Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

dieb13 : trick17 (Corvo, 2013)

dieb13 trick17

En capsule lancée par la rotation d’une platine, dieb13 explore un paysage changeant, celui de trick17. L’univers en question étant ramassé (une face « audible » seulement, dont l’autre, « visible » elle, révélerait la cartographie sous les rapides va-et-vient d'un crayon gris), la première rencontre ne tarde pas, qui met le musicien face à une femme éplorée – plus loin, ce seront des paquets d’insectes. Pour la distraire, le voici actionnant des mécanismes minuscules et qui en appelle au réconfort d’une musique scientiste d’atmosphère.

S'il tourne alors à vide, le vinyle réserve aussi de belles plages que se disputent le bruit et le silence, jusqu’à ce que le second n’en puisse plus et disparaisse sous des déflagrations, des alarmes débitées net, des parasites et des cris habilement agencés. Pour à la fois bien faire entendre ses créatures et leur échapper, dieb13 saute comme cabri et assène même quelques coups de cornes... Jusqu'à en écorcher le vinyle, dont le rose vire maintenant au rouge sang.

dieb13 : trick17 (Corvo)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
LP : A/ Audible B/ Visible
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Henry Vega : Stream Machines (ARTEk, 2013)

henry vega stream machines

La confrontation entre les musiques baroques et électroniques est souvent intrigante, à l’instar des excellents Martes et The Versailles Sessions de Murcof. Compositeur américain basé à La Haye, Henry Vega est de la même trempe que son collègue mexicain, c’est dire le niveau, tout en dépliant en huit étapes un sens plus aigu, certains diront difficile, de l’expérimentation.

Tout en nuances, en raison de l’apport notable d’un clavecin et d’une viole de gambe sur la doublette Slow Slower, son Stream Machines virevolte sur des longueurs d’ondes entre Charlemagne Palestine et Stephan Mathieu, qu’on imaginerait rompus à l’exercice de la dynamique. Carrément prenant quand un quatuor à cordes prend le pouvoir et que les machines se fondent dans un arrière-plan croustillant, Scanner Quartet amplifie encore le geste, telle une confondante épopée à la frontière de Giacinto Scelsi, Philip Glass et, oui encore, Fernando Corona.

Henry Vega : Stream Machines (ARTEk)
Edition : 2013.
CD : 01/ Slow Slower, Pt. I 02/ Slow Slower, Pt. II 03/ Izumi 04/ Scanner Quartet, Pt. I 05/ Scanner Quartet, Pt. II 06/ Scanner Quartet, Pt. III 07/ Automata Angels 08/ Stream Machines and the Black Arts
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Abdelhaï Bennani Trio : Encounters (JaZt Tapes, 2013)

abdelhaï bennani encounters

Un soir de jazz et d’improvisation. 16 octobre 2000 au Sunset.

Abdelhaï Bennani engage son ténor dans la bataille. Ne convulse pas mais cajole ses graves. Grogne des colères insoupçonnées. Expire quelques râles salés. Chasse on ne sait quel gibier. Se perd puis retrouve le sentier. Ne fait jamais cavalier seul. Alan Silva prend son piano de vitesse. Maintenant l’assombrit. L’égrène plus qu’il ne le comble. Rend l’arpège élégant. Désosse un drôle de synthé. Rivalise avec l’archet de William. Ne fait jamais cavalier seul. William Parker fait gronder sa contrebasse. Expose les racines. Cajole son archet. Tire sur une corde qui jamais ne casse. Ne fait jamais cavalier seul.

Un soir de jazz et d’improvisation. C’est donc encore possible.

Abdelhaï Bennani Trio : Encounters (JaZt Tapes)
Enregistrement : 2000 / Edition : 2013
CD : 01/Encounters #1, #2, #3
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Beat Keller, Reza Khota : 11 Microexercises by Christian Wolff (Wandelweiser, 2013)

beat keller reza khota 11 microexercises by christian wolff

L’ivoire des pochettes de la maison Wandelweiser cache toujours quelque chose. Cette fois, ce sont 11 Microexercises inventés par Christian Wolff pour répondre à une commande du Miniaturist Ensemble. Pour les éditions Wandelweiser, d’autres miniaturistes interprètent ces onze (+ deux en bonus) pièces, qui sont Beat Keller et Reza Khot.

Keller et Khot sont deux guitaristes électriques qui percent l’ivoire (parfois le déchirent)  et respectent le principe d’un art musical qui n’a pas d’à-priori. Neuf secondes, vingt-deux, une minute treize ou onze minutes quarante-sept… Peu importe la durée de ces exercices, l’important est leur éclectisme. Jouées au pouce ou attaquées franchement, les guitares sont dissimulées, pudiques, impatientes, irritées… Elles peuvent s’ignorer ou phraser ensemble, en d'autres mots elles forment un couple dont le quotidien est heureusement inconstant, pas ordinaire.

Beat Keller, Reza Khota : 11 Microexercises by Christian Wolff (Wandelweiser)
Edition : 2013.
CD : 11 Microexercises by Christian Wolff
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Joris Rühl, Antez (obs / Azimut, 2013)

joris rühl antez

Vous ne me demandez rien mais je vais vous le dire quand même : j’aime les choses qui grincent et qu’on fait tourner. J’en déduis que Joris Rühl et Antez – un clarinettiste et un percussionniste que je ne connaissais pas jusque-là – étaient faits pour me plaire. Mais eux étaient-ils faits pour s’accorder ?

Eh bien oui bien sûr (quelle question)… Il n’y a qu’à écouter ce disque sans titre, fait de deux extraits de concerts organisés à Zürich (WIM) et Grenoble (La Promotion) en 2012 & que produisent les labels (enfin, je crois que ce sont des labels, tout ça reste obscur) obs (avec un « o » minuscule) et Azimut (sans « h »). L’improvisation des deux hommes suit une minérale-logique rocheuse qui, une fois terminée l’introduction au tom basse, siffle siffle et siffle beaucoup et tourne tourne donc : brute, industrielle, angoissante… L’improvisation du duo tout pour plaire !

écoute le son du grisliJoris Rühl, Antez
(extrait)

Joris Rühl, Antez : (obs / Azimut)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01-02/ -
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Seaworthy, Taylor Deupree : Wood, Winter, Hollow (12k, 2013)

seaworthy taylor deupree wood winter hollow

Ame pensante de son label 12k, Taylor Deupree joint de temps à autre le geste électronique à la parole ambient, ici en compagnie du guitariste Cameron Webb, alias Seaworthy.

On n’attend plus guère de surprises de l’officine new-yorkaise, mais ce très électro-acoustique Wood, Winter, Hollow est une excellentissime nouvelle dans le paysage twelvekien. Cinq morceaux, qui ont de quoi émerveiller le dernier des blasés. Un très folk Wood d’entrée, ou comment magnifier en huit minutes quelques notes de guitare sur fond d’electronica avantageuse, quelques échos de field recordings à la Chris Watson en double interlude, un Winter longuet bien que joli, un Hollow fluide tel un torrent caché sous le lichen et on s’imagine fissa en Ulysse sur un beau voyage.

écoute le son du grisliSeaworthy, Taylor Deupree
Wood (extrait)

Seaworthy, Taylor Deupree : Wood, Winter, Hollow (12k, 2013)
Edition : 2013.
CD : 01/ Wood 02/ February 21, 2013 03/ Winter 04/ February 22, 2013 05/ Hollow
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Giel Bils : Somme (Under, 2013)

giel bils somme

Année de célébration oblige, on ne pourra pas passer à côté de cette Somme aux Untitled 01-22. L’homme armé de la jaquette n’est pas celui de Guillaume Dufay mais celui du Belge Giel Bils, qui inaugurait il y a peu sa discographie (ou sa cassettographie, pour être exact).

Enregistrés entre mars et juillet 2013, ces vingt-deux (je suppose) morceaux sans nom sont aptes à faire fuir l’ennemi, et comment ! La frousse le prendra au bruit que Bils (entre Kommissar Hjuler, Eric Lunde et son compatriote Patrick Thinsy) fait lorsqu’il astique le métal, aiguise ses armes blanches à la roue de pierre, actionne des moteurs qui déclenchent des pétarades… Le plus beau, c’est lorsqu’en creusant et retournant la terre Bils fait chanter les fantômes des corps qu’elle enfouissait. Ça arrive deux fois, une fois sur chacune des faces, et ça vous met la chair de… pull.

écoute le son du grisliGiel Bils
Somme (extrait)

Giel Bils : Somme : Untitled 01-22 (Under)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
K7 : A-B/ Somme : Untitled 01-22
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Joe McPhee : Sonic Elements (Clean Feed, 2013) / Steve Lacy, Joe McPhee : The Rest (Roaratorio, 2013)

joe mcphee sonic elements

Avec une précaution qui rappelle les premières minutes de Tenor, Joe McPhee retounait à l’exercice du solo le 29 juin 2012 à Vilnius. Mais ce sont cette fois une trompette de poche et un saxophone alto que l’on trouve à entendre sur Sonic Elements.

Un solo encore, mais non pas un solo de plus. Car c’est là un hommage aux quatre éléments – dans l’ordre d’apparition : air, eau, terre et feu – qui n’a pas à leur envier leur consistance couplé à deux dédicaces commandées par l’usage des instruments cités : à Don Cherry d’abord ; à Ornette Coleman ensuite.

Se recueillant, McPhee appelle à lui des notes avec lesquelles il élabore des compositions changeantes : réflexion et emportements s’y mêlent, comme s’y entendent grogne et sifflements, extase et renoncements, un gimmick bientôt renversé et son double ainsi fait… Episode Two parvient même à faire cohabiter hymne à la joie et morceau de blues. C'est dire qu'il faut aller chercher ce grand solo de complément.

Joe McPhee : Sonic Elements (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Episode One for Don Cherry : Wind / Water 02/ Episode Two for Ornette Coleman : Earth/Fire / Old Eyes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

steve lacy joe mcphee the rest

The Rest en question est celui de Clinkers, et tient sur une face. C’est une improvisation enregistrée par Joe McPhee et Steve Lacy à l’initiative du second, en conclusion d’un concert qu’il donnait à Bâle le 9 juin 1977. Deux sopranos aux répliques souvent courtes, toujours nettes, y composent un dialogue qui tient du tir à la corde : les pressions et relâchements de l’un et de l’autre retenant l’attention jusqu’à ce que se fassent entendre de hauts aigus en partage, suivis d’applaudissements. L’unique rencontre McPhee / Lacy est forcément indispensable.

écoute le son du grisliSteve Lacy, Joe McPhee
The Rest (extrait)

Steve Lacy, Joe McPhee : The Rest (Roaratorio)
Enregistrement : 9 juin 1977. Edition : 2013.
LP : A/ The Rest
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Håkon Stene : Etude Begone Badum (Ahornfelder, 2013)

håkon stene etude begone badum

Les fidèles sont au courant, la scène norvégienne contemporaine est des plus vivaces et intrigantes – et on ne vous fera pas l’injure de revanter les mérites du label Rune Grammofon. L’an dernier, l’éloge mérité de Lene Grenager a parcouru la presse spécialisée, un an plus tard, voici venu le temps de Håkon Stene et de son Etude Begone Badum.

Visiteur (très) inspiré des compositeurs Alvin Lucier, Marko Ciciliani et Michael Pisaro, le musicien scandinave inclut trois intermezzos de son compatriote Lars Petter Hagen, oui, l’arrangeur du totalement irremplaçable Elements Of Light de Pantha du Prince & The Bell Laboratory (album de l’année 2013 de votre serviteur).

Les œuvres présentées, un poil moins accessibles et percutantes, demeurent d’une constante dynamique où les flux des percussions jouent des techniques de frappe pour mieux les détourner. Parfois à la frontière des musiques concrètes, notamment chez Alvin Lucier et son Silver Streetcar for the Orchestra qui nous transporte dans un vieux tram échappé dans notre temps, la vision de Stene imprime à chaque seconde une pluie de sonorités où il est conseillé de laisser le parapluie au vestiaire.

écoute le son du grisliHåkon Stene
Silver Streetcar for the Orchestra

Håkon Stene : Etude Begone Badum (Ahornfelder)
Edition : 2013.
CD :0 1/ Lars Petter Hagen - Study #1 in Self-Imposed Tristesse 02/ Marko Ciciliani - Black Horizon 03/ Lars Petter Hagen - Study #2 in Self-Imposed Tristesse 04/ Alvin Lucier - Silver Streetcar for the Orchestra 05/ Lars Petter Hagen - Study #3 in Self-Imposed Tristesse 06/ Michael Pisaro - Ricefall
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Hera, Hamid Drake : Seven Lines (Multikulti Project, 2013)

hera hamid drake seven lines

Il ne suffit pas de mélanger les essences pour faire sens. Témoin ce Seven Lines d’intérêt plus que moyen. Si l’on comprend et adhère à la quête du clarinettiste Wacław Zimpel, il faut bien reconnaître que l’échec rôde. Celui qui savait si bien s’acoquiner aux souffles forts de Ken Vandermark ne fait ici que répéter des schémas mélodramatiques, maintes fois rabâchés ailleurs.

Ainsi, telle mélopée japonaise ou telle chanson traditionnelle russe, n’a d’autre choix que le méditatif ou la transe. En figeant ainsi cette musique – tout en pensant le contraire – Hera ne doit son salut qu’à quelques surgissements bienvenus. Excluons d’emblée le duo percussif entre Paweł Szpura et Hamid Drake, très vite dressé en barricades sportives, pour retenir un saxophoniste (Paweł Postaremczak) inspiré et conquérant. C’est bien peu.

Hera : Seven Lines (Multikulti Project)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.  
CD : 01/ Sounds of Balochistan 02/ Roots of Kyoto 03/ Temples of Tibet 04/ Afterimages 05/ Recalling Russia
Luc Bouquet © Le son du grisli

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