Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christina Kubisch à NantesA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Elliott Smith : Either/Or (Kill Rock Stars, 1997)

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Rédiger quelques phrases à propos d'un de ses disques préférés semble à première vue être une tâche facile. Le fait est que ce ne l'est vraiment pas, en tout cas pas pour moi, car il s'agit de trouver l'album qui résume parfaitement l'amour qu'on porte à la musique. Ceci-dit il faut bien faire un choix et au bout du compte je suis sûr de mon choix car cet album me fascine encore aujourd'hui.

Je me souviens de cette découverte comme si c'était hier. J'étais allé au cinéma voir le film de Gus Van Sant Good Will Hunting et c'est là que j'ai entendu pour la toute première fois Elliott Smith. Either/Or est sorti en 1997 sur le label Kill Rock Stars. Le titre de ce troisième album vient du livre de Søren Kierkegaard qui exploite les thèmes de l'angoisse, du désespoir, de la mort ou encore de Dieu. Un disque d'une beauté absolue.

Elliott Smith : Either/Or (Kill Rock Stars) 
Edition : 1997.
CD : 01/ Speed Trials 02/ Alameda 03/ Ballad of Big Nothing 04/ Between the Bars 05/ Pictures of Me 06/ No Name No5 07/ Rose Parade 08/ Punch and Judy 09/ Angeles 10/ Cupids Trick 11/ 2:45 AM 12/ Say Yes
Valentin Sanchez © Le son du grisli


onedecadesliValentin Sanchez est l'un des responsables du label Own Records. A l’occasion de ses 10 ans, le label fait paraître un portfolio : One Decade of Introspection.



Adam Linson : Figures and Grounds (Psi, 2011)

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Le dessin de couverture, signé Caroline Forbes et Evan Parker, dit assez bien ce qu’on peut trouver sur Figures and Grounds, disque du Systems Quartet d’Adam Linson (contrebasse, électronique). De celui-ci, on savait l’implication : avec laquelle il instillait hier un peu d’électronique au discours de John Butcher ou tentait avec plus de peine de persuader de l’originalité de son vocabulaire sur Cut and Continuum (que Psi publia en 2006).

Si jamais Adam Linson avait besoin de partenaires d’exception pour pouvoir éblouir, alors on ne peut que saluer l’élaboration de ce Systems Quartet : Axel Dörner (trompette, électronique), Rudi Mahall (clarinette basse) et Paul Lytton (batterie, percussions) y jouent en effet les partenaires sus définis. De leurs voix singulières, Linson s’empare donc, travaillant ses effets et maniant le décalage avec inspiration.

Le parti pris est ardent sur Swamp Delta to the Sky : les ruades nombreuses donnant naissances à des morceaux de grand fracas à l’intérieur desquels l’électronique, à force d’agacements, stimule l’acoustique. Mais c’est en agitateur plus réservé que Linson créé avec le plus d’éclat, ce que City Dissolved in Light et Invisible Mornings prouvent. Là, Dörner, Mahall et Lytton, distribuent impulsions et notes claires, tous éléments mis au service d’une abstraction féconde. Ses trajectoires induites sont multiples et permettent même à l’acoustique de reprendre le dessus : Lytton multiplies les charges sèches, Dörner et Mahall emboîtent souffles et notes-réflexes. En toute discrétion, Linson peut conclure à l’archet, la confrontation électroacoustique ayant porté ses fruits, ses figures.

Adam Linson : Figures and Grounds (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 14 janvier 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ Swamp Delta to the Sky 02/ City Dissolved in Light 03/ Invisible Mornings
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Fages, Hayward, Veliotis : Tables and Stairs (Organized Music from Thessaloniki, 2011)

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Inviter trois personnalités telles que Ferran Fages (ici aux ondes sinusoïdales), Robin Hayward (tuba) et Nikos Veliotis (violoncelle), d’agir en concours de discrétions, tel était l’enjeu de Tables and Stairs – titre évoquant peut-être l’appartement athénien dans lequel ce concert a été enregistré.

Sur une note longue, le tuba l’emporte d’abord mais oscille bientôt, amoindri par de premières ondes filigranes. L’archet ajouté, le premier moment du discours musical choisit de tout tirer non vers le bas mais vers le grave. Le reflet, ensuite : à la même place mais sur plan inversé, les instruments accrochent haut leurs notes, dans des gestes amples, jusqu’à ce que perce un silence.

A Fages, alors, de siffler l’instant de la reprise. Tables and Stairs jouera de soupçons et de redites pour prouver que les sons n’existent pas qu’à fort volume, qu’ils peuvent même se faire entendre davantage tandis qu'ils s'effacent : une histoire de souvenir et de silence à suivre que Fages, Hayward et Veliotis servent, ainsi donc ensemble aussi bien que séparément, avec un à-propos superbe.

Ferran Fages, Robin Hayward, Nikos Veliotis : Tables and Stairs (Organized Music from Thessaloniki)
Enregistrement : 27 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Tables and Stairs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Morton Feldman : Triadic Memories (Sub Rosa, 2011)

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Jean-Luc Fafchamps avait déjà enregistré Triadic Memories. C’était en 1990 et c’était déjà pour Sub Rosa. Cela l’empêchait-il d’y revenir ? Non bien sûr, surtout qu’il sert ici une partition corrigée, que l’on dit aujourd’hui plus fidèle. Et que cette nouvelle interprétation (2009) de l’œuvre de Feldman est ravissante.

La finesse du pianiste va comme un gant à ces structures érodées par la répétition, le balancement et aménagées en micro-cosmos. La réverbération arrondit encore les angles, tant et si bien que les figures sonores perdent l’équilibre. Elles entament une danse de désespoir. La chorégraphie s’invente dans l’instant et sa lassitude est synonyme de temps qui passe. Voilà pourquoi Fafchamps a bien fait de revenir à Triadic Memories dont Sub Rosa a soigné la mise en page.

Morton Feldman : Triadic Memories (Sub Rosa / Orkhêstra International)
CD : 01. Triadic Memories
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Duncan, Goldsby, Tiemann : The Innkeeper’s Gun (Bass Lion, 2010)

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On aura le plus grand mal à raccrocher quelque lien ligettien ici (Ligeti Split). De même, on s’avouera impuissant à commenter une improbable version du Paparazzi de Lady Gaga. Et on s’inquiéterait presque de ce très très grand écart.

On dira donc du trio de Jason Duncan (saxophone alto), John Goldsby (contrebasse) et Jason Tiemann (batterie) qu’il organise un jazz vif à défaut de vibrant. L’incisif vibrato du saxophoniste, le liant indiscutable du contrebassiste, les arythmies sanguines du batteur ne sont pas à sous-estimer et l’auditeur pourra y prendre quelque (réel) plaisir. Mais pour le grand frisson…

Jacob Duncan, John Goldsby, Jason Tiemann : The Innkeeper’s Gun (Bass Lion)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Jim Henson 02/ Ligeti Split 03/ Paparazzi 04/ More Than Something 05/ The Innkeeper’s Gun  06/ Never Come Back To Me 07/ Neda 08/ Juan in the Basement
Luc Bouquet © Le son du grisli



DM&P : Insular Dwarfism (Audio Tong, 2011)

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Paweł Dziadur explique dans un texte de quoi retourne ce « wave-attack improvisation software » qu’il a développé et dont il se servait récemment – ainsi que de synthétiseur, laptop, etc. – en friche industrielle en compagnie de deux saxophonistes : Slawomir Maler et Philip Palmer.

Le trio a pour nom DM&P et défend sur Insular Dwarfism une musique improvisée faite d’antagonismes porteurs. Les courts échanges contenus-là font état d’une coalition (celle, bien sûr, de deux ténors et d’un alto, aguerris sûrement par l’écoute de classiques du free jazz) en proie aux assauts électroniques divers et même originaux de Dziadur. La réverbération naturelle de l’ancienne usine dans laquelle ils prennent positions aidant, les trois musiciens parviennent à faire de leur joute forcée un recueil de pièces électroacoustiques affolées, et souvent saisissantes.

DM&P : Insular Dwarfism (Audio Tong)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Sea Serpent Fiesta 02/ Trepanning for Dummies 03/ Glass of Water 04/ The Worm and A Dip Pen 05/ Medicine Man 06/ Power of Fool Bitch System 07/ Reason In Question 08/ Uv Mother DP 09/ Wok Wet to Sing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mem1, Stephen Vitiello : Age of Insects (Dragon’s Eye, 2011)

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J’imagine Mark & Laura Cetilia (Mem1) faire la route de chez eux au studio de Stephen Vitiello. J’imagine le trio réfléchir à cet Age of Insects, aux moyens de concilier électronique, acoustique et field recordings. Après quoi, j’écoute ce qui est ressorti de leur collaboration.

Mis à part le violoncelle de Laura Cetilia, on ne sait quels sont les instruments utilisés ici – la pochette du disque ne le dit pas. Un souffle chaud vibre, mais provient-il d’un orgue ou d’une flûte de cristal ? Des craquements dans l’atmosphère font que tout l’univers sonore vibre à son tour. Son arborescence est indescriptible, ce qui fait beaucoup de mystères. Beaucoup de mystères et beaucoup de beauté dont les conséquences sont indescriptibles.

Mem1, Stephen Vitiello : Age of Insects (Dragon’s Eye)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2011.
CDR : 01/ Cascoplecia 02/ Ektattricha 03/ Vosila 04/ Protophasma 05/ Paleophaedon 06/ Monura 07/ Electrinocellia
Pierre Cécile @ Le son du grisli


Lawrence English, Stephen Vitiello : Acute Inbetweens (Crónica, 2011)

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Architecte majeur de la scène electronica des dix dernières années, l'Australien Lawrence English ne cesse de nous passionner, tant et plus, Qu'il aiguise ses lames de patron du label Room40 en hébergeur impliqué des excellent(issime)s DJ Olive, Tim Hecker et Tujiko Noriko, qu'il diffuse ses oeuvres frémissantes au contact des maisons 12K ou Touch, le musicien from Down Under colorie les brumes ambient souvent trop moroses d'une inventivité forçant le respect.

Aujourd'hui abrité dans la magnifique officine portugaise Crónica (Mathias Delplanque, Gintas K, Ran Slavin), le producteur aussie rejoint à distance l'Américain Stephen Vitiello en une collaboration transpacifique absolument splendide. Tout en démarrant sous des auspices familiers aux oreilles, à la condition expresse d'avoir fréquenté Taylor Deupree ou Christian Fennesz, Acute Inbetweens évolue très progressivement – lisez subtilement – vers une déclinaison amoureuse où la lenteur dévoile ses charmes inattendus.

Pièce maîtresse de l'ensemble, le second morceau Soft Plastic Shell s'imprègne d'une volupté sereine extrême-orientale, qui n'est toutefois jamais noyée dans des clichés zen pour touristes occidentaux en mal d'exotisme cheap. D’un tout haut niveau, la suite s’inscrit dans les mêmes traces. Nous les suivons langue pendue et pavillons grands ouverts.

Lawrence English + Stephen Vitiello : Acute Inbetweens (Crónica Electronica)
Edition : 2011.
CD : 01/ Christening the Blackbird 02/ Soft Plastic Shell 03/ La Voix est absente 04/ Tickled Inside 05/ Exposure in Relief
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Avram Fefer, Eric Revis, Chad Taylor : Eliyahu (Not Two, 2011)

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Ne peuvent s’oublier ici les glorieux (indépassables ?) exemples du passé. Mais faisons comme si… Un alto (qui se voudrait ténor) ou un ténor (encore plus aiguisé, celui-ci), une contrebasse (enveloppante et tournoyante), une batterie aux découpes franches… Soit Messieurs Avram Fefer, Eric Revis & Chad Taylor. Soit le jazz en sa formule saxophone-contrebasse-batterie. Et même, si pas facile, oublier les aînés…

Reconnaissons au trio de ce jour un appétit vorace. En un sens, les promesses contenues en début de thème sont tenues : le saxophone, après exploration aisée de l’harmonie, convulse avec talent ; contrebasse et batterie (félin percussionniste que ce Chad Taylor !) ne se détournent jamais du chemin choisi et la modestie n’est jamais de mise. Le jazz, toujours vivant, pourrait-on dire.

Avram Fefer, Eric Revis, Chad Taylor : Eliyahu (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.  
CD : 01/ Song for Dyani 02/ Wishful Thinking 03/ Appropriated Lands 04/ Eliyahu 05/ Trued Right 06/ A Taste for Love 07/ Essaouira 08/ City Life 09/ Eliyahu tk. 2
Luc Bouquet © Le son du grisli


Sophie Agnel, Bertrand Gauguet, Andrea Neumann : Spiral Inputs (Another Timbre, 2011)

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N’en déplaise à la coquille de couverture, n’est pas Sprials qui veut. Quatre Spiral le prouvent, dans lesquelles se sont engouffrées Sophie Agnel (piano), Andrea Neumann (cadre de piano et électronique) et Bertrand Gauguet (saxophones alto et soprano).

Dans un espace sonore préparé par Benjamin Maumus, le trio fait preuve de patience dans son projet musical : avant l’élévation, et donc l’allumage précipité à force d’allers et venues sur cadre et sous écho, il y a des graves et des crépitements. En vol, les expressions doivent encore faire avec autant ou presque de discrétions, sur le qui-vive pour éviter les fautes intentionnelles ou ne pas révéler de vérités trop évidentes.

Ensuite alors, les insistances : une note à la gauche du clavier qu’Agnel se prend à harceler, des souffles en saxophones qui suivent des trajectoires brèves ou qui vocifèrent pour être sectionnés menus, une rumeur-acouphène qui, malgré sa discrétion, tient bon devant les pratiques tumultueuses ou les insinuations perçantes. A la fin, la tension dramatique retrouve même le chemin du rythme. 

EN ECOUTE >>> Spiral Inputs (extrait)

Sophie Agnel, Bertrand Gauguet, Andrea Neumann : Spiral Inputs (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Spiral #1 02/ Spiral #2 03/ Spiral #3 04/ Spiral #4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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