Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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13 miniatures for Albert Ayler (Rogue Art, 2012)

13 miniatures for albert ayler

C’est en plein cœur que l’on doit viser. Là, où précisément, se niche le sensible. En cette matinée du 13 novembre 1966, les civilisés avaient décidé de crucifier le sauvage. Le sauvage se nommait Albert Ayler. La bataille fut rude. Perdue d’avance. « Ça fait quoi, Monsieur Ayler, ces serpents qui sifflent sous votre tête ? » Albert ne répondit jamais. Quatre ans plus tard, un chapiteau chavira et Ayler ne put contenir ses pleurs. La suite est connue. La fin dans l’East River. Beaucoup d’orphelins parmi les sauvages. Les civilisés avaient déjà oublié.

Pour commémorer les quarante ans de la mort d’Ayler, on convoque dix-huit sensibles. Ils sont sensibles et le savent. Ils se nomment : Jean-Jacques Avenel, Jacqueline Caux, Jean-Luc Cappozzo, Steve Dalachinsky, Simon Goubert, Raphaël Imbert, Sylvain Kassap, Joëlle Léandre, Urs Leimgruber, Didier Levallet, Ramon Lopez, Joe McPhee, Evan Parker, Barre Phillips, Michel Portal, Lucia Recio, Christian Rollet, John Tchicai. Ensemble ou en solitaire, ils signent treize miniatures. On est bien obligé d’en écrire quelques mots puisque tel est notre rôle. Donc : certains battent le rappel du free ; un autre se souvient des tambours de Milford ; un autre, plus âgé, refait les 149 kilomètres séparant Saint-Paul-de-Vence de Châteauvallon ; deux amis ennoblissent le frangin disparu puisque jamais le jazz n’ennoblira les frangins (n’est-ce pas Alan Shorter, Lee Young ?) ; l’une et l’autre réitèrent le Love Cry du grand Albert ; l’une gargarise les Spirits d’Ayler. Et un dernier, sans son guitariste d’ami, fait pleurer ses Voices & Dreams. Toutes et tous habitent l’hymne aylérien. En ce soir du 2 décembre 2010, les sensibles se sont reconnus, aimés. Ce disque en apporte quelques précieuses preuves.

13 miniatures for Albert Ayler (Rogue Art / Les Allumés du Jazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01 to 13/ Treize miniatures for Albert Ayler
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Raphaël Imbert : N_Y Project (Zig Zag, 2009)

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Depuis 2003, Raphaël Imbert a beaucoup séjourné à New York pour mener à bien ses recherches sur le rapport des jazzmen au sacré. Aujourd’hui, ce disque pourrait être le pendant sonore des écrits du saxophoniste sur la dimension spirituelle du jazz.

Le morceau qui ouvre le disque est une reprise de Duke Ellington : Echoes of Harlem. Gerald Cleaver (batterie) et Joe Martin (contrebasse) reconstituent la jungle ellingtonienne tandis qu’avec le saxophone de Raphaël Imbert surgit la contemporanéité de l’asphalte new yorkais. Le décor est planté : nous sommes là au point de confluence de deux mondes, et ce point de choc s’appelle jazz. On sait aussi que le propos ne sera pas d’adopter une posture nostalgique mais plutôt d'interroger l’avenir du jazz à l’aune de son histoire, à l’image de la superbe photo de couverture de Franck Jaffrès qui laisse entrevoir un New York entre chien et loup.

Ce sera le thème Central Park West, emprunté à John Coltrane, qui clora l’album, et ainsi refermera sa boucle géographique et esthétique. A l’intérieur : onze compositions de Raphaël Imbert. Trois autres silhouettes de jazzmen mystiques se dessinent : Albert Ayler (dont le saxophone ténor emprunte le vibrato exacerbé sur Albert Everywhere, peut être le plus beau morceau ici), John Zorn (un My Klezmer Dream tout en angles et changements de rythme) et Rahsaan Roland Kirk (NYC Breakdowncalling ou l’art de souffler dans plusieurs sax simultanément).

Ailleurs, Imbert convoque l’esprit des cloîtres (Cloisters Sanctuary) et des temples (la très belle suite The Zen Bowman dédiée au philosophe allemand et adepte du zen Eugen Herrigel). On le comprend vite, N_Y Project est une œuvre, en ceci que la forme (la musique de jazz) et le fond (la dimension historique et spirituelle de celle-ci) sont en résonance et cohérence. Il n’est donc pas de hasard, et c’est naturellement que dans le livret  est évoqué l’ouvrage de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli « Free Jazz Black Power », (re)lecture politique de la musique africaine-américaine et chant d’amour à sa modernité : « Qu’ y a-t-il dans l’amour du jazz ? La beauté, l’émotion, la nostalgie, l’excitation, la jeunesse, la révolte, tout cela sans doute. Mais d’abord le goût des chemins nouveaux, le vif désir de l’inouï ». Que nous retrouvons ici.

Raphaël Imbert : N_Y Project (Zig Zag Territoires / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Echoes of Harlem 02/ Lullaby from The Beginning 03/ Cloisters Sanctuary Introduction 04/ Cloisters Sanctuary 05/ Albert Everywhere 06/ My Klezmer Dream 07/ Struggle for Manhattan’s Life 08/ NYC Breakdowncalling 09/ The Zen Bowman : Prayer 10/ The Zen Bowman : Surrender 11/ The Zen Bowman : Target 12/ The Zen Bowman : Arrow 13/ Central Park West
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Archives Raphaël Imbert

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Raphaël Imbert: Bach Coltrane (Zig Zag Territoires - 2008)

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Après avoir réfléchi, pour le compte de la Villa Médicis hors les murs de New York, aux rapports qu’entretiennent jazz et sacré, Raphaël Imbert convoque une poignée de musiciens dont le Quatuor Manfred pour l’enregistrement de Bach Coltrane, point d’orgue aussi déroutant que convaincant dans la carrière du saxophoniste.

Bach et Coltrane, donc : rapprochement qui aurait pu tenir de la fantaisie mais dont Imbert use comme d’un prétexte, qui l’oblige à mettre au jour des arrangements étudiés à l’occasion d’une rencontre musicale rare. Alors, le saxophone vacille peu à peu sur la voie de Crescent, s’emporte malgré le soutien de l’orgue et emmène avec lui un monde de cordes que l’on pensait inaltérable ; le contrepoint réinstallé par le quatuor, un texte porté haut par la voix de Gérard Lesne, et puis un autre déraillement, celui de Song of Praise.

Le mouvement, partout, suit les nuances des croyances de siècles différents, de doutes en assurances, voire, en vérités. Sur le papier, l’expérience délicate tant les pièges sont nombreux. Et puis Bach Coltrane, qui dépose son épreuve, magistrale.

CD: 01/  J.S. Bach - Art de la fugue - 1er contrepoint et improvisations de Raphaël Imbert 02/  John Coltrane - Crescent Partie I - Partie II - Partie III - Partie IV 03/ John Coltrane - Crescent Partie II 04/ John Coltrane - Crescent Partie III 05/ John Coltrane - Crescent Partie IV 06/ J.S. Bach - Concerto pour clavier BWV 1056 – Largo 07/ J.S. Bach - Concerto pour clavier BWV 1056 – Improvisation 08/ He nevuh said a mumbalin' word (Live) – Introduction 09/ He nevuh said a mumbalin' word (Live) - He nevuh said a mumbalin' word 10/ J.S. Bach - Fantaisie BWV 542 en sol mineur 11/ J.S. Bach - Messe BWV 232 en si mineur 12/ J.S. Bach - Art de la fugue - 9ème contrepoint - Quatuor Manfred 13/ John Coltrane - Song of praise / J.S. Bach - Jesu mein Freund BWV 227 - Partie I 14/ John Coltrane - Song of praise / J.S. Bach - Jesu mein Freund BWV 227 - Partie II 15/ J.S. Bach - Cantate "Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust" BWV 170 (1er air) 16/ Improvisation sur B.A.C.H. / John Coltrane - The Father, the Son and The Holy Ghost 17/ M. Luther - Mit'Fried und Freud'ich fahr dahin 18/ John Coltrane - Reverend King 19/ A. Rossi - Choral de Mi - Partie I 20/ A. Rossi - Choral de Mi - Partie II 21/ J.S. Banch - "O Welt, ich muss dich lassen" BWV 45

Raphaël Imbert Brotherhood Consort - Bach Coltrane - 2008 - Zig Zag Territoires. Distribution Harmonia Mundi.

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