Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

David Murray, Mal Waldron: Silence (Justin Time - 2008)

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Enregistré en 2001 à Bruxelles, Silence dépose l’entente de David Murray et de Mal Waldron sur quelques standards et compositions personnelles.

Au nombre des premiers, deux ballades : I Should Care au développement sans véritable saveur, et puis All Too Soon, air d’Ellington que le duo sublime pour concilier l’inspiration emportée de Murray au ténor et la noirceur envoûtante sortie du piano de Waldron. Au nombre des secondes : la marche orientale de Free for C.T.  (Waldron et Roach) et l’emblématique Soul Eyes (Waldron), titres sur lesquels Murray intervient à la clarinette basse ; Hurray for Herbie (Waldron toujours), qui embrasse les descentes abruptes de la main droite du pianiste et l’ascension radicale du ténor, et Silence (Murray), sur lequel le saxophoniste dépose interventions rauques et autres sifflements sur les répétitions circulaires de son partenaire.

S’il n’est pas, comme présenté, le dernier enregistrement connu de Waldron, Silence trouve sa justification ailleurs : dans l’accord parfait trouvé sur l’instant de deux musiciens frondeurs et singuliers.

CD: 01/ Free for C.T. 02/ Silence 03/ Hurray for Herbie 04/ I Should Care 05/ Jean-Pierre 06/ All Too Soon 07/ Soul Eyes  >>> David Murray, Mal Waldron - Silence - 2008 - Justin Time. Distribution Harmonia Mundi.



Michel Lambert, Rakalam Bob Moses: Meditation on Grace (FMR - 2008)

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Souvent entendu depuis auprès de François Carrier, Michel Lambert s’adonnait en 2004 au tout percussif en compagnie de Rakalam Bob Moses, ancien partenaire de Mingus, Rahsaan Roland Kirk ou Paul Bley, que Lambert est allé chercher jusque chez lui.

Meditation on Grace, de faire défiler allées et venues sur percussions subtiles, grands développements inspirés autant par le free jazz de Sunny Murray (jusqu’au murmure entendu sur Delicate Balance) que par les résonances de gongs orientaux conseillant l’accalmie (Meditation on Grace). Amasse ainsi les preuves de la clarté de la collaboration et de l’honnêteté d’une inspiration conjointe.

CD: 01/ Barrage 02/ Meditation on Grace 03/ Delicate Balance 04/ Radiant Transmission >>> Michel Lambert, Rakalam Bob Moses - Meditation on Grace - 2008 - FMR.


William Parker: Petit oiseau (AUM Fidelity - 2008)

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Troisième référence de la discographie de ce qu’il est maintenant possible d’appeler le quartette classique de William Parker – là : le saxophoniste et clarinettiste Rob Brown, le trompettiste Lewis Barnes et le percussionniste Hamid Drake –, Petit oiseau en atteste, en plus, les progrès.

Tirées de ses rêves, de sa poésie, voire, d’un idéalisme sur lequel il bâtit son espoir, les compositions de Parker font le terreau idéal à l’entente du quartette sur un post-bop réfléchi (Petit oiseau), une pièce atmosphérique rêveuse (Dust from a Mountain) ou quelques insistances véhémentes profitant de l’inspiration de Brown. En musicien révérant, le contrebassiste rend aussi quelques hommages (au contrebassiste Malachi Favors ou au trompettiste Alan Shorter), se souvient pour avoir compris, retenu, et pouvoir réinventer toujours.

CD: 01/ William Parker Quartet 02/ Talaps Theme 03/ Petit Oiseau 04/ The Golden Bell 05/ Four for Tommy 06/ Malachi’s Mode 07/ Dust From a Mountain 08/ Groove Sweet >>> William Parker - Petit Oiseau - 2008 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.


Guy Girard: Sainkho Namtchylak (La Huit - 2008)

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Dans le film que consacre le réalisateur Guy Girard à Sainkho Namtchylak – à  l’occasion du concert qu’elle donna en 2004 au festival Banlieues Bleues –, la chanteuse explique souvent ne rien ressentir lorsqu’elle chante. L’explication, refusant le poncif, emboîte ainsi le pas à une pratique vocale hors-norme, que Namtchylak interroge seule, s’échauffant, ou accompagnée : ici, par William Parker et Hamid Drake.

Entre un aller et un retour fantasmés de concert (plan fixe la retenant en taxi), Sainkho Namtchylak ferme les yeux sur scène, semble se laisser happer par le vide, pour donner quelques preuves de vérité que ses partenaires se chargeront d’encadrer. Pendus aux lèvres de la chanteuse, Parker et Drake osent quelques accents, imaginent la suite à venir et parfois la précèdent, se montrent, comme à leur habitude, sensés et délicats. De répétitions enivrantes en discussions découses, l’avant-garde improvisée et nouvelle, jusqu’au développement d’une musique sans frontières et encore convaincante : William Parker à la flûte, Hamid Drake au tabla, Sainkho Namtchylak seule avec eux.

Guy Girard - Sainkho Namtchylak - 2008 - La Huit, collection Freedom Now.


Carrier Band : Voice Coil (Deep Listening, 2008)

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Histoire peut-être de célébrer les dix ans d’existence du Carrier Band – trio emmené par l’accordéoniste Pauline Oliveros –, Deep Listening produit aujourd’hui Voice Coil, enregistrement revenant sur une improvisation donnée en 2003.

Dès l’ouverture, un univers confus s’installe, qui met en valeur une série d’encombrements convoquant des voix lointaines et d’intempestives charges électroniques, quelques interventions minimalistes à la guitare, à l’accordéon et au violon, et des couches de dissonances posées les unes sur les autres - des boîtes d'archives sonores d'Andrew Deutsch sort la plupart de ces sons. Poursuivant leurs efforts, les musiciens s’occupent ensuite de larsens longs devant gérer les intrusions de samples d’une musique classique autant que datée puis de plaintes sonores sorties d’un bestiaire qui finira de tout sacrifier à un surréalisme brouillon mais aux charmes certains. Enfin, le contraste de Video Voice, fantasme d’évidence mélodique derrière lequel tout expérimentateur croit un jour pouvoir trouver refuge, avant de trouver plus amusant de le désagréger.

Carrier Band : Voice Call (Deep Listening / Metamkine)
Edition : 2008.
CD : 01/ Voice Coil 02/ Frozen Speaker 03/ Video Voice
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Fred Frith, John Zorn: The Art of Memory II (Rèr Recommended - 2008)

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Sorti dans les années 1990 sur le label de Derek Bailey, le premier volume de The Art of Memory attendait une suite. Désormais publiée, celle-ci revient sur la pratique improvisée à laquelle s'adonnaient déjà dans les années 1980 John Zorn et Fred Frith (qui abandonne ici sa guitare pour une série d'instruments inventés). Stridents, les morceaux font autant référence au free jazz qu'au rock bruitiste de l'époque, mélangeant même l'une et l'autre influence avec une insolence rare. Pas toujours décisif, mais de nombreuses fois quand même.

CD: 01/ Heaven 02/ Wood 03/ Standard 04/ Wheel 05/ Painter >>> Fred Frith, John Zorn - The Art of Memory II - 2008 - Rèr Recommended. Distribution Orkhêstra International.


Omit : Interceptor (Helen Scarsdale, 2008)

omit interceptor

Des antipodes, Clinton Williams adresse au monde sous le nom d’Omit l’état d’avancement d’une manie qui consiste chez lui à enregistrer tout et rien au moyen de vieux magnétophones pour espérer en faire ensuite un peu de neuf ravissant.

Le premier disque d’Interceptor, d’installer une musique électronique à l’ambient ambitieuse, insistante quand elle n’oscille pas, qui ne se refuse pas l’évidence d’un développement vaste et convaincant. Plus expérimental, le second expose au contraire de faibles constructions rythmiques, timides propositions sans véritable désir de développement. Sous cloches, alors, des enregistrements auxquels on insuffle un peu de vie artificielle, sans grande chance de devenir rien d’autre qu’une proposition charmante de malentendu musical.

Omit : Interceptor (Helen Scarsdale Agency / Metamkine)
Edition : 2008. 
2 CD : CD1 : 01/ Disruptor 02/ DropSite 03/ LockNut Shadow 04/ Location Becon 05/ UNstable Rotor 06/ Lopper 07/ ReBiluDer Unmounted 08/ POD 4 Lander 09/ Blanker 10/ ReManagement System 11/ Soft Iron Core 12/ In Put Lander - CD2: 01/ Loop ReBounder 02/ DeKKcaPOD 03/ OutPut Bander 04/ SideBand 05/ Skimmer 06/ HorZtial Tracking SySem 07/ Transmitter LoGGer 08/ Drop PROcess Operater 09/ ToTal Point Failure 10/ Lander 11/ WaveForm Rider 12/ Rigged OutPut
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 


Matthew Shipp: Right Hemisphere (Rogue Art - 2008)

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Prolongeant sa collaboration avec le saxophoniste Rob Brown en quartette – là, trouver aussi le contrebassiste Joe Morris et le batteur Whit Dickey –, Matthew Shipp enregistrait en 2006 Right Hemisphere, disque forcément intuitif, et puis : décisif.

Pour donner dans une noirceur inspirante, Shipp parvient dès le premier titre à éloigner son propos des tentations lyriques qui l’animent habituellement, aidé aussi par la forte présence de Brown, dont l’alto ne cesse de perturber des développements là justement pour cela. Sur Ice, le propos déjà anguleux de Shipp est ainsi interrompu par ses partenaires, qui donnent au pianiste autant d’occasions de chercher à s’en sortir autrement, d’inventer encore, voire : de laisser le champ libre à un trio qui le satisfait au point de lui laisser toute la place.

Une ballade traînante – The Sweet Science, pas à l’abri des effets du doute, elle non plus –, et une conclusion sur grand free peuvent refermer Right Hemisphere, désormais favori au titre de magnum opus de Matthew Shipp.

CD: 01/ Right Hemisphere 02/ You Rang 03/ Bubbles 04/ Ice 05/ Hyperspace 06/ Dice 07/ Incremental 08/ Falling In 09/ The Sweet Science 10/ Lava 11/ Red in Gray >>> Matthew Shipp - Right Hemisphere - 2008 - Rogue Art.


Yoshi Wada: The Appointed Cloud (EM Records - 2008)

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Après avoir s’être occupé de Lament For The Rise and Fall of The Elephantine Crocodile, EM Records réédite le troisième disque de Yoshi Wada – musicien ayant fait quelques voyages afin d’étudier avec LaMonte Young ou Pandit Pran Nath et intervenant depuis au moyen d’instruments qu’il invente.

The Appointed Cloud, de donner ainsi à entendre un exemplaire unique d’orgue imposant aux côtés de percussions et de trois cornemuses, dont celle de Wada. Quatre musiciens, donc, en charge des réponses à apporter aux caprices de la machine : d’une musique de gamelan désossée seyant à une atmosphère de fin de monde, s’extirpe un bourdon, puis plusieurs. Pièce improvisée de psychédélisme expérimental bientôt mise à mal par le grondement des tambours, qui inviteront – après avoir cédé à un minimalisme d’avant tempête – les musiciens à tout ensevelir sous un pandémonium d’exception.

CD: 01/ The Appointed Cloud >>> Yoshi Wada - The Appointed Cloud - 2008 (réédition) - EM Records. Distribution Metamkine.


L'oreille du voyageur. Nicolas Bouvier de Genève à Tokyo (Editions Zoé - 2008)

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Dans l'Usage du monde, son plus célèbre livre, l'écrivain en perpétuel voyage qu'était Nicolas Bouvier  parle de la musique comme d'un « sésame pour l'étranger : s'il l'aime, il aura des amis. S'il l'enregistre, tout le monde, même la police, s'emploiera à lui racoler des musiciens ». Alors, loin de sa Suisse natale, Bouvier use de son Nagra, heureux d'enregistrer ces peuples qui prennent un malin plaisir à bousculer les règles de la musique sérieuse et ordonnée que lui avait imposée son éducation bourgeoise : airs tziganes, polyphonies bulgares, folklores inespérés ou musique traditionnelle japonaise.

Rendant hommage à cette soif de musiques, L'oreille du voyageur, Nicolas Bouvier de Genève à Tokyo en consigne dans le même temps des preuves éparses : dans le livre, les précisions de musicologues au sujet des musiques lointaines que goûtait l'écrivain, la reproductions de quelques-unes de ses photographies – musiciens japonais ou afghans –, de notes furtives et de transcriptions de mélodies auxquelles il faut refuser le caractère insaisissable pour qu'elles puissent investir le champ des souvenirs ; dans un CD qui l'accompagne, l'intégralité d'une émission que lui avait consacrée la Radio Suisse Romande dans laquelle Bouvier évoque quelques vieux airs français autant que la musique du Turkestan chinois.

Passant au fil des témoignages de Belgrade à Kyoto, le lecteur suit le parcours d'un voyageur d'exception, en marche non pour conquérir ni profiter mais pour découvrir avec humilité : comptant pour cela sur une musique faite langage et outil de partage, qui l'intéresse davantage encore que l'écriture, les mots ayant déjà, écrira-t-il, « traîné partout ». Vérité qui n'empêche ceux des auteurs de L'oreille du voyageur de tourner joliment autour de Nicolas Bouvier avant que le silence – auquel l'écrivain, comme tout amateur véritable de musique, vouait un autre culte, écrit Anne-Marie Jaton – reprenne immanquablement le dessus.

Livre: Collectif (Projet initié par Hervé Guyader, textes de Laurent Aubert, Anne Marie Jaton, Nadine Laporte et Henri Lecomte) - L'oreille du voyageur. Nicolas Bouvier de Genève à Tokyo - 2008 - Editions Zoé. Distribution Harmonia Mundi.



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