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Le son du grisli
7 octobre 2015

Left Exit, Mr K : Featuring Michael Duch & Klaus Holm (Clean Feed, 2015)

left exit mr k featuring michael duch & klaus holm

Karl Hjalmar Nyberg (saxophones) et Andreas Skår Winther (batterie et cordes) ont pris l’habitude d’improviser sous le nom de Left Exit, Mr K. En juin 2014, le duo accueillait Klaus Ellerheusen Holm (saxophone et clarinette) et Michael Francis Duch (contrebasse) afin de mettre en boîte la dizaine de pièces de leur premier disque.

Si, l’un contre l’autre, Nyberg et Winther se cherchent et ainsi se motivent (Uncompromising Squares), leur compagnie les oblige souvent à d’autres intentions : qui commandent aux souffles et aux cordes de lentement se frôler (Aluminium, Between Our Houses) sinon de balancer sur le va-et-vient d’un grave archet de contrebasse (Dumpster Hamster).

A force de lever de légers reliefs sur l’horizon qu’ils se partagent, les quatre musiciens en arrivent – à peu près au mitan de l’enregistrement – à envisager une verticalité autrement inspirante : derrière elle, trouver quelques influences (un air de Malachi sur Free Furniture, No Rugs, d’Evan Parker sur Exit Jakartha). Rassurantes, autant qu’est engageant ce premier essai sur disque.  

Left Exit, Mr. K : Featuring Michael Duch & Klaus Holm (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : juin 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Aluminium (And Other Sources of Health) 02/ Dumpster Hamster 03/ Waves, Linens and White Light 04/ Between Our Houses 05/ Incompromising Squares 06/ Chalk (Inquiry) 07/ Free Furniture, No Rugs 08/ Inferior Interior 09/ Cigarettes and Pay-per-View 10/ Exit Kakartha
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

17 septembre 2015

Luiz Moretto Quintet : Vampyroteuthis Infernalis (Slam, 2015)

luiz moretto quintet

Faire parler la dissonance puis la taire. Faire crisser les tympans. Déambuler. Ne pas taire les chauds solos de saxophone ténor. Tourner autour des tempos sans jamais les contraindre. Faire du violon un être volage et infectieux. Penser à Roland Kirk. Laisser soprano et batterie gambader comme bon leur semble. Danser autour des décalages, les choyer. Trop ? Ne rien bousculer mais improviser sans béquilles. Agacer l’harmonie, lui donner porte de sortie. Et ne pas oublier que le jazz, parfois, bouge encore. Ici, la juste preuve.

Voici, en résumé, quelques-unes des petites choses proposées par le Luiz Moretto Quintet (L.M : violon, Alípio C. Neto : saxophones, Francesco Lo Cascio : vibraphone, Gianfranco Tedeschi : contrebasse, Marco Ariano : batterie).

Luiz Moretto Quintet : Vampyroteuthis Infernalis (Slam / Improjazz)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Espiral do tempo 02/ Rio Vermelho do desterro 03/ Rope em fuga 04/ Vampyroteuthis Infernalis 05/ Refracoes geométricas 06/ Photophores 07/ Saturnia 08/ Terras de arroz & açucar
Luc Bouquet © Le son du grisli

10 septembre 2015

Oliver Lake, William Parker : To Roy (Intakt, 2015) / Billy Bang, William Parker : Medicine Buddha (NoBusiness, 2014)

oliver lake william parker to roy

De ces deux musiciens, rarement réunis et se rattrapant aujourd’hui pour évoquer la mémoire de Roy Campbell, on imagine assez bien la rencontre. Et notre imagination, de faire mouche.

Le soyeux ne sera pas de mise. Les arrêtes seront vives, tranchantes, limite raides. L’alto sera acéré et les saillies ne surprendront que les non-initiés. La contrebasse annoncera l’harmonie et n’en dira pas plus. Du moins jusqu’à cette balade (Bisceglia) où tous deux partent en connivence. L’archet sortira de son étui, et les cordes grogneront quelque Afrique proche (Victor Jara), le blues se retrouvera, les phrasés se feront de plus en plus cabossés, la convulsion sera reine. Et Oliver Lake et William Parker, de rêver à leurs futures aventures. Et nous avec.

écoute le son du grisliOliver Lake, William Parker
To Roy (extraits)

Oliver Lake, William Parker : To Roy (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/Variation on a Theme of Marvin Gaye 02/ Check 03/ Is It Alright? 04/ Bisceglia 05/ Flight Plan 06/ Victor Jara 07/ 2 of Us 08/ Bonu 09/ Net Down 10/ Light Over Still Water Paints a Portrait of God 11/ To Roy
Luc Bouquet © Le son du grisli

billy bang william parker medicine buddha

Enregistrés en concert à New York le 8 mai 2009, Billy Bang et William Parker ne donnent pas seulement, comme c’est le cas en ouverture (Medicine Buddha), dans le duo / duel d’archets. Sanza, shakuhashi et n’goni s’imposent en effet comme autant d’instruments commandant le renouvellement des paysages. Un folklore à lamelles et un œcuménisme bon enfant décident alors d'un presque tour du monde que Bang et Parker bouclent avec plus de légèreté qu’ils n’en montrent d'ordinaire, à leurs instruments traditionnels.

Billy Bang, William Parker : Medicine Buddha (NoBusiness)
Enregistrement : 8 mai 2009. Edition : 2014.
CD : 01/ Medicine Buddha 02/ Sky Song 03/ Bronx Aborigines 04/ Eternal Planet (Dedicated to Leroy Jenkins) 05/ Buddha’s Joy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

11 septembre 2015

Masayuki Takayanagi : Three Improvised Variation on a Theme of Qadhafi (Jinya, 2002)

masayuki takayanagi three improvised variations on a theme of qadhafi

Avant Otomo Yoshihide (Guitar Solo, Lonely Woman), qui l’a beaucoup écouté pour avoir été son roadie, le guitariste Masayuki Takayanagi (1932-1991) avait donné sa relecture du plus célèbre titre d’Ornette Coleman (Lonely Woman, 1982). Le jazz, Takayanagi l’avait servi dès les années 1950 avant d’envisager d’autres « directions » en diverses compagnies : New Direction Unit, New Directions for the Arts

Mais c’est en solo, à partir de la fin des années 1960, que Takayanagi s’est montré le plus aventureux, improvisant sur tabletop – souvent augmentée d’un dispositif personnel (pédales, circuits, platine cassette, moteurs, objets…) – sous prétexte d’Action Direct. Celle qui l’inspira sur Three Improvised Variation on a Theme of Qadhafi est à l’origine d’un de ses travaux de studio les plus radicaux.

Une alarme prévient d’ailleurs de la menace que représentent ces trois-quarts d’heure de musique bruitiste. Faite générateur de sons divers, la guitare est aussi un aimant implacable contre lequel chacun d'eux retournera pour s’y agglutiner ; un aspirateur, aussi, capable d’expressions que n’auraient pu imaginer – malgré leur science dans le domaine – ni Pratella ni Russolo. Car la guitare de Takayanagi est une créature qui n’a plus besoin de l’homme pour se faire entendre : l’homme, elle l’a avalé – les cris terribles que le guitariste pousse sur la troisième Variation sont là pour le prouver.

Masayuki Takayanagi : Three Improvised Variation on a Theme of Qadhafi (Jinya)
Enregistrement : 1990. Edition : 2002.
CD : 01/ Variation I 02/ Variation II 03/ Variation III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 septembre 2015

Simon Scott : Insomni (Ash International, 2015)

simon scott insomni

Pas aussi inconnu de moi jusque-là que ce que je pensais, Simon Scott a été le batteur de Slowdive au début des années 90. Il y a moins de temps que ça, il a sorti des disques sous son nom à lui (sur 12k ou Touch par exemple). D’ailleurs : finie la batterie, place à la guitare (folk, claire).

Une sorte de Slowdive instrumental introduit d’ailleurs Insomni, et cette etheral ambient pop avec ses guitares saturant saupoudrées (très légèrement) de voix et de violoncelle est très engageante (écouter ci-dessous). C’est comme un folk joué sous la pluie qui tombe sur des pylônes électriques, ça impressionne forcément. Mais une guitare folk apparaît et la pluie cesse. A à peine un tiers de l’album, Scott perd sa recette et ses accords sous arpèges virent pop folk instrumental dont le fastoche ennuierait plus d’un débutant à l’instrument. Voilà bien de quoi combattre l’insomnie !

Simon Scott : Insomni (Ash International / Touch)
Edition : 2015.
CD : 01/ An Angel from the Sea Kissed Me 02/ Holme Posts 03/ Confusion in Her Eyes 04/ Relapse 05/ Oaks Grow Strong 06/ Ternal 07/ Nettle Bed 08/ Fen Drove 09/ Nember 10/ Far from the Tree 11/ Swanbark
Pierre Cécile © Le son du grisli

12 septembre 2015

Tetuzi Akiyama, Anla Courtis : Naranja Songs (Public Eyesore, 2014)

tetuzi akiyama anla courtis naraja songs

Alors donc quoi un disque de guitares acoustiques, un duel ou bien ? Qui date de 2008 et de Buenos Aires (patrie d’Anla Courtis) c.-à-d. du temps où Tetuzi Akiyama y était. Incroyables, toutes ces coïncidences.

Quatre titres et quatre duos : pincements de cordes / silence (du vent qui joue avec les cordes?), arpèges / & diantre le figer-picking de trop (passons…), cassage de codes (conseil : le petit blues de The Citrico Vibe et ses scoubidous de gimmicks), travaux de ponçage / équarrissage (d’accord c’est de l’intérim mais Springs & Strings, où s’affrontent un pouce et un archet, ça a de quoi vous marquer). Tetuzi Akiyama a donc eu raison de faire tout ce chemin (Los Frets Nómades) pour qu’Anla Courtis le mette au jus (espagnol deuxième langue).

Tetuzi Akiyama, Anla Courtis : Naranja Songs (Public Eyesore)
Enregistrement : septembre 2008. Edition : 2014.
CD : 01/ Mind Mochileros 02/ Springs & Strings 03/ The Citrico Vibe 04/ Los Frets Nómades
Pierre Cécile © Le son du grisli

11 septembre 2015

Myriam Gendron : Not So Deep as a Well (Feeding Tube, 2015)

myriam gendron not so deep as a well

Faut-il voir en Not So Deep as a Well, morceau-titre du premier disque de Myriam Gendron (guitare folk, voix) et seul instrumental sis en « second côté » du vinyle, un aveu caché derrière un bel hommage ? Si c'était le cas, son admiration pour Dorothy Parker laisserait donc Gendron sans voix.

Pour qui ignore Dorothy Parker, elle a été traduite en français – quelques nouvelles de « petite fille riche » mais remontée auxquelles on préférera les Hymnes à la Haine. Qui connaît un peu ses poèmes, saluera la prouesse de Gendron : ainsi croirait-on les textes écrits pour elle tant ses arpèges de guitare claire (dont les modulations rappellent ici ou là – Ballade Of A Great Weariness, Recurrence – celles de Leonard Cohen) et sa scansion même les épousent.

Voici donc transformée une courte sélection de poèmes en chansons d’amour inquiet et de renoncement (« Scratch a lover, and find a foe »), de désirs forcément inassouvis… Avec un naturel confondant, voix – antécédent : ni Karen Dalton ni Kath Bloom ni Elizabeth Cotten mais plutôt Nico, certes une Nico originale puisqu’élevée au John Fahey et qui aurait le sens du rythme) – et guitare (parfois, un peu de percussions) servent des vérités fragiles au son d’un beau folk à la traîne (Threnody, Solace, Ballade Of A Great Weariness) ou d’une pop dépouillée qui rappellera d'anciennes gentillesses K Records (The False Friends, The Last Question). Or, quelle que soit la forme que Gendron impose à ses chansons, celles-ci attestent chez elle un grand art de la lecture. 

Myriam Gendron : Not So Deep as a Well (Feeding Tube)
Edition : 2015.
LP / CD : 01/ Threnody 02/ Solace 03/ The False Friends 04/ Ballade of A Great Weariness 05/ Recurrence 06/ The Red Dress 07/ The Last Question 08/ Not So Deep as a Well 09/ Song of Perfect Propriety
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 mars 2015

LDP 2015 : Carnet de route #4

ldp 2015 26 mars Karlsruhe

En Allemagne, désormais : Karlsruhe, pour être précis, d'où Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips nous adressent la quatrième impression de leur carnet de route.

b

26 mars, Karlsruhe, Allemagne
Jazzclub Karlsruhe e.V. im Zentrum für Kunst und Medientechnologie, ZKM_Kubus

Black Bat flew into the space and swirled round and around. Cawing, brawling, in his silent way. No mind, you all.
Kubus - Over-write. A new layer of paint on top of the old. Like when you change the lino on an old kitchen floor.    
Why we re-struct,
again the question to rephrase,
leaving the spaces between to define themselves,
their ears & bones to contemplate.

Does everything come next?     
Kubus -  In isolation a breath is yet a wind.
B.Ph.

Das ZKM | Zentrum für Kunst und Medientechnologie ist eine weltweit einzigartige Kulturinstitution, denn es ist ein Ort, der die originären Aufgaben des Museums erweitert. Es ist ein Haus aller Medien und Gattungen, ein Haus sowohl der raumbasierten Künste wie Malerei, Fotografie und Skulptur als auch der zeitbasierten Künste wie Film, Video, Medienkunst, Musik, Tanz, Theater und Performance. Als Museum wurde das ZKM 1989 gegründet mit der Mission, die klassischen Künste ins digitale Zeitalter fortzuschreiben. Deshalb wird es gelegentlich auch das »elektronische bzw. digitale Bauhaus« genannt – ein Ausdruck, der auf Heinrich Klotz zurückgeführt wird. Darüber hinaus beherbergt das ZKM aber auch Institute und Labors, in denen wissenschaftlich geforscht, entwickelt und produziert wird. Neben dem klassischen Leitgedanken des Museums, dafür zu sorgen, dass Kunstwerke nicht verschwinden, hat das ZKM auch die Aufgabe übernommen, die Bedingungen dafür zu schaffen, dass Kunstwerke entstehen – zum einen durch GastkünstlerInnen, zum anderen durch die MitarbeiterInnen des Hauses. Deswegen heißt es Zentrum und nicht Museum.
Heute Abend auf Einladung des Jazzclub Karlsruhe e.V. im Studio Saal des ZKM Konzert Leimgruber_Demierre_Phillips. Haarmonie 255/101/305/407. Quadratisch. Praktisch. Gut. Mitschnitt SWR2.
U.L.

Yamaha, S6, 5515776. S'agit-il une nouvelle fois du syndrome de la müde Saite (lire 21 Mars, Sion) ? Malgré l'excellence du niveau de qualité apporté à chaque composant et le savoir-faire des artisans de l'atelier de fabrication Yamaha - dixit l'entreprise japonaise fondée par Torakusu Yamaha à Hamamatsu - la corde de mi bémol grave du Yamaha S6 joué ce soir s'est rompue brusquement peu avant la fin de la première partie. Cet incident n'a pas échappé au technicien du ZKM_Kubus, qui a profité de la pause pour récupérer discrètement la corde endommagée. Ne jetez jamais une corde de piano cassée ! Particulièrement les cordes de basse filées, qui sont commandées sur mesure, les anciennes cordes servant de modèle au fileur de cordes. Confus de la rupture de ce fil métallique sous tension - même si mettre la facture instrumentale à l'épreuve du matériau sonore est une partie essentielle de mon activité de pianiste improvisateur -, je suis rassuré par les paroles de l'organisateur: « ce n'est pas la première fois… ce piano est souvent utilisé pour la musique contemporaine… », il ajoute à ce dernier mot un mouvement du menton qu'il juge suffisamment explicite pour ne pas le commenter davantage. Qu'aurait compris Pierre Boulez de ce geste mandibulaire, lui qui aujourd'hui 26 mars célèbre précisément ses nonante ans ? Qu'aurait compris ce même Pierre Boulez, un des plus grands compositeurs et chef d'orchestre du siècle passé, de cette rupture de corde, lui qui est passé largement à côté de la musique improvisée tout au long de sa carrière exceptionnelle ? Questions sans réponse et surtout histoire d'une non-rencontre entre une musique improvisée non idiomatique et un compositeur qui a pensé la musique comme peu l'ont fait, mais dont la pensée elle-même semble l'avoir tenu à l'écart de cette expérience sonore essentielle.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

13 juin 2015

Bobby Bradford, John Carter : NO U-TURN (Dark Tree, 2015)

bobby bradford john carter no u turn 1975

D’une formation documentée ici pour la première fois, on espère d’autres traces tant ces soixante-dix minutes paraissent courtes. Bobby Bradford et John Carter ont, dans leur coin, poussé le bouchon du free assez loin. Que presque personne ne se soit passionné pour leur musique rend triste, limite amer. Mais les musiciens discrets savent le rester et les oreilles avisées savent les entendre. Inaugurant une série Roots Series, le label Dark Tree a déniché LA pépite.

Bobby Bradford vise les hautes cimes, celles déjà atteintes une quinzaine d’années plus tôt aux côtés du grand Ornette C. Alléger les tempos, décoincer les harmonies, Bradford le fait magnifiquement. John Carter gagne les hauts plateaux sans effort. On retrouve ses suspensions giuffriennes à la clarinette – passions texanes jamais prises en défaut – et on le découvre proche des transes coltraniennes au soprano.

Roberto Miranda et Stanley Carter sont contrebassistes : ils n’ont appris qu’à se rejoindre, qu’à entretenir leurs emportements. Quant à William Jeffrey, sa batterie est foisonnante, jamais envahissante, jamais narcissique. Et d’une présence rare. Cela se passait le 17 novembre 1975 à Pasadena. C’était hier, c’est aujourd’hui.

Bobby Bradford & John Carter Quintet : NO U-TURN. Live in Pasadena, 1975 (Dark Tree / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1975. Edition : 2015.
CD : 01/ Love’s Dream 02/ She 03/ Comin’ On 04/ Come Softly 05/ Circle
Luc Bouquet © Le son du grisli

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2 mai 2015

LDP 2015 : Carnet de route #9

ldp 30 avril 2015

Sárvár, ouest de la Hongrie : notre LDP Trio se rapprocherait-il (dangereusement ?) de la frontière autrichienne ? Et si oui, dans quel but ? Serait-ce pour poser à propos du public la question qui en effet interroge : en concert, écouter ou filmer ? Sinon, pour s'exclamer : « encore un Yamaha ! »

30 avril, Sárvár, Hongrie
Nadasdy Ferenc Muzeum

Concert in the museum in the old castle, well, not soooo old. Highly decorated large room, probably for receptions in the olden days, good acoustics, about 30 people, mostly old but a few 40's or under. And a situation that is maybe becoming  uncomfortable. In this country, which is basically still a 2 wheel suitcase one, the internet + instant life + affordable rather high-tech gear is making for a particular situation for us, the live performer. Last night was like a film shoot, or photo session, with a live public. It seemed like the majority of the people were there to film, not to listen to the music. And they take the liberty to move around the hall, get a better position, stand in front of their fellows (maybe not on purpose). It put me into a place that is not so comfortable, that I am going to be on Youtube or Facebook or somewhere else public that I didn't chose to be in/on probably before the concert is even over. So, I carry on. Twirl the bass in the air. Stand on my head. Speak in tongues. Still improvising mind you. I think that I have to consider joining the ranks of the difficult, the KJ's of the stage, and forbid filming and photographing during the concert. We could hold a photo session before we begin playing, make all kinds of grimaces and other body language moves that the Facebookers can catch.   
In the meantime Black Bat was flying all over the room, pooping here and there.
B.Ph.

Heute spielen wir im Nadasdy Ferenc Museum in Sarvar. Der Konzertraum besteht aus einem altertümlichen Saal aus dem 18. Jahrhundert mit mittelalterlichen Wandgemälden aus der Barock Zeit. Der überakustische Raum bietet eine ausgesprochen transparente Akustik. Einige der Zuhörer kommen offensichtlich nicht nur um zu hören. Sie fotografieren und filmen Teile des Konzerts. Höchstwahrscheinlich sind auf dem Internet bald Spuren dieser Momentaufnahmen zu sehen und zu hören. So können heute live Aufführungen über Internet Streams dokumentiert und öffentlich zugängig gemacht werden. Musik ist und bleibt jedoch ein einmaliges live Erlebnis. An diesem Abend hatte ein vornehmlich älteres Publikum den Zugang die gespielte Musik direkt zu erleben. Die Reaktionen waren enthusiastisch. Die Leute waren berührt und begeistert. Danach hielt in Sarvar  wieder die Stille Einzug.
U.L.

Encore un Yamaha dans la grande salle du château Nadasdy. Un C7, no 1863365, qui, bien que localisé à Sarvar, appartient à l'opéra de Budapest. De belles basses, rondes, à la fois profondes et claires, qui se marient étonnamment avec l'acoustique très réverbérante du lieu. L'accordeur y est peut-être pour quelque chose : les meilleurs accordeurs sont ceux qui n'accordent pas le piano en tant que tel, mais ceux qui l'accordent avec la salle, travaillant sur la rencontre entre les propriétés acoustiques de l'espace et le son du piano. A mes mots élogieux sur les graves de l'instrument, l'organisateur sourit et me dit les commentaires critiques d'un célèbre pianiste de jazz hongrois qui jugea ce piano déséquilibré précisément à cause de l'ampleur de ses sons graves. Ce « déséquilibre » pointé par d'autres est précisément ce qui m'a plu et attiré chez cet instrument. J'ai aimé son hétérogénéité sonore, profitant au maximum de chaque différence. Un « bon » piano est habituellement d'une homogénéité presque terrifiante. Cette homogénéité, associée au tempérament égal a permis la création d'oeuvres musicales qui ont marqué l'histoire, mais l'écoute a changé. La technologie de l'enregistrement, des artistes comme Luigi Russolo, plus tard John Cage, ont remis profondément en question notre rapport aux sons. C'est pour cela que jouer le piano aujourd'hui, quelque soit le piano, ce n'est pas seulement jouer un instrument, c'est pénétrer un espace, avec ses pavés bien alignés, mais aussi avec sa face cachée, ses zones de non-droit, ses herbes folles et proliférantes.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre.

21 mai 2015

Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Primary Envelopment (Creative Sources, 2014)

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En sous-sol il y a avait l’atelier de mon grand-père. En semi sous-sol, pour être exact. De petites ouvertures donnaient sur l’extérieur où je guettais souvent les chevilles d’une inconnue qui n’était pas toi. Dans cette odeur d’acier et de graisse que m’ont ramenée les quatre outils (un par musicien, j'imagine : Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues et Nuno Torres) dessinés sur la couverture de Primary Envelopment.

J’essaye de me figurer à quoi peut ressembler l’atelier aujourd’hui. Je ferme les yeux. Je laisse une guitare électrique, un saxophone alto, un violon et des objets amplifiés le faire sonner. Les établis tournent à plein régime. Les hommes y percent, y liment, y vissent, y frisent… Tout est bon pour modifier leurs instruments et le son de leurs instruments bien entendu. Ils font aussi parfois des pauses pour faire le point sur l'avancée de leur travail. A voix basse.

Par les petites fenêtres, le vent s’engouffre, soulève un peu de poussière de bois, de métal et de cordes, qui s’envole en tourbillon. C’est la fin de l’improvisation enregistrée il y a un an maintenant à Madrid. C’est-à-dire à quelques kilomètres de l’atelier de l’ancêtre. Je ne sais pas à quoi il peut ressembler aujourd’hui. Mais je sais maintenant qu’il sonne encore.

Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Primary Envelopment (Creative Sources)
Enregistrement : avril et juin 2014. Edition : 2014.
CD : 01-05/ I-V
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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26 mars 2015

Charles Hayward, Kawabata Makoto, Guy Segers : Uneven Eleven (Sub Rosa, 2015)

charles hayward kawabata makoto guy segers uneven eleven

Je n’ai que rarement eu l’occasion d’entendre Makoto Kawabata sans ses Acid Mothers Temple (même dedans d’ailleurs, il faut savoir le débusquer) et cette captation de concert au Café Oto l'année dernière a mis un terme à cet étrange phénomène. Avec le guitariste japonais, il y avait le bassiste belgo-électrique Guy Segers et le batteur Charles This Heat  Hayward.

L’atmosphère du concert est bon enfant, le public est proche & enthousiaste. Il n’en faut pas plus aux trois hommes pour improviser un rock que l’on qualifiera, selon les plages, de « blues », « prog », « tribal , « no wave » ou même « funk ». Si ce n’était que ça, ce ne serait pas grand-chose, un concert de plus de loops de basse, de guitar solos et de costaude batterie, des improvisations assez pépères (malgré tout le respect que je dois aux musiciens)…

Mais (car il y a un mais) c’était sans compter sur le message des premières secondes du concert : c’est indubitable, il y a quelque chose dans l’air que les déclinaisons fastoches et les tissages rock-cliché ne peuvent réduire en miettes. Et bing, c’est Excavation, une perle dyonisiaque de treize minutes, & plus loin Hologram, une piste de noisy tirée à quatre épingle, qui nous forcent à l’admettre : dans ou hors d’AMT, on doit toujours faire confiance à Makoto Kawabata.

Charles Hayward, Kawabata Makoto, Guy Segers : Uneven Eleven : Live at Café Oto (Sub Rosa)
Enregistrement : 24 mai 2013. Edition : 2015.
2 CD / LP : CD1 : 01/ Dislocation 7 03/ Combustible Comestible 03/ Benevolent with Hybrid Shoes 04/ Excavation 05/ Dune 11 – CD2 : 01/ Slow Sweep 02/ Javelin 03/ Irrigation 04/ Hologram 05/ Global Anaesthesists
Pierre Cécile © Le son du grisli

cd

27 octobre 2014

Thurston Moore : The Best Day (Matador, 2014)

thurston moore the best day

Thurston Moore, c’est un peu le copain de longue date (envers qui on est redevable) auquel on continue à faire confiance même si, comme lui, on n’a jamais cru aux miracles. Donc on y retourne… Assez décevant avec Chelsea Light Moving (sur scène, en tout cas), le voici de retour à la tête d’un groupe dont sont Steve Shelley et Deb MBV Googe.

Moi qui crois à la femme providentielle, là c’est raté, la bassiste ne peut rien faire pour les huit chansons (ou plutôt huit idées de mélodie) de The Best Day. Comme une démo enregistrée à la va-vite, le CD nous abreuve d’une pop moorienne dont les ingrédients ne changent pas : 3 / 4 accords, arpèges au médiator, unissons voix / guitare, ascensions demi-ton par demi-ton du Mont Intensité (malheureusement jamais atteint), vagues récréations sur ampli… On regrette alors que Thurston Moore ne vieillisse pas, et surtout que sa pop adolescente ne grandisse pas avec nous…



Thurston Moore : The Best Day (Matador)
Edition : 2014.
CD / 2 LP : 01 Speak to the Wild 02/ Forevermore 03/ Tape 04/ The Best Day 05/ Detonation 06/ Vocabularies 07/ Grace Lake 08/ Germs Burn
Pierre Cécile © Le son du grisli

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26 janvier 2015

David Neil Lee : The Battle of the Five Spot. Ornette Coleman and the New York Jazz Field (Wolsak & Wynn, 2014)

david neil lee ornette coleman

C’est la troisième édition du livre que David Neil Lee a consacré à Ornette Coleman. En somme, l’histoire d’une apparition. Celle d’un Texan à New York.

Au Five Spot, pour être précis. A partir de 1956, le club programme des musiciens de jazz parmi lesquels on trouve quelques agitateurs : Cecil Taylor, d’abord, puis Coleman. En novembre 1959, celui-ci emmènera au son d’un saxophone en plastique un quartette (Don Cherry, Charlie Haden, Billy Higgins) qui marquera les esprits. En premier lieu, ceux de musiciens capables d’entendre (ou non) de quoi retourne la nouveauté, mais aussi peintres et poètes de l’École de New York, écrivains Beat… Telle est en partie la foule qui se presse au Five Spot deux semaines durant – aucun enregistrement n’existe de l’événement.

Si le titre fait allusion à une « bataille »,  c’est que les hostilités sont légion – il faut lire les réactions rapportées de Coleman Hawkins, Miles Davis, Milt Jackson ou Max Roach, et cette supposition de Bobby Bradford selon laquelle de nombreux musiciens auraient bien fait disparaître Coleman s’ils l’avaient pu. Hostilités qui permettent à l’auteur de déterminer les « anciennes choses » que remua Coleman et, plus généralement, de considérer le sort souvent réservé à l’avant-garde. Après avoir dressé une rapide histoire du jazz (le discours rappelle celui de Frank Kofksy) et être revenu sur le parcours du saxophoniste, David Neil Lee, en lecteur assidu de Bourdieu, éclaire sa prose d’une réflexion sociologique qui fait de son sujet le point convergent d’un problème générationnel.

Créateur intrépide – ne s’est-il pas soumis au jugement de ses pairs sans avoir pris le soin de leur démontrer qu’il savait le jazz aussi bien qu’eux ? –, c’est Coleman lui-même qui, à force d’éclats, va trancher ce nœud gordien pour installer une façon d’entendre qu’il consignait sur disque une année plus tôt (Something Else !!!!), façon dont David Neil Lee explore et explique avec brio tous les concept-satellites (jazz, avant-garde, club, compétition, critique, révolution, nouveauté…, enfin, consécration).



David Neil Lee : The Battle of the Five Spot. Ornette Coleman and the New York Jazz Field (Wolsak & Wynn)
Réédition : 2014.
Livre (en anglais) : The Battle of the Five Spot. Ornette Coleman and the New York Jazz Field
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

john coltrane luc bouquet lenka lente

11 décembre 2014

Seth Cooke, Dominic Lash : PACT (1000füssler, 2014)

seth cooke dominic lash pact

Leurs collaborations respectives avec Sarah Hugues attestent, chez Dominic Lash (contrebasse) et Seth Cooke (électronique mais aussi effluents et traitement des déchets), un intérêt commun pour les préoccupations du Wandelweiser – le premier ayant d’ailleurs collaboré avec Antoine Beuger quand le second frayait avec Michael Pisaro. Certes, mais ensemble ?

Eh bien, différemment, sur ces deux pièces d’une dizaine de minutes consignées sur mini CD 1000 füssler. Un grésillement électronique y monte d’abord jusqu’à ce qu’un moteur grippé se mette en branle : les cordes lâches d’une contrebasse capable aussi de grincements embrassent l’inquiétude de synthèse, et voici inventé un bestiaire d’abstraction rare.  

Sur la seconde plage, des râles se mesurent en rampant et leur course suit l’allure d’un archet balançant entre deux notes. Louvoyant, mais aussi plus « musical », le duo joue d’une autre manière d’autres grincements et d’autres moteurs (étouffés, ceux-là). A chaque fois, leur duo intéresse et pose la question : au son de quels – ni contrebasse, ni matériel électronique, ni déchets d’aucune sorte – instruments nouvellement inventés ?

Seth Cooke, Dominic Lash : PACT (1000füssler)
Enregistrement : mars 2014. Edition : 2014.
Mini CD-R : 01/ PA 02/ CT
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

time

 

5 janvier 2015

Coppice : Cores/Eruct (Category of Manifestation, 2015)

coppice cores eruct

On  a l’impression qu’il suffit à Noé Cuéllar et Joseph Kramer de mettre des archives bout à bout pour pondre (passez-moi l’expression) un œuf de Coppice. Cores/Eruct, par exemple, a été composé entre 2009 et 2012 et c’est aujourd’hui (sur le propre label du duo, dont c’est la première sortie) qu’il surprend par sa nouveauté. Sa quête de nouveauté, tout du moins.

Car on trouve sur le CD de l’entendu (des drones, des questionnements arty, des expériences électromagnétiques…) et de l’inattendu (des collages à l’ancienne ou quasi, des bruits de lutherie qu’on ne peut même pas imaginer même si l’on sait que le duo manie l’harmonium préparé et la shruti box, des beats saugrenus dans le domaine de l’abstraction…). L’important, pour Cuéllar et Kramer, étant de provoquer des suites d’action/réaction à une seule et unique fin : composer une ambient expé qui élève le bruit mécanique au rang de paysage musical. Que dire d’autre ? Sinon qu’avec While Like Teem or Bloom Comes, 2015 commence bien !

Coppice : Cores/Eruct (Category of Manifestation)
Enregistrement : 2009-2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Bluing 02/ Son Form 03/ Seam (Kinder) 04/ While Like Teem or Bloom Comes (Tipping) 05/ Blueing
Pierre Cécile © Le son du grisli

DERNIERS EXEMPLAIRES

25 août 2015

Fred Frith, John Butcher : The Natural Order (Northern Spy, 2014)

fred frith john butcher the natural order

« Dansez d'abord. Pensez plus tard. C'est l'ordre naturel des choses. » La suggestion est de Samuel Beckett, que remercient ici « spécialement » Fred Frith et John Butcher, enregistrés en studio le 11 octobre 2009.

Faudra-t-il trouver, derrière chacun des titres donnés à ces dix plages de musique, un message voire une signification ? – That Unforgettable Line de ténor qui, suspendue entre deux notes, ne plie pas sous l’affront répété d’un retour d’ampli ; le Delirium Perhaps d’une pièce de fantaisies défaites et d’instabilités lasses…

Mais « écoutez d’abord » (ou plutôt) : multipliant les franches attaques au médiator, tapissant le haut-parleur avec davantage de retenue ou modelant quelques lignes de basse, Frith démontre une inspiration souvent ravageuse ; sur la somme d’artifices et/ou d’inventions de son partenaire (The Welts, the Squeaks, the Belts, the Shrieks), Butcher, lui, joue les équilibristes. Qui plus est, papillonne avec une désinvolture autrement impressionnante. Voilà bien l’ordre naturel des choses.

Fred Frith, John Butcher : The Natural Order (Northern Spy)
Enregistrement : 11 octobre 2009. Edition : 2014.
CD : 01/ That Unforgettable Line 02/ Delirium Perhaps 03/ Dance First, Think Later 04/ Faults of His Feet 05/ Colors of an Eye Half Seen 06/ Turning Away in Time 07/ The Welts, the Squeaks, the Belts, the Shrieks 08/ Butterflies of Vertigo 09/ Be Again, Be Again 10/ Accommodating the Mess
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

festival météo le son du grisliAu festival Météo cette année, Fred Frith apparaîtra plusieurs fois, et différemment : sur pellicule (projection du documentaire Step Across the Border au Palace le 26 août) et puis deux fois sur scène (en duo avec Lotte Anker le 28 et en quartette l'associant à Barry Guy le 29).

14 septembre 2015

Thanos Chrysakis, Chris Cundy, James O’Sullivan : Asphodels Abide (Aural Terrains, 2014)

thanos chrysakis james o'sullivan chris cundy asphodels abide

Après SYNEUMA, Thanos Chrysakis (synthétiseur, ordinateur et radio) et James O’Sullivan (guitare électrique) ont défié un autre clarinettiste que Jerry Wigens : Chris Cundy, entendu déjà sur quelques références Creative Sources (Structures, Two Plump Daughters).

Sur la couverture, derrière la beauté grise des fumerolles, perce un bleu charron. C’est précisément l’atmosphère qui transpire d’Asphodels Abide. Ainsi l’heure est-elle à l’évaporation, mais une évaporation commandée par de franches mécaniques : guitare battue au niveau de ses micros, électronique de surface et clarinette évasive. Certes, les musiciens tournent parfois en rond – le disque renferme six improvisations –, semblent chercher leur chemin. Mais l’électricité bientôt les récupère, et le temps vire au bleu.

Thanos Chrysakis, Chris Cundy, James O’Sullivan : Asphodels Abide (Aural Terrains)
Enregistrement : novembre 2013. Edition : 2014.
CD : 01-06/ Asphodels Abide
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

3 octobre 2015

Fraufraulein : Extinguishment (Another Timbre, 2015)

fraufraulein extinguishment

Avec l’un ou l’autre de ses partenaires de Delicate Sen, Billy Gomberg ou Richard Kamerman, Anne Guthrie travaille à une musique électroacoustique à la fragilité parlante. Avec le premier, elle forme aussi Fraufraulein, qui fait aujourd’hui œuvre d’Extinguishment.

Elle au cor, lui à la basse électrique, l’un et l’autre à l’électronique et aux enregistrements : Guthrie et Gomberg peuvent décliner leur approche sensible de l’expérimentation. Alors, graves et aigus cherchent un équilibre sur un fil que font trembler field recordings, notes tenues de cor et cordes pincées à peine ; le même cor et les mêmes cordes disent ensuite sous la menace d’une tension grandissante que des expressions retenues savent, aussi bien que de tapageuses, dissimuler des présences, voire de tout caractère ; enfin, un aigu persistant soutient une voix inintelligible qui s’effacera devant les bruits de l’écho qu’elle aura provoqués.

Ce n’est donc pas là un réductionnisme de plus mais plutôt une électroacoustique qui fait de l’éphémère une suite de moments appropriés : où l’expression – dont les codes sont secrets et les significations multiples – se dérobe comme pour mieux marquer les esprits.

Fraufraulein : Extinguishment (Another Timbre)
Enregistrement : juin à septembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Convention of Moss 02/ Whalebone In a Treeless Landscape 03/ My Left Hand, Your Right Hand
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

5 août 2015

Ben Owen : Birds and Water, 2&3 (for cassette) (Winds Measure, 2015)

ben owen birds and water 2 & 3

Que Ben Owen tienne à préciser, après le titre de ces deuxième et troisième Birds and Water, « (for cassette) » est fait pour informer : c’est ici, sur cassette, à la fois la reprise et la relecture d’un disque Observatoire publié en 2011. C’est aussi un ouvrage qui désormais joue avec son propre format…

C’est-à-dire, en première face : une note tenue (d’orgue, de synthétiseur peut-être) sur laquelle Owen verse au fur et à mesure grisailles et brouillages, qu’il interrompt un peu plus loin, ou dont, entre temps, il retourne ou maltraite la bande qu’elle imprimait pourtant. On aura beau vérifier la platine, suspectée de fatigue et potentiellement de danger, le propos rassure, que l’on suppose en guerre ouverte contre ces drones qui, aujourd’hui partout, pullulent.

Le drone anéanti, était-ce alors Birds and Water, 3 qui débutait ? Sur la seconde face, on trouvera la pièce deux fois « éditée » : quatre et dix-sept minutes qui renouent avec le drone, mais un drone grave, voire enfoui, et en conséquence plus discret. Qu’Owen modifie secrètement sa hauteur ou l’imagine sorti d’une boucle de masse, c’est la résistance du bourdon qu’il interroge encore et dont il alterne les effets – plus récemment, c’est en illusionniste qu’il la faisait disparaître sur Birds and Water, 4.

écoute le son du grisliBen Owen
Birds and Water, 3 cs Edit 1

Ben Owen : Birds and Water, 2 & 3 (for cassette) (Winds Measure)
Enregistrement : mai 2010 . Edition : 2011 (Obs). Réédition : 2015.
K7 : A/ Birds and Water, 2-3 – B1/ Birds and Water, 3 cs Edit 1 B2/ Birds and Water, 3 cs Edit 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

7 août 2015

Toy.Bizarre, EMERGE : Split (Attenuation Circuit, 2015)

toy bizarre emerge split

On se souvient que Frédéric Nogray avait utilisé des field recordings de Cédric Peyronnet (alias Toy.Bizarre) sur Vaccabons et Malfactours. Aujourd’hui, c’est au tour d’EMERGE, sur ce split vinyle de l’excellent label Attenuation Circuit.

Mais place d’abord à Peyronnet. Ses enregistrements de terrain, qui datent de 1995 (sortis une première fois sous forme de cassette), sont minés (mine de tungstène de Puy-Les-Vignes, en Haute-Vienne). Fermée dans les années 50, elles semblait attendre qu’on l'explore. Et ce qu’en fait Peyronnet est tout simplement fantastique. On croirait entendre battre un cœur (et parfois même plusieurs) sous des monceaux de gravats quand ce n’est pas une guitare électrique passée à la meuleuse (électrique itou). Spé et spatial.

Quant à EMERGE (nom sous lequel se cache Sascha Stadlmeier), il donne l’impression d’extraire des détails d'archives sonores dans le but de les traiter (bien ou mal). Il les chiffonne ou les fait tourner en boucles ou en fait des modules rythmiques ou des drones fins… le tout en respectant un fil conducteur qui joue beaucoup des silences. Une autre façon de raconter ce lieu abandonné, plus fantasmée, plus intuitive. Moins stupéfiante, mais en tout cas bien différente.

Toy Bizarre, EMERGE : Split (Attenuation Circuit)
Edition : 2015.
LP : A1/ Toy Bizarre : Kdi Dctb 018[a] A2/ Toy Bizarre : Kdi Dctb 018[b] – B/ EMERGE : MSL
Pierre Cécile © Le son du grisli

15 juillet 2015

Roots Magic : Hoodoo Blues (Clean Feed, 2015)

roots magic hoodoo blues

Dénominateur commun des façons de nombre de « jeunes » musiciens  nés aux quatre coins de la planète, l’écoute (et non plus le souvenir) du free jazz des années 1960 et 1970 n’en finit plus de se faire entendre – voire, de réclamer qu’on l’entende encore : ici une fois de plus, là une fois de trop.

Avec Roots Magic – qyartette composé d'Alberto Popolla (clarinettes), Errico DeFabritiis (saxophone alto), GianFranco Tedeschi (contrebasse) et Fabrizio Spera (batterie), parfois augmenté de Luc Venitucci (orgue, melodica, cithare amplifiée) –, c’est l’Italie (et non plus les Etats-Unis, la Scandinavie ou la Pologne) qui verse dans l’hommage à quelques figures choisies : Julius Hemphill, John Carter, Sun Ra, Olu Dara… Sans pour autant (notons-le) « sonner jazz italien »…

Des reprises, donc, qui permettent aux musiciens d’alterner unissons efficients et solos impromptus, plages de climat suspendu ou morceaux de soul rassurants. Certes, on aurait parfois du mal à distinguer quelque identité – voire personnalité – dans ce groupe qui rappelle les premières heures du Vandermark 5 ou les dédicaces de The Thing… Mais le plaisir est là, d’entendre, joliment relues, The Hard Blues ou Dark Was the Night (qui profite de la belle clarinette de Poppolla). Au creux du répertoire, Defabritiis et Tedeschi placent bien deux compositions personnelles, mais celles-ci insistent, toutes « modernes » sont-elles : l’originalité, fut-elle d’une autre époque ?  

Roots Magic : Hodoo Blues (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : printemps 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ The HARD blues 02/ UNITY 03/ The SUNDAY AFTERNOON jazz and blues SOCIETY 04/ Blues for AMIRI B. 05/ DARK was the NIGHT 06/ A CALL for all DEMONS 07/ POOR me 08/ The JOINT is JUMPING 09/ I CAN’T WAIT till I get HOME 10/ The SUNDAY AFTERNOON jazz and blues SOCIETY
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

john coltrane luc bouquet lenka lente

27 juin 2015

Contre-chronique > Les massifs de fleurs : T'es pas drône (CCAM, 2015)

les massifs de fleurs contre-chronique bruno fleurence

C'est, après la réaction de Nobu Stowe à la chronique de Confusion Bleue par Luc Bouquet, la seconde contre-chronique publiée par le son du grisli. A la lecture de T'es pas drône par Pierre Cécile, Bruno Fleurence (CCAM, lieu & label) a réagi à sa manière, dans une veine pastiche qui ne déplaira sans doute pas à notre collaborateur. Musiciens, éditeurs, producteurs, gens du cirque..., adressez-nous vos contre-chroniques à grisli @ lesondugrisli.com.

Pierre Cécile : t'es pas crônikeur...

Ce n’est pas la première (faudrait presque espérer la dernière) chronique de Pierre Cécile, auteur jusqu’alors inconnu malgré un petit livre sur sa passionnante découverte des Sonic Youth à travers Kurt Cobain (si je ne me trompe). Sa chronique sur Les massifs de fleurs est ma première – on sait qu’il ne faut pas pousser Bruno F (mais qui c’est ?). Or c’est pas l’envie qui m’en manquera.

L’article œuvre dans le registre du magistral J’aime / J’aime pas / De toute façon j’aurais pas aimé quand même…
L’article, c’est aussi un chroniqueur de la campagne qui découvre autre chose que Thiéfaine, Didier Super, Arno ou Dick Annegarn.
L’accent du texte est malhabile, il joue sur des jeux de mots « rigolos », vulgaires pastiches de André Manoukian des champs à Thierry Ardisson du cresson (poil au menton !).

Mais bon. Ces exercices de style, si tant est qu’ils en soient, m’ennuient profondément, et je n’arrive même pas à me raccrocher aux vraies références (c’est impossible de toute façon, y’en a pas). Un arrière goût de Télérama et D8 plus que Revue & Corrigée mais bon… Au troisième paragraphe, je n’en puis plus. Mais je ne raccroche pas (déontologie). Tiens qu’est ce que ça veut dire au fait déontologie ? Mais alors que je m’accroche, Pierre Cécile lance un « C’est là que je prend la décision (ferme) d’arrêter de vieillir. »

On y r’viendra dans 10 ans

Les massifs de fleurs : T’es pas drône (CCAM)
Edition : 2015.
CD : 01/ Le progrès 02/ T’es pas drône 03/ On y reviendra 04/ Garde Ca 05/ Cà m’a plu 06/ My Degeneration 07/ Cà se jette 08/ Massifs 09/ Sarcophage
Bruno Fleurence © Le son du grisli

23 juin 2015

Carole Rieussec : L'étonnement Sonore. Objet de pensée sonore en mouvement (Césaré, 2014)

carole rieussec l'étonnement sonore

L’auditeur aura-t-il la volonté de suivre toutes les indications-étapes proposées par Carole Rieussec (Kristoff K. Roll) concernant ce voyage en étonnement sonore* ? Je ne sais. Mais je sais qu’aujourd’hui le chroniqueur s’y est refusé. Comme avec Godard, le chroniqueur demande à y retourner. Et peut-être même d’y replonger, ici-même. A vrai dire, le travail de Carole Rieussec m’évoque les dernières propositions filmiques de l’ermite de Rolle. Est-ce un hasard ? Les œuvres nous questionnent, nous découvrent. Toujours y revenir…

Les signes sont parmi nous et ces signes sont silences, hésitations, profusions et expériences, vibrations, rythmes et mouvements, sensations, témoignages. A travers des voix uniquement féminines, Carole Rieussec interroge, guide, imagine, rend palpable l’impalpable. Puissance de la parole (Lui encore) pour nous dire d’où viennent les sons. Mais où vont-ils ? Promis, j’y reviendrai. Ici, même.

Carole Rieussec : L’étonnement sonore / Objet de pensée sonore en mouvement (Césaré / Metamkine)
Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01/ La mise en abîme 02/ De la parole 03/ C’est la joie ! 04/ Objet de pensée sonore – CD2 : 01/ Séquence 1 02/ Séquence 2 03/ Séquence 3 04/ Séquence 4 05/ Séquence 5 06/ Séquence 6 07/ Séquence 7 08/ Séquence 8
Luc Bouquet © Le son du grisli

* La vidéo ci-dessous correspond à la partition vidéographique de L'étonnement sonore. Le chronomètre symbolise le haut-parleur. Cette partition de la diffusion du son dans l'espace a été réalisée par Carole Rieussec, Johann Maheut et Guillaume Robert en collaboration avec la chorégraphe Clara Cornil. S'il veut en apprendre davantage encore sur le vaste projet qu'est L'étonnement sonore, le son du grisli renverra son lecteur au site qui lui est consacré.

1 juin 2015

Elliott Sharp : Octal Book Three (Clean Feed, 2015)

elliott sharp octal book 3

Capable de lever une armée sonique à l’aide de sa seule guitare huit cordes, Elliott Sharp revient hanter nos enceintes. L’alphabet sharpien se voit ici parfaitement décliné et augmenté de quelques trouvailles transgenre.

Comme toujours chez le guitariste, le zapping se porte large : on superpose les couches – moins qu’en d’autres occasions néanmoins – et on abandonne le tableau assez rapidement pour aller faire roucouler des cordes de rouille et de feu. Pendulaire, mathématique, la métrique de Sharp pousse le rythme à s’accorder en boucles. Mais jamais très longtemps : puisque zapping il y a, zapping pilonnera.

Parfois, au sein de ce buisson ardent, le guitariste tente de remettre un peu d’ordre : un blues s’avance et demande parole… Et échouera lamentablement sur l’autel des sacrifices bruitistes. C’est qu’on ne change pas aussi facilement une formule aux si profonds tapages.

Elliott Sharp : Octal Book Three (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Lacus Gaudii 02/ The Standard Model 03/ Cool School 04/ Koinonono 05/ Congruence 06/ Across the Lines 07/ Chondrite 08/ Mare Marginis 09/ Lyric 10/ Litophile 11/ Slidden
Luc Bouquet © Le son du grisli

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