Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofskyle son du grisli sur twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Sun Ra: Strange Strings (Atavistic - 2007)

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Réédition d’un album enregistré en 1966 et publié sur le propre label de Sun Ra, Strange Strings revient sur la rencontre entre l’Arkestra et d’hétéroclites instruments à cordes.

Hétéroclites, parce qu’aussi bien glanés en pays étrangers que sortis des claviers électroniques du leader, et arrachant au petit bonheur leurs combinaisons instables : Ronnie Boykins suivant à la viole l’allure éléphantesque de Worlds Approaching malgré les perturbations des saxophones de Pat Patrick, Marshall Allen et John Gilmore ; archets extirpant des plaintes longues et aigues sur l’accompagnement aléatoire d’une section rythmique perturbée (Strings Strange).

Expérimental, l’enregistrement l’est peut-être plus encore qu’aucun autre de Sun Ra, et se voit forcément refuser le titre d’introduction idéale à l’œuvre du pianiste. Mais celui-ci a-t-il encore besoin d’être découvert ? Et ne faut-il pas baser toute réédition sur tel ou tel aspect de sa musique qui aurait pu échapper à l’initié ? La secte des connaisseurs prend alors acte de la réédition de l’excellent Strange Strings, augmenté de Door Squeak, morceau sur lequel Sun Ra convainc Ronnie Boykins de l'intérêt de dialoguer avec une porte.

CD: 01/ Worlds Approaching 02/ Strings Strange 03/ Strange Strings 04/ Door Squeak

Sun Ra - Strange Strings - 2007 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

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Agustí Martínez: Are Spirits What I Hear ? (Etude Records - 2007)

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D’introspections expérimentales en progressions mélodiques soumises à perturbations, le saxophoniste Agustí Martínez trouve une faille entre Steve Lacy et Michel Doneda.

Et s’y engouffre, glissant d’une note répétée à intervalles changeants à un amas d’interventions furieuses, vacillant sous les coups de souffles fulgurants, de phrases traînantes ou d’invectives bientôt évanouies. Inspiré, Martínez conclut son exposé sous forme de contraste, sur un Che collons! lyrique et réconciliateur.



 
Agustí Martínez, Stateless Folk Song (extrait). Courtesy of Etude Records & Agustí Martínez.

CD: 01/ Serie B (To Scelsi) 02/For Pau 03/ Tic 04/ Are Spirits What I Hear? 05/ Meeting 06/ Stateless Folk song 07/ Cross-Light 08/ Moc and Caniche (To Paula) 09/ Che collons! 10/ Island Lala

Agustí Martínez - Are Spirits What I Hear ? - 2007 - Etude Records.

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Fennesz: Hotel Paral.lel (Editions Mego - 2007)

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Premier album de Christian Fennesz sorti en 1997, voici réédité Hotel Paral.lel, qui donne à entendre le guitariste tâtonner d'une préoccupation à l’autre : abstractions parasitées (Sz, Szabo), constructions rythmiques (Zeug) – voire, dansantes (Blok M) –, ambient flirtant avec le larsen (UDS) ou récupération d’un buzz via l’utilisation d’une guitare tremblante (Dheli Plaza). Traînant parfois en longueur (Santora, Herbert Missing), les propositions ne se valent pas toutes et font figure seulement de promesses. Surtout à l'écoute de 5, qui incitera Fennesz à se focaliser ensuite sur des guitares sous effets circulaires aux vertus plus convaincantes.


CD : 01/ Sz 02/ Nebenraum 03/ Zeug 04/ Blok M 05/ Santora 06/ Dheli Plaza 07/ Fa 08/ Traxdata 09/ GR-500 10/ Szabo 11/ UDS 12/ Herbert Missing 13/ Super Feedbaker 14/ Aus 15/ 5

Fennesz - Hotel Paral.lel - 2007 (réédition)  - Editions Mego. Distribution La baleine.

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Charles Tolliver: Impact (Enja - 2006)

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Dans les années 1970, le trompettiste Charles Tolliver fondait avec le pianiste Stanley Cowell le label Strata East. Qui publiera Impact, aujourd’hui réédité par Enja.

Auprès d’un Cowell à deux doigts d’être co-leader, de Ron Mathewson (contrebasse) et d'Alvin Queen (contrebasse), Tolliver trouve un soutien irréprochable à son lyrisme teinté d’audaces : menant sur Impact un swing appuyé qu’il s’amuse à découper à coups de vibrato, il sublime ensuite une gradation tonale un rien dramatique (Prayer for Peace), avant de porter son jazz jusqu’aux frontières d’un funk goguenard (Abscretions).

Moins décisif que les deux volumes d’un Live at Slugs publié aussi sur Strata East, Impact n’en démontre pas moins toutes les qualités du quartette de Charles Tolliver, trompettiste sous employé aperçu quand même auprès d’Andrew Hill ou Max Roach, et leader majestueux.

CD: 01/ Impact 02/ Brilliant Circles 03/ Truth 04/ Prayer for peace 05/ Abscretions 06/ Our Second Father

Charles Tolliver - Impact - 2006 (réédition) - Enja. Distribution Harmonia Mundi.

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Giuseppe Ielasi: August (12k - 2007)

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Sur August, Giuseppe Ielasi délaisse un peu ses guitares et confectionne une musique sous influence.

Accueilli par Taylor Deupree sur son label 12K, Ielasi s’extirpe des ombres qui envahissent ses enregistrements les plus convaincants, en adoptant, poli, les façons de son hôte. Par enchantement, ses compositions instables se font pièces répétitives délétères, qui accueillent les espoirs mélodiques d’orgues ou de trompettes synthétiques, et minimisent les capacités déstabilisantes de reverses, craquements et autres saturations. Surtout pas dérangeant, passablement agréable.

CD: 01/ - 02/ - 03/ - 04/ - 05/ -

Giuseppe Iealsi - August - 2007 - 12k Records.

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William Parker: Corn Meal Dance (AUM Fidelity - 2007)

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Deuxième album enregistré par William Parker à la tête de son Raining Moon Ensemble, Corn Meal Dance donne à entendre la chanteuse Leena Conquest auprès de musiciens d'ordinaire inspirés : Parker, donc, mais aussi Eri Yamamoto (piano), Rob Brown (saxophone alto), Lewis Barnes (trompette) et Hamid Drake (batterie).

Touchés peut être par un chant qui, pour être apprêté n’en distribue pas moins avec générosité des effets galvaudés et ses manières épaisses, les musiciens ne peuvent pas grand chose pour relever le niveau de l'ensemble - Brown et Barnes capables, même, de céder aux avances clinquantes de phrases rococo. Ici ou là, quand même, le groupe fait mieux, et dessine des impressions plus réussies : Tutsi Orphans ou Old Tears. Les ressources de William Parker sont connues et empêchent de douter qu’il mette bientôt la main sur un essai autrement remarquable, qui saura annuler ce précédent.

CD: 01/ Doctor Yesterday 02/ Tutsi Orphans 03/ Poem for June Jordan 04/ Soledad 05/ Corn Meal Dance 06/ Land Song 07/ Prayers 08/ Old Tears 09/ Gilmore’s Hat

William Parker / Raining On The Moon - Corn Meal Dance - 2007 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.

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The Milo Fine Free Jazz Ensemble : Contiguous Chunks (Shih Shih Wu Ai, 2007)

milo fine free jazz ensemble contiguous chunks

De Minneapolis, le multi instrumentiste Milo Fine adresse au monde – bien qu'en 500 exemplaires – ses tout derniers exercices improvisés : Contiguous Chunks.

Aperçu récemment à Londres, pour l’enregistrement d’un Ikebana sur lequel il se frottait à la crème de l’improvisation anglaise, voici Milo Fine revenu, et menant à domicile son Free Jazz Ensemble. Aux côtés de guistaristes (Steve Gnitka et Charles Gillett) et du pianiste Jason S. Shapiro, il s’empare de ses instruments – piano, clarinettes, percussions et kit de batterie personnel composé d’objets hétéroclites – pour donner deux concerts d’une improvisation convaincante.

Sur le premier d’entre eux, le groupe fait alterner subtilement les atmosphères différentes. Sans jamais obliger ses partenaires, Fine prend le temps de développer avec eux, sacrifiant parfois l’efficacité immédiate à l’examen d’un processus d’improvisation qui se permet d’exposer autant les moments fastes que les interruptions et mises en place indispensables à leur apparition. Le second concert installe, lui, un décorum de sifflements, sortis de la flûte de Fine ou de l’ampli de guitare, sur lequel Shapiro peut plaquer comme il l’entend des accords de piano. Plus ombreux, il invoque des larsens lointains qui permettent à Fine de composer autrement avec ses inspirations, pour convaincre aussi nettement accompagné que dialoguant.

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : Contiguous Chunks (Shih Shih Wu Ai)
Edition : 2007.
CD : 01/ Contiguous Chunk 1 02/ Contiguous Chunk 2
Guillaume Belhomme @ Le son du grisli

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Fred Lonberg-Holm Trio: Terminal Valentine (Atavistic - 2007)

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Sur un troisième album exposant des Valentine en trio, le violoncelliste Fred Lonberg-Holm, ici en compagnie du contrebassiste Jason Roebke et du batteur Frank Rosaly, va d’inspirations grandioses en laisser-aller dommageables. De l’art de conclure par un point d’interrogation.

Aux interprétations remarquables sur lesquelles il réussit à sublimer un thème sous l’effet d’expériences qui remettent en cause sa nature même (Maybe It’s Too Late, Just Don’t Listen, There’s No Way) Lonberg-Holm oppose donc les méfaits de grands gestes emportés et faciles sur des pièces aléatoires (And You Smile, No One Will Ever Be Forgotten) quand elles ne sont pas tout simplement laborieuses.

Après A Valentine for Fred Katz et Other Valentines, Terminal Valentine sonne donc en demi-teinte l’heure de la conclusion. Celle aussi, sans doute, de passer à autre chose.


Fred Lonberg-Holm Trio, Three Note Song (extrait). Courtesy of Atavistic.

CD: 01/ Three Note Song 02/ Maybe It's Too Late 03/ And You Smile 04/ No One Will Ever Be Forgotten 05/ Just Don't Listen (To The Birds) 06/ There Never Was A Reason 07/ Shift Of The Eye 08/ There's No Way 09/ I Know You 10/ One For The Road.

Fred Lonberg-Holm Trio - Terminal Valentine - 2007 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

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The Rempis Percussion Quartet: Hunter-Gatherers (482 Music - 2007)

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Porté par une section rythmique renforcée (dans laquelle on trouve le contrebassiste Anton Hatwich et les percussionnistes Frank Rosaly et Tim Daisy), le saxophoniste Dave Rempis, membre du Vandermark 5, improvisait récemment en concert Hunter-Gatherers, troisième référence discographique de son Rempis Percussion Quartet.

Sans se plier au moindre code, le groupe profite de l’improvisation pour accorder ses nombreuses influences (free jazz, musiques latines et afrobeat), retournant quelques fois, à la manière des jazzmen de l’AACM, à la pratique d’un swing goguenard (A Night at the Ranch Part 2). Au ténor, à l’alto ou au baryton, Rempis mène son groupe d’incartades virulentes (More Green Than Giraffe) en répétitions grisantes affinées sous les coups de Daisy et Rosaly (Black Book), rappelle les lents déploiements du Lost Trio sous la contrebasse appuyée d’Hatwich (The Bus and The Canyon) comme il peut tout sacrifier à une improvisation de bon conseil. 

Brut et efficace, donc, Hunter-Gatherers. Qui élève Rempis au rang de digne successeur des jazzmen éblouissants made in Chicago. Ce que 482 Music a bien compris, faisant de cet enregistrement la 13e référence de sa "Document Chicago Series”.

The Rempis Percussion Quartet : Hunter-Gatherers (482 Music / Improjazz)
Edition : 2007.
CD1 : 01/ A Night at the Ranch Part 1 02/ The Bus and the Canyon - CD2 : 01/ More Green Than Giraffe 02/ Black Book 03/ A Night at the Ranch Part 2 04/ Larks and Loons
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Muhal Richard Abrams: Vision Towards Essence (Pi Recordings - 2007)

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Co-fondateur de l’AACM, partenaire privilégié de Marion Brown, Hamiett Bluiett ou Roscoe Mitchell, Muhal Richard Abrams interrogeait son piano en solitaire lors de l’édition 1998 du Festival de Jazz de Guelph, au Canada. Vision Towards Essence est l’enregistrement de ce concert.

Improvisant pendant près d’une heure, Abrams rappelle ici la variété de ses préoccupations, qui l’auront porté des revendications du free jazz à l’écriture de pièces pour quatuor à cordes, dont la deuxième a pu être interprétée par le Kronos Quartet. Alors, un peu à la manière d’Irène Schweizer, Abrams mélange les genres, rend de longs passages impressionnistes en n’oubliant jamais d’y glisser ici une note incongrue, là une proposition qu’on n’attendait pas. 

Légère, la main droite décide de précipitations parfois arrêtées net, quand la gauche s’occupe de répéter une note grave en guise de contraste. Souvent, l’humeur est tempétueuse, classique, avant d’être envahie par quelques réminiscences d’un ragtime assez habile pour se glisser dans un discours qu’il enjolive. Symbole d’une entente conclue entre des styles différents, Part 3 imbrique ainsi la progression pseudo scolaire et le rythme insistant, la grâce pénétrante et l’énergie absorbée.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3

Muhal Richard Abrams - Vision Towards Essence - 2007 - Pi Recordings. Distribution Orkhêstra International.

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