Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Charlie Morrow : Toot! (XI, 2011)

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Comme c’est agréable de faire la rencontre fortuite d’un artiste multicarte doté d’un sacré talent de compositeur. L’occasion nous est donnée par la sortie d’un triple CD sur le label Experimental Intermedia (XI), Toot!, qui contient des œuvres  sonores que Charlie Morrow a conçues entre 1957 et 2007.

Il y a de tout ou presque sur Toot! Et il y en a pour tout le monde. Par exemple des oiseaux électroniques qui piaffent à Central Park, des vieilles boîtes à musique, des collages de bande-son cinématographiques (la voix de Marilyn encerclée par les violons), des mélodies mélancoliques, des chansons de synthèse… Toutes les pièces servent un concept qui tient plus ou moins la route – c'est-à-dire qui réussit (ou non) à faire coller une belle forme sur une belle idée.

Tout ça n’est que poésie, me direz-vous… Accepté, encore que Morrow est capable de s’attaquer à des projets monumentaux, comme Choral Bounce (qui fait penser à Palestrina ou Eleni Karaindrou), Book of Hours of Catherine de Clèves (une étonnante évocation du XVIe siècle français) et surtout la série de Wave Music (qui évoque quant à elles Penderecki ou Zbigniew Preisner). C’est dire que cette anthologie est foisonnante, et que tout un chacun mérite de croiser un jour la route de Charlie Morrow, inoubliable poète des sons. 

Charlie Morrow : Toot! (XI Records)
Enregistrement : 1957-2007. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Central Park 1850 02/ Breath Chant 03/ Windsong 04/ Very Slow Gabrieli 05/ Marilyn Monroe Collage 06/ Late Afternoon Chant – CD2 : 01/ Central Park 2007 02/ Chorale Bounce 1 03/ Chorale Bounce 2 04/ Wave Music for 30 Harps 05/ Wave Music for 40 Cellos 06/ Toot 'n' Blink Chicago 07/ A Future Harvest – CD3 : 01/ Book of Hours of Catherine of Cleves 02/ Feather
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Dakota Suite : The Hearts of Empty (Karaoke Kalk, 2011)

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En théorie musique de l’instant où de chaque note découle un moment inattendu dû à sa nature improvisée, le jazz revêt toutefois une multitude de visages. Celui dessiné par le duo américain Dakota Suite est très séduisant. Construite sur des schémas à priori simples où la contrebasse et le piano entrent en interaction avec des percussions brossées, rien d’étonnant dans le secteur, la vision défendue par Chris Hooson et David Buxton est parfaitement à l’aise dans son époque. Evitant tout conformisme maniéré et tout intellectualisation forcée, leur démarche contourne les structures toutes faites.

Espiègles, les deux compères  scannent le champ du connu et du remâché – c’est pour mieux s’aventurer dans des directions séduisantes de dynamisme rythmique et de variations infinies sur des mêmes thèmes. Un exemple pratique au lieu d’un long discours ? La fin du troisième morceau arrivée, on se dit qu’on vient d’écouter le premier titre, que trois ou quatre minutes sont passées et que ça démarre bien. Non seulement le début est bon mais huit minutes se sont écoulées, telle une étoile filante qu’on ne voudra jamais voir disparaître. Time flies when you’re having fun.

Dakota Suite : The Hearts Of Empty (Karoke Kalk / Amazon)
Edition : 2011.
CD : 01/ Easy Steps 02/ Cataluña 03/ Namiko 04/ The Hearts Of Empty 05/ How To Stop A Moving Body 06/ The Ladder 07/ Eskimo Nebula 08/ M-Theory 09/ Underpowered 10/ Vermont Canyon Road 11/ Congruences 12/ The Black Pyramid 13/ Legend Of The Skies 14/ The Basin
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


John Zorn : The Satyr’s Play / Cerberus (Tzadik, 2011)

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L’enregistrement débute au son d’un fouet qui claque. Que l’on aimerait voir, de lui-même, se retourner contre John Zorn. Le geste et ses conséquences auraient sans doute plus d’allure que ces pièces pour percussions et inserts interprétées par Cyro Baptista et Kenny Wollesen (Visions of Dionysus) et cette composition d’un pompier terne (Cerberus) pour laquelle Peter Evans (trompette), David Taylor (trombone basse) et Marcus Rojas (tuba) ne peuvent pas grand-chose.

Ainsi donc, Visions of Dionysus fait défiler des percussions de toutes origines parfois passées en machines mais fait croire qu'il met bout à bout des éléments de rythme sortis d’un quelconque logiciel home-studio. Des monstres  à cornes et sabots, mais nulle âme qui vive, et le toc partout. Seconde composition, Cerberus aurait pu tirer profit de la comparaison. Mais son lyrisme est vain, et même agaçant. Une hypothèse : Zorn aurait écrit une pièce de musique qu’il aurait aimé que le trio convoqué improvise ; quitte à ne pas faire confiance, l'improviser lui-même était envisageable s’il s’agissait simplement d’augmenter sa discographie d’un autre (non pas nouveau, seulement énième) disque creux.

John Zorn :  The Satyr’s Play / Cerberus (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01-08/ Visions of Dionysus : Ode I-VIII 09/ Cerberus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Pres Revisited : Jozef Patkowski in Memoriam (Bolt, 2011)

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Deux disques édités en mémoire de Jozef Patkowski, musicologue, compositeur et surtout homme de radio ayant créé à Varsovie le Studio de Musique Expérimentale.

Le premier disque contient des pièces de musique nées dans le studio en question : parmi les pièces servies ici, trouver surtout celles de Boguslaw Scheaffer (dont l’Antiphona tire sa substance d’un beau chœur de femmes lasses) et de Krzystof Penderecki (Psalmus mêlant avec intelligence voix interférant et éléments électroniques perturbateurs). Le second disque revient sur un concert donné au Café Oto de Londres en 2009. En hommage au même Patkowski, il fait défiler dans le même ordre les mêmes pièces, la différence étant qu’elles sont cette fois « interprétées », selon différentes combinaisons, par Phil Durrant, John Tilbury, Eddie PrévostMokiloaj Palosz et Maciej Sledziecki. Ainsi donc Durrant fait de l’Antiphona citée plus haut un prétexte à la dérive d’un violon discordant ; Tilbury retient sur le même Psalmus la course de ses graves qu’il contraint en berceuse drue ; ailleurs encore, l’association des cinq musiciens improvisent un Hommage to Boguslaw Schaeffers Symphony dont les effleurements partagés révèlent d’irrésistibles plaintes enfouies. 

Pres Revisited : Jozef Patkowski in Memoriam (Bolt / Souffle Continu)
Enregistrement : 1961-1975 & 2009. Edition : 2011
CD1 : 01/ Boguslaw Schaeffer : Antiphona 02/ Eugeniusz Rudnik : Collage 03/ Krzysztof Penderecki : Psalmus 04/ Bohdan Mazurek : Epizody 05/ Boguslaw Schaeffer : Assemblage, wersja I 06/ Bohdan Mazurek : Esperianza (1967) 07/ Eugeniusz Rudnik : Dixi – CD2 : 01/ Antiphona 02/ Collage  03/ Psalmus 04/ Epizody 05/ Assemblage 06/ Esperienza 07/ Dixi 08/ Hommage to Boguslaw Schaeffers Symphony
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Altenburger, Blondy, Gauguet : Vers l'île paresseuse (Creative Sources, 2011)

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La référence à l'île baudelairienne (au moins échappe-t-on à celle dont Houellebecq avait en-visagé « la possibilité », dans l'océan du temps ; mais on loupe aussi l'archipel que Rabelais inventa dans le Quart Livre) vers laquelle ce magnifique trio de chambre dit faire voile, pour amusante qu'elle soit, ne dit heureusement rien de la délicate musique ici disposée en cinq mouvements – dont les intitulés sont regrettablement imagés et bien peu poétiques – mais on voudra bien concéder que la métaphore insulaire puisse convenir à la découverte, sur l'horizon, de quelque littoral sonore surgissant... Bref.

Enregistré début 2009, le groupe captive dès les premières minutes : intensité de l'écoute mutuelle et évidence du son collectif débouchent sur une sérénité active que le trio a le bon goût de ne pas transformer en solennité austère. Les moyens sonores mis en œuvre, cantonnés mais habilement renouvelés, se combinent, se transforment (et dans les durées et dans les dynamiques), sans craindre les éclats. C'est un équilibre vraiment magique qu'ont trouvé là Martine Altenburger (rare au disque – on se souvient du grand Grésigne –, la violoncelliste de l'ensemble]h[iatus brille), Frédéric Blondy (qui avoue ici ce que les pochettes des disques de Hubbub cachent chastement : il joue du piano ! et somptueusement) et Bertrand Gauguet (saxophones alto & soprano) ! En attendant de voir le trio sillonner les scènes, on se réjouira du très beau sillage qu'il laisse sur cet enregistrement.

Martine Altenburger, Frédéric Blondy, Bertrand Gauguet : Vers l’île paresseuse (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ La montagne ne porte pas les nuages 02/ Dans les plis du vent 03/ Vers l'île pares-seuse 04/ Hypnotisé sur une arête 05/ Enclave nocturne et transitoire
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Z'ev : Live in Athens (Agxivatein, 2011)

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Le concert avait lieu à Athènes l’année dernière. Ne pas en avoir été n’est pas si grave puisqu’il est donné à 150 personnes (si l’on s’en tient à un CD-R édité par personne) de réparer leur absence. Z’ev dans toute sa fureur, et avec savoir-fer.

Les percussions de Z’ev sont tonitruantes mais pas avant d’avoir été amadouées. Les peaux caressées frémissent à peine que Z’ev décide de leur donner des coups de baguettes. Les peaux se font prendre une nouvelle fois lorsqu’il agit doucement, on croirait un romantique joueur de steel-pan… Mais chassez la nature, elle revient au galop. La fièvre monte, Z’ev donne à Athènes des couleurs rouges qu’aux dernières nouvelles elle ne quitte plus.

Z’ev : Live in Athens (Agxivatein / Metamkine)
Enregistrement : 8 octobre 2010. Edition : 2011.
CDR : 01/ Live in Athens
Héctor Cabrero © Le son du grisli 


David S. Ware : Onecept (Rank, 2011)

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Œil pour œil : la réédition d’Onecept – ici sur support vinyle – conseille celle de la judicieuse chronique écrite en son temps par Luc Bouquet :

Instruments qu’il avait déjà utilisés à la toute fin des eighties pour les enregistrements de Passage to Music et Great Bliss I & II (il jouait alors aussi – et superbement – de la flûte) et qu’il retrouva l’an dernier pour un solo enlevé (Saturnian I – Aum), stritch et saxello refont leur apparition dans l’univers de David Spencer Ware.

Arrivé à bout de course d’un quartet cadenassé par le jeu monocorde de Guillermo Brown, le saxophoniste retrouve avec cet Onecept toute l’intensité et la générosité de son souffle. Warren Smith, tantôt aux timbales et gongs, tantôt à la batterie est un batteur d’écoute, d’imagination et de relance. William Parker semble retrouvé, juvénile, jouant la complicité (Vata) ou l’éloignement (Desire Worlds) avec un égal bonheur. C’est qu’ici, l’équilibre est de tous les instants. La soif est toujours de dissonance et de continuum (Desire Worlds où le saxello de Ware évoque plus l’intensité brûlante d’un Ayler que les loopings cerclés d’un Kirk, autre familier du saxello) et à travers ces neuf plages improvisées (là-aussi : une nouveauté chez Ware) d’autres rebonds émergent : les sombres déchirures timbales-contrebasse, la fluidité toute naturelle du saxophoniste moins convulsif que d’ordinaire et cette entente magnifique, porteuse, ici des espoirs les plus fous.

Ceci étant, si le label Rank a pris soin de rééditer cette référence du catalogue AUM Fidelity, ce n’est pas sans l’avoir augmentée de deux « bonus » : Virtue et Gnawah. Dent pour dent : un peu d’inédit critique :

Sur ces deux pièces rapportées, Ware intervient encore au saxello. Sautillante et sans surprise, Gnawah n’est qu'accessoire. D’une intensité autrement remarquable, Virtue expose Ware en promeneur grave, assombri encore par les insistances de l’archet de Parker. Au point qu’on se demande comment Virtue n’a pas trouvé sa place sur Onecept d'origine. Peut-être était-ce pour convaincre plus tard du bien-fondé de son passage sur vinyle.

David S. Ware : Onecept (Rank)
LP : 01/ Book of Krittika 02/ Wheel of Life 03/ Celestial 04/ Desire Worlds 05/ Astral Earth 06/ Savaka 07/ Bardo 08/ Anagami 09/ Vata 10/ Virtue 11/ Gnawah
Enregistrement : 12 décembre 2009. Réédition LP : 2011.
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Oren Ambarchi, Robbie Avenaim : Dream Request (Bo'Weavil, 2011)

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Oren Ambarchi et Robbie Avenaim se connaissent bien. Après avoir collaboré dans le trio Phlegm, ils ont enregistré The Alter Rebbes Nigun (sur Tzadik), ClockWork (sur Room 40) et deux fois avec Keith Rowe (Thumb et Honey Pie, sur Grob). Dream Request (enregisté en concert) donne l’opportunité de revenir aux sources du guitariste et du percussionniste et de se faire en même temps une idée d’où en est leur collaboration.

Soniquement parlant, cette request est une bourrasque qui se lève doucement mais sûrement. Une bourrasque qui bâtit un mur du son épais auprès duquel deux ouvriers se cherchent noise. Après le passage de la bourrasque, il ne reste qu'un pan de mur, ainsi que des sirènes et des coups frappés à la régulière. Ces derniers sons donnent l’alerte après le passage de la catastrophe. Ils pleurent cette grande et belle catastrophe.

EN ECOUTE >>> Dream Request Part 1 >>> Dream Request Part 2

Oren Ambarchi, Robbie Avenaim : Dream Request (Bo’Weavil / Metamkine)
Enregistrement : 19 octobre 2009. Edition : 2011.
LP : A&B/ Dream Request
Pierre Cécile © Le son du grisli


Okkyung Lee, Phil Minton : Anicca (Dancing Wayang, 2011)

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Sous une pochette soignée dont le label Dancing Wayang s’est fait une spécialité, un 33 tours consigne la rencontre d’Okkyung Lee et Phil Minton.

On sait la violoncelliste et le vocaliste aussi fantasques qu’ingénieux voire inspirés. En conséquence, les pièces expressionnistes sur lesquelles ils s’accordent ici profitent de trouvailles partagées : archet à la frénésie propice aux dérapages contre phonation en proie à des excès d’aigus, vocalisation de la contrebasse contre exercices appropriés d’orthodontie parallèle, banderilles enfoncées jusqu’en tyroïde mintonienne et muqueuses chatouillées seulement mais conseillant à leur propriétaire de brailler à la cantonade. Simplement pour le spectacle, qui est à conseiller.

Okkyung Lee, Phil Minton : Anicca (Dancing Wayang)
Edition : 2011.
LP : A/ MUAH B/ MU BYUN
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sohrab : A Hidden Place (Touch, 2011)

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Au-delà de la sympathie naturelle que tout être normalement constitué devrait éprouver pour le destin de Sohrab Sepehri, aka Sohrab, jeune musicien iranien qui a récemment joué au Berghain pour une Touch Label Night, l’occasion de s’échapper définitivement (?) de son Téhéran natal et son cortège d’oppresseurs barbus (un certain Jafar Panahi peut en témoigner), il convient de jauger A Hidden Place à l’aune de ses contemporains – abstraction totalement faite du contexte.

Au-delà des discours convenus sur les vessies et les lanternes, la manière du musicien perse rappelle – à foison encore bien – les circonvolutions électroniques de la prestigieuse maison Touch, qui croiserait à l’occasion les essais décochés sur Kompakt en son versant ambient. Croisant l’instinct surnuméraire de GAS (Himmel über Tehran) en mission pré-Hildur Gudnadottir sur la série Made To Measure (le morceau-titre), le jeune producteur moyen-oriental (en attente d’un statut de réfugié quelque part en Europe) imprime dès son premier opus une marque prégnante et inspirée.

Alternant très élégamment les field recordings, à l’instar de ce chant du coq sur Zarrin, et les grondements tissés sur un canevas sidérurgique et évocateur (Susanna), il témoigne d’un immense savoir-faire en dépit d’une certaine dérive esthétisante où le beau ne se suffit pas toujours à lui-même. Pas toujours au niveau prodigieux de Tim Hecker (Pedagogicheskaya Poema), mais la voie est toute tracée.

Sohrab : A Hidden Place (Touch / Metamkine)
Edition : 2011.
LP : A1/ Susanna A2/ Somebody A3/ Pedagogicheskaya Poema B1/ Himmel Über Tehran B2/ A Hidden Place B3/ Zarrin
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



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