Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Positive Knowledge : Edgefest Edition (Not Two, 2010)

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Après que la secousse portée conjointement par Ijeoma Thomas (élucubrations vocales fielleuses) et Oluyemi Thomas (clarinette basse hurlante et rageuse), ait gagné l’ensemble du quartet, une ligne de contrebasse vient réguler le désordre. Intense Michael Bisio qui guide mais n’empêche pas toujours ses camarades de s’éparpiller.

En duo, contrebasse et clarinette basse (Tabernacle Revisit) trouvent quelques points d’ancrage : si le clarinettiste demeure hors sujet pendant que le contrebassiste éveille l’Atlanta de John Coltrane, le cri aylerien surgit et réconcilie les deux hommes, la Lonely Woman d’Ornette venant parachever ce poignant moment de musique. Plus casseur d’ambiance et perturbateur avéré, le piano de Kenn Thomas déboussole l’équilibre, plus haut gagné, mais ne fait qu’effleurer la cassure dont il pourrait être porteur. Un disque en demi-teinte me semble-t-il.

Positive Knowledge : Edgefest Edition (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Events AT the Edge (I) 02/ Events AT the Edge (II) 03/ Secrets of Preexistence 04/ Of the We (I) 05/ Tabernacle Revisit 06/ Moving of Energy 07/ Urban Lions 08/ Breathing Happens On It’s Own 09/ Proofs (for Alan Silva) 10/ Justice Inside Injustice 11/ Soul Systems
Luc Bouquet © Le son du grisli



Undivided : Moves Between Clouds (Multikulti, 2011)

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De ce quintet qui fait corps, évoquons tout d’abord les membres. Aux côtés du jeune leader,  le clarinettiste polonais Waclaw Zimpel, on trouvera son compatriote Mark Tokar à la contrebasse et l’allemand Klaus Kugel à la batterie. Avec eux, deux  vétérans américains du plus fier des free jazz : le pianiste Bobby Few (ancien compagnon de Steve Lacy et Albert Ayler) et le souffleur Perry Robinson (que l’on entendit aux côtés d'Archie Shepp, Henry Grimes ou encore Rashied Ali).

Dès les premières mesures et leurs lentes précipitations de notes, on sait que l’on nous offre ici un disque (leur second) d’importance. Les cinq hommes délivrent une musique resserrée et intense telle une flamme vivace qui percerait la nuit. Petite armée obstinée, elle avance sûrement et la première excursion solitaire, celle du piano de Bobby Few, propose les premiers moments d’exception. Ses amples vagues emporteront tout sur leur passage. Telles celles d’un Cecil Taylor, les notes de Bobby Few percutent l’auditeur pour ensuite l’assaillir avec douceur, tendresse presque, vertige toujours.

Alors, le disque, recueil de trois longs morceaux livrés par le 5tet lors d’un concert à Varsovie, fera montre d’une intensité jamais relâchée. Le cœur du disque, sa plus belle pulsation, est assurément le second titre, Moves Between Clouds. Après ce moment d’une grâce étonnante (fausse légèreté, vraie solennité), on ne pourra que regretter les égarements d’un troisième morceau qui aura tendance à se perdre parfois dans des divagations verbeuses. Mais faisons fi de ce bémol prononcé de fine bouche, et revenons au cœur. Les entrelacs hésitants des souffles de Perry Robinson et Waclaw Zimpel ne se feront pas de sitôt oublier, et les paysages traversés dans leur sillage ne demanderont qu’une chose : être arpentés encore, par leurs marges, en de sinueux détours que seuls ces cinq-là semblent pouvoir emprunter.

Undivided : Moves Between Clouds, Live in Warsaw (Multikulti Project)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Hoping Between Clouds 02/ Moves Between Clouds 03/ What A Big Quiet Noise
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Ulf Linde, Carl Fredrik Reuterswärd, Sean Baxter, Fennesz, Teho Teardo, JG Thirwell, Farben, Jan Jelinek, Ursula Bogner

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Ulf Linde, Carl Fredrik Reuterswärd : A Nice Old Lady, 1959 (Olof Bright, 2011)
C’est une improvisation de deux minutes et quarante-sept secondes datant de 1959. Deux musiciens et artistes surréalistes suédois (Ulf Linde au piano et Carl Fredrik Reuterswärd à la batterie) y fomentent un jazz libertaire qui évoque autant le Nommo de Milford Graves et Don Pullen que les premiers enregistrements de Moondog. Le son est médiocre mais le document est d’importance. (gb)

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Sean Baxter : Metal / Flesh (Bocian, 2011)
Metal sur la première face et Flesh sur la seconde, Sean Baxter redit sur 45 tours toute l’inventivité de son art percussif. Ainsi, roule-t-il sur toms dans le même temps qu’il va trouver ailleurs que dans la régularité de quoi inventer en soliste perturbé. Ensuite, il rend hommage aux graves sur une autre progression contrariée sans cesse : la grosse caisse faisant office de catalyseur de déroutes. (gb)

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Fennesz : Seven Stars (Touch, 2011)
Seven Stars est un vinyle dix pouces où Fennesz peint quatre plages d’une ambient translucide. Pop pour beaucoup, elle joue d’effets divers et de remplissages, évoquant ici le Bilitis de Francis Lai, fantasmant ailleurs un vieil instrumental de Coldplay passé au ralenti. Pas grand-chose donc, s’il n’y avait Shift, ce troisième morceau dont les couches monochromes charment avec plus d’allant. (pc)

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Teho Teardo, JG Thirlwell : Santarcangelo (Specula, 2011)
Sur Santarcangelo, on retrouve Teho Teardo à la guitare baryton, Martina Bertoni  au violoncelle et Chiara Guidi à la voix le temps d’une face minimaliste, étrange et superbe qui plus est. Sur l’autre face, on découvre JG Thirlwell, installateur sonore qui n'a pas peur de réveiller des fantômes en secouant toutes les cloches de toutes les églises d’Italie. C’est peu dire, et encore plus beau à entendre, dans la veine de ce que Teardo avait fait seul sur Voyage au bout de la nuit. (pc)

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Farben : Xango (Faitiche, 2011)
Le second opus-ep du Farben de Jan Jelinek tient en quatre morceaux. Un premier inspiré d’un thème de cette Ursula Bogner qui n’a de cesse de le hanter : des planètes s’entrechoquent et sonnent comme du Stereolab mou. Les trois autres titres cousent sur le canevas d’une techno minimaliste à loops aquatiques : « mignon ». pc


Merzbow : Yaho-Niwa (Nuun, 2011)

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En ces temps critiques, la musique de Merzbow est une valeur-refuge. C’est que Merzbow se moque des apparences : ni déflation ni inflation, toujours il donne dans la déflagration, quoi qu’il lui en coûte et qu’il en coûte aux autres… 

« Je suis le bruit et la fureur », proclame-t-il encore sur Yaho-Niwa, « le tumulte et le fracas » – le fracas ou le chaos, je ne sais plus ; je ne sais même pas si Merzbow aurait osé dire un truc pareil... Il faut avouer que les temps sont troubles et que les bruits, eux, les sifflets, les hurlements et les alarmes, en profitent. Je choisis donc le chaos pour décrire Yaho-Niwa : un chaos turbulent, fiévreux, empêtré dans ses interjections mais aussi léger, sarcastique et malin.

A ce point que ce chaos ne cherche pas que noise. Il peut prendre des airs de chanson explosive (il n’y a qu’à entendre le morceau qui donne son titre à l’album) ou rire de ses confusions : parce que la confusion, aujourd’hui, il n’y a que ça de vrai !

Merzbow : Yaho-Niwa (Nuun Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Glowing 02/ Yaho-Niwa 03/ Venis 04/ Metal 22
Pierre Cécile © Le son du grisli


Mombi : The Wounded Beat (Own, 2011)

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Il est inarrêtable, M. Kael Smith. Non que nous ayons entendu parler de lui récemment – la dernière fois, c’était sur l’album de son groupe Khale en 2009, déjà sur Own Records. Simplement, le songwriter américain ne cesse de remettre l’amour de l’ouvrage bien fait sur le métier pratiqué avec passion. Multiplicateur de projets défunts ou actuels (Mombi, aux côtés de Matt Herron), c’est dorénavant dans le secteur de la folk ambient qu’on le retrouve – et l’échappée inspirera certainement les défenseurs invétérés de David Sylvian et Talk Talk.

Prenons dans la liste des titres (dont aucun n’est à jeter, c’est rare) le troisième numéro, Glowing Beatdown. Il aurait occupé une belle place sur Internal Travels, le premier album de Nick Talbot aka Gravenhurst, s’il avait été réalisé aux côtés de Fennesz. Ailleurs, des nettes traces de Wolfgang Voigt ou de Mark Hollis confirment le propos, étrange tout en demeurant familier, à la fois inquisiteur et rassurant. Insufflant un beat Kompakt-style par ci, une échappatoire jazz par là, le duo US confirme l’excellence des choix entrepris par la maison luxembourgeoise Own Records.

Mombi : The Wounded Beat (Own Records)
Edition : 2011
CD : 1/ Marching Band 2/ Underwater 3/ Issue Project Redux 4/ Strange Flora 5/ Skullfloor 6/ Interminable Spectral Mountains 7/ Pacific Coast Highway 8/ In Conclusion
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



The Spanish Donkey : XYX (Northern Spy, 2011)

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A propos d’XYX de The Spanish Donkey – trio que forment l’industrieux Joe Morris (guitare électrique), Jamie Saft (synthétiseurs, basse électrique) et Mike Pride (batterie) –, le label Northern Spy conseille aux amateurs de classement : File under : avant-metal jazz.

Ce qu’il y a à entendre ici tient pourtant davantage d’un mélange épais de free jazz et de rock progressif. Ainsi peut-on craindre que la hargne du trio s’abatte à brides abattues sur la forme à donner à la récréation. Or, l’exercice convainc plutôt tant que la virulence ne lui fait pas défaut – c’est le cas sur Crater, troisième titre, laborieux. Auparavant, Morris, Soft et Pride, auront démontré avec allant que leur mélange des genres est digne d’intérêt : les orgues et la batterie soulevant sans cesse une guitare expectorant avec morgue lorsqu’elle n’étouffe pas plutôt sous des tapis psychédéliques sortis d’immenses orgues à tisser. Conseillable donc, à qui ne craint pas le médiator : trois extraits sur le site du label.

The Spanish Donkey : XYX (Northern Spy / Amazon)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ MID-Evil 02/ XYX 03/ Crater
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Farmers by Nature : Out of This World's Distorsions (AUM Fidelity, 2011)

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Farmers by Nature (Gerald Cleaver, Craig Taborn, William Parker) improvisent une sonate et la dédient à Fred Anderson, décédé la veille (For Fred Anderson).

Pendant dix-huit minutes, Farmers by Nature idéalisent une énergie brute sans baisse ni surcroît de régime. Monk, Cecil T et le blues dans la même bouteille : grand cru et florilège de rythmes brisés (Tait’s Traced Traits).
Farmers by Nature laissent William Parker introduire la ballade. Entre douceur et douceur. Entre statut-quo et statut-quo et sans sortie possible (Out of this World’s Distortions Grow Aspens and Other Beautiful Things).
Farmers by Nature dénudent les sons, traînent leurs voix, doutent exagérément de la forme, trouvent le salut par le rythme et n’y perdent jamais leur âme (Sir Snacktray Speaks).
Farmer by Nature ne laissent jamais taire l’archet de leur contrebassiste. Voici le guide : William Parker, ivre de dire et redire combien le rythme est porteur d’insolentes perspectives (Cutting’s Gait).
Farmers by Nature twistent d’improbables timbales, stoppent les avancées ennemies d’une contrebasse large et boisée. Toujours plus encore, installent le mouvement et se rapprochent de l’autre : du musicien, de l’auditeur (Mud, Mapped).
Farmers by Nature signent leur premier disque studio. Belle réussite me semble-t-il.

EN ECOUTE >>> Tait's Traced Traits >>> Sir Snacktray Speaks >>> Mud, Mapped

Gerald Cleaver, William Parker, Craig Taborn (Farmers by Nature) : Out of This World’s Distortions (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010.  Edition : 2011. 
CD : 01/ For Fred Anderson 02/ Tait’s Traced Traits 03/ Out of This World’s Distortions Grow Aspens and Other Beautiful Things 04/ Sir Snacktray Speaks 05/ Cutting’s Gait 06/ Mud, Mapped
Luc Bouquet © Le son du grisli


Rinus van Alebeek : Luc Ferrari (Mathka, 2011)

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Je supporte mal les bruits des voisins. J’habite donc une petite maison isolée. Dans cette maison, Rinus van Alebeek est entré l’autre jour. Pas en personne, mais par Luc Ferrari interposé. En fait, c’est un disque qu’il a enregistré dans la maison de Brunhild et Luc Ferrari à Montreuil l’an passé.

Brunhild Ferrari a donc accueilli Alebeek chez elle et lui a permis d’écouter une composition de son défunt mari, Cycle du souvenir, tout en enregistrant les bruits du quotidien (de la maison et de la rue) et en l’enregistrant, elle, en train de lire des extraits du journal écrit de la main de Ferrari. Le reste est l’affaire d'Alebeek, un « voleur de musique », comme il le dit lui-même dans cette interview ; un compositeur qui ne compose pas mais emprunte par simple paresse.

C’est avec Cycle du souvenir qu’Alebeek a découvert le travail de Ferrari. Sa nouvelle écoute, faite sur deux enceintes au domicile du compositeur, et sa promenade silencieuse font de cette œuvre tout autre chose, presque une chanson dont le refrain tourne de temps en temps entre les bruits de tous les jours. C’est comme ça que j’ai redécouvert les bruits de voisinage. Et malgré cela ce disque est magnifique. Merci à Rinus van Alebeek de m’avoir choisi de tels voisins.

Rinus van Alebeek : Luc Ferrari (Mathka)
Enregistrement : 28 octobre 2010. Edition : 2011.
CD-R : 01/ Tape 1, Side A 02/ Tape 1, Side B 03/ Tape 2, Side A
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Pascal Battus : Simbol / L’unique trait d’pinceau (Herbal, 2011) & Bitche Session (Organized Music from Thessaloniki, 2011)

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La lecture de ce disque double qui donne à entendre Pascal Battus interroger le matériau cymbale (Simbol) ou n’interroger d’autre matériau que lui-même (L’unique trait d’pinceau) pourrait – pourquoi pas ? – être introduite par cette note de Jean Lévêque : « Pour penser, il ne faut pas s’arrêter à la représentation. Il faut passer du corps objet au corps vivant. »

L’impulsion, sa conséquence et sa réanimation constante, changent les trois temps qui composent Simbol en œuvre suspendue : un murmure, d’abord, d’où sortent des chants à la dérive qui se jaugent puis se télescopent, découpent enfin dans le métal des frises dont les reliefs rêveraient de composer une écriture. Celle d’un langage qui devrait autant à l’atomisme qu’à une imagination inquiète de silence, révélé par un secret et précis agencement.

Renvoyant davantage aux saisissements de l’improvisation libre, les cinq pièces de L’unique trait d’pinceau forment un recueil de travaux dissidents. On y trouve des grattements amplifiés, des rythmes en peine, des objets-instruments débitant d’autres ersatz de langages, des déflagrations et des résonances ou encore des usages concrets d’obédience tourmentée. En décidant de personnelles découpes abruptes, du bouleversement de l’agencement des pièces ou de l’entame d’une écoute passive, l’auditeur pourra-là, à son tour, « passer du corps objet au corps vivant », soit : presque autant que Pascal Battus, faire acte de pensée.

Pascal Battus : Simbol / L’unique trait d’pinceau (Herbal / Metamkine)
Enregistrement : 2007-2009.
CD1 : 01/ Limb 02/ Mobil 03/ Soil – CD2 : 01/ L'unique trait d'1 02/ Percussion verticale 03/ L'unique trait d'2 04/ Percussion horizontale 05/ Bouteille magnétique
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sur le label Organized Music from Thessaloniki, paraît dans le même temps une cassette (dont le contenu peut aussi être téléchargé) enregistrée le 6 décembre 2009 à Nantes (Bitche). En compagnie de Michael Johnsen (électronique, scie), Battus y fait œuvre de frottements, battements et crépitements, de trajectoires sonores envahies par quelques parasites grattant, sifflant ou battant de l’aile. Sur la fin de Bitche Session, de beaux aigus se rejoignent sur surface tournante auxquelles menaient donc les trajectoires en question.


Acting Trio : Acting Trio (BYG, 1969)

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Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

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Quand Thurston Moore, l’un des guitaristes de Sonic Youth, s’est lancé dans la rédaction des notes de pochette du coffret rétrospectif consacré à la série Actuel du label BYG, il s’est longuement interrogé, en quête de renseignements, sur la référence 14 due à l’Acting Trio, et notamment sur celui qu’il considérait (à tort) comme son leader, le saxophoniste Philippe Maté. A lire les dites notes, soit les renseignements sont arrivés trop tard, ou bien ils ont été perdus, ou bien encore ils ont achevé de rassasier un intérêt passager. 

L’Acting Trio était donc constitué de Philippe Maté, d’André Maurice au violoncelle et de Jean-Pierre Sabar au piano. Ce trio déclarait alors ne pas se réclamer du jazz, aussi free qu’il ait pu être. Difficile de savoir si ses membres avaient conscience du travail déjà entrepris par AMM en Angleterre, à l’époque où Lou Gare, Keith Rowe et Eddie Prévost cherchaient eux aussi à s’affranchir de toute idée de pulsation issue de la culture afro-américaine, afin de créer des ambiances voulues diffuses et plastiques. L’Acting Trio testait également le médium sonore, inventant des stratégies obliques, sauf que dans le cadre de leurs pratiques plus ou moins étendues, le « quoi » de « qui » demeura aisément identifiable, surtout chez le saxophoniste – on est encore loin des expériences d’Evan Parker, John Butcher ou Stéphane Rives

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Chez le violoncelliste, une octave avait été ajoutée. La sollicitation des harmoniques s’avérait singulière, et éclisses et chevalet étaient entre autres de la partie. De même le piano était aussi joué de l’intérieur, à renfort d’instruments divers ou pas, ce qui hors du free, dans le champ de la musique contemporaine, en Italie par exemple, au sein du Gruppo di Improvisazione Nuova Consonanza, avait été risqué depuis quelques années, sans parler du piano préparé de Cage

L’enregistrement d’Acting Trio quant à lui coïncida avec la durée de l’exécution, basée sur aucune concertation a priori et totalement improvisée. Acting Trio, selon ses membres, signifie création spontanée, et le support phonographique en a fixé un moment par essence éphémère. 

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Philippe Maté s’est surtout illustré / épanoui dans les orchestres de Jeff Gilson. Une pièce comme « Gilson Unit + Philippe Maté », datant de 1972, offre le résultat d’une improvisation totale, polyphonique, modale, touffue, dont le flux du saxophone émerge à la manière d’un Coltrane. C’est au sein de cette formation que Philippe Maté rencontra en 1976 Lawrence "Butch" Morris, alors cornettiste non encore versé dans la mise sur pied de structures flexibles nommées « conductions ». 

Acting Trio constitue en France et en 1969 un moment rare et méconnu de l’improvisation totale, que l’on dira présentement inspirée du free jazz, quoiqu’en pense Philippe Maté.



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