Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Sortir : Sonic Protest 2017Interview de Jacques Ogerle son du grisli papier
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Brötzmann, Sharrock : Whatthefuckdoyouwant (Trost, 2014) / Brötzmann, Edwards, Noble : Soulfood Available (Clean Feed, 2014)

peter brötzmann sonny sharrock whatthefuckdoyouwant

La rencontre date de mars 1987 : sortis de Last Exit, Sonny Sharrock à la guitare électrique et Peter Brötzmann aux saxophones alto, ténor et basse, et tarogato, échangeaient à Wuppertal. Onze pièces – allant de trois à presque dix minutes –  sur lesquelles s’opposent, sur un même entendement, une presque même esthétique, deux pratiques rugueuses.

Inutile d’insister : le sauvage opère. Notamment quand le guitariste et le saxophoniste entament d’un commun accord l’ascension d’une improvisation que se disputent pics et aiguilles et qui, subtilement (et quitte à donner dans le cliché), dessinent les profils d’Hendrix et d’Ayler. A tel point qu’on interrompra rapidement les recherches : qu’importe si le corps de Bill Laswell fut emporté par l’avalanche, le duo de survivants nous va très bien.

Peter Brötzmann, Sonny Sharrock : Whatthefuckdoyouwant (Trost)
Enregistrement : 9 mars 1987. Edition : 2014.
CD : 01-11/ Whatthefuckdoyouwant
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

peter brötzmann steve noble john edwards soulfood available

Hurler disait-il. Et il le fit. Plus de quarante années au service de la convulsion et toujours pas une ride, pas une once de répit. Peter Brötzmann aurait-il mis de l’eau dans son schnaps ? Que nenni, ici : ça crispe, ça bastonne comme au bon vieux temps des Machine Gun et autre Fuck de Boere. Tout juste, John Edwards et Steve Noble parviennent-ils à s’extraire de  la masse brötzmannienne, le temps pour le premier de faire gronder et bourdonner quelque pizz aventureux ; de faire frissonner quelques fins balais puis de distiller quelques ténues claquettes sur les peaux de ses tambours pour le second. Temps raccourci avant que les démons agités ne reviennent visiter ténor, alto, clarinette et tarogato de l’ami Brötz.

En ce 6 juillet 2013, le festival de Ljubljana ne pouvait plus s’étonner de la bourrasque Brötzmann. Mais le temps d’entr’apercevoir, très fugacement, quelque tendre clarinette en fin de set et voici que le trio reprenait routes et armes sans coup férir. De convulsions en convulsions, de spasmes en spasmes, Soulfood Available résume parfaitement l’adage de l’ami Godard : ne change rien pour que tout soit différent.

Peter Brötzmann, John Edwards, Steve Noble : Soulfood Available (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 6 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Soul Food Available 02/ Don’t Fly Away 03/ Nail Dogs By Ears
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Kasper T. Toeplitz, Jean-Noël Cognard, Jac Berrocal : Disséminés çà et là (Bloc Thyristors / Trace, 2015)

kasper toeplitz jean-noël cognard jac berrocal disséminés ça et là

Enregistrés le 18 juin 2014 à Evreux, puis Disséminés çà et là, Kasper T. Toeplitz, Jean-Noël Cognard et Jac Berrocal. Entendus (et expansifs) en Empan et Vierge de Nuremberg, le duo Berrocal / Cognard avait donc encore à dire. C’est-à-dire à improviser, en jouant de codes divers, électriques souvent.

Ainsi la basse de Toeplitz, derrière le sifflement des cymbales. Ronflant, elle déroule la trame et le son même de la rencontre : boulevard sous néons sombres sur lequel Berrocal pourra s’exprimer librement – c’est parfois, par quelques câbles no wave, Don Cherry solidement attaché à un totem fiché de travers. En fin de première face, les musiciens grondent toujours, mais en insistant maintenant : noise’n’roll tranchant

Qui tranchera d’ailleurs avec la seconde face : sur un écho léger, le trompettiste y improvise du bout des lèvres quand Toeplitz nourrit quelques parasites et Cognard invente une adéquate ponctuation : c’est alors une danse contournée qui préside aux débats, chassée bientôt par un blues étouffé par d’autres grondements sourds. Et « c’est l’heure », déjà : celle de l’après-écoute, celle où le trio concrétise son vœu du jour : Toeplitz, Cognard et Berrocal, Disséminés, çà et là.

Kasper T. Toeplitz, Jean-Noël Cognard, Jac Berrocal : Disséminés çà et là (Bloc Thyristors / Trace / Souffle Continu)
Enregistrement : 18 juin 2014. Edition : 2015.
LP : A1/ Remous écumants A2/ Lune des grottes profondes – B1/ Le corps s'arque sur le lit B2/ Rock' n roll station B3/ Un oiseau d'or aux ailes déployées
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ce jeudi 14 mai, Jean-Noël Cognard battra du Tribraque (Pauvros / Müller / Cognard) aux Instants Chavirés de Montreuil

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Evan Parker, Joe McPhee : What / If / They Both Could Fly (Rune Grammofon, 2013) / McPhee, Guérineau, Foussat : Quod (Fou, 2014)

evan parker joe mcphee what if they both could fly

En juillet 2012, Evan Parker et Joe McPhee se retrouvèrent en Norvège devant le public du Konsberg Jassfestival. Pas tout à fait rangés, les ténors, puisque Parker a conservé le sien tandis que McPhee passera de soprano en trompette de poche.

En trois temps (What / If / They Both Could Fly) qui donneront son nom au disque, le duo démontre une entente paisible. Au-dessus de Konsberg, Parker et McPhee tournent alors : lentement, entament un exercice de voltige qui impressionne par ses boucles et ses tonneaux tout en se réservant le droit d'envisager des fantaisies plus personnelles.

Et puis, c’est le retournement. Des souffles en peine s’extirpent du ténor, que le soprano agace et contraint à l’accord. L’aveu d’une mélodie donnera au duo l’occasion de s’essayer à un ballet autrement musical et d'exprimer autrement son entente – assez rare, ces jours-ci, dans le domaine de la navigation aérienne

Evan Parker, Joe McPhee : What / If / They Both Could Fly (Rune Grammofon)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ What 02/ If 03/ They Both Could Fly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

jean-marc foussat sylvain guérineau joe mcphee

C’est au seul soprano que McPhee conversait, le 15 mars 2010, avec Sylvain Guérineau (saxophone ténor) et Jean-Marc Foussat (synthétiseur et voix). C’est là une déferlante d’aigus déposée sur grondements et, pour Foussat – ici assez subtil dans l’usage qu’il fait des possibilités de son instrument –, l’occasion d’agiter deux saxophones à la fois. Effets, facéties et bagatelles, déconcertent donc, mais sans l’altérer, l’hymne profond sur lequel McPhee et Guérineau se sont entendus.

écoute le son du grisliJean-Marc Foussat, Sylvain Guérineau, Joe McPhee
Le corps des larmes

Joe McPhee, Sylvain Guérineau, Jean-Marc Foussat : QUOD (Fou / Metamkine)
Enregistrement : 15 mars 2010. Edition : 2014.
CD : 01/ Le désarroi du cœlacanthe – The Forbidden 02/ Le corps des larmes – The Forgiven
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

68_jazz@homeCe mercredi 13 mai à Paris, Joe McPhee et Jean-Marc Foussat donneront, avec Raymond Boni, le 68e concert de la série Jazz@Home.

Rappelons enfin qu'il est possible d'entendre Joe McPhee dans le baryton de Daunik Lazro. C'est en Vieux Carré que ça se passe.

cd

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LDP 2015 : Carnet de route #12

ldp 8 et 9 mai 2015

Barre Phillips programmé pour la neuvième fois à l'EuropaJazz du Mans : est-ce là révélé un cas de « résidence perpétuelle » ? A effet double, qui plus est, cette année : concert en duo avec Paul Rogers le 8 mai et avec le LDP le lendemain...

8 & 9 mai Le Mans, France
EUROPAJAZZ Festival

The almost embarrassing situation of being a perennially invited performer at a festival. How many years now? Eight? To be in a position of "no matter what he does it's fantastic". Where is the freshness in such an attitude? And yet, to come back annually to the same setting, which in itself is wonderful, pleasurable, to perform for a large group of people is something of a dream for the improvising musician. This year's edition was different in that the director had one suggestion of what to present and I had another. In the end we did both. The first concert was in duo with an English colleague, bass-player, just a generation younger. We performed at the Collégiale, an old chapel converted into a city gallery with occasional concerts. I know the room. I've played there quite a few times in the past. The noon time concert. The exposition du jour was around cowboys and horses and the American South-west. The large tableau just behind the performance platform was of horse's asses. I wondered if we were supposed to act out anything in particular? It was interesting to me to hear an old formula from the 60's, one that I had worked my way through, still alive and well chez my partner. We all seem to work in depth to develop our own personal techniques and ways of playing. Of course they are limited. So we keep on working to expand them throughout our performing lives. And when, in performance, you went bang into your limit (technical-musical) you would then just flail away, super powering, annihilation, maybe anger even, until orgasm was achieved, which would let you start all over again.    
It is one solution to the conundrum, I guess. I prefer though a more compositional approach.   
The next day, the 9th, same time but different station, the trio with Urs & Jacques met anew to continue our long song. La Fonderie - an abandoned bell factory, one that been very important on the French church bell scene in the olden days and that for the past 20 years or so is inhabited by Le Théâtre du Radeau - François Tanguy & Company. Marvelous, warm, funky (but in great taste) physical plant inhabited by an extraordinary crew. The Europa-djazz festival has been "using" their facilities for years for more intimate and experimental musiques that are not appropriate for the main stage and it's audience of nearly 1,000. We had a good sized crowd,  the bleachers were virtually full and once again our way of constructing music and the  elements and emotions therein talked directly to the audience and they appreciated it. In listening to and making this music one feels the urgency, the feeling that it is absolutely necessary to go on, forward,  to state matters that are impossible to describe, to pin down, in word-language. The compositional aspect is a big part of what we do. Based on mutually shared experience and knowledge. But to me, more important than our rather rich formal capabilities is the fact that the sounds we play individually come from our personal life-force-fibers. Those that are striving to come into existence.
Black Bat didn't even show up for the gig. Where the hell could he be?
B.Ph.

P1100219

Im umgebauten Ausstellungsraum der ehemaligen Kapelle à la Collégiale à Saint-Pierre-La-Cour, finden während des Festivals jeweils kammermusikalische Duo und Solo Konzerte statt. Heute spielt Barre Phillips im Duo zusammen mit dem englischen Bassisten Paul Rogers. Barre gilt seit fünf Jahrzehnten als Meister des Kontrabass. Paul Rogers ist ein herausragender Bassist mit fast grenzenloser Musikalität. Sie beginnen dicht und kraftvoll. Barre öffnet Räume die Paul immer wieder zu füllen versucht. Sie setzen von neuem an. Mal schwebend, flächig mal rhytmisch im Staccato. Die Musik packt mich sofort. Als  Zuhörer nehme ich am Konzert teil. Es ist wie wenn ich selber spielen würde, indem ich hörend Teil der Musik bin. Mir fällt sofort auf, wie sich die Hörwahrnehmung der beiden Spieler unterscheidet. Barre geht mit Respekt auf das Spiel von Paul ein, setzt mit Überblick musikalische Höhepunkte und Kontraste. Paul spielt fast ohne Unterbruch virtuos sein gewohntes Spiel. Mehr Ausstausch der Rollen hätte ich mir gewünscht. Barre war zu oft in der Funktion des Bassisten und Paul die des Solisten. Dennoch erlebe ich das Konzert als fulminanten Bogen gespielt von zwei grossen Musikern am Kontrabass. Magic et Merci!
Für die neunte Auflage Barre’s „résidence perpétuelle“ am Europajazz Festivals spielen wir heute am 9. Mai „à la Fonderie“ im Theater de Radeau – François Tanguy & Company ein Konzert à midi“. Dieser Nachmittag ist ausschliesslich der europäischen, frei improvisierten Musik reserviert.
Jacques und ich stimmen uns gleichzeitig und unabhänig von einander, jeder mit seinem Instrument in einem Proberaum des Theaters ein. Jeder spielt Arpeggios, Strukturen und kontrollierte Abläufe auf seine Art. Es ist das erste Mal, dass wir das in dieser Form tun. Das ist eine spannend Sache und eine gute Übung um Unabhängigkeit zu praktizieren und die Konzentration zu schärfen.
Ein Theater Raum mit trockener, transparenter Akustik. Ein grosser Flügel, ein adäquates Instrument für Jacques. Ein Publikum, dass gespannt ist was jetzt passiert.
Die Klänge des Trios fallen sofort und kraftvoll in den leeren Raum. Die Energie formt sich mit Gelassenheit innerhalb verschiedener Parameter, es entstehen abrupte Wechsel und explosive Strecken im Fortissimo. Die Musik verdichtet sich. Durch das Weglassen von Tönen manifestiert sich die Stille im Raum. Wir spielen einen 50 minütigen Opus mit in drei Teilen. Ein Klanguniversum aus Tönen und Geräuschen klingt lange nach. Im Anschluss spielt Daunik Lazro und François Corneloup ein Bariton Saxofon Duo und die Gruppe Double B&J mit Raymond Boni, Joe McPhee, Bastien Boni, Jean-Marc Foussat.
U.L.

P1100236

C'est à travers un piano absent que j'écoute Barre en duo avec Paul Rogers. Deux contrebasses pour deux approches diamétralement opposées de l'écoute. Les musiciens jouent devant une évocation picturale et improbable d'un far west nord-américain décorant les murs d'une abbatiale du XIIIème siècle. Le grand écart est total, à la fois sonore et visuel. Trop écartelé, je m'invente spontanément un deuxième concert, simultané au premier, mais purement personnel et intérieur, sorte de mixage fait de fragments sonores joués par Barre et de sons produits par mon écoute intime : un duo entre sa contrebasse et mon piano absent. Quelques instants-clefs révélés, oscillant entre intimité et espace du concert: la perception à la fois ralentie et fulgurante, irradiant l'espace, d'un bourdonnement provenant de l'extérieur du bâtiment, de la ville silencieuse en ce jour de célébration du 70e anniversaire de la victoire sur le nazisme, comme une extraction de drone urbain qui, dans un lent crescendo-decrescendo a mis en vibration l'architecture de l'abbatiale. Puis, plus tard, à la sortie d'un enfant pleurant dans les bras de son père, la transformation de ces mêmes pleurs en chant des sirènes au passage de la porte s'ouvrant sur l'espace extérieur. Les aboiements d'un chien ont conclu cette séquence en accompagnant l'effet de coupure acoustique de la porte se refermant. Demain, 9:30 AM, navette pour nous conduire au lieu du concert, the trio is back!
Concert à midi ce jour, à la Fonderie, immense lieu et large plateau habité par le magnifique Théâtre du Radeau. La matinée débute par un échauffement dans la boîte à musique, face à un Bösendörfer, dont la table d'harmonie affiche le numéro 31423, et dont une partie des étouffoirs est constellée de fragments de post it blancs indiquant le nom de la corde directement alignée au-dessous. G#, D, Bb, F, C#, et cætera, presque deux tiers des étouffoirs marqués de la sorte. Malgré une absence de logique apparente, je tente de retrouver une origine, un sens à cet agencement alphabétique des lettres-sons. Inversant un processus connu qui part du nom ou du prénom pour aboutir à une suite de notes, je me prends au jeu de découvrir un nouveau B.A.C.H., un si bémol_la_do_si bécarre d'aujourd'hui, au sein d'un réseau de hauteurs de sons qui révèleraient leur énigme cachée.
Sur scène un Steinway & Sons, D, 582430. La musique du trio est immédiatement là, à nouveau, comme à chaque fois, miraculeusement et simplement, elle nous retrouve, elle trouve sa place en chacun de nous, elle trace son chemin dans notre abandon à l'instant. Difficile de parler de cette expérience avec d'autres moyens que ceux de l'expérience elle-même. La plupart des tentatives sonnent comme de mauvaises traductions. Pourtant parfois l'expérience vécue par les spectateurs permet d'éclairer et de clarifier notre propre expérience. Lorsque qu'après le concert, autour d'une table, j'entends le metteur en scène François Tanguy parler de son expérience à l'écoute de nos sons, et convoquer dans un même élan Robert Walser et la mécanique des fluides, j'ai l'impression de pouvoir mettre quelques mots sur mon expérience sonore indicible grâce à la relation qui naît ainsi de la confrontation entre deux expériences vécues simultanément. Soudainement l'intensité de la texture des microgrammes de Robert Walser joue en moi comme un dictionnaire ouvrant ses pages à mes propres sons. Les longues promenades de l'écrivain biennois, entre ville et campagne, me ramènent à nos espaces sonores en trio de plus en plus étendus, où l'écoute comme matériau est à chaque nouveau concert plus présente.
Surtout : à tout instant du jeu avec Barre et Urs, il me paraît possible d'emprunter n'importe quelle direction, de donner à mon propre jeu n'importe quelle forme, de lui attribuer n'importe quelle qualité. Il y a comme une réactivation continuelle de la totalité des possibles, et le plaisir est naturellement grand quand tous ces sons produits et échangés ne semblent résulter d'aucun travail et naître spontanément de leur propre propagation dans l'espace.
J.D.

Photos : Jacques Demierre

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Labfield : Bucket of Songs (Hubro, 2015)

labfield bucket of songs

Derrière Labfield, dont c’est le troisième CD, il y a trois musiciens connus de nos fidèles (que j’imagine infidèles de temps à autre) lecteurs : David Stackenäs (guitare), Giuseppe Ielasi (guitare, electronics) et Ingar Zach (percussions). Ce qui devrait suffire aux présentations !

Ce qui surprendra par contre peut-être comme moi nos infidèles lecteurs, c’est ce seau (cette pelletée ?) de chansons (qui démarrent ceci étant par des belles cordes gonflantes) qui en appelle de temps en temps à l'aide d'une invitée, Mariam Wallentin – note : la voix a été posée en 2013 sur des enregistrements datés de 2000, 2011 et 2013. Question style, le trio part dans tous les sens : ambiances électrogènes, joutes pseudo-africaines à la Hebden-Reid, néo-folk expérimental, balladisme à couronnes de fleurs…

Ce qui surprendra encore plus c’est que malgré sa diversité le CD fatigue bien vite avant de nous rebuter rien-que-ça. L’apothéose dans ce médiator qui égrène mollement une guitare folk sous des vocalises chagrines. Preuve que le format chanson n’est pas toujours bon conseiller.

Labfield : Bucket of Songs (Hubro)
Enregistrement : 2009-2013. Edition : 2015.
CD / LP / DL : 01/ Ragged Line Reversed 02/ Page 55 03/ Temporary Reasons 04/ Bucket of Songs 05/ Intensive Course in Bad Manners 06/ The Boy Who Never Remembered to Forget 07/ Straight A’s In Constant Sorrow 08/ Members Crossed 09/ Last Passacaglia
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Spyros Polychronopoulos : Electronic Music (Experimedia, 2014)

spyros polychronopoulos electronic music

Règle numéro deux, aux trois premières pistes d’un album, tu ne t’arrêteras pas, surtout s’il est l’œuvre de Spyros Polychronopoulos et que celle-ci se nomme Electronic Music.

Au départ, on se pose mille questions, entre quête des lignes de force et points d’ancrage aléatoires. Heureusement, alors que tout se ressemble pour mieux se différencier, entre boulimie noise inquiétante et militantisme atonal, le quatrième morceau, Em 4, nous emmène sur les traces de Pierre Schaeffer, dont l’ombre tutélaire hante des lieux tel un songe de nuit d’été orageuse et insectivore.

Une belle idée ne venant jamais seule, le musicien grec basé en Angleterre convoque les sonates pour piano de Boulez entre fées clochettes et brumes vivaces (Em 5), des impulsions Kosmische lointaines s’installent dans la galaxie Jana Winderen (Em 6), avant qu'une ultime frénésie sur lieux d’aisance ne vienne rappeler que tout n’est pas bon à prendre.

Spyros Polychronopoulos : Electronic Music (Experimedia)
Edition : 2014
CD : 1/     Em 1 2/    Em 2 3/ Em 3 4/ Em 4 5/ Em 5 6/ Em 6 7/ Em 7 8/ Em 8
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Joëlle Léandre, Serge Teyssot-Gay : TRANS 2 (Intervalle Triton, 2015) / Léandre, Duch : (live at) Gråmølna (Confront, 2014)

joëlle léandre serge teyssot-gay trans 2

Ce n’est qu’en me plongeant dans cette deuxième collaboration Joëlle Léandre / Serge Teyssot-Gay que je me suis (enfin) posé la question de la signification de TRANS : transgenre ? transversale ? transmission ? transition ?

Moi qui en redemandais (lire TRANS), me voilà servi en couleurs (du rouge à l’orange et du vert au violet)… Et là le duo ne s’encombre plus de politesses mais fond sans attendre sur ses cordes tendues. Archet contre médiator, médiator contre archet, Léandre et Teyssot-Gay vous invitent dans le tipi familier. Là-dedans, le guitariste singe le thérémine de Clara Rockmore pour révéler l’indienne qui sommeille en Léandre. Sur des parallèles de cordes, la dame castafiore (du verbe...) tant et si bien qu’elle transforme en chansons ces improvisations électriques. Jusqu’aux pics. Et, croyez-moi, c’est pas des pics de hannetons.  

Joëlle Léandre, Serge Teyssot-Gay : TRANS 2 (Intervalle Triton / Souffle Continu)
Edition : 2015.
CD : 01/ Rouge 02/ Orange 03/ Jaune 04/ Vert 05/ Bleu 06/ Indigo 07/ Violet
Pierre Cécile © Le son du grisli

joëlle léandre michael duch live at gramolna

Enregistrées le 1er novembre 2013, ces six improvisations pour une ou deux contrebasse(s) agitèrent Joëlle Léandre et Michael Francis Duch. Ce sont deux archets qui se tournent autour, se cherchent dans le même temps qu’ils entament un ballet commun : qui ira au son de gestes rapides, de graves embrassant et d’harmoniques complémentaires déposés sur des trames plus ou moins discrètes. Après quoi, une suite de pizzicatos impose plus de retenue au duo : Duch aurait-il tiré Léandre par la manche ? –  seuls les spectateurs de Gråmølna pourraient le dire. En tout cas, l’effet est renversant.

Joëlle Léandre, Michael Francis Duch : (live at) Gråmølna (Confront / Souffle Continu)
Enregistrement : 1er novembre 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ The Gråmølna Duo 1 02/ The Gråmølna Duo 2 03/ The Gråmølna Solo (JL) 04/ The Gråmølna Duo 3 05/ The Gråmølna Solo (MD) 06/ The Gråmølna Duo 4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #11

ldp 6 mai 2015

Avant leur passage, ce midi même, au Mans (Europajazz), Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips firent, à la Künstlerhaus de Saarbruck, une rencontre. Là, les attendait en effet un piano droit Rönisch.

6 mai, Sarrebruck, Allemagne
Musik im Künstlerhaus

Arriving after a rather long day of train travel in Saarbrucken, at the Regional Kunst Haus where we were to be lodged and where we would play a concert on the 6th in trio. I was struck by how simple it was to rehabilitate an older town house, put up a sign "Regional Art House" and Shazam!, you're in business. There seemed to be no exhibition on while we were there. But it was open, staff working. Straight away, in the entrance hallway, there is this rather touching pair of pictures (are they posed photos or a painting?), side by side of a French and a German border customs officer, both sound asleep, their respective heads nestled in their arms on plain tables (like the ones they used to ask you to unpack your suitcase on). Not joyfully shaking hands, no. Asleep on the job.
Jacques didn't travel with us. He came later. He had another concert just after Ulrichsberg, in Bologna. The sixth (top) floor of the Haus is an apartment for visiting firemen. Really very nice, furnished with early IKEA beds and fittings, 2 bedrooms, kitchen, bath, salon and was very welcome after so many days (and nights) of hotel accommodation. The concert took place on a lower floor in one of the larger gallery rooms where our hosts had set-up chairs. The concert was free to the public and they did turn up. Nice crowd.
For me the concert was one of the most amazing so far on the tour. It wasn't the first upright piano that Jacques was presented with but it seemed to be a bit particular. The acoustic of the room was such that we set up in a distinct configuration with Urs and I on either side of Jacques. The sound quality of the piano (I really can't describe it, but it was more like a sound sculpture than a piano) was such that we were drawn into quite unique structural spaces. The result was musically very interesting and enjoyable, even comfortable. One of the punters comments after the concert - "Wow, that piano has a great sound!" Thank you Jacques for your astuteness in being able to use the situation (l'instrument de jour and the acoustic space) to the advantage of the music and not trying to impose something that is not going to work but is what you want to hear.
B.Ph.

Das Konzert heute findet im leeren Ausstellungsraum des Saarländischen Künstlerhauses in Saarbrücken statt. Es gibt momentan keine Ausstellung sondern ausschliesslich weisse Wände. Die spontane Musik des Trios wird zur performativen Klanginstallation. Jacques spielt heute auf einem orthodoxen upright Klavier. Es gleicht eher einer kleinen, protestantischen Kirchenorgel oder einem Möbel mit eingebautem Computer. Der Klang des Klaviers ist im Raum schwierig zu ordnen. Daher stellen wir unsere Standard Positionen um. Jacques spielt heute in der Mitte, mit dem Rücken zum Publikum. Barre auf der rechten Seite und ich auf der linken mit Sicht zum Publikum. Die Leute sind pünktlich. Das Konzert beginnt, bum! Die 80 Zuhörer sind aufmerksam, offen und neugierig. Wir spielen drei intensive Teile mit Unterbruch und Zwischenapplaus von insgesamt einer Stunde. Wir nutzen den Klang im Raum auf verschiedene Weise, indem ich mein Saxofon bewege und Barre im letzen Stück seine Position wechselt. Der Gesamtklang verdichtet sich. Nach einem harmonisch, melodischen Schlussteil enden wir alle gemeinsam in einem G-Dur Schluss-akkord! Die Leute sind begeistert.
Im Anschluss zum Konzert kommt ein 12 jähriger Junge mit seinem Vater zu mir und sagt: „Er spiele auch Saxofon. So etwas habe er jedoch noch nie gehört. Er war völlig überrascht und begeistert, dass solche Klänge die ich im Konzert auf meinem Saxofon gespielt habe überhaupt möglich sind. Er probiere dies nun auch“. Ich habe ihm empfohlen alles was er zukünftig spiele oder in die Hand nimmt als Klang zu akzeptieren. Im Moment wo der Klang für ihn klingt, klinge er auch für den Zuhörer.
U.L.

P1100170

Au fond de la galerie, dans la lumière blanche du matin, un piano droit Rönisch, allemand, austère et ondulé. Dès l'ouverture du couvercle, une inscription dans le bois saute aux yeux, Made in Germany, sur la gauche du clavier. A l'intérieur de l'instrument, d'autres informations, Endkontrolle 210536, signe d'une rigueur sans relâche, jusqu'au dernier détail. Les marteaux sont estampillés ABEL GERMANY, la mécanique est signée Renner, un nom synonyme de qualité et entouré de deux lignes en ovale, l'une fine l'autre épaisse, sous lesquelles est précisé sans équivoque Made in Germany. Et comme si l'inscription Pianofortefabrik Leipzig moulée dans le cadre en métal ne suffisait pas, un Made in Germany supplémentaire s'affiche fièrement à l'arrière des cordes tendues et croisées. A force de tant pointer l'origine de l'instrument, de souligner la qualité allemande du travail, la famille Rönisch, l'une des plus anciennes fabriques de pianos d'Allemagne, a introduit le doute en moi. Ce volontarisme ne cacherait-il pas une fissure profonde? Le taxi marocain qui m'a conduit de la gare de Saarbrücken à mon hôtel, après 12 heures de train rythmées par la grève des conducteurs de locomotives, n'avait-il pas raison en affirmant que les allemands sont tombés dans une mélancolie qui a pénétré fort avant leur esprit ? Le peuple allemand ne travaille plus, il fonctionne, m'a confié le conducteur nord-africain, en ajoutant ironiquement, alors que l'on conversait en hochdeutsch, que si, de mon côté, on entendait que je n'étais pas allemand, du sien, on voyait qu'il ne l'était pas.
Peut-être est-ce cette mélancolie rampante qui a poussé une spectatrice musicienne, profitant de quelques mesures de tacet dans la partie de harpe de L'enfant et les Sortilèges de Ravel, oeuvre jouée le même soir à l'opéra par le Saarländisches Staatsorchester Saarbrücken, à venir faire l'expérience en direct des sons du trio qui auront ainsi, à travers son écoute, résonné dans le silence écrit par le compositeur français.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre.

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Reinhold Friedl : Golden Quinces-Earthed For Spatialised Neo-Bechstein (Bocian, 2014)

reinhold frield golden quinces

Chef principal des émérites Zeitkratzer, dont la réputation n’est plus à faire, Reinhold Friedl a longtemps tardé à nous convaincre en position solo. Vous l’avez deviné, son petit dernier Golden Quinces, Earthed For Spatialised Neo-Bechstein est d’un tout autre acabit.

Jouée, son nom l’indique, sur un Neo-Bechstein, soit le premier piano électrique du XXe siècle, l’unique pièce de cinquante-cinq minutes voit le quinqua berlinois à son meilleur, là où son art des plus subtils recherche des familiarités entre György Ligeti et… Eyes Like Saucers.

Profondément angoissante, l’œuvre ne se limite toutefois pas à un catalogue trouillométrique à zéro. Si on y ressent également le vent glacial s’engouffrer dans la friche industrielle berlinoise explorée en son temps par Gilles Aubry (The Amplification of Souls), un registre grave et tourmenté à la Deaf Center offre un contrepoint bienvenu aux répétitions, qui ne le sont qu’en apparence. Et si on tenait là un des premiers grands disques de 2015 ?

Reinhold Friedl : Golden Quinces-Earthed For Spatialised Neo-Bechstein (Bocian Records)
Edition : 2015
CD : 1/ Golden Quinces, Earthed
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Peter Evans : Destination : Void (More Is More, 2015)

peter evans destination void

Les phrasés d’Evan Parker joués en ouverture de Destination : Void par la trompette de Peter Evans (Twelve) annoncent quelques chauds chambardements. Quelques notes ânonnées jusqu’à l’absurde par cette même trompette permettent que déambulent les doigts frappeurs de Ron Stabinsky (Twelve encore). Et c’est en cet instant même (Twelve toujours) que se retrouve la magie percussive d’un Jim Black, ici joliment ressuscité.

For Gary Rydstrom & Ben Burtt soigne les chocs-unissons et autres rasoirs-couperets sur lesquels ne sursautent pas les electronics de Sam Pluta qui, au contraire, agrippent l’obsédante partition du trompettiste. Make It So est une pièce contemporaine où errent quelques noirs fantômes : l’horizontalité y est étouffante, les silences également. Les chromatismes de Tresillo annoncent des précipices à venir. Dans la chute surgiront un chorus somptueux du leader et la contrebasse délurée de Tom Blancarte avant que ne surgisse, en toute logique, le cluster fatal et libérateur. Destination : Void ou l’audace d’un quintet (et d’un compositeur) au sommet de son art.

Peter Evans Quintet : Destination : Void (MM / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Twelve (for Evan Parker) 02/ For Gary Rydstrom & Ben Burtt 03/ Make It So 04/ Tresillo
Luc Bouquet © Le son du grisli

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