Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Geoff Farina, Luther Gray, Nate McBride: Almanac (Atavistic - 2006)

farinasliAprès   avoir   invité   Lee Ranaldo,   Roger Miller et  William Hooker, ou Nels Cline, Andrea Parkins et Tom Rainey, à enregistrer ensemble, le label Atavistic convie le guitariste Geoff Farina (du groupe Karate), Nate McBride (bassiste de Spaceways Inc ou Bridge 61) et le batteur Luther Gray à se charger de la quatrième référence de sa série « Out Trios ».

Almanac, donc. Qui avance au rythme souvent lent de combinaisons prudentes de notes isolées de guitare et de pizzicatos sensibles (Breccia, Particle), de larsens minuscules emmenés par une section rythmique efficace (Sonic Gobo), toujours à même d’installer une tranquillité que l’on pourrait qualifier d’instable ou de sauvage (Absolute Age).

Plus emportés, Hello Tamarat, Goodbye et Leone : le premier, donnant dans la répétition de 2 accords de guitare allant crescendo, qui rappelle Glenn Branca ; le second, plus soutenu, opposant un archet de contrebasse grinçant au jeu de Farina, hommage sans doute à l’ensemble de l’ère No Wave.

Si ce n’est sur Stream Piracy et Heart of Mica – sur lequel Farina tombe dans les travers démonstratifs de sa profession – les musiciens transforment leur rencontre en réunion subtile de leurs talents particuliers. Intuitif, audacieux et aérien.

CD: 01/ Breccia 02/ Drumlin 03/ Particle 04/ Hello Tamarat, Goodbye 05/ Sonic Gobo 06/ Absolute Age 07/ Stream Piracy 08/ Leone 09/ Heart of Mica 10/ Craton

Geoff Farina, Luther Gray, Nate McBride - Almanac - 2006 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.



Frank Wright: Unity (ESP - 2007)

wrightsliEnregistré  le  1er Juin 1974  au  Moers  Festival,  Unity présente Frank Wright en leader humble d’un quartette explosif, et vient compléter The Complete ESP-Disk’Recordings du saxophoniste, récemment édité.

7 notes de contrebasse répétées par
Alan Silva introduisent la première partie du concert. Porté par le piano de Bobby Few, véritable machine à débiter un fonds sonore aussi mélodique que brouillon, Wright part sur les traces de Coltrane, passe sans sourciller des graves aux aigus de son ténor, ânonnant parfois sur le crescendo institué par le batterie de Mohammad Ali.

Arrivé à l’aigu ultime, le leader laisse sa place au trio de ses sidemen: notes réverbérées de piano rappelant
Sun Ra perdu en piano bar des débuts du film Space is the Place, cymbales portées toujours plus haut, et excellence du jeu de Silva à l’archet. Unity tient là de ce qui a été fait de plus intense en petits comités défendant free jazz, du niveau de Sonny’s Time Now de Sunny Murray.

Sur la deuxième partie, Ali impose un rythme étrangement latin, batucada bousculée, bientôt investie par Few, exploitant son piano d’un bout à l’autre. Déposant quelques notes graves en réponse aux aigus frénétiques glissés par l’archet de Silva, Wright reprend le dessus et ose un semblant de mélodie reprise ensuite par la piano, pour enfin conclure le set au son expansif d’un barnum fanfaron. L’avant-garde éclairée tenant de la grande illusion : indispensable.

CD: 01/ Unity Part I 02/ Unity Part II

Frank Wright - Unity - 2006 (réédition) - ESP Disk. Distribution Orkhêstra International.


Empty Cage Quartet : Hello the Damage! (pfMentum, 2006)

empty cage quartet hello the damage

Deux  ans après  un  premier  album  produit  par  le  label  Nine  Winds, Empty Cage Quartet présente Hello The Damage!, double CD issu de l’enregistrement d’un concert donné au Café Metropol de Los Angeles, fin décembre 2005.

Interprétant des compositions signées de deux de ses membres - le trompettiste
Kris Tiner et le saxophoniste et clarinettiste Jason Mears -, le quartette confectionne un jazz soutenu parcouru de dissonances, répétitions, et entrelacs spécieux, adressant ici ou là quelques clins d’œil : à Jimmy Lyons sur Attack of the Eye People, à l'Art Ensemble sur The Mactavish Rag.

Lorsqu’il ne fait pas siffler son alto sur les roulements sophistiqués du batteur Paul Kikuchi (And Who Is Not Small), Mears avance à pas comptés à la clarinette avant d’être rejoint par un Kris Tiner criard, passé, lui, au bugle (The Empty Cage). Après une chute dessinant quelques cercles, le groupe retrouve le calme d’après tempête (Swan-Neck Deformity), et décide d’en faire le prétexte adéquat pour conclure le concert, aussi long que passionnant.

Empty Cage Quartet : Hello the Damage! (pfMentum)
Edition : 2006.
2CD : CD1 : 01/ Attack of the Eye People - Who Are They If We Are Them? - The Mactavish Rag 02/ And Who Is Not Small - Function 3 - CD2: 01/ Swan-Neck Deformity - The Empty Cage - Swim Swim Swim, Eat Eat Eat
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Pit Er Pat : Pyramids (Thrill Jockey, 2006)

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Deuxième album de Pit Er Pat, Pyramids confirme les qualités indéniables du trio. De celles, peu répandues chez les groupes pop, capables de bâtir une identité véritable.

Commencé sur le rythme d’une ballade rehaussée d’inserts hybrides (Brain Monster), l’album n’arrêtera pas de faire défiler les morceaux différents et les décisions surprenantes : folk déglingué sur programmations déraillant (Seasick), pop aux charmes tenant de l’évidence (Solstice), comptines angoissées (Moon Angel, Baby’s Fist) ou instrumentaux atmosphériques (Rain Clouds).

Ailleurs, les morceaux peuvent avancer quelques influences : The Faith’ Healers, au son de complaintes crachantes telles que Swamp ou Pyramid ; Broadcast, lorsque le trio donne dans une pop électroacoustique en équilibre précaire (Time Monster) ; ou encore Electrelane, sur No Money = No Friend.

De pop peu rassurante – les imperfections, feintes ou non, de l’interprétation en rajoutant -, Pyramids est un disque radieux. Célébrant le genre de féerie jamais loin du cauchemar, et musique qui interdira toujours à ses compositeurs - parce que trop raffinés - d’en tirer profit dans la réalité.

Pit Er Pat : Pyramids (Thrill Jockey / Pias).
Edition : 2006.
CD : 01/ Brain Monster 02/ Seasick (Hang Ten) 03/ Time Monster 04/ Baby’s Fist 05/ Swamp 06/ Pyramid 07/ No Money = No Friend 08/ Solstice 09/ Rain Clouds 10/ Skeletons 11/ Moon Angel
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Frode Gjerstad, Kjetil Brandsal : Antiphonic (Utech, 2006)

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Antiphonic – tirage limité à 200 exemplaires – trouve Fröde Gjerstad (basse saxophone, clarinette) et Kjetil Brandsal (basse électrique) improvisant au son d’un mélange de jazz et de rock soutenu. Forcément expérimental, et sans concessions.

Distribuant larsens et saturations, Brandsal se charge du bruitisme électrique tandis que Gjerstad, en réponse, élabore des précipitations aiguës de clarinette (01) ou fait de stridences de saxophone quelques parallèles convaincants aux larsens de la basse (03). Soit, rien de compliqué, les élans partis plutôt à la recherche du bruit efficace. Ou encore, de la confection patiente d’une pièce offerte aux instincts les plus libres de Gjerstad, qui profite sur 02 de l’espace concédé par les oscillations discrètes de la basse, ou d’une progression sombre et grouillante croulant sous les plaintes rauques du saxophone. Autrement encore, le duo peut rappeler la collaboration de Zu et Spaceways Inc, puisqu’il combine un rock orienté métal aux divagations free des instruments à vent. Furieux, extrême sans doute, mais honnête et décisif.

Frode Gjerstad, Kjetil Brandsal : Antiphonic (Utech Records)
Edition : 2006.
CD : 01/ 01 02/ 02 03/ 03 04/ 04 05/ 05 06/ 06
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Von Freeman: Good Forever (Premonition - 2006)

vfreemanEn compagnie du trio qui l’accompagnait sur The Great Divide - précédent enregistrement publié en 2004 par Premonition – Von Freeman dit avoir voulu adresser avec Good Forever un hommage particulier à ses admiratrices.

Chaleureux, il entame d’abord une ballade suave - son ténor tirant sereinement parti de l’accompagnement du pianiste Richard Wyands (Why Try To Change Me Now). Avant de suivre la voie d’un swing (An Affair To Remember) ou d’un bop (A Night In Paris) qu’il sait efficaces, mais qu’il prend aussi un malin plaisir à écorcher.

Dérapant volontairement ici ou là, il décide d’accrocs applicables à la mélodie en guise de décorations, poussant un cri au milieu des phrases nettes ou abusant des rauques caverneux. En préservant toujours l’essentiel : blues goguenard d’ I’ll Never Be Free, ou autre swing, porté haut par la contrebasse de John Webber et la batterie de Jimmy Cobb (Didn’t We).

Sous couvert de romantisme sur lequel souffle un parfum de Paris, Von Freeman aura servi avec intelligence un classicisme certain et fait preuve, dans le même temps, d’excentricités chastes. Avec le savoir-faire d'un avant-gardiste
reconnaissant.

CD: 01/ Why Try To Change Me Now 02/ An Affair To Remember 03/ A Night In Paris 04/ Smile 05/ I’ll Never Be Free 06/ Didn’t We

Von Freeman - Good Forever - 2006 - Premonition Records. Distribution Orkhêstra International.


Peter Brötzmann: Pica Pica (Atavistic - 2006)

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Parce qu’Han Bennink - avec lequel ils avaient l’habitude de jouer - s’adonnait au jazz d’avant-garde avec Misha Mengelberg, Peter Brötzmann et Albert Mangelsdorff trouvèrent en Günter Sommer un percussionniste de substitution, certes, mais aussi de taille. Cet enregistrement de 1982 au Jazzfest Unna en est la preuve.

Dès Instant Tears, les trois musiciens exposent leurs différences, tout en courant derrière la même méthode instinctive: Sommer déployant un jeu tendu, proche d’un rock chargé ; Mangelsdorff ayant recours à la répétition discrète et à l’usage de silences ; quand Brötzmann façonne à son image un free déambulatoire au gré des saxophones qu’il utilise – alto, ténor et baryton.

Baryton avec lequel le saxophoniste sonnera la charge du trio dans la dernière partie d’Instant Tears, qui contrastera avec l’allure de Wie du Mir, So Ich Dir Noch Lange Nicht, même si le saxophone et le trombone y soufflent encore le chaud et le froid sur le rythme alangui décidé par un Sommer ici plus subtil.

Plutôt à l’aise sur chacune des progressions, le trio construit peu à peu un free jazz singulier mis au service d’une fronde complice. Terminée au son de Pica Pica, pièce courte qui imbrique les courts rebonds des vents sur cadence soutenue, et simule une danse de Saint Guy en guise de conclusion conciliatrice.

Peter Brötzmann : Pica Pica (Atavistic / Orkhêstra International).
Enregistrement : 1982. Réédition : 2006.

CD : 01/ Instant Tears 02/ Wie du Mir, So Ich Dir Noch Lange Nicht 03/ Pica, Pica
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ute Völker: Anthrazit (Free Elephant - 2006)

volkergrisliRares, les enregistrements improvisés au son de l’accordéon. Et pourtant. Si Anthrazit n’est pas le disque le plus joyeux à avoir été enregistré ces derniers mois, Ute Völker défend là une esthétique aussi véritable que personnelle.

Echappée de Partita Radicale
, Völker dresse ici en solo des pièces d’allures changeantes : mélanges angoissés de graves divers mais grouillant tous (Obsidian, Graphit), fantasmes de drones déliquescents (Basalt, Anthrazit), ou progressions chaotiques permises par une intensité sous dépression (Gabbro).

Moins convaincante lorsqu’elle sacrifie l’essentiel au profit de l’emportement dramatique (Antimonit, Svenit), l’accordéoniste trouve l’issue qui la sauve dans des gestes contraires : jouant des silences et de notes allongées sur Magnit, ou évaluant patiemment la construction de Diorit.

Curieux d’abord, Anthrazit a donc des avantages. Qui excusent ses ratés. Et emporteront sans doute n’importe quel frileux aux musiques improvisées.

CD: 01/ Hämatit 02/ Obsidian 03/ Basalt 04/ Gabbro 05/ Antimonit 06/ Bleiglanz 07/ Svenit 08/ Lava 09/ Diorit 10/ Magnit 11/ Anthrazit 12/ Graphit

Ute Völker - Anthrazit - 2006 - Free Elephant.


Burton Greene: Ins And Outs (CIMP - 2006)

greenesliAvec Ins And Outs, Burton Greene dit avoir voulu renouer avec un jazz traditionnel, au sein d’une formation stabilisante – trio qu’il forme avec le contrebassiste Ed Schuller et le batteur George Schuller.

Impatient sans doute, le trio sacrifie d’abord l’intelligence au profit d’une efficacité grossière (Skumpy, dans lequel le pianiste glisse facéties et clins d’œil roublards), avant d’entamer un blues tenant de l’ambiance de piano-bar (Tale of Woe) comme il se montrera, plus tard, capable d’une ballade mollasse (Gentle Wind and Falling Tear).

Parti de cette manière, le trio semblait incapable de faire entendre ailleurs un retour aux sources honnête et convaincant. Pourtant, dès Burkina Faso Swing, les choses évoluent. Le jeu est plus réfléchi, et mène savamment à Chromatical Manner, progression ombrageuse partie d’une phrase répétée de piano. L’un et l’autre thème signés Syl Rollig, femme du pianiste, qui aura œuvré comme tant d’autres à sortir son mari du gouffre.

Maintenant bien lancé, Greene mène un boogie éclaté (When In Front, Get Off My Back), un bop enlevé dans lequel il déploiera autant du rage qu’il avait coutume de le faire 40 ans auparavant (63rd&Cottage Groove), pour se montrer enfin à la hauteur de l’ambitieux Summation, qui mêle naturellement évidence et expérimentations. Qui conclut un set bien plus remarquable qu’il n’avait été décevant.

CD: 01/ Skumpy 02/ Tale Of Woe 03/ Burkina Faso Swing 04/ Chromatical Manner 05/ 63rd&Cottage Groove 06/ Gentle Wind And Falling Tear 07/ When In Front, Get Off My Back 08/ Summation

Burton Greene - Ins And Outs - 2006 - CIMP. Distribution Improjazz.


Frode Gjerstad: The Welsh Chapel (Cadence - 2002)

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Auprès d’une section rythmique dont l’intimité n’était déjà, en 2002, plus à démontrer – celle formée par le contrebassiste John Edwards et le batteur Mark SandersFrode Gjerstad passe de la clarinette basse au saxophone alto, et mène une autre forme d’improvisation efficace.

Lorsqu’il ne sert pas une pièce arythmique de la taille de The Welsh Chapel: Part 5 – déconstruit forcément, mais d’une déconstruction mesurée -, le trio rend une musique jouant de ses connaissances : ainsi, le free jazz de Gjerstad investit les intonations funk d’Edwards (Part 1) ou le swing imposé par la batterie de Sanders (Part 3).

Ne s’interdisant pas de recourir à la mélodie (Part 4), le saxophoniste tire des musiciens qui l’accompagnent un atout supplémentaire et complémentaire, qui met autrement au jour ses qualités. Assurant en quelque sorte la direction du set, Sanders et Edwards permettent au leader, débarrassé de ses obligations de surveillance, les digressions les plus fantasques et les envolées les plus extrêmes (Part 2). Qui élèvent encore un peu le champ de ses possibilités.

CD: 01/ The Walesh Chapel: Part 1 02/ The Walesh Chapel: Part 2 03/ The Walesh Chapel: Part 3 04/ The Walesh Chapel: Part 4 05/ The Walesh Chapel: Part 5

Frode Gjerstad, John Edwards, Mark Sanders - The Welsh Chapel - 2002 - Cadence Jazz Records.



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