Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

John Hébert : Byzantine Monkey (Firehouse 12, 2009)

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C’est par une vieille chanson cajun que commence ce disque. La voix d’Odile Falcon, qui interprète La reine de la salle, semble être un préliminaire, narrer une préhistoire, sur laquelle vient se greffer la contrebasse de John Hébert qui réenchante la mélodie. Très vite, les saxophones de Tony Malaby et Michaël Attias entrent dans la danse, et lorgnent du côté d'Albert Ayler. Rappelons nous, Ayler lui aussi aimait convoquer les folklores, les spirituals bien sûr mais aussi la Marseillaise… Car, pour Hébert aujourd’hui comme pour Ayler hier, le propos n’est pas de célébrer avec nostalgie une période dorée mais de démontrer que le jazz n’est jamais aussi moderne que quand il plonge à pleines mains dans le patrimoine populaire.

John Hébert est né à la Nouvelle Orléans et y retournera dans ce disque à l’occasion de la ballade Cajun Christmas, magnifiée par le flûtiste Adam Kolker. L’inspiration, nous dit Hébert, lui vient souvent à l’occasion de voyages…  En témoignent Acrid Landscape et Ciao Monkey imaginés en Italie, et l'oriental Fez. L’usage que fait Satoshi Takeishi (décidément un musicien précieux) de ses percussions, plutôt que de souligner l’exotisme, brouille les pistes et nous perd.

Tous les morceaux de ce disque, et en particulier New Belly (dernier et peut-être plus beau morceau du disque), sont emprunts de la complicité qui unit Hébert au batteur Nasheet Waits. Les deux hommes sont en totale osmose, semblent entretenir de télépathiques relations renforcées par l’absence de piano qui leur laisse champ libre pour tisser la toile rythmique de la musique jouée ici.

Par le passé, tous deux jouèrent dans l’orchestre du pianiste Andrew Hill, décédé 13 mois avant l’enregistrement de Byzantine Monkey. Ce dernier, dont la disparition pourrait être symbolisée dans ce disque par l’absence de pianiste, y est cependant très présent (For A.H. lui est d’ailleurs dédié). On retrouve chez Hébert cette posture « au carrefour des musiques orale et écrite », comme l’écrivait le critique Arnaud Robert au sujet d'Hill. Qui ajoutait : « Andrew Hill libérait l’espace sans renoncer à la structure. Il était un dandy de la note tordue. » Tout comme John Hébert, qui signe là avec ce sextet son plus beau disque.

John Hébert : Byzantine Monkey (Firehouse 12 Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 1/ La reine de la salle 2/ Acrid landscape 3/ Run for the hills 4/ Blind pig 5/ Ciao monkey 6/ Cajun Christmas 7/ Fez 8/ For A.H. 9/ Fez II 10/ New Belly
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Rob Brown: Sounds (Clean Feed - 2007)

brownsliAux côtés du violoncelliste Daniel Levin et du percussionniste Satoshi Takeishi, le saxophoniste Rob Brown interroge les capacités de sa pratique ordinairement libérée à répondre à quelques exercices de style.

En rendant d’abord Sounds, composition écrite à l’origine pour les besoins d’une création chorégraphique signée - pour les spécialistes - Nancy Zendora. Partie au son d’un blues discret perturbé par les dépressions free ayant raison de l’alto de Brown (Archaeology), la pièce dérive ensuite au gré de déraillements distillés à un mode latin dévié (Antics) puis d’une improvisation lasse et moins convaincante (Astir).

Ailleurs, le trio déploie un jazz réfléchi, pas effrayé par la reprise d’un thème tibétain – Tibetan Folk Song, bousculée bientôt par une improvisation soutenue – ou imposant la progression leste de Sinew, contraste appuyé à l’ardent Stutter Step.

Réévaluant sa manière de faire, Brown parvient au final à mettre au jour un ouvrage généreux et sophistiqué, pour avoir su tirer de ses exercices d’autres preuves de son habileté.

CD: 01/ Sounds Part I, Archaeology 02/ Sounds Part II, Antics 03/ Sounds Part III, Astir 04/ Stutter Step 05/ Tibetan Folk Song 06/ Sinew 07/ Moment of Pause

Rob Brown - Sounds - 2007 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Anthony Braxton: Live at The Royal Festival Hall (Leo - 2005)

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Le 15 novembre 2004, au Royal Festival Hall de Londres, Anthony Braxton interprétait sa Composition 343 en quintette. Inédit, celui-ci, qui voit le maître entouré de jeunes musiciens attentionnés et brillants. Devant eux : 2000 personnes.

La première des deux parties suit des mouvements giratoires. Quelques pauses sont permises, pendant lesquelles la formation avance prudemment ses propositions : la retenue évidente de la guitare de Mary Halvorson, ou l’expression plus convulsive du trompettiste Taylor Ho Bynum. Convoités, les conseils de Braxton ne tardent pas : investissant bientôt un passage improvisé sans garde-fou, propulsant quelques rauques, vitupérant toujours.

Lorsque l’on retrouve l’unisson, voici le saxophoniste passé au soprano. La langueur relâche alors les tensions, invite même le contrebassiste Chris Dahlgren à une introspection apte à recevoir le grain savoureux d’un free jazz jouant, au gré de la partition, avec les dissonances rebondies et les recadrages nécessaires. La fulgurance collégiale et le chaos subtil en guise de conclusion.

La seconde partie, plus courte, opte dès le départ pour l’expérimentation évidente. D’une forme générale plus déconstruite, elle débarrasse le quintette des contraintes. Laissant le temps à Satoshi Takeishi de propulser ses interventions sur percussions de manière à faire tanguer assez l’ensemble, Braxton fomente ses attaques au soprano, qui viendront compléter les accords saturés de guitare posés en arrière-plan, pour mener à son terme une pièce abrasive et instantanée.

Puisque pas un trimestre ne passe sans que la discographie d’Anthony Braxton ne connaisse une actualité, l’idée paresseuse pourrait nous frôler, cherchant à nous persuader qu’il n’y aurait rien de grave à laisser passer ce disque-ci. Or, Live at the Royal Festival Hall est bien près d’être indispensable : interprétation énergique et éclairée, et présentation in vivo de quatre nouveaux visages. Le relâchement, pour après.

CD: 01/ Composition 343, Part 1 02/ Composition 343, Part 2

Anthony Braxton - Live at The Royal Festival Hall - 2005 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International. 

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