Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Quinzaine Agitée : Chants de FranceA la question : Harutaka MochizukiEn librairie : Ci-gît d'Antonin Artaud et Nurse With Wound
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Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strenght & Power (RareNoise, 2016)

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Sorti de l'Université de Yale où il a étudié la musique classique, Roswell Rudd intègre au trombone quelques ensembles de jazz qu'emmènent Edmond Hall, Eddie Condon, Bud Freeman ou Buck Clayton. S'il sert encore le dixieland auprès de Condon lorsqu'il gagne New York à l'orée des années 1960, le jeune homme profite bientôt des leçons qu'il reçoit là d'Herbie Nichols au point d'abandonner le jazz ancien pour l'avant-garde sous l'influence de fréquentations imposantes : Cecil Taylor, Steve Lacy (avec lequel il se consacre déjà au répertoire de Thelonious Monk), Bill Dixon ou Archie Shepp. Mais c'est en association avec John Tchicai que Rudd démontre le plus souvent une verve convaincante : avec le saxophoniste, il enregistre ainsi en 1964 New York Eye and Ear Control pour le compte d'Albert Ayler et Four for Trane pour celui de Shepp, forme la même année le New York Art Quartet – présences de Lewis Worrell et Milford Graves – et signe l'année suivante à Hilversum la première référence de sa discographie personnelle (Roswell Rudd). En 1968, le tromboniste passe par le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden et le Jazz Composers' Orchestra de Carla Bley et Michael Mantler pour, la décennie suivante, enseigner l'ethnomusicologie au Bard College et enregistrer encore un peu sous son nom – notamment avec la chanteuse Sheila Jordan – ou sous celui d’Enrico Rava (Enrico Rava Quartet). Pour se montrer plus décisif, Rudd devra revenir au répertoire de Nichols et de Monk (enregistrement en 1982 de Regeneration en quintette avec Misha Mengelberg ; conduite, la décennie suivante, des projets The Unheard Herbie Nichols et Monk’s Dream) ainsi qu’à deux de ses plus fidèles partenaires : Steve Lacy et Archie Shepp. [Guillaume Belhomme, Way Ahead, Jazz autres en 100 figures]

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Il n’y a pas que dans le flamenco : le jazz possède aussi ses vieux cantaores. Arrivé à l’hiver de leur vie, la voix se désagrège, la justesse se fait la malle, seul reste l’émoi, le cri, la supplique. C’est un peu ce qui arrive à Roswell Rudd ici : le phrasé est cassé mais ne cesse de gronder, d’envahir le cercle. La saillie est désarmante, le son se projette avec grandeur, force et fulgurance.

L’improvisation au naturel que parcourent Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn et Balazs Pandi n’a pas d’âge. Elle possède naturel et irrévérence mais sait se tenir quand approche le blues. Le voici, ce vieux blues, pas encore fatigué de ses oraisons. Le voici se transfigurant, s’arrimant à ce navire qui tangue mais jamais ne coule. L’improvisation que pratiquent ces quatre-là c’est le risque de l’échec, de la sortie de route. C’est l’espoir des bonheurs, des correspondances, des délivrances. C’est le refus des performances. C’est l’antre du possible. De tous les possibles.



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Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strength & Power
RareNoise Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Strength & Power 02/ Cobalt Is a Divine 03/ The Bedroom 04/ Luminescent 05/ Dunn’s Falls 06/ Struttin’ for Jah Jah
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Slobber Pup : Pole Axe (RareNoise, 2015)

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Ça frappe fort (Balázs Pándi à la batterie), on ne s’en étonnera pas. Et ça chante dru (d’ailleurs, même la guitare de Joe Morris vocalise), et le saxophone (Mats Gustafsson) couine… peut-on dire pour autant que Slobber Pup, dont c’est le second enregistrement après Black Aces, donne dans le free rock ?

Pas sûr, parce que la guitare jouée au médiator est un peu facile et ne fait pas grand-chose de sa liberté ; pas sûr, parce que le sax baryton ronronne en fait et lasse plus que rapidement… Et voilà maintenant des synthés (Jamie Saft) ennuyeux à rire mou pour couronner le tout (ou plutôt le presque rien). Après UberPop et les taxis de contrebande voici donc Slobber Pup et l’improgonflette !



slobber pup

Slobber Pup : Pole Axe
RareNoise Records
Edition : 2015.
CD / 2 LP : 01/ Incendiary Axe 02/ Pole of Combustible Memory 03/ Bring Me My Desire And Arrows To Shoot
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Joe McPhee, Jamie Saft, Joe Morris, Charles Downs : Ticonderoga (Clean Feed, 2015)

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C’est à d’autres indiens que Joe McPhee, Jamie Saft (piano), Joe Morris (contrebasse) et Charles Downs (batterie) ont emprunté le titre du disque qu’ils ont enregistré en septembre 2014 sur proposition de Morris.

Ticonderoga est le nom d’une cité de l’état de New York et évoque aussi l’endroit précis où « deux courants se croisent ». Le disque pourrait-il personnifier ceux-là ? Sur l’instable et inspirant tic-tac de Downs, McPhee se familiarise avec divers obstacles avant d’avoir à renvoyer un pianiste un rien bavard dans ses cordes – Saft  serait donc ce second courant, que le saxophoniste emportera bientôt.  

La verve de Saft était heureuse, mais déroutante aussi pour le quartette. Non pas au ténor mais au soprano, McPhee finit donc par l’avaler avec le consentement (euphémisme) de Morris et de Downs. Etouffant les ribambelles de notes sorties du grand piano, le saxophoniste s’en nourrit pour renforcer la vigueur avec laquelle la formation remplit son heure de jeu. Un courant ayant emporté l’autre, c’est une cavalcade autrement saisissante qui laisse loin derrière elle Ticonderoga.

Joe McPhee, Jamie Saft, Joe Morris, Charles Downs : Ticonderoga (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Beynd Days 02/ Simplicity of Man 03/ Leaves of Certain 04/ A Backward King
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

survival unitJoe McPhee emmènera ce jeudi soir à Brest, dans le cadre de l'Atlantique Jazz Festival, son Survival Unit III.

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The Spanish Donkey : XYX (Northern Spy, 2011)

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A propos d’XYX de The Spanish Donkey – trio que forment l’industrieux Joe Morris (guitare électrique), Jamie Saft (synthétiseurs, basse électrique) et Mike Pride (batterie) –, le label Northern Spy conseille aux amateurs de classement : File under : avant-metal jazz.

Ce qu’il y a à entendre ici tient pourtant davantage d’un mélange épais de free jazz et de rock progressif. Ainsi peut-on craindre que la hargne du trio s’abatte à brides abattues sur la forme à donner à la récréation. Or, l’exercice convainc plutôt tant que la virulence ne lui fait pas défaut – c’est le cas sur Crater, troisième titre, laborieux. Auparavant, Morris, Soft et Pride, auront démontré avec allant que leur mélange des genres est digne d’intérêt : les orgues et la batterie soulevant sans cesse une guitare expectorant avec morgue lorsqu’elle n’étouffe pas plutôt sous des tapis psychédéliques sortis d’immenses orgues à tisser. Conseillable donc, à qui ne craint pas le médiator : trois extraits sur le site du label.

The Spanish Donkey : XYX (Northern Spy / Amazon)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ MID-Evil 02/ XYX 03/ Crater
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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