Le son du grisli

Jazz, musiques expérimentales et autres










Wade Matthews, Alfredo Costa Monteiro : Winter (Copy for Your Records, 2011)

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C’est une autre affaire de field recordings manipulés qui se joue sur Winter. Avec Alfredo Costa Monteiro cette fois, Wade Matthews chercha à Madrid, trois jours durant, un terrain d’entente où pourraient évoluer sans se gêner (voire en faisant preuve d’harmonie) ses sons transformés et les drones et sifflements de son partenaire.

Accidenté, le terrain que le duo trouve n’en est que plus pittoresque : ici, des bruits infinitésimaux y fleurissent sur des tremblements de basse ou de saxophone ; là, des moteurs font avancer des carcasses minuscules sur une ligne droite de laquelle ils déborderont ; ailleurs, un vent glacial se lève et emporte tous parasites ; ailleurs encore, une oscillation estime son envergure sur une rumeur électrique.

Ainsi les souvenirs enregistrés ont été transformés en compositions abstraites aux structures de flocons.  Et en élément discographie indispensable à la discographie de Matthews autant qu’à celle de Monteiro

EN ECOUTE >>> Aconite

Wade Matthews, Alfredo Costa Monteiro : Winter (Copy for Your Records)
Enregistrement : 20-23 janvier 2011. Edition : 2011.  
CD : 01/ Aconite 02/ Crookneck 03/ Flounder 04/ Haven 05/ Savory
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Wade Matthews, Luis Tabuenca : Punto Cero Aragón (Aural Terrains, 2011)

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Punto Cero Aragón raconte à force de field recordings, de percussions et d’un peu d’électronique, l’Aragon dont Luis Tabuenca est originaire. S’il œuvre sous le regard de l’ethnomusicologue Ana Maria Alcaron-Jimenez, le duo que le percussionniste forme ici avec Wade Matthews signe un disque qui perd au gré des secondes de sa substance documentaire.

Après un concert d’aigus, une faune enregistrée se fait entendre. Ce seront ensuite des bavardages, des martèlements d’artisans, des rumeurs aragonaises, qui installeront leur réalité dans un décor d’inserts électroniques et de percussions parallèles. Ainsi l’Aragon peint par Matthews et Tabuenca n’existe pas : mais il est la substance de ces plateaux contrastés aujourd’hui consignés sur disque. Les reliefs de la province changeront désormais au gré de ces constructions expérimentales, morceaux d’ambient ou d’electronica dérangée que le duo a rêvé pour elle.

Wade Matthews, Luis Tabuenca : Punto Cero Aragón (Aural Terrains)
Edition : 2011.
CD : 01/ Punto Cero Aragón
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Ernesto Rodrigues, Wade Matthews, Neil Davidson : Erosions (Creative Sources, 2010)

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Le violon d'Ernesto Rodrigues s'exprime de mille et une façons. Prenons cet archet qui patiente ou cette corde pincée. Ou encore ces silences qui chassent à chaque fois la note à laquelle succèdent en l'étouffant de tous leurs charmes.

Mais le violon d'Ernesto Rodrigues est rarement seulement violon. Sur Erosions, ce sont aussi des électro-objets fappés, traînés à terre, ramassés pour être renvoyés plus loin et des fields recordings (le tout inventé en direct par Wade Matthews) et des vibrations d'autres cordes (la guitare de Neil Davidson). Le tout est une somme de sédiments de réel. 

La musique du trio s'exprime en improvisant dans l'agrément (le violon instrument classique abordé bizarrement mais instrument classique pour toujours) et le désagrément (les objets et les field recordings et les cordes tendues). Elle raconte autant de souvenirs-mélodies qu'elle prédit l'avenir d'une musique qui ne sera plus jamais.

Ernesto Rodrigues : Erosions (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01-05/ Erosions
Pierre Cécile © Le son du grisli

Wade Matthews : Early Summer (Con-V, 2010)

earlugrisliAu début de l’été 2009, Wade Matthews improvisait à Madrid, deux laptops en mains, des collages de sons captés à San Francisco. Early Summer est donc un disque sur lequel Wade Matthews questionne la distance entre son hier américain et son aujourd'hui madrilène.

Pour autant, on ne trouve pas sur Early Summer des enregistrements concrets, trop concrets. C’est que Wade refaçonne tout ce qu’il sort de ses boîtes avant de le mélanger. De son côté, l’auditeur témoignera avoir entendu passer une nuée d’insectes dans un grand coup de vent, marcher une personne dans la neige, communiquer des oiseaux et des droïdes, assister à une pièce de théâtre dont les personnages sont des percussionnistes jouant du marteau-piqueur. C’est vif et surréaliste en diable. Et c’est aussi diablement exaltant !

Wade Matthews : Early Summer (Con-V)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01-10/ Early Summer, 10 Improvised Sound Collages by Wade Matthews
Pierre Cécile © Le son du grisli

Wade Matthews, Stéphane Rives : Arethusa (Another Timbre, 2009)

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Il arrive que d’une belle idée naisse une belle œuvre. C’est le cas ici : l’idée a été de mettre face à face Stéphane Rives (au saxophone soprano) et Wade Matthews (aux fields recordings et electronics). Quant à l’œuvre en question, c’est Arethusa.

Sur Arethusa, le dialogue se passe de mots mais surtout pas de sons inhabituels. A tel point qu’il est difficile de les définir d’une autre manière qu’en utilisant des comparaisons : avec l’atmosphère tranquille d’un coin de Central Java ou la lumière transcrite en notes filtrant jusqu’au plus profond des souterrains. C’est dire que la collaboration de Rives et de Matthews est d’essence naturelle même si l'extrait que l'on trouve ci-dessous me fait mentir. Elle joue avec les matériaux (le bois, notamment), trois des quatre éléments (eau, terre, air) et avec de nombreux silences. Decrescendo : le duo a disparu.


Wade Matthews, Stéphane Rives, Arethusa (extrait). Courtesy of Another Timbre.

Wade Matthews, Stéphane Rives : Arethusa (Another Timbre)
Edition : 2009.
CD : 01/ 8:50 02/ 8:17 03/ 17:23 04/ 11:58
Pierre Cécile © Le son du grisli



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