et ses partenaires semblent là avoir mené une réflexion qui profite à leur art instrumental : ainsi l’affirmation affranchie se construit-elle au fur et à mesure du jeu, au gré des conversations que s’autorise désormais la formation.

 

L’année suivante, le batteur Finn Slumstrup y était remplacé par Prehen Vang. C’est lui qu’on entendra sur Tom Prehn Kvartet, que John Corbett fit publier il y a quelques années dans la série Unheard Music du label Atavistic…

 

Tom Prehn Quartet : Axiom
Corbett vs. Dempsey / Orkhêstra International
Enregistrement : 13 octobre 1963 - 1966. Réédition : 2015.
CD : 01/ Aiom 1 02/ Axiom 2 03/ Percussive Anticipations
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
 

27 mars 2016

Ellen Fullman : Through Glass Panes (Important, 2011)

ellen fullman through glass panes

Je me méfie comme de la peste des exotismes d’occidentaux mais quand j’apprends qu’Ellen Fullman a joué avec des musiciens tels que Pauline Oliveros, Keiji Haino ou Barn Owl, je tends l’oreille. Intrigué, je vais voir le site internet de la dame, qui est bien fait, et qui nous en apprend sur l’instrument (une installation !) dont elle joue depuis 1981 : The Long String, qui est aussi le nom de son premier disque réédité en 2015 par Superior Viaduct.

Une cinquantaine de longues cordes qu’elle titille dans un esprit post-médiéval = folklore hallucinatoire qui doit autant à Terry Riley qu’à Stefan Micus qu’au théorbe ou à la harpe magique…. C’est pourquoi, au final, je ne dirai pas que la « harpe magique » de Fullman est exotique, non. L’exotisme ne peut pas être aussi hypnotique que son long instrument... A suivre !



through glass panes

Ellen Fullman : Through Glass Panes
Important
Edition : 2011.
CD : 01/ Never Gets Out of Me 02/ Flowers 03/ Through Glass Panes 04/ Event Locations No. 2
Pierre Cécile © le son du grisli

sp logo grisliEllen Fullman est à l'affiche du festival Sonic Protest, qui se déroulera à Paris, Montreuil et ailleurs, du 2 au 15 avril. Le 6, elle jouera à l'église Saint-Merry avec Sourdure et William Basinski

 

 

22 mars 2016

Horns : Horns 1.2 (Confront, 2015)

horns horns 1

Si c’est bien Bertrand Denzler qui compose pour Horns, est-ce pour autant lui qui l’emmène ? A ses côtés, on trouve sur cette pièce d’une quarantaine de minutes Louis Laurain (trompette), Pierre-Antoine Badaroux (saxophone alto) et Fidel Fourneyron (trombone). Ce sont là d’autres vents que ceux de Propagations, et la composition révèle d’ailleurs un autre état d’esprit.

Aux visions parallèles, elle préfère en effet un minimalisme partagé, voire de rigueur : les musiciens y font preuve d’endurance comme d’un certain intérêt pour le relai : partis sur une note que l’un puis l’autre abandonne, ils y reviennent, individuellement, pour la rehausser voire la mettre en valeur. Bientôt, la somme des souffles vrille : d’abord inquiets de régularité – l’inquiétude était-elle feinte ? –, les musiciens aèrent leur tapisserie au gré d’arrêts soudains et de reprises, de « séquences » où la fraternité règne et de solos dès l’origine étouffés dans l’œuf. Si le parti pris a ses charmes, il a aussi ses limites ; mais, comme par enchantement, ses limites peuvent ajouter à ses charmes.



horns

Horns : Horns 1.2
Confront / Metamkine
Enregistrement : 18 mai 2014. Edition : 2015.
CD-R : 01/ Horns 1.2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

30 mars 2016

Luis Lopes, Jean-Luc Guionnet : Live at Culturgest (Clean Feed, 2015) / J.-L. Guionnet, Thomas Bonvalet : Fusées (BeCoq, 2016)

jean-luc guionnet live at culturgest fusées luis lopes thomas bonvalet

Part I : l’unisson aimera que se pointe la stridence. L’étreinte sera sonique, mortelle. L’aigu percera le tympan. Un saxophone alto et une guitare écartèleront le son, l’étendront dans son absolue nudité. La tentation de la saturation sera vite assouvie. La trame n’aura pas besoin de longs versets. La guitare fera louvoyer le tumulte. L’alto l’y rejoindra. La stéréophonie ne sera pas de pacotille. On percevra une lutte plus qu’une fraternité. Mais cette lutte sera belle. Ici, gladiateurs : Luis Lopes et Jean-Luc Guionnet.

Part II : maintenant on invente l’espace, la distance. On module les envies. On s’ouvre au partage. On construit sans tics. On combat sans tic. On fore le cri. On rougit l’acier. Un slap interroge l’action. Et l’acier reprend ses droits. On inscrit le cri dans ses gènes. On retrouve la distance. Et l’unisson se perd. Ici, alliés : Luis Lopes et Jean-Luc Guionnet.

A l’aide de microphones, amplificateurs, peau de tambour, banjo, diapasons, plectre de pavot, orgues électriques, harmoniums, table de mixage, trompette de poche, saxophone soprano et des dizaines d’autres objets hétéroclites, Thomas Bonvalet et Jean-Luc Guionnet posent un regard neuf sur le rythme. Non pas un regard de coordinateur, mais plutôt d’émancipateur.

Battements cardiaques, chocs souterrains, surabondances hypnotiques, insectes grignoteurs, galops et machineries, stridences et concerts de klaxons, autant de matières et de sensations se répétant en une transe jamais achevée, toujours renouvelable. Soit l’art de rendre ludique (on sent qu’ils ont pris plaisir à l’expérience) ce qui, à priori, ne paraissait pas l’être de prime abord.


culturgest

Luis Lopes, Jean-Luc Guionnet : Live at Culturgest
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 2011. Edition : 2015
CD : 01/Part I  02/Part II
Luc Bouquet © Le son du grisli


 fuséesThomas Bonvallet, Jean-Luc Guionnet : Fusées
BeCoq Records / Gaffer Records
Enregistrement : 2014. Edition : 2016
CD / 12’’ : 01-06/ Fusées
Luc Bouquet © Le son du grisli 

18 mars 2016

Eva-Maria Houben Expéditives

eva-maria houben le son du grisli

Les disques défilent et parfois le temps avec. L’emportent même, d’autant que l’écoute peut ne pas suffire à saisir ce qu’il se joue de beau dans un disque, et puis dans un disque supplémentaire ; dans une expression abstraite, puis dans une expression abstraite supplémentaire. L’ « expéditive » est là pour réparer le manque, voire la faute…

diafani

Eva-Maria Houben : 6 Sonaten für Klavier (Diafani, 2013)
Pour ces 6 Sonaten für Klavier, Eva-Maria Houben est seule au piano. Si la veine est classique, la partition révèle des accords à distance, une marche funèbre volontaire, une berceuse continentale ou des exercices plus lâches où main gauche et main droite rivalisent dans l’ombre. Au piano, c’est un art de l’épanouissement tenté par le silence mais aussi hanté par, dit-on, la « grande musique ».

diafaniEva-Maria Houben : Chords (Diafani, 2013)
Le titre du disque promettait une suite d’accords, et c’en sont de longs qu’Houben dispose à distance, derrière un orgue cette fois. Quand ils tremblent, ils peuvent évoquer les notes en perdition de Feldman ; mais, au gré des minutes, et malgré les silences, ils se font plus insistants : la cohésion de l’accord l’emporte à la fin. En négatif, Chords donnera l'indispensable Unda Maris...

diafaniEva-Maria Houben : Unda Maris (Diafani, 2013)
... Un bourdon (orgue) enfoui au plus profond des graves entame Unda Maris, qu'Eva-Maria Houben développera autant en l’amenuisant qu’en le gonflant avec force. Les distances entre deux attaques se réduisent, et leur profusion scinde la note tenue en deux parties distinctes : quand l’une tremble, l’autre menace encore. Indispensable, était-il écrit.



diafaniEva-Maria Houben : Yosemite (Diafani, 2013)
Composition pour ensemble datée de 2007, Yosemite commande surtout aux instruments à vent de longues notes à arranger par couches. Jouant avec les harmoniques, les résistances et de longues plages de silence, Houben transformera de courtes notes en bourdons appelés à disparaître. Comme les reliefs du parc éponyme s’amenuisent à l’horizon.

diafaniEva-Maria Houben, Bileam Kümper : Atmen 1 – Atmen 2 (Diafani, 2013)
En ces deux Atmen, ce sont deux duos que l’on trouve : un orgue et un tuba (Bileam Kümper) qui accordent leurs souffles continus en évoquant de lents mouvements de train dans la nuit ; un orgue et une viole de gambe qui, avec plus de discrétion encore, manœuvrent en musique. Peut-être est-ce l’intention première d’Atmen, qui impressionne et puis stupéfie.

diafaniEva-Maria Houben, Bileam Kümper : Atmen 3 – Atmen 4 (Diafani, 2013)
Avec Kümper encore, deux autres Atmen. Sur lesquelles orgue et tuba commandent à un lot de sirènes de glisser sous votre fenêtre conseils et sifflements (Atmen 3) ou, dans un même élan monochrome, établissent des parallèles dont les harmoniques révèlent à l’auditeur de rares textures instrumentales.

rhizome

Eva-Maria Houben : Field By Memory Inhabited III & IV (Rhizome, 2014)
Eva-Maria Houben et Bileam Kümper, toujours. Mais pas pour rien. Ces deux Field by Memory Inhabited – soit : deux fois un piano contre un violon (alto) – jouent des codes : silences obligatoires et romantisme de bagatelle, notes tenues contre silences mesurés, rumeurs de piano contre archet qui grince voire raye jusqu’à l’instrument ; et puis un orgue qui converse avec un tuba : les instruments ont changé, mais l’air est le même : silences obligatoires, etc.

houben wandelweiser

Eva-Maria Houben : Aus den fliegenden blättern eines fahrenden waldhornisten (Edition Wandelweiser, 2015)
Derrière Aus den fliegenden…, trouver huit pièces datant de 2013, interprétées en 2015 par Wilfried Krüger au cor d’harmonie. D'autres silences, bien sûr, mais surtout des notes tenues et la voix qui parfois perce l’instrument : à force, celle-ci arrange sur ces chansons lentes et à la dérive des airs liturgiques tentés par le doute. C’est là un classique qui sait son contemporain et que la foi a déserté : assez pour aller l’entendre.

18 mars 2016

Machinefabriek, Subterraneanact : Persistent Objects (Opa Loka, 2016)

machinefabriek subterraneanact persistent objects

Bien décidé à rattraper mon retard (voir chronique du 10 mars) avant 2026, j’enquille : aujourd’hui, c’est Persistent Objects que Rutger Zuyderveit (aka Machinefabriek = objets, electronics) a enregistré avec Henk Bakker (aka Subterraneanact = clarinette basse, electronics).

Au début, la clarinette c’est presque du didgeridoo, un didgeridoo qui souffle sur des petits oiseaux enregistrés, mais tout ça ne dure pas. Parce que les electronics ne mettent pas longtemps à crisser. Mais pas au point non plus de faire s’envoler les oiseaux mais quand même de retourner le jeu de clarinette. Bakker entame donc un solo, un solo long, un solo long au loin… Et l’on dirait que c’est à ce solo que Zuyderveit réagit, souvent lentement et avec un amour pour le son travaillé (réverbérations, larsens, décélérations… sont de la partie).

Mais parfois, il semble ne pas réagir, et laisse la clarinette seule (alors, en conséquence, elle est moins loin). Au fur et à mesure, Bakker et Zuyderveit trouvent un équilibre entre petites expérimentations (parfois longuettes) et ambient ultra sensorielle. Déjà pas mal…



persistent objects

Subterraneanact, Machinefabriek : Persistent Objects
Opa Loka
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Null 02/ Ripticl 03/ Spoore 04/ Kayos 05/ Fixiate 06/ Persistent Object 07/ Timecode 08/ Poly2 09/ Inc.Inc. 10/ Jolt 11/ And Beyond
Pierre Cécile © Le son du grisli

28 février 2016

Mural : Tempo (Sofa, 2015)

mural tempo

S’il aura fallu trois disques à Mural pour documenter leur troisième apparition à la Rothko Chapel – on se souvient de ce récent Live –, c’est que celle-ci dura quatre heures. Le 27 avril 2013, Jim Denley, Kim Myhr et Ingar Zach invitèrent le public à aller et venir, voire à disparaître, en musique.

S’il ne dit rien de la première heure, cet enregistrement donne à entendre les trois autres comme elles se sont succédées. A la seconde, l’ivresse gagne déjà quand la cithare se lève après avoir longtemps cherché comment tenir sur les graves plateaux que remuent lentement les instruments à vent et la gran cassa. La musique tourne, mais parfois le silence la subjugue : après chaque arrêt, frottements, premiers souffles et frémissements doivent repartir de zéro.

Les musiciens peuvent alors choisir de se désolidariser : maintenant à la guitare, Myhr insiste quand, à la flûte, Denley peut éclater : la musique n’est plus atmosphérique, trois individualités s’y expriment avant de retourner à la rengaine commune. On y verra l’effet du bel art de Zach qui, au son de cymbales qui grincent et cinglent même, ramène le trio sur le chemin qu’il connaît et refait sans cesse avec bonheur : celui de la flâneuse pulsation chromatique.



tempo

Mural : Tempo
Sofa
Enregistrement : 27 avril 2013. Edition : 2015.
3 CD : CD1 : 01/ Second Hour – CD2 : 01/ Third Hour – CD3 : 01/ Fourth Hour
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 février 2016

Sebastian Lexer, Steve Noble : Muddy Ditch (Fataka,2016) / Stefan Keune, Dominic Lash, Steve Noble : Fractions (NoBusiness,2015)

sebastian lexer steve noble muddy ditch

Les deux pièces à trouver sur ce disque ont été enregistrées au même endroit (Café Oto) mais à deux ans et demi d’intervalle. Assez pour que le duo qui les a improvisées, Sebastian Lexer et Steve Noble, modifie son propos.

En 2011, le piano+ de Lexer est certes déjà une machine à sons contrariés, de graves qui rôdent en cordes qui tremblent, et la ponctuation de Noble assez expressive pour les mettre en valeur et même les développer. Un léger tintement, répété, peut ainsi stopper le patient polissage auquel s’adonne un Lexer qui multipliera ensuite les clusters démonstratifs. Mais ce sont les mois qui passent qui changeront véritablement la donne.

Ainsi, en 2014, l’emportement romantique qui parfois gagnait Lexer s’est effacé derrière des plaintes et des chants sortis d’une recherche plus méticuleuse. C’est le silence qui, cette fois, rôde et impose là sa mesure ; en réponse, Noble brusque sa frappe et, étrangement, la soigne dans le même temps. Voilà pourquoi Muddy Ditch est un beau document : il atteste l’évolution d’un duo d’improvisateurs affairé, certes, mais concerné encore par son sujet.


lexer noble

Sebastian Lexer, Steve Noble : Muddy Ditch
Fataka
Enregistrement : 25 octobre 2011 & 18 juin 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ Pool 02/ Loess
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
 

stefan keune dominic lash steve noble fractions

Un saxophone – qui pourra d’abord évoquer le ténor de John Butcher – monte tandis que, déjà, tonne un tambour (c’est encore Steve Noble). L’atmosphère passera pour « remontée » si l’archet de contrebasse (c’est Dominic Lash) ne tempère le jeu du trio. Stefan Keune (John Russell ou Paul Lytton jadis pour partenaire), lui, passe de ténor en sopranino. Son jeu est « rentré », qui rappelle aussi parfois celui de Paul Dunmall, manque peut-être de singularité, mais s’écoute néanmoins avec plaisir.

fractions

Stefan Keune, Domini Lash, Steve Noble : Fractions
NoBusiness
Enregistrement : 26 novembre 2013. Edition : 2015.
LP : A1/ Two Far A2/ Cuts A3/ A Find – B1/ Let’s Not B2/ Mélange
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



moondog lenka lente

2 mars 2016

Ryoko Akama, Cristián Alvear : Hermit (Caduc, 2015) / Greg Stuart, Ryoko Akama : Kotoba Koukan (Lengua de Lava, 2015)

ryoko akama cristian alvear hermit

Spécialement écrite pour Cristián Alvear – la preuve ici : « une pièce que Ryoko Akama a écrite pour moi » –, Hermit dévoile les intérêts d’une jeune compositrice qui, en quelques mois, a beaucoup publié.

A l’intérieur du bel objet Caduc, on peut lire une poignée de mots que l’on devine extraits de la partition ou de ses didascalies : « sound », « decay », « silence », « repeat once or two times», « short », « soft », « long and almost inaudible », etc. Ailleurs, c’est presque une devise : « What I miss most is somewhere between quiet and solitude. What I miss most is stillness ».

L’intention d’Alvear respectera la devise quand les indications de la compositrice orienteront les gestes d’un interprète doué pour la mesure. C’est là une ballade ralentie voire étouffée – encore Cage, encore Feldman ? – jusqu’à ce que le guitariste ait affaire à son propre souvenir (en fait : un écho) : une note tenue qu’une corde pincée calque, une même note jouée sur deux cordes différentes, un silence que la rosace aspire… L’ermite en question était donc double : Cristián Alvear, l’interprète qui agit, et Ryoko Akama, la compositrice dont l’idée court, s’y sont accordés.


hermit

Ryoko Akama, Cristián Alvear : Hermit
Caduc
Edition : 2015.
CD : 01/ Hermit
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

greg stuart ryoko akama kotoba koukan

Avec Greg Stuart – qui, sur le même label, sortait il y a peu Hamess –, Ryoko Akama travaille son goût pour les machines qui respirent, grincent et sifflent, mais ne s’interdisent pas de s’entendre avec un instrument traditionnel (un piano minuscule, par exemple). Mais Kotoba Koukan est plus encore une affaire de drones – L'écoute virtuose nous avait révélé l'intérêt que Ryoko Akama porte à l'oeuvre d'Eliane Radigue –, simples ou doubles, de remuements sur frêles embarcations et d’équilibre finement trouvé : la dernière pièce, Fade In and Out Procedure, est d’ailleurs le plus beau moment de ce jeu de patience.

Kotoba Koukan

Greg Stuart, Ryoko Akama : Kotoba Koukan
Lengua de Lava
Edition : 2015.
CD : 01/ E.A.C.D. 02/ Con.de.structuring 03/ Border Ballad 04/ Fade In and Out Procedure
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

18 février 2016

SQID : SQID (Mikroton, 2015)

sqid sqid mikroton

Les 25 et 26 août 2014 à la frontière austro-hongroise, Attila Faravelli – dans le cadre d’une résidence accordée à SQID dont il fait partie – a enregistré des endroits qu’il a aussi photographiés. Dans le livret qui accompagne ce disque double, on trouve ainsi onze paysages dont on retrouve les sons dans les improvisations qu’il renferme.  

Les artifices qui augmentent les field recordings sont l’œuvre de Faravelli, Angélica Castelló, Burkhard Stangl et Mario de Vega – invité par le groupe, l’artiste mexicain Gudinni Cortina a filmé les travaux et capturé quelques sons. C’est d’abord un tambour qui gronde et, plus encore, atteste une prise de son d’une chaleur rare (Martin Siewert au mastering).

Ce sont ensuite les rumeurs que composent les frôlements de bandes et de cordes de guitare électrique – notons que, lorsque celle-ci disparaît, l’ouvrage est plus commun –, de jouets inquiétants et de parasites nichés en enceintes, de flûte sifflant haut et de signaux d’ampli… qui réinventent quelques bruits « ordinaires » : le chant d’oiseaux de nuit, un défilé des véhicules sur la route, le passage d’un train ou la respiration habituellement insoupçonnée des alentours.

sqid sqid

SQID : SQID
Mikroton / Metamkine
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ IMG_7697 02/ IMG_7750 03/ IMG_7787 04/ IMG_7760 05/ IMG_7796 06/ IMG_7899 07/ IMG_7909 08/ IMG_7757 09/ IMG_7919 10/ IMG_8035 11/ IMG_8127 – CD2 : 01/ IMG_7728 02/ IMG_7923
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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