Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Peter Brötzmann Graphic WorksAu rapport : Rock In Opposition XParution : Du piano-épave de Ross Bolleter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Thurston Moore : The Best Day (Matador, 2014)

thurston moore the best day

Thurston Moore, c’est un peu le copain de longue date (envers qui on est redevable) auquel on continue à faire confiance même si, comme lui, on n’a jamais cru aux miracles. Donc on y retourne… Assez décevant avec Chelsea Light Moving (sur scène, en tout cas), le voici de retour à la tête d’un groupe dont sont Steve Shelley et Deb MBV Googe.

Moi qui crois à la femme providentielle, là c’est raté, la bassiste ne peut rien faire pour les huit chansons (ou plutôt huit idées de mélodie) de The Best Day. Comme une démo enregistrée à la va-vite, le CD nous abreuve d’une pop moorienne dont les ingrédients ne changent pas : 3 / 4 accords, arpèges au médiator, unissons voix / guitare, ascensions demi-ton par demi-ton du Mont Intensité (malheureusement jamais atteint), vagues récréations sur ampli… On regrette alors que Thurston Moore ne vieillisse pas, et surtout que sa pop adolescente ne grandisse pas avec nous…



Thurston Moore : The Best Day (Matador)
Edition : 2014.
CD / 2 LP : 01 Speak to the Wild 02/ Forevermore 03/ Tape 04/ The Best Day 05/ Detonation 06/ Vocabularies 07/ Grace Lake 08/ Germs Burn
Pierre Cécile © Le son du grisli

sonic_youth_souvenir_de_kurt_cobain_de_pierre_cécile

Commentaires [0] - Permalien [#]

David Browne : Sonic Youth (Camion blanc, 2013)

david browne sonic youth goodbye 20th century

Voici désormais traduit Goodbye 20th Century, Sonic Youth and the Rise of Alternative Nation, ouvrage que David Browne écrivit entre 2005 et 2007 sur la foi d’entretiens avec les membres du groupe et de confessions d’anciens associés. Passée l’étrange introduction – qui peut surprendre le lecteur en tâchant de le persuader que Sonic Youth est un nom qui ne lui dit sans doute pas grand-chose – et ignoré le « ton » du livre – badin, qui trouve souvent refuge dans l’anecdote lorsqu’il peine à parler de l’œuvre sonore –, concentrons-nous sur le sujet.

Aux origines, la rencontre, longuement décrite, de Kim Gordon et de Thurston Moore sur fond de projets en devenir, tous estampillés No Wave, et puis un groupe qui, au bout de quelques mois d’existence publie un disque sur Neutral, label de Glenn Branca. En déroulant chronologiquement la longue liste des disques à suivre, Browne retrace les parcours artistique et relationnel (Swans, Nirvana, Julie Cafritz, Neil Young, Jim O’Rourke…), personnel, iconique, économique, d’un groupe hors-catégorie, certes, mais pas à l’abri des contradictions.

Insistant sur l’intelligence de Gordon et sur l’intégrité de Shelley, Browne célèbre l’influence indéniable de Sonic Youth, qui aura rapproché contre-culture et imagerie pop, mais aussi poses arty et petits arrangements avec la culture de masse. En échange, une endurance rare qu’ont aussi servie un souci affiché d’indépendance et un goût certain pour l’expérience – Blue Humans, Free Kitten et Text of Light, cités ici parmi le nombre des projets individuels.

Tout le monde n’ayant pas la chance de signer des monographies de musiciens disparus, David Browne traite son sujet jusqu’en 2007, laissant Gordon et Moore à leurs obligations familiales et aux espoirs qu’ils semblent porter lorsque leur fille passe à la basse. Une fin comme une autre, puisque son livre raconte moins une Histoire de Sonic Youth qu’il ne compile des « chroniques de la vie quotidienne » et ordonne une chronologie impressionnante.  

David Browne : Sonic Youth. Goodbye to the 20th Century (Camion Blanc)
Edition : 2013
Livre : Sonic Youth. Goodbye 20the Century. Traduction : Hervé Landecker.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Disappears : Pre Language (Kranky, 2012)

disappears_pre_language

Parce qu’il faut bien qu’il s’occupe, Steve Shelley donne du fût et de la cymbale dans Disappears, qui sort aujourd’hui Pre Language. Comme on avait déjà pu l’entendre sur Lux et Guider, Disappears est très influencé par… Sonic Youth. Mais pas que.

C’est ce sur quoi insiste Pre Language. Dedans, rien de neuf ni de surprenant, mais un rock accessible, gimmicks et distorsions, en un mot marketing comme en cent : efficace. Pour différencier les morceaux, les intonations changent comme les influences (on entend celles du Velvet, de Joy Division, Pavement, Charlatans, et même parfois Oasis (oui), surtout quand le chant ne se contrôle plus).

De bon ton, mais Disappears sait se faire plus ténébreux : Love Drug (qu’est-ce à dire ?) est ainsi le titre qui fait qu’on peut espérer que le groupe fasse plus original, et donc (encore) mieux, sur son prochain album…

Disappears : Pre Language (Kranky)
01/ Replicate 02/ Pre Language 03/ Hibernation Sickness 04/ Minor Patterns 05/ All Gone White 06/ Joa 07/ Fear of Darkness 08/ Love Drug 09/ Brother Joliene
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sonic Youth : Sonic Youth (Neutral, 1981)

sonicsli

Comme son inaugural, Sonic Youth avait d’abord choisi (c’est Thurston Moore qui le raconte) un simple mi, soit la première corde de la guitare jouée à vide. Trouvant sans doute l’expédiant un peu naïf, le groupe opta finalement pour une solution plus primitive, et plus efficace : un grand coup de cymbales puis un autre puis un autre. Faisant entendre ainsi une radicalité appelée à être immédiatement dépassée par une idée neuve quoique peu probable : le son d’une perceuse jouée comme on jouerait d’une guitare électrique.

The Primal Scream est porté par un rythme qui est presque l’archétype de la No Wave, tempo très élevé, temps marqué sèchement, basse qui fusionne avec la batterie, et une voix qui s’éraille à déclamer un texte tout juste sorti de l’adolescence. Il y a d’ailleurs presque tout Sonic Youth enveloppé dans ce seul titre : la jeunesse (même si celle-ci avec le temps, n’est-ce pas ?), l’inventivité, la radicalité, l’expérimentation totale qu’on sait cependant mettre au service d’une idée directrice.

La suite, on la connaît, mais elle commence ici. Dans cette rage déjà intelligente, qui utilise toutes les ressources de la musique. Comme la dimension ethnique de She Is Not Alone, qui semble tout entier fait pour réaliser la prédiction de Steve Reich : « All music turns out to be ethnic music. » Et aussi : I Don’t Want to Push It. C’est ça : entre l’ethnicité et l’avant-garde. Entre l’énergie à un état presque brut et la pensée la plus raffinée, il y a Sonic Youth. Pas à mi-chemin, mais qui tient les deux ensemble l’un contre l’autre.

Sonic Youth : Sonic Youth (Neutral)
Enregistrement : 1981.Edition : 1982.
CD : 01/ The Burning Spear 02/ I Dreamed I Dream 03/ She is Not Alone 04/ I Don't Want to Push It 05/ The Good and the Bad
Jérôme Orsoni © Le son du grisli

sgsli

Cette chronique est tirée du deuxième hors-série papier du son du grisli, sept guitares. Elle illustre le portrait de Lee Ranaldo.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sonic Youth : Simon Werner a disparu... (SYR, 2010)

SimonGrisliadisparu

Ne pas avoir vu Simon Werner a disparu…, le film (on imagine le french ersatz d’une production Larry Clark vs Gus Van Sant – mais ce n’est qu’une supposition), n’empêche pas qu’on s’intéresse à Simon Werner a disparu…, le disque, puisque Sonic Youth en est l’auteur.

Et cette bande-son, malgré ses « défauts » illustratifs, se laisse écouter. Bien sûr, les ficelles / cordes sont grosses et le groupe fait tourner ses manies (improvisations dissono-suffisantes, gimmicks accrocheurs, accords efficaces, harmoniques et boucles / sur-boucles / sur-sur-boucles, ou encore l’habitude de Steve Shelley de rattraper par le col les improvisateurs trop zélés que sont parfois ses partenaires).

Rien de neuf (peut-être ces traits tirés de Krautrock qui rappellent de temps à autre le son de CAN, et Soundtracks justement) mais rien de mal, sauf peut-être une inquiétude : dans la masse discographique de SY, ce disque pourrait bien disparaître aussi…

Sonic Youth : Simon Werner a disparu (SYR)
Enregistrement : février-mars 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Thème de Jérémie 02/ Alice et Simon 03/ Les anges au piano 04/ Chez Yves (Alice et Clara) 05/ Jean-Baptise à la fenêtre 06/ Thème de Laetitia 07/ Escapades 08/ La cabane au zodiac 09/ Dans les bois / M. Rabier 10/ Jean-Baptiste et Laetitia 11/ Thème de Simon 12/ Au café 13/ Thème d’Alice
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [1] - Permalien [#]

Sonic Youth : The Eternal (Matador, 2009)

youthetersli

En près de trente ans, Sonic Youth, a réussi à installer son identité singulière, imposé sa marque en jouissant d’une honnête liberté d’action sans trop céder aux facilités permises à un groupe qui fait figure d’exemple dans le domaine d’un rock que l’on appelait hier encore indépendant. Sonic Youth n’a pas cédé, n’a pas été dissous pour être plus tard reformé – comme beaucoup d’autres formations jadis excellentes aussi – au son des guitares sous effets de musiciens fatigués par la retraite.

Le souci, maintenant, est justement pour eux de trouver encore à dire : pas forcément autrement, mais encore, même si, comme à chaque fois que paraît un nouvel enregistrement du groupe, ne manqueront pas d’abonder en articles qu’on leur consacrera les termes pourtant bien usés de « jeunesse éternelle », « jouvence » ou « renaissance ». Bref, chaque album à sortir atteste du mieux-être d’un groupe dont personne n’avait pourtant osé douter plus tôt de la forme – de l’âge, à peine. 

Avec The Eternal, les presque mêmes méthodes, et puis la même chanson : Sonic Youth donne là une preuve indubitable d’inspiration – surtout comparée à celle dont peinent à jouir leurs suiveurs de cadets, s’il faut préciser les choses. Pourtant, The Eternal répète ce qu’ont déjà dit chacune des références de sa discographie de ces dix dernières années : de grands titres confortent sa majesté, voire attestent de sa capacité à créer encore (Calming The Snake, Anti-Orgasm), quand d’autres noient l’ensemble sous des mélodies indignes ou factices et les manières quelques fois irritantes de Thurston Moore chanteur (Antenna, Poison Arrow, Thunderclap for Bobby Pyn, No Way). L’histoire du groupe faisant que le fidèle relativisera les écarts dommageables pour se lover au creux de plages sonores qui relèvent de leurs trouvailles des thèmes une fois sur deux trop minces, et The Eternal pourra être qualifié de bon disque : comme tous ceux de Sonic Youth, quels que soient leurs défauts, quelles que soient leurs longueurs.

Sonic Youth : The Eternal (Matador / Beggars)
Edition : 2009.
CD : 01/ Sacred Trickster 02/ Anti-Orgasm 03/ Leaky Lifeboat (For Gregory Corso) 04/ Antenna 05/ What We Know 06/ Calming The Snake 07/ Poison Arrow 08/ Malibu Gas Station 09/ Thunderclap for Bobby Pyn 10/ No Way 11/ Walkin Blue 12/ Massage The History
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Sonic Youth

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sonic Youth, Mats Gustafsson, Merzbow : Andre Sider af Sonic Youth (SYR, 2008)

andresiderafgrisli

Les débuts d'Andre Sider af Sonic Youth mentent évidemment sur les véritables desseins de la rencontre – enregistrée en 2005 au Roskilde Festival – de Sonic Youth, Merzbow et Mats Gustafsson.

Ainsi, la voix de Kim Gordon accompagne des accords de guitares à qui l'on refuse tout effet avant qu'apparaissent les premières agressions électroniques de Merzbow. Les plaintes du saxophone de Gustafsson, ensuite, un peu avant que Steve Shelley ne donne à l'ensemble la forme d'une transe électroacoustique qu'investissent avec virulence quelques sauvages elevés sous buildings. Le reste, de n'être plus que tremblements.

Sonic Youth, Mats Gustafsson, Merzbow : Andre Sider af Sonic Youth (SYR / Differ-ant)
Edition : 2008.
CD : 01/  Andre Sider af Sonic Youth
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sonic Youth: Koncertas Stan Brakhage Prisiminimui (SYR - 2006)

brackgrisli

En hommage au réalisateur Stan Brakhage, Sonic Youth et le percussionniste Tim Barnes improvisaient, le 12 avril 2003, l’accompagnement quasi idéal de la projection d’une sélection d’œuvres cinématographiques exigeantes.

Inaugurée par les répétitions d’un piano jouet, la bande-son tire rapidement parti de la mise en abîme des interventions. Réverbérations et oscillations, guitares peu intrusives, larsens raisonnables, tout est d’abord soumis aux manières du percussionniste. Jusqu’à ce qu’un cadre rythmique légitime apparaisse, et accueille impromptus et habitudes des solistes (guitares rendant leur millionième harmonique). Affable, la première partie aura couru au son d’un rock bruitiste et downtempo, engagé, pour finir, sur la voie d’une marche titubante et charmeuse.

Moins saisissable formellement, la deuxième partie de l’improvisation – la plus courte - mêle les mots rapportés sous saturation par Kim Gordon aux lavis sombres de guitares sous effets divers. L’intervention d’une grosse caisse ferme le dialogue, et fait le pont vers l’ultime tentative de résoudre l’équation interrogeant la composition instantanée et le noir et blanc des images.

Les notes passées à travers filtres tiennent alors la dragée haute aux interventions brutes, qui devront jouer d’une plus grande nervosité pour se faire entendre encore. Aux cordes torturées on ajoute les attaques sourdes et convulsives de la section rythmique avant d’allumer un poste de radio, d’où sortent les voix qui annoncent le moment irrémédiable du chaos. Grave, rien ne l’empêche d’être gonflé encore, sur les encouragements d’une batterie qui enfonce toujours plus profond une musique industrielle et sauvage.

Dernier enregistrement en date autoproduit par Sonic Youth, Koncertas Stan Brakhage Prisiminimui est aussi un tour de force : celui effectué par un groupe qui a mille fois servi la posture improvisée tout en étant capable encore – quelle qu’en soit la cause : présence de Tim Barnes, joie de se plier aux règles d'un exercice particulier ou inspiration faste – d’offrir un peu d’inédit à sa maîtrise consommée.

CD: 01/ - 02/ - 03/ -

Sonic Youth - Koncertas Stan Brakhage Prisiminimui - 2006 - SYR. Distribution Differ-ant.

Commentaires [0] - Permalien [#]

>