Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Lettre ouverte de Joëlle Léandre aux Victoires du jazzle son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Primary Envelopment (Creative Sources, 2014)

ernesto rodrigues wade mathews nuno torres javier pedreira primary envelopment

En sous-sol il y a avait l’atelier de mon grand-père. En semi sous-sol, pour être exact. De petites ouvertures donnaient sur l’extérieur où je guettais souvent les chevilles d’une inconnue qui n’était pas toi. Dans cette odeur d’acier et de graisse que m’ont ramenée les quatre outils (un par musicien, j'imagine : Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues et Nuno Torres) dessinés sur la couverture de Primary Envelopment.

J’essaye de me figurer à quoi peut ressembler l’atelier aujourd’hui. Je ferme les yeux. Je laisse une guitare électrique, un saxophone alto, un violon et des objets amplifiés le faire sonner. Les établis tournent à plein régime. Les hommes y percent, y liment, y vissent, y frisent… Tout est bon pour modifier leurs instruments et le son de leurs instruments bien entendu. Ils font aussi parfois des pauses pour faire le point sur l'avancée de leur travail. A voix basse.

Par les petites fenêtres, le vent s’engouffre, soulève un peu de poussière de bois, de métal et de cordes, qui s’envole en tourbillon. C’est la fin de l’improvisation enregistrée il y a un an maintenant à Madrid. C’est-à-dire à quelques kilomètres de l’atelier de l’ancêtre. Je ne sais pas à quoi il peut ressembler aujourd’hui. Mais je sais maintenant qu’il sonne encore.

Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Primary Envelopment (Creative Sources)
Enregistrement : avril et juin 2014. Edition : 2014.
CD : 01-05/ I-V
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Lerman, Matthews, Raz : Growing Carrots in A Concrete Floor (Aural Terrains, 2013) / Thanos Chrysakis : SYNEUMA (Aural Terrains)

ayelet lerman wade matthews carmel raz growing carrots in a concrete floor

Si l'on veut bien prendre en compte le titre de leur collaboration enregistrée en mars 2012 à Jérusalem, Ayelet Lerman (alto), Carmel Raz (violon) et Wade Matthews (aux ordinateurs) sont de bien curieux jardiniers.

Après avoir semé des orthoptères (sur field recordings), des archets caressant, des vents et de la pluie (toujours sur field recordings) et des graines d'électronique, tout pousse bizarrement. Les formes de leur culture sont nombreuses, par exemple l'improvisation des cordes, qui serait toute classique si Matthews ne jouait pas le rôle de tuteur en les contraignant avec des basses synthétiques. Ailleurs, il communique avec un langage d'homme-monstre et invite ses compagnes à bêcher. A force, ils retournent bien des choses qui font de leur électroacoustique une plantation dont on goûte les coins d'ombre et les jeux de lumière.

Ayelet Lerman, Wade Matthews, Carmel Raz : Growing Carrots in A Concrete Floor (Aural Terrains)
Enregistrement : mars 2012. Edition : 2013.
CD : Growing Carrots in A Concrete Floor
Héctor Cabrero © Le son du grisli

thanos chrysakis, james osullivan, jerry wigens syneuma

Sur son propre Aural Terrains, Thanos Chrysakis a pris l'habitude de publier des paysages sépulcraux. A l'intérieur de son piano et sur chimes ou vibraphone, ceux qu'ils composent sont souvent saisissants. Sur SYNEUMA, enregistré avec James O'Sullivan (guitare électrique) et Jerry Wigens (clarinettes), il passe de valses hésitantes en flottements inspirants au son d'une électroacoustique déjà ingénieuse.

Thanos Chrysakis, James O’Sullivan, Jerry Wigens : SYNEUMA (Aural Terrains)
Edition : 2012.
CD: 01-05/ I-V
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Thanos Chrysakis, Wade Matthews : Numen (Aural Terrains, 2012)

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Si Thanos Chrysakis (laptop & electronics) et Wade Matthews (synthèse digitale & field recordings) se connaissent bien – ils ont déjà donné au label, mais en trio avec Dario Bernal-Villegas, Enantio_Dromia (2008) ou Parállaxis (2010) – leur connivence, ici, ne dévoile que progressivement toute sa force : c'est au fil des six pièces du disque, et à mesure que la pompe est tenue à distance, qu'elle convainc.

Ainsi les tentations planantes, spectaculaires ou solennelles de Chrysakis (carillons & orgues de cristal – tout de même moins pulvérulents que dans Magma, solo publié l'an passé chez Monochrome Vision) trouvent-elles dans les contributions de Matthews un contrepoint concret (voire animalier) bienvenu et souvent poétique. La qualité onirique qui ne semblait pas aller de soi au début se gagne ; les flux et ressacs, électroniques ou organiques, se mêlent comme ces sirènes aux glaçons qui tintent dans le fleuve ; l'oreille accorde et mixe. Toute narration évacuée, l'évocation puis l'abstraction chuintante finissent de brouiller les sources, jusqu'à évanouissement.

EN ECOUTE >>> Numen (extrait)

Thanos Chrysakis, Wade Matthews : Numen (Aural Terrains)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Numen
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Thanos Chrysakis, Wade Matthews, Javier Pedreira : Garnet Skein (Aural Terrains, 2013)

thanos chrysakis wade matthews javier pedreira garnet skein

Garnet Skein est le nom, emprunté à celui du document qu’il archive, d’un des observatoires qui fleurissent au pays que Chrysakis et Matthews explorent ensemble depuis des années. Et ce pays s’invente en fait sous leurs pas, pas sur lesquels le guitariste Javier Pedreira réglait les siens en 2013.

Le matériel du trio consiste en un ordinateur, une radio, des field recordings, des sons de synthèse, des gongs, en plus de la guitare de l’invité. Le paysage n’est peut-être plus le même qu’hier (ENANTIO_ΔΡΟΜΙΑ, Numen, Parállaxis) mais n’est pas non plus totalement différent. La chose que nous remarquons en premier est un ampli au sol. Il pourrait symboliser la recherche de présence, ou la recherche de concret c’est-à-dire de volume, de tous les bruits qui l’environnenet. Le grondement des gongs, deux notes flutées, des voix ou des larsens filtrants. Dans ce monde-là, l’électroacoustique révèle des ombres luminescentes.

écoute le son du grisliThanos Chrysakis, Wade Matthews, Javier Pedreira
Garnet Skein (extrait)

Thanos Chrysakis, Wade Matthews, Javier Pedreira : Garnet Skein (Aural Terrains)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01-06/ I-VI
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Wade Matthews, Alfredo Costa Monteiro : Winter (Copy for Your Records, 2011)

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C’est une autre affaire de field recordings manipulés qui se joue sur Winter. Avec Alfredo Costa Monteiro cette fois, Wade Matthews chercha à Madrid, trois jours durant, un terrain d’entente où pourraient évoluer sans se gêner (voire en faisant preuve d’harmonie) ses sons transformés et les drones et sifflements de son partenaire.

Accidenté, le terrain que le duo trouve n’en est que plus pittoresque : ici, des bruits infinitésimaux y fleurissent sur des tremblements de basse ou de saxophone ; là, des moteurs font avancer des carcasses minuscules sur une ligne droite de laquelle ils déborderont ; ailleurs, un vent glacial se lève et emporte tous parasites ; ailleurs encore, une oscillation estime son envergure sur une rumeur électrique.

Ainsi les souvenirs enregistrés ont été transformés en compositions abstraites aux structures de flocons.  Et en élément discographie indispensable à la discographie de Matthews autant qu’à celle de Monteiro

EN ECOUTE >>> Aconite

Wade Matthews, Alfredo Costa Monteiro : Winter (Copy for Your Records)
Enregistrement : 20-23 janvier 2011. Edition : 2011.  
CD : 01/ Aconite 02/ Crookneck 03/ Flounder 04/ Haven 05/ Savory
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Wade Matthews, Luis Tabuenca : Punto Cero Aragón (Aural Terrains, 2011)

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Punto Cero Aragón raconte à force de field recordings, de percussions et d’un peu d’électronique, l’Aragon dont Luis Tabuenca est originaire. S’il œuvre sous le regard de l’ethnomusicologue Ana Maria Alcaron-Jimenez, le duo que le percussionniste forme ici avec Wade Matthews signe un disque qui perd au gré des secondes de sa substance documentaire.

Après un concert d’aigus, une faune enregistrée se fait entendre. Ce seront ensuite des bavardages, des martèlements d’artisans, des rumeurs aragonaises, qui installeront leur réalité dans un décor d’inserts électroniques et de percussions parallèles. Ainsi l’Aragon peint par Matthews et Tabuenca n’existe pas : mais il est la substance de ces plateaux contrastés aujourd’hui consignés sur disque. Les reliefs de la province changeront désormais au gré de ces constructions expérimentales, morceaux d’ambient ou d’electronica dérangée que le duo a rêvé pour elle.

Wade Matthews, Luis Tabuenca : Punto Cero Aragón (Aural Terrains)
Edition : 2011.
CD : 01/ Punto Cero Aragón
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ernesto Rodrigues, Wade Matthews, Neil Davidson : Erosions (Creative Sources, 2010)

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Le violon d'Ernesto Rodrigues s'exprime de mille et une façons. Prenons cet archet qui patiente ou cette corde pincée. Ou encore ces silences qui chassent à chaque fois la note à laquelle succèdent en l'étouffant de tous leurs charmes.

Mais le violon d'Ernesto Rodrigues est rarement seulement violon. Sur Erosions, ce sont aussi des électro-objets fappés, traînés à terre, ramassés pour être renvoyés plus loin et des fields recordings (le tout inventé en direct par Wade Matthews) et des vibrations d'autres cordes (la guitare de Neil Davidson). Le tout est une somme de sédiments de réel. 

La musique du trio s'exprime en improvisant dans l'agrément (le violon instrument classique abordé bizarrement mais instrument classique pour toujours) et le désagrément (les objets et les field recordings et les cordes tendues). Elle raconte autant de souvenirs-mélodies qu'elle prédit l'avenir d'une musique qui ne sera plus jamais.

Ernesto Rodrigues : Erosions (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01-05/ Erosions
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Wade Matthews : Early Summer (Con-V, 2010)

earlugrisliAu début de l’été 2009, Wade Matthews improvisait à Madrid, deux laptops en mains, des collages de sons captés à San Francisco. Early Summer est donc un disque sur lequel Wade Matthews questionne la distance entre son hier américain et son aujourd'hui madrilène.

Pour autant, on ne trouve pas sur Early Summer des enregistrements concrets, trop concrets. C’est que Wade refaçonne tout ce qu’il sort de ses boîtes avant de le mélanger. De son côté, l’auditeur témoignera avoir entendu passer une nuée d’insectes dans un grand coup de vent, marcher une personne dans la neige, communiquer des oiseaux et des droïdes, assister à une pièce de théâtre dont les personnages sont des percussionnistes jouant du marteau-piqueur. C’est vif et surréaliste en diable. Et c’est aussi diablement exaltant !

Wade Matthews : Early Summer (Con-V)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01-10/ Early Summer, 10 Improvised Sound Collages by Wade Matthews
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Wade Matthews, Stéphane Rives : Arethusa (Another Timbre, 2009)

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Il arrive que d’une belle idée naisse une belle œuvre. C’est le cas ici : l’idée a été de mettre face à face Stéphane Rives (au saxophone soprano) et Wade Matthews (aux fields recordings et electronics). Quant à l’œuvre en question, c’est Arethusa.

Sur Arethusa, le dialogue se passe de mots mais surtout pas de sons inhabituels. A tel point qu’il est difficile de les définir d’une autre manière qu’en utilisant des comparaisons : avec l’atmosphère tranquille d’un coin de Central Java ou la lumière transcrite en notes filtrant jusqu’au plus profond des souterrains. C’est dire que la collaboration de Rives et de Matthews est d’essence naturelle même si l'extrait que l'on trouve ci-dessous me fait mentir. Elle joue avec les matériaux (le bois, notamment), trois des quatre éléments (eau, terre, air) et avec de nombreux silences. Decrescendo : le duo a disparu.


Wade Matthews, Stéphane Rives, Arethusa (extrait). Courtesy of Another Timbre.

Wade Matthews, Stéphane Rives : Arethusa (Another Timbre)
Edition : 2009.
CD : 01/ 8:50 02/ 8:17 03/ 17:23 04/ 11:58
Pierre Cécile © Le son du grisli

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