Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Area C: Haunt (Last Visible Dog - 2007)

areagrisliA coups de farfisas, guitares et boîtes à rythmes, Erik Carlson et Jeff Knoch - soit : Area C - élèvent un grand disque de pop sous influences expérimentales.

C’est aux minimalistes américains que le duo fait le plus souvent référence : dès Outside the Flaming Body, sur lequel les orgues imposent leurs cercles envoûtants, ou sur Circle Attractor, Part II, plus discret, qui rappelle un Terry Riley parti en terre indienne à la recherche de l’hypnose.

Ailleurs, Area C taille au couteau un rythme sur le drone tremblant de Names of Places, donne dans une pop gentille avec Circle Attractor, Part I ou estime, à la suite de Fennesz, l’intensité de digressions parasites à appliquer à Haunt. Plus décevant sur Star Names, Carlson et Knoch ne s’en seront pas moins montré pertinents, à la hauteur d’influences hautes et capables de singularité encourageante.

CD: 01/ Outside the Flaming Body 02/ Haunt 03/ Star Names 04/ Names of Places 05/ Circle Attractor, Part I 06/ Circle Attractor, Part II

Area C - Haunt - 2007 - Last Visible Dog.



Anthony Braxton: Solo (Pisa) 1982 (Leo Records - 2007)

22957Avec Steve Lacy, Anthony Braxton est le musicien qui aura le plus souvent interrogé sa pratique en solo d’un jazz libre, ou pas (intéressé aussi par l’interprétation de standards). Exemple donné en 1982, à Milan.

Dans le sillage de Dolphy (dont il reprend l’un des titres phares, Alone Together, même s’il y fantasme davantage un Bechet amateur de soubresauts), Braxton oscille donc entre avant-garde allant - pour lui - de soi, et réminiscences traditionnelles : mettant un point d’honneur à tout sacrifier aux écarts de langage (des rauques perturbateurs de 106 C aux aigus atteints sur 26 G), il peut aussi faire preuve de plus de retenue lorsqu’il reprend Monk (Round’ Midnight).

Chancelant, il réécrit ailleurs le Giant Steps de Coltrane ou investit, comme l’a souvent fait Arthur Blythe, un mode oriental qu’il confrontera bientôt à de nouvelles expérimentations sourcilleuses (77 E). Peaufinant chacune de celles-ci, le saxophoniste surprend à chaque fois et puis estime avoir dit l’essentiel, après lequel il ne reviendra pas. Le public a beau tenter le rappel (Antonio réclamé longtemps en fin d’enregistrement), aucune chance de convaincre Braxton du moindre intérêt de la redite.

CD: 01/ Comp. 26 C 02/ Comp. 106 C 03/ Comp. 106 N 04/ Comp. 26 G + 99 G 05/ Comp. 118 A 06/ Alone Together 07/ Comp. 77 E 08/ Round'Midnight 09/ Comp. 119 J 10/ You Got to My Head 11/ Giant Steps

Anthony Braxton - Solo (Pisa) 1982 - 2007 - Leo records. Distribution Orkhêstra International.


John Coltrane: Trane Tracks (Efor Films - 2007)

tranedvdgrisliC’est à San Francisco, dans les murs de l’Eglise Saint John Coltrane, que commence et se termine Trane Tracks. Là, depuis 1971, on entretient la flamme de neuvaines allumées en l’honneur de l’esprit saint du saxophoniste, que la spiritualité concernait autant que la musique depuis 1957, année à laquelle il mit un terme à sa consommation d’héroïne. Ayant relaté la parabole, la voix-off peut consacrer tous ses efforts à rentrer dans le vif du sujet.

Biographie scolaire mais efficace, Trane Tracks tire davantage son originalité des interviews qu’elle renferme que des extraits de concert qui l’illustrent - si ce n’est pour une version donnée en plein air et devant un public nombreux de My Favorite Things. Au nombre des interrogés : McCoy Tyner et Elvin Jones, le violoncelliste Ron Carter et le trompettiste Benny Bailey ; enfin, le révérend Bishop King, de la paroisse suscitée, qui se fait un plaisir de tout ramener à dieu.

Sortis dans la précipitation - puisqu’il s’agissait encore, en 2005, de combler un manque autorisant spéculation -, les dvd consacrés au jazz renferment souvent de piteuses réalisations. Celui-ci a cela de différent qu’il allie un exposé clair de la vie de son sujet et quelques idées fantasques, chemins de traverse inattendus et divertissants. Pour, enfin, se voir attribuer la palme de meilleure introduction filmée à l’œuvre de Coltrane disponible à ce jour.

John Coltrane - Trane Tracks - 2007 (réédition) - Efor Films. Distribution Nocturne.

john coltrane luc bouquet lenka lente


Ramon Lopez : Swinging With Doors (Leo records, 2007)

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Le percussionniste Ramon Lopez aura connu des collaborations plus simples à défendre. Sur Swinging With Doors, le voici qui dialogue avec Teppo Hauta-Aho, joueur de porte.

Bien sûr, Hauta-Aho est avant tout un des contrebassistes de Cecil Taylor, et s’il se prête au jeu, c’est pour laisser Lopez imaginer parmi quelques grincements - qui peuvent évoquer l’invention d’un instrument hybride, à ranger entre le saxophone et la cornemuse – ou mettre autrement en valeur les solos du batteur, qui oscillent entre swing (Tanguillos del clavel) et interventions mélodiques à la manière de Max Roach ( The Godfather of Modern Drumming).

Plus loin, Lopez use de clochettes et d’instruments à lamelle de bois (The Moon Came to the Forge), passe de la batterie à une derbouka sur The Beauty of Life, et use encore d’autres instruments minuscules, histoire de diversifier le dialogue et de ne pas étouffer le propos de Drums Solo II sous l’effet nuisible de l’anecdote. Ainsi, Ramon Lopez et Teppo Hauta-Aho se montrent plus que convaincants, et la surprise (ou la méfiance) passée, imposent une œuvre réussie.

Ramon Lopez : Swinging With Doors / Drums Solo II (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2007.

CD :
01/ Bismillah 02/ A Prayer in my Soul 03/ Monterrey 04/ The Beauty of Life 05/ The Godfather of Modern Drumming 06/ Ninos del agua 07/ Riihimaki Ballad 08/ The Moon Came to the Forge 09/ The King of Shuffle 10/ Tanguillos del clavel 11/ Krishna 12/ Maldonado Street
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mathias Delplanque: Le pavillon témoin (Low Impedance - 2007)

delsliDans son Pavillon témoin, Mathias Delplanque défend une musique électroacoustique pas fâchée de renouer avec une pop légère, auprès d’invités choisis (TG Mauss, Oldman et Martin Gosset).

S’il édifie ici des constructions rythmiques et leur impose les vues mélodiques d’une guitare folk, d’un violon ou d’un mélodica, dans la veine des travaux de Four Tet
ou Nathan Michel (Contre-plinthe), Delplanque peut aussi s’adonner à des collages plus expérimentaux, mais toujours lumineux (Saragosse). Ailleurs, il choisit d’aller explorer son côté sombre sur Le détecteur de mouvements, pièce peu rassurante élevée sur un amas de violons glissants.

Parfois bavard (les agréments électroniques trop nombreux de La trappe), Delplanque aura exposé au final un discours convaincant à force de cohérence. Pour faire de ce Pavillon témoin un exposé heureux d’expérimentations accessibles, voire domestiques.

CD: 01/ Contre-plinthe 02/ Interrupteurs 03/ Anti-reflet 04/ Réduit 05/ Le corridor 06/ Le détecteur de mouvements 07/ Va-et-vient 08/ Parquet flottant 09/ La trappe 10/ Saragosse 11/ It’s Spring on the Moon 12/ Seems Like It’s Like Always Like This 13/ ecrasé sous les pierres 14/ Le regard 15/ Dérivation

Mathias Delplanque - Le pavillon témoin - 2007 - Low Impedance.



Michael Marcus: The Magic Door (Not Two - 2007)

marcusSaxophoniste new-yorkais entendu auprès de Sonny Simmons (au sein des Cosmosamatics, notamment), Jaki Byard ou Franke Lowe, Michael Marcus passe à la clarinette le temps de The Magic Door, enregistrement bouclé en compagnie de partenaires triés sur le volet.

Amateur d’un swing en perpétuel déséquilibre (The Magic Door, Sonic Corridors), Marcus peut évoquer Jimmy Giuffre sur un hommage adressé à Pee Wee Russell (Hey Pee Wee), ou Eric Dolphy
sur One More Minute. Moins convaincant lorsqu’il donne dans une mélodie perlée (Morning Daffodil), sujet parfois à quelque baisse de régime (Abstractions in Lime Caverns), c’est en instaurant des dialogues privilégiés avec tel ou tel de ses partenaires que Marcus sublime son enregistrement.

Aux côtés du violoncelliste Daniel Levin, par trois fois, mettant au jour un monde merveilleux de dissonances (Sonic Corridors, Sunset Falling in the Mirrors) ; en compagnie du contrebassiste François Grillot, se laissant aller à un long développement instinctif (Blue Reality). Et, partout, le soutien lumineux que confère à l’ensemble la batterie de Jay Rosen. Echanges qui font de The Magic Door un disque à l’alchimie née de la rencontre d’auteurs complémentaires.

CD: 01/ The Magic Door 02/ Hey Pee Wee (for Pee Wee Russell) 03/ Blue Reality 04/ Sonic Corridors 05/ Abstractions in Lime Caverns 06/ One More Minute 07/ Morning Daffodil 08/ Circular Worlds, Sitting Lights 09/ Sunset Falling in the Mirrors

Michael Marcus - The Magic Door - 2007 - Not Two. Import.


Spiritworld: Live at the CUE Art Foundation (Witnissimo - 2006)

SpiritworldDepuis plus de trente ans, le peintre américain Jeff Schlanger nourrit un projet personnel appelé musicWitness, qui le porte à rendre sur papier et sur l'instant des impressions glanées lors des concerts de musique créative auxquels il assiste. Le 8 avril 2005, lors d'une exposition de ses travaux au CUE Art Foundation de New York, il investissait l'exercice devant caméras, le temps d'un concert donné par William Parker, Oluyemi Thomas (Positive Knowledge), Joe McPhee et Lisa Sokolov.

En lente procession, les musiciens prennent place parmi les peintures et les sculptures. Soprano sous le bras, McPhee attend son heure, qui suivra de peu celle de la vocaliste Lisa Sokolov. Impressionnante, elle tisse avec le saxophoniste des entrelacs étourdissants quand Parker et Thomas se chargent de percussions diverses (cymbales, gongs, cloches et bols). L'ensemble divague ainsi sur les rives d'une Asie intérieure transportée dans la 25e rue.

La seconde improvisation voit Parker retrouver son instrument de prédilection, la contrebasse. Plus perturbés, la voix et les vents se chargent de mettre au jour une musique urbaine dont les référents se trouvent moins capables d'apaiser les tourments exposés. Sous le coup des heurts improvisés, les gestes de Schlanger -  Ralph Steadman coloré - traduisent le propos des musiciens ou illustrent leur pratique, pour atteindre, au final, la révélation fidèle d'un moment exceptionnel.

DVD: 01/ Spiritworld: Live Concert at CUE 02/ musicWitness: Genesis & Testimony 03/ musicWitness: Vision Gallery

Spiritworld - Live at The CUE Art Foundation - 2006 - Witnissimo.


The Idle Suite: Up Two Stick Road (Last Visible Dog - 2007)

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S’il a été bâti sur quelques révoltes personnelles, le rock a rapidement été rattrapé par un suprême conformisme pour devenir, tout aussi rapidement, l’une des musiques les plus conventionnelles au monde. Preuves en donnent encore aujourd’hui un bon million de groupes dispersés sur la planète, trentenaires engoncés en jeans slim ou adolescents qui ne savent pas ce qu’ils font quand, déjà, ils ne savent pas comment le jouer.

Mais l’important étant le plaisir du spectateur content d’un rien, il serait grand temps de relativiser, d’arrêter de tenter de communiquer son refus, et d’écouter, satisfait d’être passé entre les gouttes de la propagande commerçant, ce disque de The Idle Suite. Fantasmant ici un Battles
qui aurait véritablement réussi son pari, ce groupe néo-zélandais mêle avec élégance post rock, free jazz, no wave et (même) pop, à coups de batterie, guitares, basse et claviers – soit : on l’a échappé belle.

C’est que The Idle Suite joue des contrastes, comme tout le monde, mais son originalité est de le faire avec intelligence : passant d’un rock arythmique et ample (We are the Urns from Undr) à une noisy pop plus mélodique rappelant celle de Field Mice (The A&P Show) ; d’une longue plage monochrome (There is No Such Place) à une déconstruction bruitiste (Sphyma Zygaena). En guise de conclusion, le groupe donne Forcefield, qui installe sur plus de 23 minutes une progression partie des limbes, réminiscence de Badalamenti qui devra faire avec les incursions d’une guitare ayant à voir avec celle de Lee Ranaldo. Brisée, la progression est contrainte de céder la place à une plage atmosphérique moins inquiète, et donc rassurante. D’autant plus que Up Two Stick Road  avait déjà prouvé plus tôt qu’existaient encore, dans le rock comme peut être ailleurs, des exceptions qui confirment les règles désolantes et imposées.

                                                                                                       The Idle Suite, The A&P Show. Courtesy of Last Visible Dog & The Idle Suite.

CD: 01/ Single Hits... Not Hit Songles 02/ We are the Urns from Undr 03/ The A&P Show 04/ There is No Such Place 05/ Krap Kao 06/ Sphyma Zygaena 07/ Forcefield

The Idle Suite - Up Two Stick Road - 2007 - Last Visible Dog.


Dajuin Yao + Li Jianhong + Yan Jun: Pisces Isacriots (Kwanyin Records - 2006)

iscgrisliEnregistré en 2004 au 2pi Festival, Pisces Iscariots imbrique les vues expérimentales de trois acharnés de la scène improvisée chinoise: Dajuin Yao, Li Jianhong et Yan Jun, qui se partagent ici bandes et platines.

Envisageant le récit d’un voyage fait entre la campagne et la ville, les musiciens usent de sons capturés dans la nature (vent, cours d’eau, chouette) avant de leur opposer des interventions plus angoissées : turntablism imparfait, attaques nerveuses d’aigus électroniques, déflagrations diverses (du façonnement d’un drone sombre à la formation d’un langage universel par l’appropriation de lectures glanées en différents points du monde).

D’autres souffles s’imposent alors, se font ronflement sourd chassé bientôt par d’autres conversations et le bruit des transports collectifs. La ville, expérimentale, évoquée à la manière dont les futuristes italiens imaginaient leurs trains. A bon port, envisager le parcours : réfléchi et parfois excessif, curieux ou évident, Pisces Iscariots raconte un autre environnement dans un même univers.

CD: 01/ Pisces Iscariots

Dajuin Yao + Li Jianhong + Yan Jun - Pisces Iscariots - 2006 - Kwanyin Records.


Laurent Jeanneau : Soundscape China (Kwanyin Records, 2007)

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Composant à partir de field recordings glanés lors de ses voyages – notamment en Asie, Laurent Jeanneau donne avec Soundscape China dans la reconstruction d’un réel comme on le rencontre en Chine, soit, pour l’étranger de passage : abstrait, concret ou impressionniste.

Des ordres d’un professeur de gymnastique sortis d’un haut parleur au chant des oiseaux, de collages abrupts de publicités radio, de morceaux de musique folklorique ou du bruit de pas, à quelques dialogues perdus, Jeanneau se fait un monde personnel qui accueille des souvenirs qu’il décide ou non de réinterpréter par la commande de traitements informatiques.

Alors, l’auditeur peut discerner un drone sombre et métallique parmi les bruits de la ville, envisager l’apposition de reverses sur la complainte d’un luth, ou craindre les effets de déflagrations électroniques soudaines. Et lorsqu’il abandonne son statut de collectionneur toqué de preuves concrètes, Jeanneau transpose Angelo Badalamenti ou Brian Eno dans la province du Yunnan, diversifiant ainsi son discours émouvant et son œuvre nourrie.

Laurent Jeanneau : Soundscape China (Kwanyin Records.)
Edition : 2007.
CD :
01/ Soundscape China
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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