Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Stephan Crump, Steve Lehman : Kaleidoscope And Collage (Intakt, 2011)

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Il est souvent arrivé – presque toujours, pour être exact – qu’on regrette le peu d’idées au service duquel Steve Lehman mettait sur disque un son d’alto pourtant singulier. En duo avec Stephan Crump (contrebassiste entendu sans vraiment se faire remarquer auprès de Vijay Iyer), les choses changent.

Momentanément, du moins. C’est-à-dire le temps de deux improvisations : Terroir, sur laquelle Lehman agite graves patients et aigus agités en promeneur inspiré tout à coup par une proposition de contrebasse – Crump, lorsqu’il sort du simple rôle d’accompagnateur, révèle en effet au saxophoniste d’inattendus champs de traverses à emprunter : l’archet est indicateur et le conseil adopte souvent un air qui facilement séduit (folklore, soul, répétitif…) ; différente, Voyages est, elle, une frise de miniatures fantasques sur laquelle Lehman peut évoquer Archie Shepp (l’Ancien, et passé à l’alto) par les façons qu’il a d’écrire l’instant avec aisance avant de s’accorder avec son partenaire sur la conclusion à donner au bel exercice : dans la ligne, deux bourdons se confondent : à l’horizon, Crump et Lehman en finissent et se partagent alors un bel élément de discographie.

Stephan Crump, Steve Lehman : Kaleidoscope And Collage (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Terroir 02/ Voyages
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Tony Marsh : Stops (Psi, 2010)

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Aurait-on oublié que l’improvisation à l’orgue est l’une des pratiques musicales les plus anciennes, qu’ici Veryan Weston réactiverait quelque évidence oubliée. Avec l’aide du batteur Tony Marsh (ce dernier signant seul le présent CD : comprenne qui pourra), Weston entame des cassures qu’il ne fixe jamais totalement. Activant l’immense soufflerie de l’orgue de l’église de St Peter (magnifique et ondoyante réverbération, intelligente et subtile prise de son), il ne s’égare que rarement, ramenant toujours son jeu dans les griffes-baguettes de son partenaire. Lequel partenaire, de rebonds de peaux en cymbales foudroyantes, offre un jeu délié, fourni et sans le moindre complexe.

Ici et pour conclure : un grondement commun, toujours concerté, parfois intense. Bref, un beau et vrai dialogue.

Tony Marsh : Stops (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Stop Time I 02/ Stop-Go 03/ Stop Off 04/ Glottal Stop 05/ Stop Time 2 06/ Stop Down 07/ Stop Out  08/ Stop Time 3 09/ Stop Thief 10/ Stop at Nothing 11/ Stop Press 12/ Stop Watch 13/ Stop Time 4 14/ Stop Short 15/ Full Stop
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Simon Rose : Schmetterling (Not Two, 2011)

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Si ce ne sont des fantômes, ce sont alors les promesses acoustiques du bois qu’est venu chercher le saxophoniste Simon Rose (Badland) dans une salle d'un hôpital psychiatrique de Berlin ? Enregistré d’une traite, en deux heures et demi, Schmetterling rassemble quatorze séquences de baryton solo qui crient que Rose va bien... même s’il exagère et inquiète même parfois.

Car Simon Rose peut tenir une note assez longtemps : la polir, la faire rouler à l’intérieur de son instrument. Mais il peut aussi tonner sur un monochrome. Sa vigueur, sa force, sont mises au service d’un expressionnisme flamboyant – oserai-je dire « à l’Allemande » ? La langue que parle Rose est rêche, râpeuse. Ses mots sont bruts, taillés à l’abrupt.  Et les éclats qui en ressortent vous arrivent souvent en pleine oreille.

Simon Rose : Schmetterling (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 27 avril 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Offworld 02/ Panopticon 03/ Wolf Street 04/ Sound on Squirrel 05/ Eel Feeler 06/ Boxhagener 07/ Winterfelt 08/ Spielen 09/ Like Tears in Rain 10/ Crater Lake 11/ Schmetterling 12/ Pike Market 13/ Hinter Mir 14/ At 14th
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Matthew Shipp : Art of the Improviser (Thirsty Ear, 2011)

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En trio (Michael Bisio, Whit Dickey), Matthew Shipp aggrave, plus encore, un jeu déjà très tendu habituellement. Répétant obsessionnellement les motifs (3 in 1), sectionnant la mélodie (Take the A Train) ou, intelligemment, aérant la matière pour la plonger, ensuite, dans une fournaise bouillonnante (Circular Temple #1), le pianiste gagne néanmoins en épaisseur au fil des minutes. Plus complexe et interrogatif est le drumming de Whit Dickey. Bien trop resserré, rageur et souvent hors sujet, il cadenasse et étouffe une improvisation qui, déjà naturellement réduite, ne demande qu’espace et respiration. Comprenne qui pourra.

En solo, Matthew Shipp ordonne à l’obsession de se faire plus distante. Minutieusement élaborée, cette suite en six chapitres élimine les tensions contenues dans le premier disque. Ainsi, construisant pas à pas, maintenant vif un trait mélodique et le développant sans lourdeur excessive, Matthew Shipp nous ferait presque admettre que c’est en solitaire, aujourd’hui, que sa musique est la plus convaincante.

Matthew Shipp : Art of the Improviser (Thirsty Ear / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ The New Fact 02/ 3 in 1 03/ Circular Temple #1 04/ Take the A Train 05/ Virgin Complex - CD2 : 01/ 4D 02/ Fly Me to the Moon 03/ Wholetone 04/ Module 05/ Gamma Ray 06/ Patmos
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Darius Jones, Matthew Shipp : Cosmic Lieder (AUM Fidelity, 2011)

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De ce jeu, sans cesse renouvelé entre consonance et dissonance, Darius Jones (un alto épais comme un ténor) et Matthew Shipp (un piano puissant et engagé) amplifient treize courtes pièces d’intensités égales.

Pour Darius Jones, jeune saxophone natif de Richmond et installé à New York depuis six années, on distingue un phrasé qu’il cherche et veut hors-normes. Ici, des attaques franches et des harmoniques décapitées, souvent répétées en continu. Là, des phrases drues et insistantes, toujours jouées avec la conviction de celui qui a banni le doute de son vocabulaire.

Pour Matthew Shipp : des accords plaqués avec sévérité et, toujours, ces sombres et pesants climats, fusillant un jazz prêt à installer sa morne routine. Et, parfois, au détour d’une ligne mélodique, un incendie que n’aurait pas renié le duo (inédit jusqu’à présent) Ware-Shipp : Multiverse ou quelques courtes minutes affolantes de beautés crachées. Le meilleur est sans doute à venir.

Darius Jones, Matthew Shipp : Cosmic Lieder (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.   
CD : 01/ Bleed 02/ Ultima Thule 03/ Zillo Valla 04/ Multiverse 05/ Mandrakk 06/ Overvoid 07/ Weeja Dell 08/ Motherboxxx 09/ Black Lightning 10/ Nix Uotan 11/ Jonesy 12/ 4-D Vision 13/ Geh-Jedollah
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Scanner : Blink of An Eye (Thirsty Ear, 2010)

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Sur des schémas souvent répétitifs, Robin Rimbaud (alias Scanner) brouille de ses electronics la prudente musique du Post Modern Jazz Quartet (Matthew Shipp, Khan Jamal, Michael Bisio, Michael Thompson). Ainsi, un vibraphone, semble-t-il inspiré, ne sera que seulement cotonneux, une fois passé à la moulinette Scanner. De la même manière, il faudra, excessivement, tendre l’oreille pour saisir l’archet déraillant de Michael Bisio.

En choisissant ainsi de colorier en lieu et place d’intensifier, d’interférer ou de proposer, Robin Rimbaud en arrive à réduire la musique de Matthew Shipp (très sage ici, on m’excusera de le répéter) en un gimmick, certes élégant mais de très peu de profondeur.

Scanner with The Post Modern Jazz Quartet : Blink of An Eye (Thirsty Ear / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/Shadow Splice 02/ C Jam Blues 03/ A Galaxy of Winking Dots 04/ Not a Frame Earlier or Later 05/ Involuntary Re Ex 06/ Most with The Least 07/ Dreaming with You at My Side 08/ The Decisive Moment 09/ Cuts & Shadows 10/ Beyond the Edge of the Frame
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Lasse Marhaug, Mark Wastell : Kiss of Acid (Monotype, 2011)

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Sous-titré « A Composition for pre-recorded tam tam and electronics », Kiss of Acid. Ainsi donc : sur matériel pré-enregistré par Mark Wastell, Lasse Marhaug invente.

Arrange et finalement compose. D'abord l'impression d'entendre au loin la rumeur d'une ancienne cassette à bande retournée, quelques instruments passant à l'envers repassant à l'envers-inversé sur le battement d'un coeur amené à finir en soubresauts. Par couches ensuite, Marhaug construit sur matériau Wastell un champ de désolation : enveloppant, le métal tremble ; le soulèvement est de cuivre et d'étain –  réquisitions de la patience de Fritz Hauser, de l'endurance d'Ingar Zach ? Loin derrière laissés les fantômes, l'idée naît d'une progression au son de nappes amalgamées. La musique est alors en suspension quand une décision nette décide de tout effacer.

Ainsi, un craquement réclame le silence et de repartir de rien ou de presque rien. Y reviendront pourtant les gongs ou simili, espacés, à chaque fois plus épais mais aussi lointains de plus loin toujours, parasités bientôt par d'autres bruits – des vents engouffrés, un bip au compte-gouttes, des râles enfin. Kiss of Acid, de ses premières secondes à celles du craquement et des vibrations à suivre à sa conclusion, est une grande affaire de mesure : soit, de mesure émancipée, échappant à force à tous mètres-étalons. Au point d'atteindre des hauteurs, et hautes encore : et là, de redescendre en parachute.

Mark Wastell, Lasse Marhaug : Kiss of Acid (Monotype / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Kiss of Acid
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

lmsliLasse Marhaug jouera ce jeudi 28 avril aux Instants Chavirés. Le même soir au même endroit : Anthea Caddy et  Helena Gough.

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Ernesto Rodrigues, Wade Matthews, Neil Davidson : Erosions (Creative Sources, 2010)

Erosionslis

Le violon d'Ernesto Rodrigues s'exprime de mille et une façons. Prenons cet archet qui patiente ou cette corde pincée. Ou encore ces silences qui chassent à chaque fois la note à laquelle succèdent en l'étouffant de tous leurs charmes.

Mais le violon d'Ernesto Rodrigues est rarement seulement violon. Sur Erosions, ce sont aussi des électro-objets fappés, traînés à terre, ramassés pour être renvoyés plus loin et des fields recordings (le tout inventé en direct par Wade Matthews) et des vibrations d'autres cordes (la guitare de Neil Davidson). Le tout est une somme de sédiments de réel. 

La musique du trio s'exprime en improvisant dans l'agrément (le violon instrument classique abordé bizarrement mais instrument classique pour toujours) et le désagrément (les objets et les field recordings et les cordes tendues). Elle raconte autant de souvenirs-mélodies qu'elle prédit l'avenir d'une musique qui ne sera plus jamais.

Ernesto Rodrigues : Erosions (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01-05/ Erosions
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Pierre Labbé : Tremblement de fer (Ambiances magnétiques, 2010)

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Pierre Labbé compose et dirige un ensemble de douze musiciens (Jean Derome, Aaron Doyle, André Leroux, Jean-Nicolas Trottier, Josiane Laberge, Mélanie de Bonville, Jean René, Emilie Girard-Charest, Bernard Falaise, Guillaume Dostaler, Clinton Ryder, Pierre Tanguay). Pierre Labbé aime la clarté et ne s’en cache pas.

Voici donc, en sept compositions, des cadences familières, des improvisations soignées (Jean Derome et son alto dolphyen) et des superpositions qui intriguent. Ainsi, tel accent ternaire se désagrégeant au fil des secondes pour finir cisaillé par un quatuor à cordes vindicatif. Ailleurs, c’est un jazz vif qui pulvérise des violons aux aromes orientaux. Admirables moments que ces antinomies joliment animées et parfaitement assumées. Le reste, sans surprise(s) certes, est d’un intérêt tout autant soutenu.

Pierre Labbé + 12 : Tremblement de fer (Ambiances Magnetiques / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Freeleux  02/ Lavra 03/ Autochtone 04/ Serpents et échelles 05/ Le deuxième souk 06/ Mutations 07/ La fille et la grenouille
Luc Bouquet © Le son du grisli

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DJ Sniff : EP (Psi, 2011)

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Cet EP n’en est pas un. Cet EP est un LP sur CD. Cet EP est l’œuvre d’un DJ qui se sert des initiales d’Evan Parker pour expliquer son projet : jouer avec des vinyles d’Evan Parker. En bref : CD (EP) d’un DJ et de ses LP d’EP. Need ELP ? Sniff...

Sur les neuf premiers morceaux, le DJ maltraite des disques enregistrés par le saxophoniste en solo. Ses gestes éclairs les font parler et font trembler la platine. Tout à coup, le saxophone est rayé, retenu par la tête de lecture. Tout à coup, voilà qu'il enfile les styles (hip hop, ambient, exprimental…) à la même vitesse que Sniff quand il s’empare d’une nouvelle galette.

Sur les trois derniers morceaux, Sniff change son angle d’attaque. Il se sert d’enregistrements de Parker en groupe. Il les cut à loisir et les remonte dans le désordre, sans autre logique que celle du plaisir immédiat. Un sax soprano se prend un coup de cymbale ou une corde de contrebasse. Ici, Sniff est encore plus extatique. Ici, il créé en plus de rendre hommage. Beau CD !

DJ Sniff : EP (Psi / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD : 01-09/ ep1 DJ Sniff Plays Evan Parker 10-12/ ep2 : DJ Sniff plays Evan Parker and Others
Pierre Cécile © le son du grisli

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