Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A paraître : le son du grisli #2Sortir : Festival Bruisme #7le son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

(2015-2) Expéditives : Ferran Fages, Remembrance, Machinefabriek, Toshimaru Nakamura, Sebastian Lexer, Michael Thieke...

2013 expéditives

radi d'or

Ferran Fages : Radi d’Or (Another Timbre, 2013)
A la tête d’un « ensemble » de cinq musiciens (Olga Ábalos à la flûte et au saxophone alto, Lali Barrière aux ondes sinus, Tom Chant aux saxophones ténor et soprano et Pilar Subirá aux percussions), Ferran Fages interprétait le 17 décembre 2011 un Radi d’or haut de trente-six minutes, par lui imaginé. Occasion pour le guitariste d’accorder ses attachements pour les râles, notes parallèles, harmoniques, prévenances, retours sur note, soupçons (ondes sinus et guitare)… Toutes sonorités, inspirantes. (gb)

lauzier transparence

Philippe Lauzier : Transparence (Schraum, 2013)
Du dédale que construit Philippe Lauzier ne pourront s’échapper que des souffles amples, vastes, abondants, amis. Ce souffle brise-glace fore le continu. Le souffle se module, se gonfle, admet de fines moisissures mais, toujours, refuse la désunion. A chaque nouveau tableau, un continuum. A chaque nouveau monde, la douceur des prologues. Clarinettes et saxophones malaxent la matière, cristallisent le granuleux. Ils oscillent et hypnotisent l’auditeur. Les techniques étendues ne sont que prétextes : le souffle ne se voudrait que fluet et menu qu’il ne pourrait cacher sa douceur, sa bienveillance. Précisément ceci : un disque de douceur et de bienveillance. (lb)

remembrance

Remembrance : Remembrance (NoBusiness, 2013)
Enregistré le 9 février 2004, Remembrance donne à entendre sur deux disques Elton Dean, Paul Dunmall, Paul Rogers et Tony Bianco. En quartette, trio ou duo, les musiciens se livrent à d’épatantes combinaisons d’un jazz volubile, pour ne pas dire convulsif (duo Rogers / Bianco en ouverture du second disque). Au swing unique de Dunmall, Dean oppose des ébauches de mélodie allant souvent à contre-courant de la solide paire rythmique, association qui démontre une maîtrise renversante. (gb)

machinefabriek

Machinefabriek : Stroomtoon II (Herbal International, 2013)
Impressionné, toujours deux ans plus tard, par les basses de Stroomtoon II. Ce CD, c’est du Machinefabriek par couches et par surcouches, en constructions-collages de drones-synthé, d’ambient pop (passe-partout, certes) ou d’electronica oldies. Après la bonne impression... on redescend. L’originalité est en fait toute relative si bien qu’on se demande pourquoi avoir réédité ce CD Nuun sorti en 2012, les stocks Machinefabriek doivent bien recéler d’autres trésors, non ? (pc)

suncheon

Kawaguchi Takahiro, Choi Joonyong : Suncheon Hyanggyo (Balloon & Needle, 2013)
Suncheon Confucian School, 12 août 2011 : Choi Joonyong et Kawaguchi Takahiro s’affrontent. Et ils ont apporté de quoi faire (instruments, objets préfabriqués, systèmes inventés). Donc, attentif, j’ai l’impression qu’un chien halète puis qu’on lui plante un clou dans l’os en respectant le rythme de son souffle.  Non, pas un chien, mais une petite scie suivie d'autres instruments de chantier : étincelles, electronics, buzzs, bref impossible de tout raconter en trois lignes, même en sept d’ailleurs. Mais je recommande ! (pc)

foz

Toshimaru Nakamura, Manuel Mota : Foz (Dromos, 2013)
Datée du 15 septembre 2011, l’improvisation est celle par laquelle Toshimaru Nakamura opérait un retour à la guitare. Auprès d’un autre guitariste, qui plus est : Manuel Mota. Improvisées, les deux pièces composent avec l’échouage des longues notes, quelques accords tombant, des feedbacks aussi ou d'autres bruits jadis qualifiés de « parasites ». Emmêlées, les lignes se confondent bientôt en un Foz étonnant. (gb)

the fog

Sebastian Lexer, Grundik Kasyansky : The Fog (Dromos, 2013)
Forcément enregistré à Londres (3 décembre 2011), The Fog expose, sous influence AMM, le piano étendu de Sebastian Lexer aux radiations électroniques de Grundik Kasyansky. C’est une alarme, d’abord, qui filtre de l’épais brouillard. Après quoi, le duo profite de son art de la réflexion et d’un timing élaboré : les coups donnés au piano, les cordes pincées et les distensions électroniques se prennent ainsi dans une brillante composition en toile d’araignée. (gb)

biliana thieke

Biliana Voutchkova, Michael Thieke : Already There (Flexion, 2013)
Trois séances d’enregistrement ont, en 2012 à Berlin, permis à Biliana Voutchkova et à Michael Thieke d’accorder leurs violon et clarinette. Lorsqu’elle ne décide pas de poursuites ou de cascades, l’improvisation joue d’oppositions (graves de clarinette contre frêle archet), d’apparitions (d’une voix, d’interférences, d’un lyrisme en perte de repères…) ou de disparitions dans un battement d’ailes. Si Voutchkova manque parfois d’idée, Thieke (et Werner Dafeldecker, au mastering) donnent quelque valeur à la rencontre. (gb)

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Ryu Hankil, Choi Joonyong, Hong Chulki : Inferior Sounds (Balloon & Needle)

hankil chulki joonyong inferior sounds

Caisse Claire et machine à écrire pour Ryu Hankil, turntable pour Hong Chulki & lecteur CD pour Choi Joonyong. Voilà qui change des instruments habituels sur cette improvisation qui ravira les amateurs de bruits aussi ordinaires qu’extraordinaires.

C’est donc normal si nos repères s’y perdent. A qui attribuer ces larsens ? A qui ces frictions ? A qui ces combinaisons de hasard jouées à la roulette ? Peu importe, le trio forme une seule et même équipe, qui travaille sur un chantier des plus expérimental. L’usinage, qui n'est pas toujours agressif, produit des étincelles grises ou bleues qui étonnent par leur capacité d’expression et des sons qui n’ont rien d’ « inférieur » (le recul pris par le trio dans le titre de ce CD est d’ailleurs gage d’intelligence !).

Ryu Hankil, Choi Joonyong, Hong Chulki : Inferior Sounds (Balloon & Needle)
Enregistrement : 17-19 janvier 2011. Edition : 2011.
CD : 01/- 02/-
Pierre Cécile © Le son du grisli 2013

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Danthrax : Danthrax (Trigger!, 2012)

danthrax

Les pièces que Choi Joonyong (platine CD) réunit ici sous le nom de Danthrax* n’ont rien à envier à la vigueur d’Anthrax. Toutefois différente, celle-ci invite une imagination galopante à discourir le temps de quelques secondes, de neuf minutes au maximum.

Les soubresauts du disque en proie aux effets du laser, Choi Joonyong en fait l’élément porteur de son ouvrage expérimental : sauts de puce et cascades, saillies de grisailles chuintant, exosquelettes de syntax error ou transports express de bourdonnements, servent une abstraction brute ou une composition rythmique hoquetant : voici Choi Joonyong changé en Alva Noto hardcore sous costume Groggy Digital, et son Danthrax déclarée nouvelle menace infectieuse.

Danthrax : Danthrax (Trigger! Recordings)
Edition : 2012.
01/ Intro To Digitality 02/ Among The Clipping 03/ I Am The Discman 04/ Fistful Of Plastic 05/ Antishock 06/ Skip The Time 07/ Deathrax 08/ Starting Up A Pause 09/ Caught In Ejection 10/ State Of Moratoria 11/ Resume The Noise 12/ Spreading The CDs 13/ Deathrax(Reprise)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jason Kahn : Sin Asunto / Dotolim (Creative Sources / Balloon & Needle, 2010)

sindotolimsliLa publication simultanée de ces deux enregistrements offre une intéressante occasion de comparer la mise en œuvre de deux pièces conçues par Jason Kahn selon le principe de ses Timelines antérieures (pour Zurich, New York ou Los Angeles) : ces partitions graphiques, élaborées pour des formations spécifiques ou occasionnelles, stipulent des durées, des textures, des intensités, et fournissent une sorte de trame, plus scénographique que sévèrement scénaristique…

Décembre 2008, à Zurich, club Moods : le son d’Ayler « with strings » dans la tête, Kahn (percussions amplifiées) regroupe Vincent Millioud (violon), Bo Wiget (violoncelle) et Christian Weber (une des plus belles contrebasses d’aujourd’hui), avec le projet de se frayer un chemin depuis les grandes profondeurs, tressant sonorités acoustiques & électroniques, vers la surface. Tirant toute sa puissance d’une véritable infusion étirée – par bourdons et planés – dans la durée, la musique atteint, au milieu de la pièce, un plateau à partir duquel se mettent en mouvement, lentement d’abord, les pales de Kahn ; la tension s’accroît (heureusement sans atteindre au caractère martial de l’Helikopter-quartett de Stockhausen) et l’expérience d’audition acquiert, comme dans une aspiration, une passionnante dimension physique. Remarquable.

Novembre 2009, à Séoul, dans l’espace exigu de Dotolim : familier de la scène coréenne depuis une visite de 2006 (Signal to noise vol. 6, disque For4Ears), Jason Kahn (ici, synthétiseur analogique, radio) s’entoure de Ryu Hankil (micro, micro-contact), Park Seungjun (ampli, réverb’), Jin Sangtae (disque dur), Choi Joonyong (platines CD ouvertes) et Hong Chulki (tourne-disques), pour élever des nuées électrostatiques urticantes qui, par phases et paliers, jusqu’à des altitudes d’une complexe frénésie, font et défont leurs agglomérats dans une ébullition fourmillante. Les matières ont beau être des plus métalliquement rêches, tirées d’un matériel technologique détourné si ce n’est éviscéré (ces platines qui patinent), grinçantes et plus aléatoires que les fameux cracked everyday-electronics, leurs jeux d’apparition-disparition donnent à l’abrasion générale une étonnante plasticité.

Deux excellents disques qui, s’ils ont un modus operandi commun, délivrent une fascination subtilement différente.

Jason Kahn : Sin Asunto (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : Sin Asunto

Jason Kahn : Dotolim (Ballon & Needle /
Metamkine)
Edition : 2010.
CD : Dotolim
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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