Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

François Carrier, Michel Lambert : Kathmandu (FMR - 2007)

carriergrisli

En 2006, François Carrier (saxophones) et Michel Lambert (batterie) se rendaient au Népal à l’invitation du Festival Jazzmandu. Deux soirs durant, ils improvisèrent un dialogue captivant, dont Kathmandu présente aujourd’hui l’essentiel.

Aux côtés de Lambert, la pratique sophistiquée de Carrier impose rapidement à la conversation ses penchants esthétiques pour les progressions sous tensions, les danses démantibulées et les répétitions insistantes, les mélodies minuscules appliquées, enfin, au swing du batteur. Ainsi, les deux hommes proposent aux spectateurs onze instantanés musicaux mariant intelligence et ironie, respect et élégance. Pour ne rien avoir à regretter de leur voyage.


François Carrier, Michel Lambert, Himalayan Beauty. Courtesy of François Carrier.

CD: 01/ White Summit 02/ Dancing Light 03/ Joyfulness and Playfulness 04/ Prayer For Peace 05/ Himalayan Beauty 06/ Monkeys on the Green 07/ Impro for the Monks 08/ Namaste 09/ The Silence of the Bells 10/ Buddha’s Homeplace† 11/ Candle in the Temple 12/ Amarawati Garden

François Carrier, Michel Lambert - Kathmandou - 2007 - FMR Records.



Charles Gayle: Blue Shadows (Silkheart - 2007)

gayle4tetgrisli

Restes d’un enregistrement de 1993 – cinq heures desquelles sont déjà sortis les albums Translations et Raining Fire –, Blue Shadows donne une dernière fois à entendre Charles Gayle mener une formation rare : qui oppose le leader aux contrebassistes William Parker et Vattel Cherry – le premier abandonnant quelques fois son instrument de prédilection pour un violon ou un violoncelle, quand il arrive au second de passer aux percussions – et au batteur Michael Wimberly.

Auprès de sa section rythmique renforcée, Gayle intervient exclusivement au ténor, traînant ses aigus déchirants parmi les mouvements d’archets ombrageux ou dérivant au gré d’une inspiration toute aylérienne. Ne renonçant jamais à revoir ses propositions, le saxophoniste ne cesse d’étendre son propos, oblige ses vitupérations à démontrer l’honnêteté qui les anime. Jusqu’à feindre l’essoufflement, sur In Sorrow, qui conclut dans les hauteurs une sélection raffinée pour la publication de laquelle Silkheart a bien fait d’attendre.


Charles Gayle, Blue Shadows (extrait). Courtesy of Silkheart.

CD: 01/ Inside the Sun 02/ Blue Shadows 03/ Eternity Promised 1 04/ Eternity Promised 2 05/ Hearts to Jesus 06/ Soul’s Time 07/ In Sorrow 08/ Snap

Charles Gayle Quartet - Blue Shadows - 2007 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.


Brötzmann, Nilssen-Love, Gustafsson: The Fat is Gone (Smalltown Superjazz - 2007)

brotguslovegrisli

Lors de l’édition 2006 du Festival International de Jazz de Molde, Peter Brötzmann prouvait en compagnie de Mats Gustafsson et de Paal Nilssen-Love que tout le monde peut s’entendre sur un conflit de générations.

Les deux saxophonistes donnant d’abord dans les rauques d’instruments graves sur le rythme frénétique propulsé par Nilssen-Love, avant d’opter, dès l’ouverture de Colours in Action, pour un développement plus langoureux, soul déchue par les tentatives expérimentales d’une clarinette basse et d’un saxophone baryton. Evidemment, la tension gagne à nouveau l’ensemble, mais redescendra.

Plus déconstruit, The Fat is Gone imbrique ses conversations soutenues, tenté souvent par des silences qu’il abandonnera au profit d’un free jubilatoire aux accents de fête aylérienne. Démantibulées en guise de conclusion ; celle de Fat is Gone, instantané convaincant d’un free jazz du jour. 

CD: 01/ Bullets Through Rain 02/ Colours in Action 03/ The Fat Is Gone

Peter Brötzmann, Paal Nilssen-Love, Mats Gustafsson - The Fat Is Gone - 2007 - Smalltown Superjazz. Distribution Differ-ant.


Machinefabriek: Bijeen (Kning Disk - 2007)

machinefabriekgrisli

Prolifique projet hollandais, Machinefabriek propose sur Bijeen un aperçu des intentions qui l’animent. Dans les pas de Fennesz ou de Rafael Toral, Borghesia impose un crescendo bruitiste sur la répétition d’une boucle inventive, tandis que c’est à une ambient pop sophistiquée – celle de Taylor Deupree ou Sawako – que semblent faire référence Piano.wav ou Weightless Remix.

Trouvant un accord satisfaisant sur lequel bâtir sa musique électroacoustique, Machinefabriek combine aussi les notes d’une guitare ou d’un violon à des reverses trop entendus pour être déstabilisants ou à des collages d’interventions diverses dans l’espoir d’établir son précis d’intrusion sonore. Plus ou moins convaincant, celui-ci, et qui trouve sa véritable raison d’être en révélant une batterie de machines industrielles porteuses de drones inattendus (Licht).

CD: 01/ Borghesia Remix 02/ Piano.wav 03/ Havelaar 04/ Reglyph 05/ Dahl 06/ Verdrinkwater 07/ Weightless Remix 08/ Licht

Machinefabriek - Bijeen - 2007 - Kning Disk.


Colley : Hive / Toniutti : Ura Itam... / Toy.Bizarre : Kdi dctb 039 (Ferns, 2007)

 fernsli

Trois disques courts produits par le label Ferns dessinent une carte des destinées changeantes de field recordings.

Ceux de Joe Colley, d’abord, qui utilise sur Hive ses enregistrements d’abeilles (utilisation de micros contacts déposés en ruche). Traité électroniquement, l’ensemble prend la forme d’une ambient aux grésillements et souffles allant crescendo, qu’interrompent quelques basses profondes appelant à céder aux attaques d’un bestiaire digital.

Giancarlo Toniutti, lui, impose d’autres souffles sur le décorum porté par quelques percussions lointaines le long de drones accueillant les interventions de clochettes de métal. Pas satisfait de transformer son matériau sonore, Toniutti interroge sa résonance, décide de reverses décoratifs, avant de choisir l’usage d’un long decrescendo pour mettre un terme à sa pratique.

Cédric Peyronnet, enfin, explore à sa manière, et sous le nom de Toy.Bizarre, des souvenirs mis en boîte. Ayant beaucoup enregistré (du passage d’un avion au chant des oiseaux), Peyronnet élabore un collage brut de vignettes sonores qu’il lui arrive aussi de traiter électroniquement. Eloge de la rupture, Kdi dctb 039 pourrait être la réponse constructionniste aux abstractions troublantes des deux autres références. Alors, la preuve par trois est faite, des possibilités charmantes de récents field recordings.

Joe Colley : Hive (Ferns) 
Giancarlo Toniutti : Ura itam taala' momojmuj löwajamuj cooconaja (Ferns) 
Toy.Bizarre : Kdi dctb 039 (Ferns)
Edition : 2007.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Harmonia : Harmonia Live 1974 (Grönland, 2007)

harmonia

Inédit jusque là, Harmonia Live 1974 voit le trio Michael Rother / Hans-Joachim Roedelius / Dieter Moebius – krautrockers réunis jadis sous le nom d’Harmonia – édifier à coups de guitare électrique et de rythmes sortis de claviers électroniques une musique répétitive placée à mi-chemin entre expérimentations psychédéliques d’époque et raga réinventé. Souvent, les musiciens se contentent de jouer avec le volume sonore, et l’enregistrement d'osciller entre périodes plus ou moins captivantes. Reste le document.

Harmonia : Harmonia Live 1974 (Grönland / Differ-ant).
Enregistrement : 1974. Edition : 2007.
CD : 01/ Schaumberg 02/ Veteranissimo 03/ Arabesque 04/ Holta-Polta 05/ Ueber Ottenstein
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Herb Robertson: Live at Alchemia (Not Two - 2007)

robertsonnottwogrisli

En concert à Cracovie, le trompettiste Herb Robertson – à qui l’on doit déjà cette année l’excellent Parallelisms – invite Frank Gratkowski (saxophones alto et clarinettes), Julien Petit (saxophones ténor et baryton), Marcin et Bartlomiej Brat Oleś (contrebasse et batterie), à hésiter sans cesse entre incandescence lyrique et abstractions appuyées.

Ne cachant pas son amour pour un free jazz des origines, le quintette parvient à élaborer sept combinaisons plutôt inspirées : plaintes accordées d’un bestiaire fantasmé (It Doesn’t Work Like That !), lente élaboration de pièces folles à lier (Nebula, A Precarious Situation), ou étude d’une musique contemporaine renversée (Discombobulating) – sur laquelle la clarinette de Gratkowski imagine Stravinsky osant la compagnie d’une section rythmique discrète.

A cela, le groupe ajoute l’allure hésitante de Ballad for Bacchalania Harbor et les formes multiples à aller à Fluttering, qui pourrait s’apparenter à l’œuvre d’un Art Ensemble patient avant d’affirmer violemment chacune de ses trouvailles : histoire pour Robertson, comme sur Parallelisms, de tirer encore profit du contraste.


Herb Robertson, Ballad For Bacchanalia Harbor. Courtesy of Not Two.

CD: 01/ Nebula 02/ Fluttering 03/ 2 Phone Addicts 04/ It Doesn’t Work Like That ! 05/ Discombobulating 06/ A Precarious Situation 07/ Ballad For Bacchanalia Harbor

Herb Robertson Trio - Live at Alchemia - 2007 - Not Two Records.


Bullshit: N.H5N1 (Ektic - 2007)

grislibullshit

S’emparant d’une insulte, Phil Minton (voix), Red (guitare et voix), Cyril Darmedru (saxophones, flûtes), Mr Wanted (percussions et voix) et Jean-Michel Berthier (percussions, laptop), dressent 17 façons de combattre un virus. Et puis, finalement, de faire avec…

Au son de collages dérangés que l’on dépose sur les sifflements du saxophone, d’improvisations traînant leurs inquiétudes sur le va-et-vient rapide d’un médiator, de chansons de cosaques ou d’airs concoctés en récréations permissives, Bullshit arrange donc ses remèdes, qui, rapidement, s’avèrent efficaces.

Eclatées, les recettes rappellent les progressions entêtantes de The Ex, les programmations stylisées d’Arthur Russell ou le blues revu et écorché par Tom Waits, autant qu’elles renvoient aux expérimentations coutumières de Minton et aux racines d’un art brut de faux inconscients sur le retour. Symptômes dont on ignore l’existence, qui méritent d’autant plus que l’on s’y penche.

Bullshit - N.H5N1 - Ektic. Distribution Orkhêstra International.


Elliott Sharp: Tectonics - ERRATA / SyndaKit / Larynx (Neos - 2007)

sharpgrisli2

En rééditant trois albums d’Elliott Sharp, le label Neos révèle le parcours singulier d’un guitariste peu enclin à faire avec les contingences, et incapable de choisir entre élucubrations rock, expérimentations électroacoustiques et tentatives rapportées au champ des musiques nouvelles.

Au moyen d’une basse et de guitares électriques, mais aussi d’une clarinette basse, de saxophones et de synthétiseurs divers, Sharp édifiait en 1998 Tectonics – ERRATA, projet mené en solitaire qui combine des progressions instrumentales toujours dérangées – par les interventions virulentes de chacun des instruments ou l’enrayement impromptu des machines – et des plages de constructions à l’imaginaire pétri de références à l’indus et à la no-wave, au funk et au free jazz.

En compagnie, cette fois – celle de l’Orchestra Carbon, ensemble instable composé à chaque fois d’une dizaine de musiciens –, Sharp enregistrait à dix ans d’intervalle deux œuvres sourcilleuses : Larynx, d’abord, datant de 1987, composée de six pièces soumises à un bruitisme répétitif mal maîtrisé ; et SyndaKit – enregistrée en 1998 – qui trouvera la solution aux questionnements maladroits de Larynx. En quatre parties, SyndaKit révèle en effet sa musique inquiétante au son d’arrangements soignés, qui décident d’insistances mélodiques ou de déconstructions bientôt rattrapées par les charmes d’un rythme à peine éclos, pour prendre, au final, des allures de pièce majestueuse, symphonie minimale fantasmant la rencontre de Terry Riley et Glenn Branca.

Ces trois volumes de Neos Elliott Sharp Edition donnent ainsi les preuves de l’inspiration bonne conseillère avec laquelle peut faire Elliott Sharp, quand pi:k se chargeait récemment d’en attester l’endurance.

Tectonics – ERRATA, CD : 01/ Spliny Thicket 02/ In Tongues 03/ City of Sand 04/ Which Delta 05/ Calle siete 06/ Hotfoot 07/ Noospheric 08/ Goomy 09/ Kargyraa 10/ Errataka - SyndaKit, CD : 01/ SyndaKit Part 1 02/ SyndaKit Part 2 03/ SyndaKit Part 3 04/ SyndaKit Part 4 - Larynx, CD : 01/ Larynx 1  02/ Larynx 2  03/ Larynx 3  04/ Larynx 4  05/ Larynx 5  06/ Larynx 6

Elliott Sharp - Tectonics - ERRATA / SyndaKit / Larynx - 2007 - Neos Music. Distribution Codaex.


David Fenech: Polochon Battle (Inpolysons) - 2007

fenechgrisli

Capable d’être (com)prise à des degrés divers, l’écoute de Polochon Battle en dit long sur l’illusion après laquelle court son auteur, David Fenech : qui tente d’allier le futile à l’agréable, et le sourcil froncé au sourire béat.

Pot-pourri de tentatives éclatées, le disque donne à entendre autant de naïveté compositionnelle que de comportements étranges, capables tous d’user jusqu’à la corde le moindre gimmick dans le but d’élaborer un folklore minuscule. Auprès d’une batterie d’invités et d’instruments, David Fenech maltraite donc ses comptines, relègue parfois leur fondement mélodique au profit d’une ironie grinçante, de manipulations intéressées (celles d’un message téléphonique ou de l'inspiration d'un enfant), ou de pièces plus abstraites, qui traînent leurs doutes en fin de parcours.

Minimaliste, le discours évoque quelques références – Moondog, Sakamoto, Pascal Comelade, John Lurie, Ennio Morricone –, qu’il s’amuse quand même à ranger dans le désordre. Ainsi, le badinage de Polochon Battle séduit par sa nature, véritablement insouciante, qui profite aux combinaisons de trouvailles amusées qui font l’essentiel de ses instrumentaux.


David Fenech, Cheveux dangereux. Réalisation : Benoît Guillaume. Courtesy of David Fenech et Benoît Guillaume.

CD: 01/  Jogging republicain 02/ Pingouins (w/ felix kubin) 03/ Odette (w/ stephane milochevitch, aka thousand) 04/ Spiderwoman (w/ shugo tokumaru) 05/ Theme for alix (w/ klimperei) 06/ Friday market reggae 07/ Cheveux dangereux (w/ hervé zénouda) 08/ Crying for nothing 09/ Ode to pahl 10/ Polochon Battle (w/ toog + aurélien potier) 11/ Mange du caca 12/ Akira 13/ Alaeeeygh 14/ Trespirations (w/ falter bramnk) 15/ Mr Singovki + Mala Coffee (w/ daniel palomo vinuesa)

David Fenech - Polochon Battle - 2007 - Inpolysons.



Commentaires sur