Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Borbetomagus : The EastcoteStudios Session (Dancing Wayang, 2016)

borbetomagus the eastcote session

Il faudra voir A Pollock of Sound, documentaire de Jef Mertens qui revient sur l’œuvre de Borbetomagus à coups d’archives rares et de témoignages enregistrés – si l’on y entend bien les voix de Don Dietrich, Donald Miller et Jim Sauter, les musiciens ne s’expriment jamais face caméra. Images arrêtées et vidéos de concerts (CBG, Generator, Kitchen, plus récemment Cafe Oto et Instants chavirés…) y illustrent le parcours du trio depuis la fin des années 1970 quand quelques admirateurs et / ou collaborateurs (Thurston Moore, Hijokaidan, Chris Corsano, Norbert Möslang…) y redisent toute leur admiration.

Philippe Robert nous rappelait ici qu’avec Thurston Moore, le trio a enregistré en 1989 ce Snuff Jazz qui pourrait décrire un peu sa musique. Pour l’évoquer encore, on extraira du film une confidence (depuis que Brian Doherty a quitté le projet et sans l’aide occasionnelle d’Hugh Davies, Dietrich, Miller et Sauter ont toujours cherché à « sonner électronique ») et une citation (du peintre James Bohary, qui voit la musique de Borbetomagus comme des transcriptions des sons naturels que l’on trouve dans notre environnement et précise : je pourrais identifier certains de ces sons, mais j’aurais du mal à mettre un nom sur la plupart d’entre eux).

Au film qui célèbre la longévité de Borbetomagus fait aujourd’hui écho The Eastcote Studios Session, vinyle étiqueté Dancing Wayang – faut-il rappeler l’excellent travail (sonore autant que graphique) produit ces dernières années par le label ? Si c'est le cas, voici donc une série de chroniques à relire : Alps > Beyond Civilized and Primitive > Anicca > Bring Us Some Honest Food > Motion > Needs! > Tsktsking. Enregistrées à l’automne 2014, ces deux plages illustrent même la constance avec laquelle Borbetomagus continue de mettre son art de l’improvisation au service d’une campagne de démobilisation que l’on pourrait baptiser « Free Tinnitus! »

Insatiables, les saxophones et guitare préparés perpétuent une tradition bruitiste dont le trio s’est fait le chantre vindicatif. Loin du studio où DIS et DAT ont été consignés, l’auditeur pourra bien sûr baisser le volume, mais alors ? Déferleront quand même les sifflements provoqués par le raclage des cordes de guitare, les larsens et les râles sortis de l’ampli, les éructations provenant du cœur même des saxophones – indistincts au début du disque, ceux-là gagnent en présence au fil des minutes pour, au terme de l’expérience, chanter comme par strangulation – et enfin cet étrange code télégraphique qui, si on prenait le temps de bien le déchiffrer entre deux soubresauts, révélerait les principes d’un langage singulier. Celui que parle Borbetomagus depuis 1979, et qu’il continue même d’enrichir.

borbetomagus

Borbetomagus : The Eastcote Studios Session
Dancing Wayang
Enregistrement : 14 octobre 2014. Edition : 2016.
LP : A/ DIS – B/ DAT
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Milo Fine: Ikebana (London Encounters 2003) (Emanem - 2004)

finedegrisli

Quelques semaines passées à Londres au printemps 2003 furent l'occasion pour Milo Fine, multi instrumentiste de Minneapolis et adepte forcené de l'improvisation la plus libre, de rencontrer quelques-uns des plus iconoclastes de ses homologues anglais. De les affronter, même, à  l'aide d'expressifs usages de clarinettes, piano ou batterie, au sein de quatre formations différentes. Deux disques sont nécessaires à la présentation de la somme d'enregistrements réalisés.

Aussi fournis qu'inventifs, ils présentent d'abord un Milo Fine menant, en octet, une pièce de près de 40 minutes, April radicals, ou les solutions choisies par les improvisateurs sont le plus souvent frénétiques, angoissantes, mêlant programmations minimalistes et courtes plaintes acoustiques, réponses des unes aux autres, ou bien assimilées. Bien que radicale, l'expérience nous mène subtilement à travers les méandres inédits d'un cabinet de curiosités zoologiques.

Selon la même méthode jubilatoire, Fine se mesure ensuite à Alex Ward. Deux clarinettes tentent des combinaisons, faites d'harmoniques étirées ou de notes aiguës sur montagnes russes (Only Two Clarinets, Still Only Two Clarinets). Convaincant déjà, le duo se fait épatant lorsqu'à la clarinette de Ward répondent les attaques ressenties du batteur (Fine Ward Mill Hill). Quant au trio Milo Fine, Paul Shearsmith et Gail Brand, associant clarinette / batterie, trompette de poche et trombone, il pousse à son paroxysme les moments d'inspiration rageuse (Skinny frogs).

Elaborées en sextet, cinq pièces servent un même titre, May radicals. D'une discrétion ayant peut être à voir avec une mise en place timide, May Radicals Minus One superpose les notes échappées d'un piano déconstruit et les frôlements grinçants d'archets sur violons et contrebasse avant de l'emporter tout à fait dans son approche d'une dissonance musicale sombre et fournie. Choisissant de soutenir l'effort des cordes par des bribes de rythmes (May Radicals Three) ou des trouvailles lumineuses à la clarinette (May Radicals Four), Milo Fine aide le sextet à trouver naturellement sa place, qui, si elle n'est pas confortable, est assez bien disposée pour nous convaincre de ne jamais rien refuser à l'intuition. Encore que celle-ci est celle, rare, de musiciens aussi brillants qu'iconoclastes.

CD1: 01/ April Radicals 02/ Only Two Clarinets 03/ Still Only Two Clarinets 04/ Fine Ward Mill Hill 05/ Skinny Frogs - CD2: 01/ May Radicals Minus One 02/ May Radicals Two 03/ May Radicals Three 04/ May Radicals Four 05/ May Radicals Five

Milo Fine - Ikebana (London Encounters 2003) - 2004 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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