Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Jean Martin, Frank Lozano, Jim Lewis, Rainer Wiens, Christine Duncan : At Canterbury (Barnyard, 2013)

jean martin frank lozano jim lewis rainer wiens christine duncan at canterbury

Lancés dans de sages contrepoints le saxophone de Frank Lozano et la trompette de Jim Lewis vont embarquer dans leur sillage le batteur Jean Martin, le guitariste et joueur de mbira Rainer Wiens et la vocaliste Christine Duncan. Va ainsi se froisser une improvisation aux résonances insolites, jamais totalement balisée. De cette improvisation en roue libre se mesurent et se juxtaposent quelques antinomies bien senties : caisse claire quasi militaire vs mbira obsédant, soufflants lyriques vs chant fuyant.  

Reste donc ici une forte impression d’indécision et de routine mêlés. Et le chroniqueur de rester sceptique face à ce mystère dont il ne sait s’il est force ou cul-de-sac.

EN ECOUTE >>> Corollary >>> Sojourn

Jean Martin, Frank Lozano, Jim Lewis, Rainer Wiens, Christine Duncan : At Canterbury (Barnyard Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Throwing Light 02/ Face the Same Direction 03/ Corollary 04/ Patience Game 05/ Sojourn  06/ Invocation 07/ Social Insects
Luc Bouquet © Le son du grisli



Matt Krefting : High Hopes (Open Mouth, 2013)

matt krefting high hopes

High Hopes, c'est un vinyle à deux faces (certains en ont trois, parfois quatre). High Hopes, c'est Matt Krefting (qui n'est pas un inconnu pour ceux qui suivent l'actualité Ecstatic Peace! et qui a notamment oeuvré dans Son of Earth et Believers) qui, seul à sa table, la fait méchamment tourner.

De quoi joue Matt Krefting ? Quelle question... De tout, de tout ce qui a été enregistré avant lui, de tout ce qui le sera après. Son rock est noise, son noise est soft d'accord mais remue bien plus que le disque noise le plus total (c'est la loi des enregistrements que Bill Nace édite sur Open Mouth). Des loops, des bris de verre, des field recordings, des chants religieux, des voix usurpées, des répétitions, des redites, des répétitions, des redites, des répétitions... Enfin une ambient rock qui par vague vous assoupit, vous réveille, et vous subjugue. A ceux à qui le nom de Krefting ne dit rien, il est temps de se renseigner.

EN ECOUTE >>> High Hopes

Matt Krefting : High Hopes (Open Mouth)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
LP : A/ High Hopes Part 1 B/ High Hopes Part 2
Pierre Cécile © Le son du grisli


Yells at Eels : Bandoleros en Gdańsk (1 Car Garage, 2012) / Wind Streaks In Sytris Major (TreeFallSounds, 2012)

yells at eels bandoleros en gdansk wind streaks in syrtis major

Un passage à Gdansk en 2011, où Yells at Eels fut augmenté du saxophoniste Marek Pospieszalski et du contrebassiste Wojtek Mazolewski, permit à Dennis González de faire d'une pierre deux coups. Les deux coups en question : un 45 tours (de la taille d'un trente-trois) et un trente-trois (de la taille d'un quarante-cinq) : Bandoleros en Gdańsk et Wind Streaks In Sytris Major, enregistrés le même jour.

Sur le premier, la section rythmique attire trompette et ténor au son d'une marche-valse aux parfums de Mexique – les deux contrebasses tiendront-elles la comparaison si l'on osait évoquer un air cousin de Tijuana Moods ? Les vents s'y entendent en tout cas, mais la collusion ne tient pas, l'envie d'en découdre est trop forte : González père et Pospieszalski décident de trajectoires surprenantes dont les deux courtes pièces de la seconde face (Bandoleros en Gdańsk et Artykuty Gospodarstwa Domowego, aux introductions fort lacyenne) exploiteront l'humeur fantasque.

Sur Wind Sreaks in Syrtis Major, les deux faces d'une même pièce : jouant de l'opposition des basses – archet contrant pizzicatos – puis de leur concordance retrouvée, le quintette développe un swing défait capable d'accueillir la folie de vents encombrés comme d'en digérer les traces persistantes. Comme sur le disque duelle, González & fils trouvent en leurs partenaires polonais deux semblables d'un art musical enlevé.

Dennis González Yells at Eels : Bandoleros en Gdańsk (1 Car Garage)
Enregistrement : 21 novembre 2011. Edition : 2012.
45 tours : A1/ The Polish Spirit B1/ Bandoleros en Gdańsk B2/ Artykuty Gospodarstwa Domowego

Dennis González Yells at Eels : Wind Streaks In Sytris Major (TreeFallSounds)
Enregistrement : 21 novembre 2011. Edition : 2012.
33 tours : A1/  Wind Streaks In Sytris Major (Part I) A2/  Wind Streaks In Sytris Major (Part II)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Tom Johnson : Questions (World Edition, 2012)

tom johnson questions

Dois-je – au mépris de tous les tabous – donner mon âge et dire que j’ai passé vingt-neuf années (les vingt-neuf premières, nous verrons pour la suite) à répondre à des questions ? Et soudain, Tom Johnson m’aménage une pause. Juste le temps d’un quartier libre intitulé Questions.

Une voix de femme (Carol Robinson), qui semble s’intéresser de près à la musique (mais n’est-elle pas musicienne ?), pose, n’arrête plus de poser des questions. Cette fois, les cloches de Johnson répondent à ma place avec une nonchalance qui m'est, à moi, inconnue. « Est-il plus facile pour vous d’écouter la musique ou les questions ? » Moi qui pensais pouvoir trouver un peu de repos, la voix m'interroge maintenant en même temps que Johnson. « Le canard », m’a conseillé une amie. D’autant que les cloches et la voix sont alliées : c’est l’auditeur que l’on presse maintenant de répondre. Je fais le canard, puisque c’est le conseil qui m’a été donné.

Pressé de questions, vingt-trois minutes durant, j’ai réussi à écouter et à me taire. Mais ensuite la même voix (celle de Carol Robinson) m’introduit au cor de basset (celui de Carol Robinson) et ensuite au piano (celui de Dante Boon). Les pièces de Johnson datent de différentes époques (1988, 1993, 2004) mais sont construites sur des séries de questions posées par notre interlocutrice au parfum de robot. Le contemporain est expérimental au point (c’est dire) de rappeler des jazzmen (Monk, Lacy, Braxton…) quand œuvre le cor et quelques classiques (Prokofiev, Satie, Gurdjieff…) ou minimalistes (Glass, Monk…) quand surgit le piano. Etrange, ce monde de questions. Mais n’est-ce pas celui de Tom Johnson ? Passionnant en plus d'être étrange, donc, surtout quand on a choisi de ne plus jamais répondre, à rien.

Tom Johnson : Questions (World Edition)
Edition : 2012.
CD : 01/ Music and Questions 02/ Music with Mistakes
03/ Same or Different
Héctor Cabrero © Le son du grisli


AMK : Spur N (Fragment Factory, 2013)

amk spur n

Au roulement du train ici engouffré fera écho le défilement des bobines : qui, alors, du véhicule animé par les disques, enregistrements de terrain et platines d’AMK, ou des rouages de cette nouvelle cassette Fragment Factory,  peint ces deux curieux voyages ?

Le premier, N Gauge, est celui d’un train obéissant aux rails qui, eux, n’obéissent qu’à l’imagination perturbée du musicien : pas de direction, donc, mais des intentions (sifflant, peinant, râlant, cadençant, accumulant des rumeurs circulaires, le train s’y perd en labyrinthes). Le second, Rapido Memoria Technica, a pour point de départ le hoquet provoqué par le passage du diamant sur un morceau de vinyle rayé : le sillon fautif décidera presque à lui seul du parcours. Tournant sur lui-même dans un bruit de souffles épais, l’appareil appelle à lui tous les éléments du décor : structures métalliques, ouvrages d’art, passages à niveaux…

Différents (l’un foisonnant, l’autre ramassé mais en rotation), les deux paysages ici traversés ont un point commun : ils font remonter à la surface et sur des airs poignants l’obsession sonore qu’AMK a conservé et nourri de ses nombreuses rencontres avec la machine.

EN ECOUTE >>> N Gauge (extrait)

AMK : Spur N (Fragment Factory)
Edition : 2013.
K7 : A/ N Gauge B/ Rapido Memoria Technica
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Le son du grisli profite du retour de la cassette pour vous annoncer celui du badge.

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Eric Brochard : Coding Music (2013)

eric brochard coding music

Oui hypnotique, oui polyphonique, oui répétitif. Et solennel aussi pourquoi pas. Mais ce qui enchante dans ce nouveau solo de contrebasse d’Eric Brochard c’est ce continuum fascinant, ce mouvement qui s’amplifie et nous submerge. Il y a donc une contrebasse, un archet et un musicien chargé d’animer tout cela. Et ces aiguilles de sons ne sont jamais monotones : elles s’échappent, se dévoilent, se font amies, alliées et complices. L’une s’éloigne, l’autre émerge : les deux se retrouveront. Il en va de cette musique comme de la rencontre des sensibles : se reconnaître en un regard, ne plus quitter le fil et enfanter de nouveaux astres. De la polyphonie donc. La transe – car c’est de cela qu’il s’agit dure une quarantaine de minutes.

Une autre improvisation plus coupante, plus cinglante, vient conclure ce disque. On l’oublie déjà et l’on s’en retourne à la première plage. Oui hypnotique, oui polyphonique…

Eric Brochard : Coding Music (Souffle Continu)
Edition : 2013.
CD : 01/Coding Music Part One  02/Coding Music Part Two
Luc Bouquet © Le son du grisli


Steve Swell, Andrew Raffo Dewar, Garrison Fewell : Estuaries (dEN, 2013)

steve swell andrew raffo dewar garrison fewell estuaries

C’est dans la réflexion – la méditation, voire – plus encore que dans l'urgence qu’agissent, improvisant ou lisant des partitions graphiques, Steve Swell (trombone), Andrew Raffo Dewar (saxophone soprano) et Garrison Fewell (guitare électrique). Du troisième, Estuaries rappelle cet art partagé avec John Tchicai de la concentration, de la note attendue qui au moment qui lui convient se fait entendre.

L’indolence de Fewell commandant aux souffles attention et ténacité, le trio va au rythme d’élans réfrénés mais capables d’autant : Estuary 1 et Estuary 3 font d’effleurements, de légers tremblements, de tourbillons de discrétions, l’horizon qui sans cesse les appelle puis les avale. Au pire des récifs, quelques reliefs abscons, pics minuscules devant l’envergure de soupçons trahis (confrontations franches de Semiotic Correlations II, nervures exacerbées d’Estuary 2). Au meilleur – c’est-à-dire sur presque toute la distance –, Swell, Dewar et Fewell, inventent dans le louvoiement une autre façon de mener à bon port : voilà où mène Estuaries

EN ECOUTE >>> Estuary 10

Steve Swell, Andrew Raffo Dewar, Garrison Fewell : Estuaries (dEN)
Enregistrement : 3 avril 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Estuary 1 02/ Estuary 2 03/ Estuary 3 04/ EStuary 4 05/ Estuary 5 06/ Estuary 6 07/ EStuary 7 08/ Excerpt From Music For Three 09/ Semiotic Correlations I 10/ Semiotic Correlations II 11/ Estuary 8 12/ Estuary 9 13/ Estuary 10
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Nicolas Wiese : Living Theory Without Anecdotes (Corvo, 2013)

nicolas wiese living theory without anecdotes

A l'index, il faudra ajouter une entrée sous le patronyme de Wiese : prénom, Nicolas. Toutefois pas dans le même tiroir que le bruyant John, parce qu'à l'efficiente perte d'audition Nicolas Wiese préfère l'ambient... “bizarre”.

La première face de ce vinyl jette toutes les cartes (et d'ailleurs : les meilleures) : de quoi joue N. Wiese ? Peu importe, car avec l'Ensemble Adapter ou Thorsten Soltau, il signe des morceaux d'une ambient... “bizarre” (donc) au noise confiné, aux instruments irrepérables (on y reconnaît bien des à cordes mais ils font l'effet de guitare jouet sur une molle électronique), aux voix d'outre-bombe discrètes mais envahissantes, mais néanmoins au balancement estival.

Avec Tom Rojo Poller, suit une collaboration audiovisuelle sans véritable intérêt, encore ambient, avec quelques effets parasites qui interviennent mais trop tard, avec une transparence qui ne doit surtout pas nous fair oublier que, seul ou presque, Nicolas Wiese a prouvé qu'il était l'homme d'une face et d'une seule, la première, la stupéfiante.

Nicolas Wiese : Living Theory Without Anecdotes (Corvo Records)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2013.
2 LP : LP1 : A1/ Due to Idle A2/ Subterfile A3/ Der Elefant Im Porzellankäfig – LP2 : B1/ El jardin revisitado
Pierre Cécile © Le son du grisli


Alvin Curran : Shofar Rags (Tzadik, 2013)

alvin curran shofar rags

Le livret de cette nouvelle référence de la série Radical Jewish Culture du label Tzadik le rappelle : « depuis 1965, Alvin Curran fait de la musique avec toutes sortes de sons, d’instruments, avec tout le monde, en tous endroits, tout le temps. » Il semblerait que le compositeur se penche depuis la fin des années 1980 sur le chophar, cet instrument des temps anciens. Or, son Shofar Rags me l'assure : il en joue depuis la nuit des temps.

Ce qui ne l'empêche pas de composer en homme nouveau, puisant dans ses archives sans fond quand il ne se satisfait pas d’être bien entouré par Arnold Dreyblatt à l’accordéon, William Winant au « large tam tam » et Michael Riessler à la clarinette soprano. L’idée étant de faire naître d’un instrument biblique une mélopée moderne, de déblayer un folklore antique qui en revient aux prières les plus mystérieuses et à la prosopopée. Mettre au jour grâce à un instrument des sables une musique électroacoustique des plus alertes. Deux, trois, quatre notes suffisent au chophar pour envoûter une assistance qui prendra la fuite quand chargera un troupeau d’éléphant et une ribambelle d’oiseaux.

Loin, très loin, des joliesses ECM, Curran aborde le champ folk atmosphérique à la barre d’un paquebot-arche brinqueballé par l'instabilité de son imagination. D’étranges voix de moines regrettent peut-être que le recueillement ne soit pas plus sérieux, mais mille collages ont pris le dessus, la procession musicale est profonde et/ou merveilleusement loufoque. A l’image peut-être du monde dont Curran dit qu’il est sa langue maternelle, un monde qu’il ne cesse d’accorder à sa propre fantaisie. 

EN ECOUTE >>> Alef Bet Gimmel Shofar

Alvin Curran : Shofar Rags (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2013
CD : Shofar Rags
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Cotinaud, Phillips, Roger, Sommer : No Meat Inside / The Sérieuse Improvised Cartoon... : When Bip Bip Sleeps (Facing You, 2013)

françois cotinaud barre phillips henri roger emmanuelle sommer no meat inside

Pris sur le vif (La Gaude, 12 novembre 2012) et jouant sur le vif, François Cotinaud, Barre Phillips, Henri Roger et Emmanuelle Somer ravivent quelques habitudes et s’appliquent à en défaire quelques autres.

Entre eux, quelque chose passe puis se rature. Entre eux, il y a gifle ou caresse. Il y a donc les habitudes et les turpitudes. Il y a les évidences souvent à la charge des duos (piano-contrebasse, saxophone-piano). Et ce sont là, excès de fièvres et emballements sinueux de toute beauté. Et puis, il y a ce qui se cherche, ce qui résiste, ce qui ne se trouve pas. Ce pour quoi l’improvisation existe. Maintenant s’élèvent caquètements, irruptions, unissons détrempés, discrétions et prise de becs. Le hautbois tresse quelques fines nattes de sons, une note de contrebasse ouvre le chapitre, un souffle berbère surgit, des appeaux-embouchures fredonnent l’inutile… L’improvisation tout simplement.

François Cotinaud, Barre Phillips, Henri Roger, Emmanuelle Somer : No Meat Inside (Facing You / IMR / Souffle Continu)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.  
CD : 01/ Epars 02/ Friche 03/ Space Inside 04/ Ocres 05/ Tribulations mandibulaires 06/ Drunk Track 07/ Ressort
Luc Bouquet © Le son du grisli

the sérieuse cartoon improvised music quartet when bip bip sleeps

Influencés par les musiques de Scott Bradley, un géocoucou astucieux et un coyote rapide mais pas bien malin, Henri Roger, Eric-Maria Couturier, Emilie Lesbros et Bruno Tocanne s’en donnent à cœur joie dans la démesure. Le pianiste harmonise la course, le violoncelliste lapide ses cordes, la chanteuse dérape à plaisir, le batteur tente de réguler le parcours. Et nos quatre amis d’habiter un monde grouillant de passions, de rires et d’éclats sans frontières.

The Sérieuse Improvised Cartoon Music Quartet : When Bip Bip Sleeps (Facing You / IMR / Souffle Continu)
Edition : 2013.
2LP + CD : 01/ Cats and Dogs 02/ Follow That Horse 03/ When Bip Bip Sleeps 04/ Are You Happy? 05/ At the Circus 06/ Running in the Jungle
Luc Bouquet © Le son du grisli



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