Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Ryoko Akama, ko Ishikawa, Bruno Duplant : 2 Compositions (Meenna, 2016) / Bruno Duplant : Places & Fields (B Boim, 2016)

ryoko akama 2 compositions

Je ne sais si Ryoko Akama serait d’accord avec moi pour parler (dans la chronique que je suis en train d’écrire alors que je vous parle) de « réductionnisme » à propos des deux compositions qu’elle exécute avec Bruno Duplant (contrebasse, electronics) et Ko Ishikawa (shô). Trop tard, c’est fait.   

Si je serais bien incapable de donner une définition précise de ce terme (un minimalisme aplati ? un indéterminisme paresseux ?), le réductionnisme de Ryoko Akama nous fournit un bel hommage au silence et à la diphonie (pour ne pas avoir osé parler de « la diphonie du silence »). L’électronique livre ses notes comme une bobine son fil, pareil pour la contrebasse (sur A Proposal – Four) et même chose pour le shô (la parenthèse me permet de noter que cet orgue à bouche a un son bien moins agressif que celui du melodica !).

Maintenant, s’il faut parler des deux pistes disctinctement, disons que la première est plus clairsemée et que l’on y entend le tac tac d’un métronome tandis que sur la seconde (I.Take) les instruments se disputent l’espace avec plus de constance. Ce qui ne m’empêchera pas de conclure que nous avons ici affaire à deux faces d’une même esthétique et qu’il est bien agréable de se laisser porter par elle.

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Ryoko Akama, ko Ishikawa, Bruno Duplant : 2 Compositions
Meenna
Edition : 2016.
CD : 01/ A Proposal – Four 02/ I. Take
Pierre Cécile © Le son du grisli

bruno duplant places & fields

Comme hier Radu Malfatti avec Cristián Alvear, Bruno Duplant dédie une de ses compositions à un guitariste qui l’interprètera. Sur Places & Fields, Denis Sorokin accompagne de longues notes permises par l’amplification, qui parfois frisent l’harmonique, et remplit des silences qui parfois lui tiennent tête. Il faudra néanmoins le renfort de grésillements sortis d’un poste de radio et de quelques arpèges pour qu’il parvienne à s’inscrire pleinement par le son. Si Places & Fields n’a peut-être pas la « force » des compositions de Malfatti, elle exprime néanmoins une même intention qui, chez Duplant, se précise.

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Bruno Duplant : Places & Fields
B Boim
Edition : 2016.
CDR : 01/ Places & Fields
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ryoko Akama, Cristián Alvear : Hermit (Caduc, 2015) / Greg Stuart, Ryoko Akama : Kotoba Koukan (Lengua de Lava, 2015)

ryoko akama cristian alvear hermit

Spécialement écrite pour Cristián Alvear – la preuve ici : « une pièce que Ryoko Akama a écrite pour moi » –, Hermit dévoile les intérêts d’une jeune compositrice qui, en quelques mois, a beaucoup publié.

A l’intérieur du bel objet Caduc, on peut lire une poignée de mots que l’on devine extraits de la partition ou de ses didascalies : « sound », « decay », « silence », « repeat once or two times», « short », « soft », « long and almost inaudible », etc. Ailleurs, c’est presque une devise : « What I miss most is somewhere between quiet and solitude. What I miss most is stillness ».

L’intention d’Alvear respectera la devise quand les indications de la compositrice orienteront les gestes d’un interprète doué pour la mesure. C’est là une ballade ralentie voire étouffée – encore Cage, encore Feldman ? – jusqu’à ce que le guitariste ait affaire à son propre souvenir (en fait : un écho) : une note tenue qu’une corde pincée calque, une même note jouée sur deux cordes différentes, un silence que la rosace aspire… L’ermite en question était donc double : Cristián Alvear, l’interprète qui agit, et Ryoko Akama, la compositrice dont l’idée court, s’y sont accordés.


hermit

Ryoko Akama, Cristián Alvear : Hermit
Caduc
Edition : 2015.
CD : 01/ Hermit
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

greg stuart ryoko akama kotoba koukan

Avec Greg Stuart – qui, sur le même label, sortait il y a peu Hamess –, Ryoko Akama travaille son goût pour les machines qui respirent, grincent et sifflent, mais ne s’interdisent pas de s’entendre avec un instrument traditionnel (un piano minuscule, par exemple). Mais Kotoba Koukan est plus encore une affaire de drones – L'écoute virtuose nous avait révélé l'intérêt que Ryoko Akama porte à l'oeuvre d'Eliane Radigue –, simples ou doubles, de remuements sur frêles embarcations et d’équilibre finement trouvé : la dernière pièce, Fade In and Out Procedure, est d’ailleurs le plus beau moment de ce jeu de patience.

Kotoba Koukan

Greg Stuart, Ryoko Akama : Kotoba Koukan
Lengua de Lava
Edition : 2015.
CD : 01/ E.A.C.D. 02/ Con.de.structuring 03/ Border Ballad 04/ Fade In and Out Procedure
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ryoko Akama, Bruno Duplant : Immobilité (Notice, 2015) / Akama, Duplant, Dominic Lash : Next to Nothing (Another Timbre, 2014)

ryoko akima bruno duplant immobilité

C’est un autre duo que celui de Kahn et Olive que Notice consigne aujourd’hui sur une autre cassette : Ryoko Akama (électronique) et Bruno Duplant (orgue, électronique), qui improvisaient dans une pensée commune : « … appearing, disappearing… »

Changés en sons tenus, deux individualités s’approchent, se confondent parfois, se distancent ailleurs : L’immobilité promise (qui, en fait, n’existe pas) étant impossible sur calque. Plus surprenante, la seconde face (Même place) porte une respiration unie à un drone dont l’intensité varie. Comme le battement d’un cœur suspendu au rythme d’une machine, que Ryoko Akama et Bruno Duplant assistent avec précaution.



Ryoko Akama, Bruno Duplant : Immobilité (Notice Recordings)
Edition : 2015.
Cassette : A/ L’immobilité n’existe pas B/ Même place
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

ryoko akama bruno duplant dominic lash next to nothing

Si les quatre pièces qui forment Next to Nothing sont d’auteurs différents (Ryoko Akama, Bruno Duplant et Dominic Lash), on imagine qu’elles ont été pensées pour être jouées ensemble, l’une à la suite de l’autre. D’autres notes y disparaissent après s’y être accrochées et même avoir espéré durer sous l’effet d’une stabilité discrète ; mais sur les compositions de Ryoko Akama, les instruments cessent de jouer de fausses ressemblances : ils arrangent alors des éléments sonores disparates autrement expressifs.



Ryoko Akama, Bruno Duplant, Dominic Lash : Next to Nothing (Another Timbre)
Edition : 2014.
CD : 01/ A Field, Next to Nothink 02/ Grade Two 03/ Three Players, Not Together 04/ Grade Two Extended
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michael Pisaro : Melody, Silence (Potlatch, 2015) / Cristián Alvear : Quatre pièces pour guitare... (Rhizome.S, 2015)

michael pisaro cristian alvear melody silence

Quelque part dans « la surface égarée d’un désert », pour citer René Char : voilà où le guitariste Cristián Alvear a pris l’habitude de glaner ses partitions. Hier, signées Antoine Beuger (24 petits préludes pour la guitare) ; cette fois, que Michael Pisaro paraphe. Est-ce un refuge qu’Alvear a trouvé en Wandelweiser ?

Si Robert Johnson (pour ne citer que celui-là) n’avait pas existé, le guitariste (comme tant d’autres musiciens) donnerait-il dans l’abstraction et le silence, dans la note rare et suspendue ? Au contraire, chercherait-il l’accord parfait ou le détail révélé sous les effets du médiator qui fait d’une simple chanson un hymne irrésistible ? C’est-à-dire ce à quoi Michael Pisaro – « Melody, Silence is a collection of materials for solo guitarist written in 2011 » – a tourné le dos.

Les préoccupations du compositeur sont en effet autres (antienne reléguée, distance mélodique, fière indécision…), qui vont à merveille au guitariste classique. Cordes pincées et feedbacks valant bourdons, dissonances et « sonances » : autant de choses que le silence et la guitare se disputent, sur les recommandations de Pisaro (douze fragments à interpréter, voire à renverser, librement). Or, c’est la guitare qui l’emporte : à fils et non plus à cordes, elle avale les soupirs et les change en morceaux d’un horizon de trois-quarts d’heure. Aussi intelligent soit-il, l’art de Pisaro requérait un instrumentiste expert : et c'est Cristián Alvear qui a permis à Melody, Silence d’exister vraiment.

Michael Pisaro, Cristián Alvear : Melody, Silence (Potlatch)
Enregistrement : 1er juillet 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Melody, Silence (for Solo Guitar)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

cristian alvear quatre pièces pour guitare et ondes sinusoïdales

A la guitare (classique, certes, mais amplifiée quand même), Alvear ajoute, pour l’occasion (interprétations de pièces signée Alvin Lucier, Ryoko Akama, Bruno Duplant et Santiago Astaburuaga) les ondes sinusoïdales. Sur un « bourdon Lucier », une note unique de guitare dérive et défausse, que la seconde plage multipliera et la troisième imposera enfin. Pour clore ce précis d’électroacoustique contemporain, Alvear interroge sa guitare (et non ses ondes) au point de la renier. Là où les bourdons n’avaient pas suffi, son approche parfait les effets d’intelligentes combinaisons opposant guitare et ondes et accouche d’une autre façon de faire impression.

Cristián Alvear Montecino : Quatre Pièces Pour Guitare & Ondes Sinusoïdales (Rhizome.S)
Edition : 2015.
CDR : 01/ On the Carpet of Leaves Illuminated by the Moon 02/ Line.ar.me 03/ Premières et dernières pensées (avant de s’endormir) 04/ Piezo de escucha III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eliane Radigue : L'écoute virtuose (La Huit, 2012)

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J’ai parfois cette impression de passer mon temps à rêver d’être ailleurs. Et même à rêver d’avoir été ailleurs à tel moment donné. Hier encore, j’aurais voulu avoir été à Londres en juin 2011, lorsque le Spitalfields Summer Music Festival rendit l'hommage à Eliane Radigue qu’a filmé Anais Prosaïc. Mon envie et ma volonté n’y peuvent rien, il n’est pas d’autre retour en arrière possible que celui que me propose ce film. Mais il a de quoi me consoler quand même.

Parce qu’il revient vite mais bien sur la « carrière » de la dame des drones : malicieuse, elle-même nous parle de la reprise de ses activités musicales après son divorce d’avec Arman en 1967, de son travail avec Pierre Henry et Pierre Schaeffer, de ses expériences avec les synthétiseurs, de sa musique qui « ne pardonne pas qu’on ne l’écoute pas » (pied de nez peut-être à l’ambient avec laquelle certains la confondent ?), de son chat-assistant…, quand ce n’est pas Emmanuel Holterbach qui nous éclaire avec intelligence sur son corpus. Et aussi parce que le film la laisse nous entretenir d’aujourd’hui, de ses rencontres avec les musiciens qui la sollicitent et de la transmission orale d’une musique « impossible à écrire », dit-elle.

Pour préparer le festival, Eliane Radigue a transmis ses compositions puis a écouté longuement des instrumentistes qui parleront tous face caméra – par ordre d’apparition : Rhodri Davies (qui créa à cette occasion Occami), Kasper T. Toeplitz, Kaffe Matthews, AGF, Ryoko Akama (les trois forment The Lappetites), Carol Robinson, Bruno Martinez et Charles Curtis (les trois interprètent Naldjorlak II pour cors de basset et violoncelle). Les uns après les autres, les musiciens (leurs notes) et Eliane Radigue (ses mots) tissent une ode au « son continu » qui l’envoûte depuis toujours, à ce que Davies appelle lui la « note étendue ». Tous, avec virtuosité, nous disent qu’en juin 2011, nous nous étions surement trompés d’endroit – d’accord, ce n’est pas la première fois, mais où pouvions nous bien être ? Reste à rattraper le temps perdu ailleurs, grâce aux images et plus encore à la musique de L’écoute virtuose.

Anaïs Prosaic : Eliane Radigue. L’écoute virtuose (La Huit / Potemkine)
Enregistrement : juin 2011. Edition : 2012.
DVD : Eliane Radigue. L’écoute virtuose
Héctor Cabrero © le son du grisli

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