Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Patty Waters : Sings (ESP, 1966)

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Ce texte est extrait du premier des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Malgré une discographie squelettique, Patty Waters est devenue une figure légendaire, statut renforcé par le caractère sporadique de ses apparitions et le peu d’informations biographiques qu’elle a laissé filtrer. On sait qu’elle a grandi dans l’Iowa puis n’a cessé de déménager : à Denver d’abord, où elle a découvert Billie Holiday, Nancy Wilson et Anita O’Day qui irrigueront le registre classique de son chant ; à Los Angeles, puis San Francisco ensuite, où en 1963 elle rencontre Lenny Bruce ; et à New York, en 1964, où elle chante aux côtés de Bill Evans, Charles Mingus, Jaki Byard, Ben Webster, avant qu’Albert Ayler ne la découvre et présente à Bernard Stollman, patron du jeune label ESP chez qui, colporte la rumeur, l’on enregistre les plus obscurs novateurs. 

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C’est là que sortent les mythiques Sings et College Tour. Dès le premier, la dichotomie qu’elle n’aura de cesse de sublimer est évidente. Thurston Moore, du groupe Sonic Youth, a son idée sur le sujet : « De mettre son timbre reconnaissable entre mille, et légèrement voilé, au service de standards réinventés, ne l’empêche pas, par ailleurs, de larguer les amarres dans de folles envolées libertaires où le chant se fait cri, avec la même conviction, au point que le contraste entre ces deux composantes de son style soit saisissant. »  Effectivement, sur Sings, la première face est consacrée à de déchirantes histoires derrière lesquelles on croit deviner des éléments autobiographiques qu’elle accompagne au piano. Ces histoires sont incarnées par une voix fragile dont on n’est pas étonné qu’elle ait plu à Miles, tant le ton de la confidence est quasi murmuré et très pur. Patty Waters sait insuffler une tension paraissant s’éteindre dans l’exténuation du souffle, et sa fêlure participe d’un art de la suggestion. 

Sur la seconde face, c’est avec la même émotion qu’elle se lâche dans Black Is The Color Of My True Love’s Hair, portée par le trio de Burton Greene, qui, comme elle, navigue entre plusieurs eaux, entre accords classiques, clusters et réitérations orientalisantes. Les cris perçants de Patty Waters, qui constitueront l’essentiel du live College Tour, influenceront Yoko Ono (dont le premier disque ne sort qu’en 1968), puis Diamanda Galas (dans la conceptualisation d’un cri expressionniste nommé « shrei »). Dans le jazz rares sont celles qui osèrent de telles dissonances : Jeanne Lee, Linda Sharrock, Abbey Lincoln, Annette Peacock.  Après ces deux opus (le second lui permit de croiser Ran Blake, Dave Burrell et Giuseppi Logan), Patty Waters participe en 1968 à un enregistrement du Marzette Watts Ensemble, le temps d’un Lonely Woman de haute volée.

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Ensuite c’est le trou noir. L’absence au jazz – tout comme James Zitro, Giuseppi Logan, Henry Grimes, autres légendes ESP longtemps disparues. Alors qu’elle est encore la compagne du batteur Clifford Jarvis à qui elle dédia un de ses plus beaux morceaux, elle quitte le Lower East Side pour la Californie. Longtemps seuls Steve Swallow et Art Lande auront des nouvelles. Avant qu’elle ne revienne, et que sa voix ne soit plus que cendres. Un groupe de rock indie, Teenage Fanclub, a repris son Moon, Don’t Come Up Tonight et lui a dédié un morceau tout bêtement appelé Patty Waters. Sous le nom de Piero Manzoni, le leader du groupe psychédélique Ghost, Masaki Batoh, a repris Black Is The Color Of My True Love’s Hair, en hommage à Patty Waters justement, qu’il vénère.



Tatsuya Nakatani, Kaoru Watanabe : Michiyuki (Kobo, 2011)

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Le premier disque du label Kobo, qui présentait Tatsuya Nakatani en duo avec l'aérophoniste Michel Doneda (White Stone Black Lamp), trouve un pendant dans le Michiyuki que le percussionniste a enregistré, à l'automne 2010, avec un autre grand souffleur : le flûtiste (shinobue, noh kan, ryuteki) Kaoru Watanabe.

Si l'ambiance créée par les deux hommes prend d'abord des allures méditatives, il ne faut pas s'y tromper : la musique ne donne pas dans le cliché zen ; elle envoûte plutôt, sans racoler, par une sorte de tension intime et assez communicative. Au fil de ces huit improvisations délicatement contrastées, les résonances que Nakatani sait préserver ne l'empêchent pas de sculpter aussi de véritables vagues d'énergie sur lesquelles Watanabe (par ailleurs spécialiste du tambour taiko) invente ses trajectoires. Passionnant, qu'on adopte une écoute flottante ou plus attentive...

Tatsuya Nakatani, Kaoru Watanabe : Michiyuki (Kobo / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Taikyo 02/ Escapism 03/ Yume 04/ Amaterasu 05/ Kikyuu 06/ Icarus 07/ Michiyuki 08/ Omatsuri
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Eliane Radigue : Transamorem - Transmortem (Important, 2011)

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On a beau avoir connu des drones, ceux d’Eliane Radigue ont toujours quelque chose de surprenant. Ceux de Transamorem - Transmortem remontent à 1973 et sont sortis de synthétiseur ARP. Ils forment des couches d’où sortent des fioritures qui ne surchargent jamais le décor. Au contraire, chaque nouvel arrivant s’y fond en respectant un mécanisme hypnotique qui n’est rien d’autre que la marque de fabrique de Radigue.

Transamorem - Transmortem est à la base une installation sonore « installée » en 1974 dans un des clubs mythiques de la ville de New York : The Kitchen. Se plonger dans cet enregistrement ne va pas jusqu’à nous faire changer d’endroit ni d’époque, mais promet quand même une descente en barque dantesque. Les flots sonores sont calmes d’apparence mais d’apparence seulement. Car qui plonge la main pour goûter le fluide voudra s’y enfouir tout entier : et un fantôme de plus dans la population de Transamorem – Transmortem !

Eliane Radigue : Transamorem – Transmortem (Important / Souffle continu)
Edition : 2011.
CD : 01/ Transamorem - Transmortem
Pierre Cécile © Le son du grisli


Craig Hilton, Tomas Phillips : Le goût de néant (Absinth, 2011)

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La référence à Baudelaire est tronquée, mais on pourrait y voir une nuance d’importance : le goût de néant plutôt que le goût du néant. C’est un solo de guzheng enregistré par Craig Hilton (Sans mouvement I) qu’il réécrit trois fois en compagnie de Tomas Phillips – l’un et l’autre musicien agissant alors au laptop.

La pièce acoustique est un paysage à horizons multiples : des trajectoires endurantes y sont amalgamées et révèle un sens inédit du désarroi sonore – inédit et non pas morne, puisque les basses fréquences et les faux drones qu’on y trouve attestent que les techniques étendues, même sur guzheng, ne suffisent plus : elles doivent être étirées désormais.

Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte ! Le fil qui relie ce premier Sans mouvement à ses réinventions est de plus en plus ténu : ainsi Sans mouvement II, à force de manipulations discrètes, répétera à l’envers le chant du premier titre ; Le goût de néant s’imposera en folk minimaliste dont l’atmosphère défaite évoque Terry Riley ou Alexander Balanescu ; Sans Mouvement III sacrifie tout à une mobilité prévenante, aux commandes du bateau ivre dans lequel prendre place, on imagine Morton Feldman : Et le Temps m'engloutit minute par minute.

Cette pièce et ses relectures forment donc ce goût de néant. Qui donne envie d’essayer le poème de Baudelaire en remplaçant chacun des « du » par un « de », et vice-versa. Alors donc on y trouverait acceptable aussi, et même bien davantage : Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil du brute.

EXTRAIT >>> Sans mouvement

Craig Hilton, Tomas Phillips : Le goût de néant (Absinth Records / Metamkine)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2011.
CD : 01/ sans mouvement I 02/ sans mouvement II 03/ le goût de néant 04/ sans mouvement III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Gurun Gurun : Gurun Gurun (Home Normal, 2011)

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Au risque de heurter tous les adversaires de la mondialisation – mais est-il plus grande joie que démantibuler les éructations malsaines de la Marine ? – le disque de musique japonaise de ce début d’année nous vient de… République Tchèque. Certes accompagné des toujours délicieuses Moskitoo, Aki Tomita ou Sawako sur les titres chantés (dont le superbe Fu en ouverture), le trio Tomas Knoflicek / Jara Tarnovski / Federsel conjugue en majuscules la J-pop tendance expérimentale.

Exprimant des nuances que Laura Gibson et Ethan Rose ne sont jamais parvenus à même effleurer sur leur gros loupé Bridge Carols, en dépit d’une démarche assez similaire (comme quoi la musique sera toujours affaire d’alchimie), le trio d’Europe centrale contourne avec élégance les clichés post-Gutevolk / Piana tout en respectant les codes d’une folktronica totalement extrême-orientale, les trois protagonistes réussissant leur coup notamment par l’introduction d’éléments jazzifiants d’une grande subtilité (telle la clarinette sur Kodomo) ou d’étonnantes combinaisons – elles sont aussi mystérieuses que captivantes (Yume No Mori).

Soignée jusque dans les détails cosmiques d’un interlude forcément bref (Io), la production ne sonne en outre jamais gonflée à l’hélium, parvenant à conserver l’équilibre qui donne toute leur force aux films du grand Hirokazu_Kore-eda. Un anti-tsunami sonique, en quelque sorte.

Gurun Gurun : Gurun Gurun (Home Normal)
Edition : 2011.
CD : 1/ Fu 2/ Karumi 3/ Emoto 4/ Kodomo 5/ Yume No Mori 6/ Io 7/ Ano Uta 8/ Kùkó 9/ Ato Toa Ota Tao 10/ Yuki ~ Hawaiian Snowflake 11/ Karumi (remix) 12/ Fu (remix)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Mark Hanslip, Javier Carmona : Dosados (Babel, 2011)

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Parmi les partenaires avouables du saxophoniste ténor Mark Hanslip (membre du Loop Collective), il y a Paul Dunmall, Mark Sanders ou Veryan Weston. Moins illustre, il y a aussi Javier Carmona, batteur avec lequel il enregistrait l’année dernière Dosados.

Ce sont là dix pièces improvisées augmentées d’une lecture de Deadline de Steve Lacy. Dix pièces courtes (longueurs variant d’une poignée de secondes à sept minutes) sur lesquelles le duo change sans cesse de direction, mû sans doute par le désir de bien faire et de dire de différentes manières. Convaincant lorsque l’allure invite à créer dans l’urgence – là, le son du ténor peut évoquer celui de Rempis, la comparaison trahissant quand même chez le Britannique un manque de solidité et d’endurance –, le duo peine sur des exercices de réductionnisme – au point que ffs inaugure un nouveau genre, que l’on dira plutôt « soustractionniste ».  Quant à ce Deadline, le paisible ténor y insiste : l’avenir de Mark Hanslip et Javier Carmona se trouve dans la ligne claire. 

Mark Hanslip, Javier Carmona : Dosados (Babel Label)
Enregistrement : 9 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ O Pointy Pointy 02/ Mucha Mierda 03/ Nipple 1 04/ Preambolo to Nipple 2 05/ Boules 06/ Horse-y 07/ ffs 08/ Deadline 09/ [the filler] 10/ Jowls, and a Beard 11/ Third Nipple, with Coda
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mathias Pontevia : Laminaire (Un rêve nu, 2011)

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C’est un objet pas commun qui tient du collier de nouilles ou d’une œuvre d’art brut, cela dépend des appréciations.  C’est un presse-papier en résine plombé qui contient des cotillons, une vieille photo, des germes (du tabac ?) et encore des germes (un morceau de branche ?). Ce presse-papier sert de support au disque de Mathias Pontevia, Laminaire. Mais Laminaire peut aussi être téléchargé gratuitement sur le site d’Un rêve nu.

Cette gratuité ne doit pas empêcher de commander Laminaire-presse-papier-collier-de-nouille-support parce que le travail de batterie de Mathias Pontevia mérite qu’on l’encourage. Cet amateur de Sunny Murray aussi bien que de Lê Quan Ninh mène des recherches sur les à-côtés de la batterie. Peut-être même sur ses aléas. Horizontalement, il monte des coups en pièces sonores comme d’autres montent des blancs en neige. Ici, on prend son temps et on écoute avec délices les conversations entre caisses et cymbales. Ici, laminaire la batterie s’étire. Elle file des tapisseries colorées. Pas forcément  expérimentales (souvent à l’ancienne d'ailleurs, à l'ancienne étendue j'entends) mais enchanteresses.

Mathias Pontevia : Laminaire (Un rêve nu)
Edition : 2011.
CD : 01/ Career 02/ Turbine 03/ Le cheval et le serpent 04/ Baie d’Along 05/ Saccharomyces Cerevisiae 06/ Vecteur 07/ Koinê 08/ Did He Loose Air ? 09/ Meet the Brush
Pierre Cécile © Le son du grisli


David S. Ware : Planetary Unknown (AUM Fidelity, 2011)

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Il est étrange de constater le peu d’enregistrement saxophone-batterie publiés par David Spencer Ware (un seul à ma connaissance : African Drums en duo avec Beaver Harris – OWL) quand on sait le rôle déterminant qu’ont les tambours dans la musique de David S. Ware. Duality Is One en duo avec Muhammad Ali est là pour réparer l’oubli. Et impossible de ne pas songer à l’Interstellar Space de Coltrane-Rashied Ali, d’autant que c’est le propre frère de Rashied qui tient les baguettes ici. Le cri, jamais véritablement interrompu de David S. Ware, trouve un partenaire à sa démesure : le crescendo fait date.

Avant cela, David Spencer Ware, Cooper-Moore (des retrouvailles longtemps espérées), William Parker (fidèle parmi les fidèles) et Muhammad Ali (jadis si décrié et pourtant si juste ici) avaient érigé quelques situations claires : la puissance et la déferlante d’un saxophone ténor en contrepoint d’un trio sans âge et sans scrupule. Plus tard, le sopranino de Ware désignera la dissonance comme sa plus sûre amie. Se déliant au fil du jeu et se liant, au fil des minutes, à l’archet de William Parker, le flux se tendra jusqu’à la sublime cassure de Divination Unfathomable. Il y aura aussi une improvisation au stritch (Ancestral Supramental) et cette impression finale d’une musique large et épaisse comme le monde. Un monde insoutenable de beauté et de générosité.

David S. Ware, Cooper-Moore, William Parker, Muhammad Ali : Planetary Unknown (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011
CD : 01/ Passage Wudang 02/ Shift 03/ Duality Is One 04/ Divination 05/ Crystal Palace 06/ Divination Unfathomable 07/ Ancestry Supramental
Luc Bouquet © Le son du grisli


Tiziana Bertoncini, Thomas Lehn : Horsky Park (Another Timbre, 2011)

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Echappés de l’ensemble]h[iatus : au violon, Tiziana Bertoncini. Au synthétiseur analogique, Thomas Lehn. Trouvés en Horsky Park. 

C'est un endroit aménagé en deux temps. Honneur à la pièce la plus récente : Galaverna, enregistrée à Milan l’année dernière, agence délicatesses et frénésies vindicatives. L’archet frémit sous les insistances analogiques avant de surprendre Lehn par sa faculté de réaction franche et même d’indépendance.

Sur Moss Agate, pièce qui date de 2006, les cordes sont cette fois pincées. Bertoncini se fait plus discrète en conséquence, mais s’essaye à des gestes parallèles pour coller à l’atmosphère d'angoisses que Lehn développe sur deux tons. A force, les cordes s’agacent, insistent à leur tour puis découpent des notes qui seront transformées en machines.

Ainsi Tiziana Bertoncini a, auprès de Thoms Lehn, perdu en devenir ce qu’elle a gagné en indépendance. L’exposition des deux tableaux qui attestent cette évolution est heureuse et manifeste.

EN ECOUTE >>> Galaverna (extrait) >>> Moss Agate (extrait)

Tiziana Bertoncini, Thomas Lehn : Horsky Park (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2006, 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Galaverna 02/ Moss Agate
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Richard Pinhas, Merzbow : Rhizome (Cuneiform, 2011)

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Ce duo Pinhas / Merzbow, le troisième enregistré, remonte à septembre 2010. Connaissant les personnages (le premier à la guitare, le deuxième au laptop), il faut bien sûr s’attendre à être bousculé. Mais n’est-ce pas ce qu’on était venu chercher ?

C’est au théâtre que Pinhas et Merzbow nous emmènent avec Rhizome. Le décor est sculpté dans un kitsch noise romantique remplis de grands solos de guitare hurlante et de boucles coupantes. Pour ce qui est de l’action, les inserts de premier plan s’en chargent (l’accélération perpétuelle du battement d’un cœur, des hélices qui tournent au-dessus de nos têtes, la défense laptop sous la mitraille guitare, etc.). Ce sont autant de petits tableaux baroques qui s’nscrivent dans le décor. Avec l'art de la provocation qu'on leur connaît, Pinhas et Merzbow ont une fois encore mis le feu aux planches.

Richard Pinhas, Merzbow : Rhizome (Cuneiforme / Orkhêstra International)
Enregistrement : 24 septembre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Rhizome 1 – 010011010011011 02/ Rhizome 2 – 100101000111010 03/ Rhizome 3 – 001101010011001 04/ Rhizome 4 – 110100100010000 05/ Rhizome Encore – 0110101011
Pierre Cécile © Le son du grisli



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