Taylor Deupree : Faint (12k, 2012)

Cheville ouvrière du label 12k, où en plus de diriger la manœuvre, il masterise la plupart des sorties, Taylor Deupree n’a eu de cesse, au cours de son abondante discographie, de présenter un visage sensible de l’electronica. Bien que d’aucuns jugeront son nouvel opus Faint prévisible, ce qu’une première écoute superficielle laisserait penser, un second passage plus approfondi dissipe bien vite les doutes.
Certes, on nage en plein dans les eaux cotonneuses si typiques de la maison new-yorkaise (songeons à Kenneth Kirschner ou Christopher Willits) mais en perçant la surface des cinq plages de l’album, on décèle une foule de détails enrichissants, qui sont largement à l’ouest du superflu. Conjuguant l’apaisement sans la vacuité, réunissant l’évaporation sans recours à la combustion, l’électronicien américain déploie un éventail de beautés sereines à mille lieues du bruit et de la fureur. Peut-être est-ce mon récent séjour dans la frénétique Shanghai qui m’y incite mais ce disque m’a fait un bien fou.
EN ECOUTE >>> Dreams of Stairs
Taylor Deupree : Faint (12k)
Edition : 2012.
CD : 01/ Negative Snow 02/ Dreams Of Stairs 03/ Thaw 04/ Shutter 05/ Sundown
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Steve Roden : A Big Circle Drawn With Little Hands (Ini.Itu, 2012)

Avoir dû chroniquer Proximities m’a fait retrouver le chemin de Steve Roden. Il aura fallu ça. C’est qu’on se croit parfois si familier de l’électronique minimaliste qu’on pense, et c’est dommage, pouvoir se passer d'écouter telle ou telle nouveauté, telle ou telle nouvelle collaboration (celle de représentants de l’école « lowercase » : Steve Roden / Richard Chartier / Bernhard Günter / Taylor Deupree…).
Deupree au mastering, c’est en solo que Roden nous revient avec A Big Circle Drawn With Little Hands, LP tout juste sorti sur la remarquable écurie belge Ini.Itu. S’il œuvre ici dans une veine expérimentale, l'Américain ne se départit pas d’une atmosphère cotonneuse qui a fait sa réputation et qui peut revêtir ici les atours d’une Music for Airports nouvelle génération (reloaded ?). Car son ambient est faite de nappes synthétiques, de loops vacillantes et de field recordings mais aussi fait la part belle à des présences (un groupe d’aliens, un chat qui ronronne, un fantôme d’enfant sur une balançoire). Ce sont les images que je me suis faites de ces présences qui se fondent dans le décor, et j’avoue qu’elles parlent assez mal de ce que contient ce disque. Pour plus de précision, je conseillerais simplement d'écouter ces deux extraits et même, pour ne pas rater le coche, de vous ruer sur l’une des 250 copies d’A Big Circle Drawn With Little Hands, le nouveau chef d’œuvre de Steve Roden.
EN ECOUTE >>> Sparks from One Hand on Fire >>> Forty Hands in Anticipation of a Word
Steve Roden : A Big Circle Drawn With Little Hands (Ini.Itu)
Edition : 2012.
LP : A1/ Sixteen Hand Waiting for Rain A2/ Two Hands Submerged in Water A3/ Sparks from One Hand on Fire B1/ Two Hands behind Glass B2/ One Hand Pressing a Pencil Against a Tree B3/ Forty Hands in Anticipation of a Word
Pierre Cécile © Le son du grisli

Steve Roden en Ille-et-Vilaine. Exposition de ses œuvres sonores et plastiques – dont les pièces Blinking Lights at Night et Four Words for Four Hands, transcription cinétique d'une partition de Debussy – au Bon Accueil de Rennes et à la Chapelle Saint-Joseph de Montfort-sur-Meu.

Taylor Deupree : Shoals (12K, 2010)

On pourrait croire que Taylor Deupree a enregistré Shoals sur une balançoire. En effet, il fait la plupart du temps de deux notes la base de son univers. Et celui-ci n’est pas fait pour déplaire : à ce point que Shoals est le plus pertinent de ses disques depuis longtemps.
Dans les airs ou dans les mers (et rarement sur terre), Deupree continue de faire pousser une nature diaphane qui n’existe que dans son esprit. Rêveur et mystérieux mais jamais naïf (comme cela a pu lui arriver par le passé), son image est moins floue que d’habitude. Il y transparaît désormais, pour faire la balance avec sa douceur légendaire, une épaisseur bienvenue. L'union ne peut que vous engager à vous procurer Shoals. « De toute urgence », pourrais-je conclure, si l’urgence n’était pas un concept que la musique de Taylor Deupree ignore.
Taylor Deupree : Shoals (12K / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Shoals 02/ Rusted Oak 03/ A Fading Found 04/ Falls Touching Grasses
Pierre Cécile © Le son du grisli

Stephan Mathieu, Taylor Deupree : Transcriptions (Spekk, 2009)

Sur leur collaboration Transcriptions, Stephan Mathieu et Taylor Deupree se servent du contenu de 78 tours pour arriver par d’autres biais à peaufiner une pop qui interroge par la drôle d'ambiance qu'elle diffuse.
Au début, le duo peint des ombres vaporeuses desquelles surgiront des aigus cinglants, des voix fantomatiques, des boucles miniaturisées ou des sifflements (guitares et claviers sont les autres instruments utilisés par Mathieu et Deupree). En fond, un grain sonore qui ne brille pas par son originalité labellise – peut-être pour que l’auditeur comprenne bien – la teneur atmosphérique des choses. Sorti d’un flou sombre qui en promettait, le discours est malheureusement ensuite porté à la lumière, qui révèle son caractère fruste et durable : l'ensemble est naïf et ne cherche pas à profiter de la rencontre de deux musiciens à qui il arrive pourtant parfois d'être très inventifs. Tout avait si bien commencé…
Stephan Mathieu, Taylor DeupreeLargo (extrait). Courtesy of Spekk.
Stephan Mathieu, Taylor Deupree : Transcriptions (Spekk)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Nocturne 02/ Largo 03/ Solitude 04/ Remain 05/ Andante 06/ Genius 07/ White Heaven 08/ Solitude of Spheres
Pierre Cécile © Le son du grisli

Giuseppe Ielasi : Aix (12K, 2009)

Tel (another) Stunt, second épisode de la série Stunt initiée par Giuseppe Ielasi sur son propre label Schoolmap, son opus Aix succède à son indispensable August, tous deux en exil sur la maison 12K de Taylor Deupree.
Plus intimiste encore, l’univers de cet album – enregistré, comme son nom l’indique, à Aix-en-Provence – repose sur des rythmes largement irréguliers (marque de fabrique de ces derniers temps), encore que le second titre – sans nom, selon l’habitude iélasienne – séduise par sa lente fêlure où de brutales accélérations succèdent à une métronomie sournoise. Très riche et pleinement prenant au fur et à mesure de ses écoutes successives, ce second opus du producteur milanais dépasse, et de loin, le simple stade de l’aléatoire qui guide théoriquement ses pas. Tournoyant autour de ses mille trouvailles sonores, chaque seconde en est une preuve de plus, Aix imbibe le moindre neurone de son auditeur tout au long de sa trentaine de minutes, tantôt obsédantes jusqu’à l’étouffement digital (la piste 4), tantôt impitoyables dans une répétitivité surgie d’entre les lignes sonores. Loin de toute paresse échaudée par trop d’ambient aseptisée pour lounge bar vert olive, cette langueur chaude et coupante invite à un ailleurs musical où chacun se prend à rêver de lendemains universels. A condition de se donner du temps, notre bien le plus précieux.
Giuseppe Ielasi : Aix (12K / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ - 02/ - 03/ - 04/ - 05/ - 06/ - 07/ - 08/ - 09/ -
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Taylor Deupree: Every Still Day (Noble - 2005)

Album du groupe Eisi, sorti en 2003 sur le label japonais Noble, Awaawa n'est plus que le titre d'un des 10 remixs des morceaux qui le composaient, publiés aujourd'hui, et par le même label, sous le titre Every Still Day. Aux retouches, Taylor Deupree, qui s'empare de l'album en question pour le traiter comme il l'entend. "Reconstructed", aimerait-on nous faire croire ; démembré, préférera-t-on.
Dès le début, piano et guitare effleurés dans une salle des pas perdus signent l'appropriation. L'humeur vagabonde de Deupree semble partie pour tout avaler, jusqu'à ce que l'auditeur, à son tour, entre en jeu. Lui, pas bousculé, a du mal à savoir à quoi s'en tenir, et bientôt n'y tient plus, pour peu qu'il ait un quelconque entendement. D'ambient fonctionnelle (Cloud, Light, Water) en pop factice (Soshite Hossuru), d'accords de guitare égrenés sagement pour tout soutien à la voix mièvre de Mujika Easel (Awaawa) en ballade laborieuse (Voice Or Vice), écoeuré, le voici transporté dans un bouge infame, bar à eaux, par exemple, posté Paris 8ème.
Les arrangements plus travaillés de Note 1 auront fait un peu pour éviter le naufrage, malheureusement inéluctable. Remixs transparents de pop nipponne laborieuse, voici Every Still Day, à peine sorti, devenu tout à la fois mauvais souvenir et fond exploitable pour une énième compilation lounge de club simili- branché dont la clientèle, bande ignarde de noceurs ringards, mériterait bien mieux d'habiter Perpignan.
CD: 01/ Eisi Is Stirring 02/ Awaawa (Window) 03/ Cloud, Light, Water (Fall) 04/ Note 1 (Variation) 05/ Voice Or Vice (Rise) 06/ Interlude 07/ 14 (Alta) 08/ Soshite Hossuru (Every Still Day) 09/ Izumi (Leaf) 10/ Eisi Is Sleeping
Taylor Deupree - Every Still Day - 2005 - Noble Records. Import.

Taylor Deupree, Kenneth Kirschner: Post_Piano 2 (12k - 2005)

Deux musiciens new-yorkais travaillant ensemble, l’un à la suite de l’autre, à un minimalisme abstrait et élégant, trouvent en Post_Piano 2 une preuve rassurante qu’il est possible de mettre avantageusement en musique quelques idées insaisissables.
Plus facile, toutefois, que de mettre un nuage en bouteille, puisque les gestes de Taylor Deupree et de Kenneth Kirschner connaissent des références, savent des exemples à suivre. Au courant des épreuves de Morton Feldman, ils tentent, dans la même veine, d’exprimer autrement des atmosphères semblables. Sur 11.11.2003, surtout, où un clavier aux ambitions tempérées se satisfait des boucles qu’on en tire, des silences qu’on lui impose.
Après l’installation d’un décor chaleureux mais branlant (08.09.2004), suit l’évocation de résonances lointaines, peu rassurantes, bientôt ensevelies sous les nappes granuleuses d’une musique industrielle minuscule (01.09.2005). Quand l’aboutissement, ici, proposait de suivre un rythme qui aura du lutter pour qu’on le remarque enfin, on déroule, ailleurs (09.15.2004) et sans battements, des motifs sur imprimé délicat, redoutant les accrocs.
Le reste est foisonnant, de fioritures abondantes en touches au lavis. Décorum discret de volontés limpides, Post_Piano 2 demande l’encadrement, lorsqu’il repose au fond des boîtes. Couchées, toujours, les musiques tendres.
CD: 01/ 08.09.2004 02/ 01.09.2005 03/ 09.15.2004 04/ 11.11.2003
Taylor Deupree, Kenneth Kirschner - Post_Piano 2 - 2005 - 12k. Distribution Metamkine.























a>
























