Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Steve Swell: Live at the Vision Festival (Not Two - 2007)

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En Juin 2006, le tromboniste Steve Swell emmenait une nouvelle fois au Vision Festival de New York son Slammin’ The Infinite, quintette éclairé composé de musiciens de choix : Sabir Mateen (saxophones, flûte et clarinette), John Blum (piano), Matthew Heyner (contrebasse) et Klaus Kugel (batterie). 

Trois quarts d’heure allant, d’abord, au son d’une improvisation sur laquelle clarinette basse et trombone rivalisent d’inventivité sous les coups portés par une section rythmique insatiable ; d’une combinaison éclairée de free et de swing, ensuite, pourtant mal engagée par le duo Blum / Heyner ; enfin, d’allers-retours majestueux entre unissons et échappées individuelles. A Swell et Mateen, ici, presque tous les honneurs.

CD: 01/ Improv / Box Set 02/ For Gratchen 03/ Patient / Explorer / For Frank Lowe

Steve Swell’s Slammin’ The Infinite - Live at the Vision Festival - 2007 - Not Two.



Peter Kowald: Off The Road (Rogue Art - 2007)

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Deux ans avant sa mort, en 2000, le contrebassiste Peter Kowald sillona les Etats-Unis en compagnie de Laurence Petit-Jouvet, caméra au poing. Dans une Chevrolet achetée sur place, le couple relie les endroits où le contrebassiste est attendu, pour donner concerts auprès d’autres personnages de la Creative Music.

Sur le premier film, les à-côtés d’un périple marqué par les collaborations musicales : avec Kidd Jordan, William Parker, George Lewis, mais aussi Eddie Gale, Marco Eneidi ou Anna Homler. A chaque fois, la simplicité et l’humilité de Kowald densifient les échanges, tous tranquilles, presque tous précis. Au hasard d’autres rencontres, le contrebassiste en apprend sur la vie des déclassés, la politique d’éducation des Etats-Unis ou les discriminations toujours bien présentes.

Plus axé sur la musique, le second film donne à voir Kowald à Chicago : en studio auprès de Ken Vandermark, ou sur scène aux côtés de Günter Baby Sommer et Floris Floridis, ou de Fred Anderson et Hamid Drake. Tous musiciens s’entendant sur les origines du jazz et sur l’importance qu’aura eu sur sa forme actuelle une musique improvisée ayant profité des pratiques différentes, notamment européenne et américaine. En guise de conclusion, un disque reprend les thèmes que le contrebassiste aura abordés durant son voyage, bande-son originale d’un road movie unique et passionnant, complément indispensable de l’hommage élégant.

DVD 1: Off The Road - DVD 2: Chicago Improvisations - CD: 01/ Introduction 02/ New York March 17 2000 03/ New Orleans April 6 2000 04/ Houston April 9 2000 05/ San Diego April 14 2000 06/ Los Angeles April 15 2000 07/ Berkeley May 3 2000 08/ Chicago May 10 2000

Peter Kowald, Laurence Petit-Jouvet - Off The Road - 2007 - Rogue Art.


Gavin Bryars: The Sinking Of The Titanic (Touch - 2007)

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2000 exemplaires (soit un peu moins que le nombre de passagers du bateau) de cette nouvelle version de The Sinking Of The Titanic redisent l’élégant mariage sous les eaux des musiques expérimentale, contemporaine et électronique.

Donnée par Gavin Bryars, Philip Jeck et l’ensemble Alter Ego, au Festival international de musique contemporaine de Venise en 2005, cette version renoue donc avec le drame gigantesque, partie au son de craquements inquiets et de l’air de musique entonnée, sur le pont, par l’orchestre. Grésil ensuite réinventé sur lequel prennent place quelques touches signifiantes : onde grave, appel lointain d’une cloche, et chape d’espoirs retombés.

Un baroque sur-lent se lève alors, sur lequel on imbrique des voix enregistrées, les notes infimes d’un piano électrique paraphrasées par un groupe de cordes tenace. Grande partie de violon avant d’imaginer une fin en profondeurs : ce traitement obscur d’imbroglio post-minimaliste. Réactualisé, et indispensable.

CD: 01/ The Sinking Of The Titanic

Gavin Bryars - The Sinking Of The Titanic - 2007 - Touch. Distribution La baleine.


Joe Fiedler : The Crab (Clean Feed - 2007)

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De New York, où il trimballe ses influences variées – de la musique latine au jazz d’avant-garde –, le tromboniste Joe Fiedler, échappé des grands ensembles de Charles Tolliver ou Satoko Fujii, expédiait récemment The Crab, disque enregistré en trio aux côtés du contrebassiste John Hébert et du batteur Michael Sarin. Dès l’ouverture, voici révélés les ingrédients du mélange : jazz emporté, constructions défaites, fièvre latine, brin de soul et de funk, enfin, ironie encartée. Dans les pas de Ken Vandermark, le trio donne un sursaut d’efficacité à la démarche du crabe.

CD : 01/ The Crab 02/ Trout Stream 03/ Don’t Impede the Stream 04/ For Albert 05/ Jesse’s Little Freakout 06/ A Frankfurter in Caracas 07/ Split Tone 08/ New Rugs 09/ H.B.

Joe Fiedler - The Crab - 2007 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.


Samy Thiébault: Gaya Scienza (B-Flat - 2007)

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Auprès de Lionel et Stéphane Belmondo, le saxophoniste Samy Thiébault donne dans un gai savoir appliqué au jazz, qui combine ses leçons encore fraîches et ses influences le long d’un parcours changeant. Qui mène son auditeur de gentillesses suave ou lyrique – et trop propre pour être convaincantes (Love Sounds, Le Cyprès) – en morceaux plus affirmés profitant d’un travail intelligent consacré aux arrangements (Intempestif, Espoirs, Ex-Sistere). Ailleurs, on sert un bop rassurant, on frôle le third stream ou un premier degré de free, et Gaya Scienza de révéler la qualité des promesses de Thiébault.

CD: 01/ The Way 02/ Suite éveils : Annoncement 03/ Partie I : Espoirs 04/ Interlude Opus I 05/ Partie II : Intempestif 06/ Interlude Opus 2 07/ Partie III : Le Cyprès 08/ Interlude Opus 3 09/ Partie IV : Ex-Sistere 10/ Love Sounds 11/ Blues to Nous

Samy Thiébault -  Gaya Scienza - 2007 - B-Flat Recordings. Distribution Discograph.



Amir ElSaffar: Two Rivers (Pi Recordings - 2007)

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Musicien apercu aux côtés de Cecil Taylor, le trompettiste iraquien Amir ElSaffar est récemment retourné à la musique de ses origines, interrogeant l’actualité à donner à la tradition du maqam, dans laquelle il est allé puiser une inspiration qui profite à sa pratique du jazz.

Alors, en quintette, ElSaffar enregistre Two Rivers, recueil de thèmes partis d’anciens airs investis avec une fougue qui impose bientôt leur raison d’être. Tournant souvent sur lui-même, le mouvement porte de brillants solos de trompette (Menba’), les paraphrases de l’oud ou du violon de Zaafir Tawil, ou l’archet traînant de la contrebasse de Carlo DeRosa.

Soudain désaxé, le discours oriental peut recourir à des pratiques occidentales : retournement dans le miroir de Blood and Ink / Aneen, sur lequel composent les évocations lointaines et l’allure d’une creative music made in Chicago, ou efforts portés aux limites du free – compter pour cela sur l’appui du saxophoniste Rudresh Mahanthappa, motivé par l’emportement d’une grande section rythmique sur Flood ou Jourjina.

La comparaison obligatoire avec le travail de Rabih Abou-Khalil relève encore les ors du travail d’ElSaffar, musicien qui laisse davantage de place à l’improvisation et aux écarts rugueux, sans rien rogner de l’élégance avec laquelle il sert la tradition qu’il ranime.


Amir ElSaffar, Segah Baladi. Courtesy of Amir ElSaffar.

CD: 01/ Menba’ (Maqam Bayat) / Jourjina 02/ Hemayoun 03/ Shatt al-Arab (Maqam Hadidi) 04/ Flood (Maqam Hijaz Kar) 05/ Awj Intro 06/ Khosh Reng (Maqam Awj) 07/Lami Intro 08/Diaspora (Maqam Lami) 09/ Blood and Ink (Maqam Awshar) / Aneen (Maqam Mukhalif) 10/ Blues in E Half-Flat

Amir ElSaffar - Two Rivers - 2007 - Pi Recordings. Distribution Orkhêstra International.


The Nu Band: The Dope and The Ghost (Not Two - 2007)

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A Vienne, en 2005, The Nu Band – comprenez : Roy Campbell (trompette), Mark Whitecage (saxophone alto, clarinette), Joe Fonda (contrebasse) et Lou Grassi (batterie) – donnait une actualité à la revendication chère à Charles Mingus : celle distribuée partout dans le monde lorsqu’elle concerne, en premier lieu, les Etats-Unis.

Nouveaux Faubus, George Bush et Donald Rumsfeld en prennent donc pour leur grade au son de Bush Wacked, pièce polyrythmique qui amasse les manières de faire (swing, bop, free) et les paroles assassines (celles de Whitecage) pour enjoliver un peu l’efficacité des coups portés. Plus lentement, monte ensuite Where Has My Father Gone, sur lequel l’alto emporte tout, avant que ne vienne le tour de The Dope and The Ghost, invitation au voyage moins convaincante, fourre-tout qu’un unisson presque oriental transformera en bazar. Qui contraste, aussi, avec l’emportement altier – et donc réconciliateur – de Next Step, composition de Joe Fonda rendue en compagnie du saxophoniste invité Marco Eneidi, qui clôt l’heure de concert sur un mode jubilatoire.

CD: 01/ Bush Wacked 02/ Where Has My Father Gone 03/ The Dope and The Ghost 04/ Next Step

The Nu Band - The Dope and The Ghost - 2007 - Not Two Records.


John Luther Adams: Red Arc / Blue Veil (Cold Blue Music - 2007)

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Atmosphérique, la musique contemporaine de John Luther Adams présentée en quatre temps, ceux de pièces récemment interprétées par les pianistes Stephen Dury et Yukiko Takagi, et les percussionnistes Scott Deal et Stuart Gerber.

Deux pianos et un peu d’électronique, d’abord, rendent les masses sonores sorties de l’imagination d’Adams : mouvantes, elles imbriquent des arpèges tempétueux et un drone établi sur Dark Waves ou plaquent accords et clusters sur Among Red Mountains, pièce interrogeant la qualité du respect dû à la répétition couchée sur partition.

Les percussionnistes, interprètes libérés eux aussi, relativiseront la force de leurs attaques sur Qilyaun, et fomenteront d’autres drones à partir de percussions minuscules sur Red Arc / Blue Veil en compagnie d’un piano de retour de quarantaine. Pour enlever tout à fait une épreuve d’électroacoustique souvent qualifiée de post minimaliste, au son de compositions qui profitent de la décision de John Luther Adams de tout faire pour ne pas les rendre figées.

CD: 01/ Dark Waves 02/ Among Red Mountains 03/ Qilyaun 04/ Red Arc / Blue Veil

John Luther Adams - Red Arc / Blue Veil - 2007 - Cold Blue Music. Distribution Orkhêstra International.


Fernández, Parker, Guy, Lytton: Topos (Maya - 2007)

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Le lendemain de l’enregistrement, en concert, de Zafiro (Barcelone, mars 2006), le trio Evan Parker (saxophones) / Barry Guy (contrebasse) / Paul Lytton (batterie) accueillait le pianiste Agustí Fernández, et donnait avec lui Topos.

Placée sous le signe de la mesure, la rencontre donne naissance à une musique intuitive séduite autant par les tourments auxquels se laissent aller Parker et l’archet de Guy (Open Systems) que par des efforts déployés à deux doigts du silence (Still Listening). Expérimentale, aussi, conformément aux habitudes des musiciens – Fernández grattant de l’intérieur les cordes de son piano (In Praise of Shadows), Lytton servant avec panache, sur Smart Set, chacune de ses inspirations déconstruites.

Ailleurs encore, une abstraction nébuleuse (Inner Silence) et une pièce classique d’apparence sur laquelle butent bientôt deux notes de piano et de soprano (This One is for Kowald) ; l’incontournable Moon over BCN, enfin, qui impose aux arpèges de Fernández d’accueillir les circonvolutions du ténor sur une section rythmique à la discrétion adéquate. Topos en neuf actes consacrés à l’art de la maîtrise.

CD: 01/ Coalescence 02/ Open Systems 03/ In Praise of Shadows 04/ Air / Luft 05/ Still Listening 06/ Moon over BCN 07/ Smart Set 08/ This One is for Kowald 09/ Inner Silence

Agustí Fernández, Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton - Topos - 2007 - Maya Recordings. Distribution Orkhêstra International.


François Carrier, Michel Lambert : Kathmandu (FMR - 2007)

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En 2006, François Carrier (saxophones) et Michel Lambert (batterie) se rendaient au Népal à l’invitation du Festival Jazzmandu. Deux soirs durant, ils improvisèrent un dialogue captivant, dont Kathmandu présente aujourd’hui l’essentiel.

Aux côtés de Lambert, la pratique sophistiquée de Carrier impose rapidement à la conversation ses penchants esthétiques pour les progressions sous tensions, les danses démantibulées et les répétitions insistantes, les mélodies minuscules appliquées, enfin, au swing du batteur. Ainsi, les deux hommes proposent aux spectateurs onze instantanés musicaux mariant intelligence et ironie, respect et élégance. Pour ne rien avoir à regretter de leur voyage.


François Carrier, Michel Lambert, Himalayan Beauty. Courtesy of François Carrier.

CD: 01/ White Summit 02/ Dancing Light 03/ Joyfulness and Playfulness 04/ Prayer For Peace 05/ Himalayan Beauty 06/ Monkeys on the Green 07/ Impro for the Monks 08/ Namaste 09/ The Silence of the Bells 10/ Buddha’s Homeplace† 11/ Candle in the Temple 12/ Amarawati Garden

François Carrier, Michel Lambert - Kathmandou - 2007 - FMR Records.



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