Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Jason Yarde, Oli Hayhurst, Eddie Prévost : All Together (Matchless, 2012)

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Après Evan Parker et John Butcher, Jason Yarde – récemment entendu dans l’Unit de Louis Moholo – est donc le troisième « saxophoniste remarquable » à apparaître auprès d’Eddie Prévost dans cette série de Meetings passés sur disques baptisés All…

All Together, cette fois, enregistrée le 7 août 2011 au Network Theatre de Londres. A l’alto et au soprano, Yarde improvise sur le conseil d’un percussionniste provocant et avec le soutien d’Oli Hayhurst, contrebassiste autrement motivant – dans les façons qu’il a, par exemple, de rassurer sur motifs courts. C’est d’ailleurs les contrastes décidés par la paire rythmique (contrebasse appliquée et percussions de subtile licence quand elles ne donnent pas dans une frappe autoritaire) qui invitent Yarde à varier son jeu.

D’un swing amateur de répétitions – sur la seconde plage, le soprano redit ainsi une simple phrase jusqu’à ce qu’elle perde tout sens commun – en saillies ouvertes, le saxophoniste voit le jazz qu’il sert habituellement lui échapper un peu pour profiter d’une vigueur torve. Dans le kit et les usages de Prévost, on trouve en effet de quoi faire confondre toute habitude : alors Yarde fait maintenant œuvre de contorsion et s’interroge avec Eddie Prévost : existe-t-il une bonne manière de jouer le jazz ?

Jason Yarde, Oli Hayhurst, Eddie Prévost : All Together (Matchless Recordings / Metamkine)
Enregistrement : 7 août 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ All Together – Part 1 02/ All Together – Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Noah Howard Quartet : Live at Glenn Miller Café (JaZt TAPES, 2012)

noah howard live at glenn miller cafe

Le 25 septembre 2000, soit quelques dix années avant sa disparition, Noah Howard avait l’alto tendre pendant que le public du Glenn Miller Café jacassait. Retrouvait Albert le grand le temps de quelques démesures. Faisait couiner l’anche. Contrariait la beauté. Crochetait le bon goût. Offrait à la convulsion quelques riches minutes. Gratifiait son ténor d’harmoniques tueuses.

Le 25 septembre 2000, Bobby Few brûlait son gospel. Menait la tendresse à bon port.
Le 25 septembre 2000, Ulf Akerhjelm résistait à la tempête. Suivait à l’archet une comptine imaginaire.
Le 25 septembre 2000, Gilbert Matthews avait le déluge dans la peau. Rythmait la liberté en y insistant minutieusement.
Le 25 septembre 2000 tout n’était pas parfait mais tout était vif.

Noah Howard Quartet : Live at Glenn Miller Café (JaZt Tapes)
Enregistrement : 25 septembre 2000. Edition : 2012
CD : 01-11/ Tracks forming a creative kaleidoscope of Noah Howard’s compositions
Luc Bouquet © Le son du grisli


Mikkel Mark Trio Featuring Luther Thomas (JaZt TAPES, 2012)

mikkel mark featuring luther thomas

Soit Mikkel Mark, Guffi Pallesen, Kresten Osgood et Luther Thomas aux prises avec Straight Not Chaser, Groovin’ High, All Blues, Equinox, Misty et Tenor Madness.

Soit un happy gig pour reprendre l’expression du producteur Jan Ström (Ayler Records). Soit un concert (1er décembre 2007, Christiana Jazz Club, Copenhague) où le jazz ne veut pas se taire. Soit Luther Thomas et sa manière si dolphienne de torsader le phrasé. Soit Misty, possible petite sœur du grand Albert et de son immortel Summertime. Soit un concert et son lot d’aléatoire, de ratés et d’extravagances. Soit des tempos s’éteignant et d’autres se doublant. Soit un saxophoniste, parfois cavalier seul mais toujours impeccable dans son placement. Soit le jazz, tout simplement.

Mikkel Mark Trio : Featuring Luther Thomas (JaZt Tapes)
Enregistrement : 2007. Edition : 2012.
CD-R : 01/ Straight No Chaser 02/ Groovin’ High 03/ All Blues 04/ Equinox 05/ Misty 06/ Tenor Madness
Luc Bouquet © Le son du grisli


Antifun Arkestra : Nineleveneleven (Kollaps, 2012)

antifun arkestra

L’Antifun Arkestra est, je cite, un « free noise ensemble » formé à Munich en 2010 dont les membres ont pour noms (ou pseudos) Azz, Anton Kaun, Martin Krejci, Rohprokk et TV Shit. Mystérieux, tout ça, mais qui va plutôt bien avec le genre de musique qu’ils défendent (dans le noir, si l’on en croit les photos inclues dans ce double LP).

Evidemment électroacoustique, la musique de l'Antifun distribue des claques à qui s’en approche. Solidifiée par une basse qu’on définira de « bonne », elle est faite de sons qui ne font pas dans la demi-mesure et souffle des déferlantes impressionnantes de larsens, saxophones infiltrés, couinements ou bruits de moteur… On en serait bouleversé à moins puisque la mixture nécessiterait l’infusion de Diskaholics (vraiment) Anonymous, de Sissy Spacek plus free ou de Throbbing Gristle plus brut de décoffrage… Il faut attendre la quatrième face pour obtenir un peu du silence que notre oreille quémandait avant de reprendre encore un peu non pas de 6.8 mais de 9-11... Tant mieux !

Antifun Arkestra : Nineeleveneleven (Kollaps)
Edition : 2012.
2 LP : Nineeleveneleven
Pierre Cécile © Le son du grisli


Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro : Shimosaki (B-Boim, 2013)

ricardo guerreiro radu malfatti ernesto rodrigues shimosaki

Après un été finissant (Late Summer), Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues et Ricardo Guerreiro, peignent les quarante (premières, peut-être) minutes d’un hiver qui commence (Shimosaki). Enregistrée en concert à Lisbonne le 20 septembre 2012, la pièce improvisée prône en conséquence l’oubli de l’automne.

C’est que l’instant et l’urgence qu’il commande se passent ici très bien d’intermédiaires – de saisons, donc, et puis de sons, de gestes – et même de toute chronologie (puisque Shimosaki fut enregistré avant Late Summer). A leur place, trouver quarante autres minutes de retenues, d’évocations plutôt que d’invocations, de réflexions troublées par une envie de tout dire dans la ligne, sinon dans l’effleurement. De là se laisse entendre une difficulté à être pleinement (le grave de Malfatti file en douce, l’alto de Rodrigues réagit dans un pincement, les larsens de Guerreiro s’interdisent tout attaque). Or, qu’ils semblent se répondre ou se fuient rondement, les sons que l’on attrape au vol composent un murmure qui, à force de dévisser, révèle l’étrange nature des mystères qu’il recèle. 

Ricardo Guerreiro, Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues : Shimosaki (B-Boim / Metamkine)
Enregistrement : 20 septembre 2012. Edition : 2013.
CD-R : 01/ Shimosaki
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Ton : Ton (Granny, 2012)

ton ton granny records

Tout commence par une corde de guitare que l’on boucle et qui se transforme sous l’effet de basses. On aurait pu entendre ça déjà, on l’a même déjà sûrement entendu, mais pas de la manière dont Haris Koutsokostas (alias Vokal Idiot) et Dimitri Damaskos (alias Damcase) l’ont préparé. La preuve en est que ces boucles agissent sur nous comme des lassos. Nous voilà maintenant pieds et poings liés.

Facile alors pour le duo de nous diffuser une electronica à field recordings qui infiltre l'oreille interne. Sa musique bruisse et créé des rythmes datés qui font leur petit effet ou des drones à lobotomiser tout esprit pop canaille qui traînerait dans le coin. Les bruits synthétiques ne sont plus ce qu’ils étaient…

Ton : Ton (Granny Records)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Mi 02/ Seein 03/ Horshes 04/ Clots 05/ Gnomiko 06/ Button 07/ Straw 08/ Mou Pe Oti 09/ Ipo 10/ No Need to Go So Far
Pierre Cécile © le son du grisli


Frédéric Nogray : Buiti Binafin (3Leaves, 2012)

frédéric nogray buiti binafin

Pour ce projet de field recordings de la maison 3Leaves, Frédéric Nogray a pris place dans la barque de Dante, à moins que ce ne soit sur un bateau, au Honduras. « Déambulation à la lisière du monde », est-il écrit sur le disque. Je ne connais pas le Honduras mais je sais  maintenant ce que peuvent remuer en nous les souvenirs des autres.

Ma déambulation à moi importe, à la lisière de l'intime. Une pluie drue et c'est l'orage et le tonnerre derrière, un orage plus violent que celui sous lequel je t'ai un jour couru après. Le son a quelque chose à voir, ce son de rideau de fer qui tombe, derrière lequel tu as disparue. Il a fallu que je m'en retourne, 180 degrés et le soleil est revenu : on aurait dit les oiseaux samplés qui m'annonçaient que j'allais tout oublier.

Difficile, en effet, de s'accrocher à une pluie battante, de croire qu'un bruit peut faire un bon souvenir ou qu'un son peut être une dédicace qu'on vous adresse. Ces grenouilles, amphibiens, insectes agressifs, m'atteignent-ils ? Ils ne parviennent en tout cas pas à me parler de leur existence et d'une autre réalité que la mienne. Par contre, ils trouvent en moi des chemins tortueux où ils font leurs couches. Au fond de notre mémoire, on trouve parfois des souvenirs morts à côté de bruits du bout du monde où l'on n'est jamais allé.

EN ECOUTE >>> Buiti Binafin (extrait)

Frédéric Nogray : Buiti Binafin (3Leaves)
Edition : 2012.
CD : Buiti Binafin
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Klaus Filip, Toshimaru Nakamura, Andrea Neumann, Ivan Palacký : Messier Objects (Ftarri, 2012)

klaus filip toshimaru nakamura andrea neumann ivan palacky messier objects

Le duo d’Aluk (Klaus Filip / Toshimaru Nakamura) et celui de Pappeltalks (Andrea Neumann / Ivan Palacký) mettent en commun sur Messier Objects leurs instruments rares – à savoir : logiciel ppooll (Filip), no-input mixing board (Nakamura), ventre de piano et mixing board (Neumann), machine à coudre amplifiée et… panneaux solaires (Palacký). Voilà deux rencontres (concert enregistré à Prague le 4 octobre 2011 et pièce enregistrée en studio à Vienne le lendemain) qui donnent à leur fantaisie futuriste les moyens de ses ambitions.

Au Babel Festival, quarante minutes furent données : strates de sons continus ou oscillants sur lesquels les musiciens se cherchent avant que le piano de Neumann ne creuse, à force d’arpèges délicats mais tenaces, un lit profond. Là, viendront se ficher à la verticale : lignes d’aigus, tessons cristallins, parasites, larsens, bourdonnements et puis déflagrations, avant que les rafales sourdes de la Dopleta ne retournent la pièce. Alors, les bruissements graves des tables de mixage agissent en poudreuses : mille grisailles pousseront après leur passage.

A Vienne, derrière les micros de Christof Amann, seize minutes seulement. Des râles d’origine forcément inconnue s’y disputent d’autres aigus superposés, des crépitements remontent jusqu’au sommet de cordes défaites… Plus aérée, l’expérimentation revêt les atours d’une ronde qui, à force de tourner, fait quitter le sol à Filip, Nakamura, Neumann et Palacký. Avec eux, lentement, la fantaisie futuriste gagne les hautes sphères.  

EN ECOUTE >>> M1 Crab Nebula (extrait) >>> M20 Trifid Nebula (extrait)

Klaus Filip, Toshimaru Nakamura, Andrea Neumann, Ivan Palacký : Messier Objects (Ftarri / Souffle Continu)
Enregistrement : 4 et 5 octobre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ M1 Crab Nebula 02/ M20 Trifid Nebula
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


WhyOakTreeOh : Here Nor There (dEN, 2013)

WHYOAKTREEOH here nor there

Le plus souvent, le souffle droit et timbré de Lawrence Williams tournoie sans trouver proie. C’est un saxophone qui brode. C’est un souffle épais. Très épais. A la limite de la rupture des jugulaires. C’est un saxophone qui flirte avec les sucreries. Parfois, il s’écartèle, s’emballe. Reprend Zorn dans le texte. En deux occasions, il se fait voix : chant d’égorgé, chant d’étranglé.

Le plus souvent, la contrebasse d’Ernö Hock ne fait que rassembler l’harmonie. Ne brille jamais par sa dextérité. Mais tient la barre. Pétrifie le mouvement de sa lenteur. Ne semble jamais vouloir se libérer. Puis, dans un contexte incongru et en solitaire, se fait petit frère de Jimmy Garrison. Et cela, est intense.

Le plus souvent la batterie de Zsolt Sarvari Kovacs ne fait rien d’autre que cadencer des ballades perverses. Perverses parce que lentes et rétives à s’émanciper d’une gangue somnambule et lancinante. Pire, chouchoute les ralentissements. Puis, l’on ne sera jamais pourquoi, carbure aux terres sèches d’une Afrique transportée.

Ainsi va WhyOakTreeOh, étonnant trio anglo-hongrois, entre crimes soniques et étrangeté pétrifiée.

EN ECOUTE >>> The Wild Party

WhyOakTreeOh : Here Nor There (dEN)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Ceres Weeps 02/ The Wild Party 03/ Reka’s Days Are All the Same 04/ Ejjel-Nappali ABC 05/ From the Fields to the Opera 06/…Horses 07/ Meanwhile, Otters Dance…
Luc Bouquet © Le son du grisli


RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech, 2012)

rm74 two angles of a triangle

Two Angles of a Triangle sonne le retour de Reto Mäder et par voie de conséquence de ses idées fixes (de dark ambient, de minimalisme, de petits arpèges, de parasites angoissants…). Sur deux CD, qui plus est, où il peut se montrer (au choix) inventif, naïf, gentil, terrible…

Débiteur d’ambiances sur le CD1, notre homme glisse sur les cordes de métal de sa guitare, sur des nappes d’ombres synthétiques et recourt ici ou là à des instruments d’une Mäder-Kabbale qui cherche des bruits secrets. Sur le CD2, un piano enfantin n’est cependant pas de taille à révéler quoi que ce soit digne d’intérêt ou des cloches alourdissent un peu la cérémonie. Mais, quelques instants plus tard…

… des glissandi calment les impatiences de l’auditeur au point que Mäder ne donnera dorénavant plus que dans la berceuse. Il double un carillon et la magie opère (d’autant que la petite mélodie dévisse jusqu’à réveiller tous les fantômes qui dorment dans les placards des chambres d’enfants). Comme la peur finira par s’emparer de lui, Madër invente des draps de sons qu’il baptise Laid Open et Show Me the Shadow of the Sun (où son goût des orgues réapparaît). Là-dessous, il est à l’abri, reprend son courage à deux mains et souffle tout ce qu’il a dans le coffre : alors il impressionne !  

RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech Records)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2012.
2 CD : CD1 : 01/ Betwixt 02/ Spineless 03/ Between And Forever 04/ Orka's Dream 05/ A Shimmer Of Bronce 06/ May 30, 2012 2:58 07/ Bees And Ghosts – CD2 : 01/ Anthem For A Windmill 02/ Fen Fire 03/ Because Of The Slow Shutter Speed 04/ Samsa 05/ We Run In Vicious Circles 06/ Laid Open 07/ Show Me The Shadow Of The Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli



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