Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Guillermo Gregorio, Jason Roebke, Brian Labycz : Colectivos (Peira, 2011)

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Ne pas attendre de Guillermo Gregorio, épris de jazz tristanien, d’improvisation (quelques disques majestueux chez Hatology) et de musique expérimentale, qu’il irrigue sa clarinette d’une quelconque dose de facilité ou de démonstration.

En trio avec Jason Roebke (contrebasse) et Brian Labycz (electronics), Gregorio module la phrase et argumente de sérieux contrepoints clarinette-contrebasse. En froissant le souffle ou en lui fluidifiant la trame, Gregorio – et on peut dire la même chose de Roebke – dévisage les terrains arides et stoppe tout effet dramatique malveillant. En ce sens réitère les expériences passées et renouvelle une musique singulière et ouverte à beaucoup de possibles.  

Guillermo Gregorio, Jason Roebke, Brian Labycz : Colectivos (Peira)
Edition : 2011.
CD : 01/ Colectivo 1 02/ Video 03/ Two Rows by Juan Carlos Paz 04/ Colectivo 2 05/ Improvisations on a Sonatina by Esteban Eitler 06/ Colectivo3 07/ Open 08/ Coplanar Nr. 4b 09/ Event 10/ Colectivo 5
Luc Bouquet © Le son du grisli



Yannis Kyriakides : Airfields (Mazagran, 2011)

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De l’écoute inspirante d’une musique indéterminée et discrète, Yannis Kyriakides a tiré l’électroacoustique d’Airfields, projet au son soigné que défend ici l'ensemble musikFabrik. La partition retient des plans de congestions cycliques : le piano mène la ronde, distribue les rôles aux autres instruments prêts à évoluer en vase clos sur la répétition de brefs motifs.

En filigrane, l’électronique attache les voix les unes aux autres : le tuba de Melvyn Poore et les cordes opposent leurs inquiétudes quand on ne leur commande pas de s’ignorer tout à fait. En conséquence, la pièce de Kyriakides est inégale : de beaux moments de suspension y alternent avec des envolées d’une dramaturgie entendue. Au fil des secondes, l’équilibre fragile entre acoustique et électronique, qui tenait pourtant en haleine, perd de son cachet : le piano avale même musikFabrik dans son entier, bientôt digéré sur un contemporain d’apparences.

Yannis Kyriakides : Airfields (Mazagran).
Enregistrement : 17 février 2011. Edition : 2011.
CD : 01-20/ Airfields
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Anders Hana : Dead Clubbing (Drid Machine, 2011)

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Parti sur les chapeaux de roues, Anders Hana s’essouffle au fil des secondes de Dead Clubbing – si ce n’est lui, c’est donc son batteur, donc lui ! (puisqu’il joue de tous les instruments sur ce disque : guitares, batterie, saxophones, synthés…). Mais ce n’est pas grave.

Explication : roulements de tambour, guitares musclées, mélange post-rock / noise, gros efforts et des chorus, des chorus et des chorus encore. Hana tire sur ses cordes, la tête en arrière. Son rock bruitiste et ventru se moque des erreurs, des débordements. Ses doigts dérapent, pas grave, ça amène d’autres bruits. Il ne demande qu’une chose, qu’on lui fasse confiance. Alors il peut anéantir tout beat et mettre au jour ce noise à ébullition.

Anders Hana : Dead Clubbing (Drid Machine)
Edition : 2011.
LP : A01/ Iskoras A02/ Viglen A03/ Háldi A04/ Kunna A05/ Kebnekaise A06/ Kvænan
Pierre Cécile © Le son du grisli


Karl Naegelen, Eve Risser, Joris Rühl : Fenêtre ovale / The New Songs : A Nest at the Junction of Paths (Umlaut, 2011)

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Karl Naegelen est compositeur. Chercher de nouvelles sonorités, épouser l’illusion sonore, sont au centre de ses recherches. Eve Risser et Joris Rühl sont improvisateurs. La première est pianiste, le second clarinettiste. Tous les trois se sont associés pour cette Fenêtre ovale. Le piano trouva sur son chemin quelques nouvelles préparations : un gros aimant, un vibromasseur, une brosse, du tissu, une perle. La clarinette eut pour partenaire une bassine et une balle rebondissante. Une fois trouvée la notation musicale (signes et pictogrammes), ils fixèrent la forme musicale en n’oubliant pas leur passé d’improvisateurs.

Et les voici maintenant en reconnaissance de cette étrange partition. Et à étrange partition, étrange musique : du bois et des rythmes, des reflets, un unisson, des craquements, des frottements, des accords sourds, des souffles, des obsessions rentrées, un minimalisme statique. Un nouvel alphabet de l’étrange et du pénétrant. Passionnant.

Karl Naegelen, Eve Risser, Joris Rühl : Fenêtre ovale (Umlaut / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ In aquam 02/ Fenêtre ovale 03/ Rondo 04/ Kroum 05/ Tremuli 06/ Etude 1 07/ Iter 08/ Ernst 09/ Khen  10/ Etude 2 11/ Variation sur Ernst 12/ Ombak 13/ Tk
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Au son de compositions signées Eve Risser ou Sofia Jernberg, se meut The New Songs, groupe que composent avec la paire de dames les guitaristes David Stäckenas et Kim Myhr. Faisant fi de quatre talents (pour certains : plusieurs fois) remarqués, la préciosité de l’affaire vire souvent au sérieux quand se mesurent déjà le lyrisme importun de Jernberg et la stérilité des inventions sur instruments préparés. De quoi répondre aux attentes de l’étiquette MFA (Musique française d’aujourd’hui),  qui accouche ici d’un autre disque creux.

The New Songs : A Nest at the Junction of Paths (Umlaut)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : : 01/ Je suis l'épine d'un pin 02/ Reality had a Little Weight 03/ Un carreau blanc 04/ Puff 05/ Fil 1 06/ The Hill
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ezramo : Come Ho Imparato a Volare (Corvo, 2011)

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On se souvient d'Ezramo (dans le civil, Alessandra Eramo, Italienne installée à Berlin) pour Popewaffen enregistré en concert avec Wendelin Büchler, David Fenech, Gino Robair et Argo Ulva, que produisit Corvo Records.

Le même label sort aujourd'hui Come Ho Imparato a Volare (comment j'ai appris à voler). Si l'oiseau Ezramo a pris son envol, elle règle ses mouvements sur ceux de Fenech, par exemple. Amatrice de pop gentille (bien qu'expérimentale et atonale), elle siffle son folklore minimaliste à travers une cithare, un piano, des field recordings et les clochettes de Mama Baer. Parfois on regrette un mélange de voix ou une psalmodie naïve, mais d'autres fois les chansons d'Ezramo trouvent une place au chaud dans un nid grouillant de larves : c'est là que cette pop étange prend tout sa saveur ; là qu'elle touche au coeur en vous le retournant.

Ezramo : Come Ho Imparato a Volare (Corvo Records)
LP : 01/ Come Ho Imparato a Volare
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2011.
Pierre Cécile © Le son du grisli



Pharoah Chromium : Electric Cremation (Grautag, 2011)

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Projet d’un certain Ghazi Barakat, transformiste et musicien aus Berlin (je vous conseille une photo où il pose en bas noirs à têtes de mort et bottillons rouges), Pharoah Chromium met les petits plats – dix-huit étranges titres – dans les grands – un double LP – pour sa première production discographique (à l’âge respectable de 46 ans, mes frères) sous ce nouveau pseudonyme. Déjà auteur sous le moniker de Boy From Brazil de la galette Pointless Shoes sortie sur Tigerbeat6 en 2005, notre homme est une figure totalement culte du Berlin des nouvelles années folles, entre dadaïsme électro-pop grinçant et divagations arty pour revue chic et choc.

Collaborateur occasionnel des toujours allumés Stereo Total, notre héros trouve en la structure Grautag Records (dont c’est la troisième sortie) un pendant à ses délires sonores follement éclatés. Manifestement passionné des collages en tout genre, on songe plus d’une fois à un Ghédalia Tazartès propulsé dans une Kosmische galaxie, Pharoah Chromium a divisé son opus en quatre épisodes nettement distincts. Le premier, Atomic, se veut une réflexion sur la catastrophe de Fukushima – après tout, si c’est lui qui le dit. Son élément le plus intéressant est une reprise en… Hébreu d’Elli & Jacno (L’Age Atomique, Suite Et Fin), qu’il confronte à, tenez-vous au slip, à Tim Hecker.

Seconde face de l’ensemble, Feral s’imprègne d’une noirceur très SF. Tel un cheminement zarbi entre Coil et Xela dans les méandres atomiques d’un monde en putréfaction, tendance hôpital explosé aux psychotropes, les cinq versants explosent les canevas – et c’est pas sûr qu’on ait tout saisi à la troisième écoute. Le second vinyle propose une très intéressante vision du krautrock, plus exactement de la Kosmische Musik (Ghost). Débraillée à l’aune du new age, elle fait le saisissant effet d’un Eyes Like Saucers (ou d’une Pauline Oliveros au bandonéon) en total revival Tangerine Dreams – si, c’est possible. Dernière boucle du quarteron, Arabic intègre, on s’en doute, des éléments arabisants, ils sont heureusement nettement plus psychés que clichés. Basé sur des boucles de deux joueurs de saz turco-berlinois, ils lancent un ultime défi hallucinogène des plus réjouissant. Dont acte.

Pharoah Chromium : Electric Cremation (Grautag Records / Souffle Continu)
Edition : 2011.
LP : 01/ Luotasi 02/ Henki 03/ Lipite 04/ Narri 05/ Vantaa 06/ Lauma 07/ Levite
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


John Zorn : Enigmata (Tzadik, 2011)

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Interprétées par un alto et un violoncelle, les compositions d’Enigmata, ici fortifiées par les guitares saturantes de Marc Ribot et de Trevor Dunn, paraitraient-elles si nouvelles ? Quelles tournures prendraient-elles ? Quels seraient les effets et les portées de ces excès soniques ?

John Zorn explique ainsi Enigmata : « c’est une nouvelle musique, une musique au-delà des genres. Ces nouveaux outils ont besoin d’être étudiés ». On peut souscrire à son analyse (après tout, c’est lui – et lui seull – le compositeur de cette oeuvre) mais on peut aussi convoquer certains souvenirs : tel arpège obsessionnel n’a-t-il pas déjà parcouru la guitare de Fred Frith ? Telle saturation n’a-t-elle pas animée une certaine Naked City ? Zorn ferait-il du neuf avec du vieux ? A vrai dire la question est idiote tant cette musique, trop vite rejetée par certains, n’est pas sans atouts : vivacité, nervosité et épaisseur d’une forme, peut-être voilée (ou dévoilée – et c’est peut-être sa seule finalité) par l’instrumentarium proposé ici.

John Zorn : Enigmata (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ One 02/ Two 03/ Three 04/ Four 05/ Five 06/ Six 07/ Seven 08/ Eight 09/ Nine 10/ Ten 11/ Eleven 12/ Twelve
Luc Bouquet © Le son du grisli


Trevor Watts, Veryan Weston : 5 More Dialogues (Emanem, 2011)

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Dialogues ou mimétisme ? Cette manière qu’ont Trevor Watts et Veryan Weston d’arpenter les mêmes régions soniques, les mêmes déviations, les mêmes consonances-dissonances interroge. Et éblouit.

Dans ce royaume où le repos n’est qu’accessoire, nous assistons à une vive organisation de la forme. Une forme sans le souci du résultat car fondée sur un point d’appui essentiel : la confiance. Ainsi, quand se raccordent les aigus d’un soprano et les stridences du piano, quand alto et clavier torsadent des sentiers rocailleux, ce sont bien deux esprits possédés – et qu’aucun exorcisme ne pourra calmer ou stopper – qui nous parlent.

Dix ans après leur premier enregistrement en duo, l’aventure continue. Pourvu que ça dure !

Trevor Watts, Veryan Weston : 5 More Dialogues (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ cuTWOrm 02/Exchanged Frequencies 03/ rooTWOrm 04/ Frequent Exchanges 05/ flaTWOrm
Luc Bouquet © Le son du grisli

 


Nate Wooley : The Almond, [8] Syllabes, Amplified Trumpets, Trumpet/Amplifier...

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wooley_the_almondNate Wooley : The Almond (Pogus, 2011)
Voici donc Nate Wooley parti à la recherche de sons rares, troublants pourquoi pas : le 24 avril 2010, il enregistrait à la trompette et à la voix cette Almond de qualité. Les deux instruments s’y passent un relai lourd de significations qu’harmoniques, sifflements, drones et ronflements se disputent. La voix est de fausset, la trompette d’endurance : leur union d’un minimaliste joliment perturbé.

wooley_syllabesNate Wooley : [8] Syllabes (Peira, 2011)
Enregistré le 18 août 2011, [8] Syllabes est un autre ouvrage de trompette et de vocalises. Wooley y dit les tremblements légers du souvenir de notes longues et rythmées (silences et interventions véhémentes se succèdent) avant de faire tourner un motif de quatre notes que l’écho finira par avaler. Les syllabes promises varient donc, dévient même au gré des intentions.

evans_wooleyPeter Evans, Nate Wooley : Amplified Trumpets (Carrier, 2011)
Les trompettes amplifiées sont celles de Nate Wolley et Peter Evans, qui s’amusent de la situation. Le duo joue de feedbacks ou d’interventions brèves, dompte un larsen ici, glisse sur proposition bruitiste ailleurs. Il peut encore faire œuvre de déflagration, modulation ou saturation, avant d’investir avec la même impatience un atelier de frappe inspirant : dans lequel il refermera l’exercice.  
 
jeremiah_cymermanJeremiah Cymerman : Fire Sign (Tzadik, 2011)
Sur Fire Sign de Jeremiah Cymerman – clarinettiste et électronicien inquiet d’atmosphères ombreuses –, Wooley est deux fois convoqué. D'abord, Collapsed Eustachian l'oppose à Peter Evans : coups de trompettes et de machines suivis d'une paix établie sur une électroacoustique plus expérimentale. En sextette (avec Cymerman, Sam Kulik, Christopher Hoffman, Tom Blancarte et Harris Eisenstadt), il suit les méandres de Burned Across the Sky, ballade répétitive et profonde que corsète l’archet de violoncelle.

wooley_trumpet_amplifierNate Wooley : Trumpet/Amplifier (Smeraldina-Rima, 2011)
En 2007 et 2009, Wooley faisait déjà seul oeuvre de cuivre et d’électricité. Trumpet/Amplifier, d’appeler les travaux de The Almond tout en leur promettant une résonance au son de nonchalance et d’abstraction conjuguées. Révélateur.


Attilio Novellino : Through Glass (Valeot, 2012)

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C’est le deuxième disque d’Attilio Novellino, qui est un jeune artiste sonore italien qui jusque-là m’était inconnu. De courtes recherches m’apprennent qu’il joue dans des groupes qui ont pour noms Un vortice di bassa pressione et Sentimental Machines, que l’on entendra (peut-être) un jour…

Sa musique, maintenant. Au début, on pense au Rafael Toral des débuts ou à Fennesz en embarquant sur des tapis volants aux distorsions compactes. On traverse des zones sensibles, des orages électriques, on entend des sirènes, on croise des spécimens (un Ex Butterfly est-il un papillon mort ?). Des basses et des guitares, superfétatoires, font perdre un peu de leur superbe aux drones électroniques, mais ce n’est pas bien grave, le tapis tient la route. Et cette route nous ramène au Toral des débuts ou à Fennesz. Donc : pas forcément original, mais tout à fait acceptable…

Attilio Novellino : Through Glass (Valeot Records)
Edition : 2012.
CD : 01/ A Footpath for Night Dancers 02/ Sirens 03/ Through Glass 04/ Ex Butterfly 05/ Her Red Shoes 06/ After You've Had a Life 07/ Snapshot of a Loss 08/ Yosemite's Night Sky 09/ Llyria 10/ Amber Alert
Pierre Cécile © Le son du grisli



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