Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : Contiguous Chunks (Shih Shih Wu Ai, 2007)

milo fine free jazz ensemble contiguous chunks

De Minneapolis, le multi instrumentiste Milo Fine adresse au monde – bien qu'en 500 exemplaires – ses tout derniers exercices improvisés : Contiguous Chunks.

Aperçu récemment à Londres, pour l’enregistrement d’un Ikebana sur lequel il se frottait à la crème de l’improvisation anglaise, voici Milo Fine revenu, et menant à domicile son Free Jazz Ensemble. Aux côtés de guistaristes (Steve Gnitka et Charles Gillett) et du pianiste Jason S. Shapiro, il s’empare de ses instruments – piano, clarinettes, percussions et kit de batterie personnel composé d’objets hétéroclites – pour donner deux concerts d’une improvisation convaincante.

Sur le premier d’entre eux, le groupe fait alterner subtilement les atmosphères différentes. Sans jamais obliger ses partenaires, Fine prend le temps de développer avec eux, sacrifiant parfois l’efficacité immédiate à l’examen d’un processus d’improvisation qui se permet d’exposer autant les moments fastes que les interruptions et mises en place indispensables à leur apparition. Le second concert installe, lui, un décorum de sifflements, sortis de la flûte de Fine ou de l’ampli de guitare, sur lequel Shapiro peut plaquer comme il l’entend des accords de piano. Plus ombreux, il invoque des larsens lointains qui permettent à Fine de composer autrement avec ses inspirations, pour convaincre aussi nettement accompagné que dialoguant.

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : Contiguous Chunks (Shih Shih Wu Ai)
Edition : 2007.
CD : 01/ Contiguous Chunk 1 02/ Contiguous Chunk 2
Guillaume Belhomme @ Le son du grisli

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Fred Lonberg-Holm Trio: Terminal Valentine (Atavistic - 2007)

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Sur un troisième album exposant des Valentine en trio, le violoncelliste Fred Lonberg-Holm, ici en compagnie du contrebassiste Jason Roebke et du batteur Frank Rosaly, va d’inspirations grandioses en laisser-aller dommageables. De l’art de conclure par un point d’interrogation.

Aux interprétations remarquables sur lesquelles il réussit à sublimer un thème sous l’effet d’expériences qui remettent en cause sa nature même (Maybe It’s Too Late, Just Don’t Listen, There’s No Way) Lonberg-Holm oppose donc les méfaits de grands gestes emportés et faciles sur des pièces aléatoires (And You Smile, No One Will Ever Be Forgotten) quand elles ne sont pas tout simplement laborieuses.

Après A Valentine for Fred Katz et Other Valentines, Terminal Valentine sonne donc en demi-teinte l’heure de la conclusion. Celle aussi, sans doute, de passer à autre chose.


Fred Lonberg-Holm Trio, Three Note Song (extrait). Courtesy of Atavistic.

CD: 01/ Three Note Song 02/ Maybe It's Too Late 03/ And You Smile 04/ No One Will Ever Be Forgotten 05/ Just Don't Listen (To The Birds) 06/ There Never Was A Reason 07/ Shift Of The Eye 08/ There's No Way 09/ I Know You 10/ One For The Road.

Fred Lonberg-Holm Trio - Terminal Valentine - 2007 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

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The Rempis Percussion Quartet: Hunter-Gatherers (482 Music - 2007)

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Porté par une section rythmique renforcée (dans laquelle on trouve le contrebassiste Anton Hatwich et les percussionnistes Frank Rosaly et Tim Daisy), le saxophoniste Dave Rempis, membre du Vandermark 5, improvisait récemment en concert Hunter-Gatherers, troisième référence discographique de son Rempis Percussion Quartet.

Sans se plier au moindre code, le groupe profite de l’improvisation pour accorder ses nombreuses influences (free jazz, musiques latines et afrobeat), retournant quelques fois, à la manière des jazzmen de l’AACM, à la pratique d’un swing goguenard (A Night at the Ranch Part 2). Au ténor, à l’alto ou au baryton, Rempis mène son groupe d’incartades virulentes (More Green Than Giraffe) en répétitions grisantes affinées sous les coups de Daisy et Rosaly (Black Book), rappelle les lents déploiements du Lost Trio sous la contrebasse appuyée d’Hatwich (The Bus and The Canyon) comme il peut tout sacrifier à une improvisation de bon conseil. 

Brut et efficace, donc, Hunter-Gatherers. Qui élève Rempis au rang de digne successeur des jazzmen éblouissants made in Chicago. Ce que 482 Music a bien compris, faisant de cet enregistrement la 13e référence de sa "Document Chicago Series”.

The Rempis Percussion Quartet : Hunter-Gatherers (482 Music / Improjazz)
Edition : 2007.
CD1 : 01/ A Night at the Ranch Part 1 02/ The Bus and the Canyon - CD2 : 01/ More Green Than Giraffe 02/ Black Book 03/ A Night at the Ranch Part 2 04/ Larks and Loons
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Muhal Richard Abrams: Vision Towards Essence (Pi Recordings - 2007)

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Co-fondateur de l’AACM, partenaire privilégié de Marion Brown, Hamiett Bluiett ou Roscoe Mitchell, Muhal Richard Abrams interrogeait son piano en solitaire lors de l’édition 1998 du Festival de Jazz de Guelph, au Canada. Vision Towards Essence est l’enregistrement de ce concert.

Improvisant pendant près d’une heure, Abrams rappelle ici la variété de ses préoccupations, qui l’auront porté des revendications du free jazz à l’écriture de pièces pour quatuor à cordes, dont la deuxième a pu être interprétée par le Kronos Quartet. Alors, un peu à la manière d’Irène Schweizer, Abrams mélange les genres, rend de longs passages impressionnistes en n’oubliant jamais d’y glisser ici une note incongrue, là une proposition qu’on n’attendait pas. 

Légère, la main droite décide de précipitations parfois arrêtées net, quand la gauche s’occupe de répéter une note grave en guise de contraste. Souvent, l’humeur est tempétueuse, classique, avant d’être envahie par quelques réminiscences d’un ragtime assez habile pour se glisser dans un discours qu’il enjolive. Symbole d’une entente conclue entre des styles différents, Part 3 imbrique ainsi la progression pseudo scolaire et le rythme insistant, la grâce pénétrante et l’énergie absorbée.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3

Muhal Richard Abrams - Vision Towards Essence - 2007 - Pi Recordings. Distribution Orkhêstra International.

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Urs Leimgruber: 13 Pieces for Saxophone (Leo Records - 2007)

UrsgrisliMultipliant  les  collaborations  exigeantes  (Jacques Demierre, Barre Phillips, Joëlle Léandre), Urs Leimgruber éprouve aussi une passion remarquée pour la pratique en solitaire. Dernier fruit en date : 13 Pieces for Saxophone.

Là, le saxophoniste improvise des épreuves séduisantes soumises aux salves tempétueuses : souffles rapides (Ten) ou installés aux portes du silence (Seven), bruits de clefs (Three), rebonds insaisissables et éreintants (Two), répétitions de notes longues (Nine) ou insatiabilité d’un discours porté au soprano (Five). Inspiré, Leimgruber l’est toujours assez pour ne jamais lasser, et mettre bientôt la main sur des propositions supérieures : redites déviantes jusqu’à connaître chacune une conclusion différente (One) ou apposition délicate d’aigus sur des graves introspectifs (Twelve).

Soufflant ailleurs quelques réminiscences naturelles (bourdon de Six ou sifflements volatiles de Eight), Leimgruber humanise partout ailleurs son discours et lui donne au final une profondeur incontestable, conséquence du bon usage qu’il fait de ses interrogations personnelles.

CD: 01/ One 02/ Two 03/ Three 04/ Four 05/ Five 06/ Six 07/ Seven 08/ Eight 09/ Nine 10/ Ten 11/ Eleven 12/ Twelve 13/ Thirteen

Urs Leimgruber - 13 Pieces for Saxophone - 2007 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Eric Copeland: Hermaphrodite (Paw Tracks – 2007)

copelansliAutre musicien  à faire tourner ses obsessions en boucles,  Eric Copeland, membre échappé de Black Dice, livre sur Hermaphrodite 12 titres de pop électronique torturée.

Seul derrière ses machines, Copeland fabrique des constructions toujours minuscules et répétitives, qui combinent interventions aux claviers et traitements hybrides de voix volées à des folklores oubliés. La musique prône alors la défense d’une pop entêtante et universaliste malgré sa taille, inquiétante à force de s’imposer avec gentillesse (La Booly Boo).

Sur la seconde partie de l’enregistrement, le musicien abandonne un peu la transformation de chants anciens via modulateur et se tourne davantage vers une musique électronique minimaliste, sautillant jusqu’à tendre vers l’aigu trahissant l’erreur d’encodage (Scum Pipe) ou croyant pouvoir sauver de la gangrène lyrique une note oscillante bien trop frêle (Dinca). Plus ou moins heureux selon les titres, Copeland agit partout avec la même désinvolture et, en tirant dans tous les sens, finit forcément par atteindre une cible.

CD: 01/ Hermaphrodite 02/ La Booly Boo 03/ Oreo 04/ Green Burrito 05/ Wash Up 06/ Spacehead 07/ Tree Aliens 08/ Scum Pipe 09/ Dinca 10/ Mouthhole 11/ FKD 12/ Scraps

Eric Copeland - Hermaphrodite - 2007 - Paw Tracks.

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Anthony Braxton: Solo Willisau (Intakt - 2007)

braxwilisliEnregistré en 2003 au Festival de jazz de Willisau, Solo Willisau plaide en faveur d’un curieux argument, qui voudrait que les concerts donnés en solo par Anthony Braxton diffèrent tous malgré leurs ressemblances. 

Mise à part la reprise de All The Things You Are de Jerome Kern, dont il dépose sagement le thème avant de le précipiter sans plus aucun ménagement, Braxton défend ici à l’alto des compositions personnelles qui lui permettent d’asseoir encore davantage ses originalités : découpage d’un discours déjà abrupt (NO. 191 j), mariage éclectique d’aigus perçants et de graves revêches (NO. 328 c), ou simples modulation de l’intensité de ses attaques (NO. 328 a).

Porté par la flamboyance de son jeu, Braxton met au jour des atmosphères diverses et parfois contradictoires : à la progression dans la douleur qu’est NO. 328 c répondent les rebonds amusés de NO. 328 d ; au développement aérien d’un NO. 106 p apaisé s’oppose la vocalisation rageuse exprimée sur NO. 119 m. Tenant d’un baroque bâti sur la maîtrise et l’expérience de leur auteur, huit pièces défilent ainsi sous les impulsions d’une imagination toujours régénérée.

CD: 01/ NO. 328 c 02/ NO. 344 b 03/ NO. 328 a 04/ All The Things You Are 05/ NO. 119 m 06/ NO. 106 p 07/ NO. 328 d 08/ NO. 191 j

Anthony Braxton - Solo Willisau - 2007 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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Andy Moor : Marker (Unsounds, 2007)

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Guitariste  au sein de  The Ex et  figure  de la  scène improvisée d'Amsterdam, Andy Moor rassemble sous Marker - à la pochette curieusement orientée électronica berlinoise - 15 morceaux enregistrés entre 2001 et 2006. Où ses intentions oscillent entre déconstructions expérimentales, atmosphères peu engageantes et rengaines no wave tardives.

Sèches, toujours, les attaques adoptent donc des modes différents: répétitif jusqu'à l'entêtement (Uganda Fly, From E to F), bruitiste (déflagrations de cordes distendues de Naming The Animals ou aigus sortis de la guitare électrique préparée de Weather), mélodique, aussi – sur des compositions courtes plus (Truth In Numbers) ou moins (Alex) réussies.

D'effets dont il use avec mesure, Moor tire d'autres couleurs encore pour finir d'édifier une musique trahissant vite ses références (Luc Ex, Lee Ranaldo, Glenn Branca), mais capable aussi de faire preuve de singularité: point d'orgue qu'est 3 a.m., sur lequel un shamisen fantasmé prône à coups d'aigus et de graves récalcitrants un réconfort d'autant plus paisible qu'il a su vaincre des préoccupations tourmentées.


Andy Moor, Uganda Fly. Courtesy of Unsounds & Andy Moor.

Andy Moor : Marker (Unsounds. / Metamkine)

Edition : 2007

CD : 01/ Halogen 02/ Alex 03/ Uganda Fly 04/ 3 a.m. 05/ From E to F 06/ Stop / Pause 07/ Stadium 08/ About Face 09/ Naming The Animals 10/ Repeat Suite 11/ Weather 12/ Eyes Ears Hands 13/ Truth In Numbers 14/ Myrka 15/ Small Things Under Glass

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ferran Fages: Cançons per a un lent retard (Etude Records - 2007)

fagesliSur son deuxième album  personnel,  Ferran Fages  illustre, au son d'une guitare folk, les étapes successives de la disparition de son père. Evidemment chargé. Sans cela: poignant quand même.

Cordes étouffées, distendues ou vibrantes, harmoniques et aigus sourdant des nappes graves, accords en suspension ou, au contraire, sur lequel le guitariste s'acharne, font la substance de Cançons per a un lent retard. Pour catalyser les émotions implacables, entre les résonances profondes et l'insistance d'aller-retours rapides au médiator, Fages va et vient, consignant une épreuve enfantant une musique plusieurs fois convaincante pour rien d'autre qu'elle-même: le temps d'une gnossienne disloquée (L'ombre del dit) ou, plus encore, d'une réflexion sur les effets de la répétition, formule revue et subtilement corrigée sur Suspens Horizontal.

De quoi relativiser l'appréhension que l'on peut ressentir au moment d'investir une expérience qui devrait nous rester étrangère.


Ferran Fages, Tangent al dit. Courtesy of Etude Records.

CD: 01/ Suspens vertical 02/ Més ràpid que l´ull 03/ Tanget al dit 04/ L´ombre del dit 05/ Suspens horizontal 06/ Paraula clau 07/ El retard del mirall 08/ Gir lent 09/ Retard llarg

Ferran Fages – Cançons per a un lent retard – 2007 – Etude Records.

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Kaboom Karavan : Short Walk With Olaf (Umor Rex, 2007)

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De Belgique, Kaboom Karavan organise Short Walk With Olaf le long de huit titres électroacoustiques sacrifiant tout à leur dépression, si ce n’est un goût prononcé pour le mouvement circulaire.

Révérence faite aux boucles, donc : notes de guitare classique, éléments épars de batterie, résonances électroniques et plaintes acoustiques, que le groupe amasse jusqu’à confectionner un univers inquiet, que l’on prend plaisir, histoire d’en rajouter, à disposer sous cloche. Un folk angoissé (Karavanserai) côtoie alors les musiques d’un monde sauvage (Resolut), quand l’implication allant crescendo de Toambertree s’oppose à l’ambient moins impliquée de Romans.

En connaisseurs, Kaboom Karavan convoque le long du parcours l’influence de Third Eye Foundation autant que les manières de Pierre Schaeffer, et, la boucle ramenant forcément à son point de départ, insiste pour y retourner.

Kaboom Karavan : Short Walk With Olaf (Umor Rex)
Edition : 2007.
CD : 01/ Romans 02/ Karavanserai 03/ Toambertree (rmx) 04/ Short Walk With Olaf 05/
No More Karavan 06/ Roadmap 07/ Laws, Fools & Anagrams 08/ Resolut
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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