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Editions Lenka lente
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Interview de Chris Corsano

Corsasli

D’origine américaine, Chris Corsano est un des batteurs les plus talentueux à être apparu ces dernières années. Il fait partie de ces musiciens qui font de l’ubiquité un principe et un art de vivre. De la noise à l’improvisation en passant par le free rock, il s’illustre dans un grand nombre de genres avec une facilité déconcertante. La liste de ses collaborations est éloquente : Thurston Moore, Paul Flaherty, Evan Parker, Joe McPhee, Keiji Haino, Mick Flower, Björk

Quelle a été ta formation musicale et comment en es-tu venu à l’improvisation ? J’ai commencé à jouer de la batterie quand j’avais 14 ans. Au début, j’ai pris quelques leçons, mais elles ne m’ont pas vraiment donné l’impulsion nécessaire. Puis, vers mes 19 ans, j’ai vraiment eu envie de me lancer dans l’improvisation en voyant des concerts de Paul Flaherty (saxophone) avec Randall Colbourne (batterie), de Test, de William Parker (contrebasse).... Ensuite, des groupes comme Ascension, Sun City Girls et pas mal de sorties sur les labels Majora et Siltbreeze (durant la seconde moitié des années 1990) m’ont ouvert les yeux sur la possibilité d’improviser dans un contexte rock/punk ou en tout cas avec des instruments plus souvent utilisés dans le rock. Ce fut une étape importante pour moi, dans le sens où a priori je ne me sentais pas du tout attiré par le fait de jouer du « jazz ».

Tu sembles avoir une relation forte avec le saxophoniste Paul Flaherty. Peux-tu nous rappeler comment tu l’as rencontré et décrire ce qui vous a rassemblé ? Après l’avoir vu jouer avec Randall Colbourne, je suis allé les trouver pour leur acheter quelques disques et leur dire à quel point j’avais aimé le concert. Quelques mois plus tard, je leur ai demandé de jouer lors d’une soirée que j’organisais. Mon groupe faisait la première partie et j’ai donné à Paul un de nos disques, qui était mon premier essai enregistré d’improvisation libre. Il m’a écrit une lettre quelques temps après, et peut-être un an plus tard, il me demandait si je voulais jouer avec lui.

Pourquoi avez-vous nommé un de vos albums The Hated Music (Ecstatic Yod, 2001) ? C’est Flaherty qui en a eu l’idée. Avec Byron Coley (qui a sorti le disque), nous évoquions le peu de chances qu’il récupère l’argent investi dans ce projet. En effet, l’improvisation ne jouit pas d’une bonne couverture médiatique et de nombreux critiques jazz (grand public) n’aiment pas ce genre musical. Flaherty a remarqué que c’était vraiment la musique détestée ce à quoi Byron répliqua que nous tenions notre titre d’album.

Peux-tu citer tes batteurs favoris et dire quelques mots sur ce qu’ils t’ont appris ? Milford Graves, Adris Hoyos, Sean Meehan, Muhammad Ali, George Hurley. Il y en a plein d’autres. Je pense que ce que j’ai appris de tous ces batteurs (et de tous mes musiciens favoris en général) est qu’ils ont tous un son et une approche uniques ainsi qu’un style personnel fort inventif. Je pense aussi qu’ils sont tous au service d’un idéal musical, chacun selon leurs propres conceptions. Ils ne fournissent pas seulement un cadre rythmique, ils se préoccupent tout aussi bien de tons, de textures et de densités. Pour moi, le concept de développement est une part importante de l’improvisation. Si tu réponds toujours de la même manière à une situation donnée, c’est que tu n’improvises pas réellement. J’aime mélanger instruments et approches afin d’essayer de garder les choses nouvelles et inédites.

Cela semble facile pour toi d’aller d’un genre à l’autre (free noise, improv, free jazz…) Dirais-tu que tu as toujours la même approche ou que tu as une idée précise de la façon dont tu abordes chaque style ? Pour moi, tout cela est fait avec la même intention. La musique de chaque groupe révèle les relations entre chaque participant. Ainsi, si je peux compter sur ce que chacun apporte et vice-versa, alors quelque chose d’intéressant peut être créé.

Tu as joué avec Evan Parker et John Edwards récemment. Peux-tu dire quelques mots sur eux ? Par ailleurs, quels sont tes autres projets en cours ? Evan et John sont des incroyables improvisateurs. Les entendre sur disque fut une révélation, les voir en concert fut encore plus frappant et actuellement jouer avec eux me montre encore plus comme ils sont extraordinaires. Cette année, j’ai principalement joué avec Mick Flower (du Vibracathedral Orchestra). J’ai enregistré avec Sir Richard Bishop et Ben Chasny (de Six Organs of Admittance) et, je l’espère, nous devrions faire une tournée en Europe le printemps prochain. Maintenant que je vis à nouveau aux USA, je projette de jouer à nouveau avec des gens comme Paul Flaherty, Bill Nace et Thurston Moore.

Peux-tu citer certains de tes albums favoris ? Récemment, j’ai écouté beaucoup de John Lee Hooker. Sittin’ Here Thinkin’ a été un favori pendant un bon bout de temps. Il y a peu, j’ai écouté le Live at Disobey de Charles Gayle (ndr : Blast First, 1994) et cela m’a aussi beaucoup plu. Enfin, le disque de Group Inerane sur Sublime Frequencies m’a vraiment renversé.

Chris Corsano, propos recueillis en novembre 2009.
Jean Dezert © Le son du grisli

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