Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Anthony Braxton: Solo Willisau (Intakt - 2007)

braxwilisliEnregistré en 2003 au Festival de jazz de Willisau, Solo Willisau plaide en faveur d’un curieux argument, qui voudrait que les concerts donnés en solo par Anthony Braxton diffèrent tous malgré leurs ressemblances. 

Mise à part la reprise de All The Things You Are de Jerome Kern, dont il dépose sagement le thème avant de le précipiter sans plus aucun ménagement, Braxton défend ici à l’alto des compositions personnelles qui lui permettent d’asseoir encore davantage ses originalités : découpage d’un discours déjà abrupt (NO. 191 j), mariage éclectique d’aigus perçants et de graves revêches (NO. 328 c), ou simples modulation de l’intensité de ses attaques (NO. 328 a).

Porté par la flamboyance de son jeu, Braxton met au jour des atmosphères diverses et parfois contradictoires : à la progression dans la douleur qu’est NO. 328 c répondent les rebonds amusés de NO. 328 d ; au développement aérien d’un NO. 106 p apaisé s’oppose la vocalisation rageuse exprimée sur NO. 119 m. Tenant d’un baroque bâti sur la maîtrise et l’expérience de leur auteur, huit pièces défilent ainsi sous les impulsions d’une imagination toujours régénérée.

CD: 01/ NO. 328 c 02/ NO. 344 b 03/ NO. 328 a 04/ All The Things You Are 05/ NO. 119 m 06/ NO. 106 p 07/ NO. 328 d 08/ NO. 191 j

Anthony Braxton - Solo Willisau - 2007 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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Andy Moor : Marker (Unsounds, 2007)

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Guitariste  au sein de  The Ex et  figure  de la  scène improvisée d'Amsterdam, Andy Moor rassemble sous Marker - à la pochette curieusement orientée électronica berlinoise - 15 morceaux enregistrés entre 2001 et 2006. Où ses intentions oscillent entre déconstructions expérimentales, atmosphères peu engageantes et rengaines no wave tardives.

Sèches, toujours, les attaques adoptent donc des modes différents: répétitif jusqu'à l'entêtement (Uganda Fly, From E to F), bruitiste (déflagrations de cordes distendues de Naming The Animals ou aigus sortis de la guitare électrique préparée de Weather), mélodique, aussi – sur des compositions courtes plus (Truth In Numbers) ou moins (Alex) réussies.

D'effets dont il use avec mesure, Moor tire d'autres couleurs encore pour finir d'édifier une musique trahissant vite ses références (Luc Ex, Lee Ranaldo, Glenn Branca), mais capable aussi de faire preuve de singularité: point d'orgue qu'est 3 a.m., sur lequel un shamisen fantasmé prône à coups d'aigus et de graves récalcitrants un réconfort d'autant plus paisible qu'il a su vaincre des préoccupations tourmentées.


Andy Moor, Uganda Fly. Courtesy of Unsounds & Andy Moor.

Andy Moor : Marker (Unsounds. / Metamkine)

Edition : 2007

CD : 01/ Halogen 02/ Alex 03/ Uganda Fly 04/ 3 a.m. 05/ From E to F 06/ Stop / Pause 07/ Stadium 08/ About Face 09/ Naming The Animals 10/ Repeat Suite 11/ Weather 12/ Eyes Ears Hands 13/ Truth In Numbers 14/ Myrka 15/ Small Things Under Glass

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ferran Fages: Cançons per a un lent retard (Etude Records - 2007)

fagesliSur son deuxième album  personnel,  Ferran Fages  illustre, au son d'une guitare folk, les étapes successives de la disparition de son père. Evidemment chargé. Sans cela: poignant quand même.

Cordes étouffées, distendues ou vibrantes, harmoniques et aigus sourdant des nappes graves, accords en suspension ou, au contraire, sur lequel le guitariste s'acharne, font la substance de Cançons per a un lent retard. Pour catalyser les émotions implacables, entre les résonances profondes et l'insistance d'aller-retours rapides au médiator, Fages va et vient, consignant une épreuve enfantant une musique plusieurs fois convaincante pour rien d'autre qu'elle-même: le temps d'une gnossienne disloquée (L'ombre del dit) ou, plus encore, d'une réflexion sur les effets de la répétition, formule revue et subtilement corrigée sur Suspens Horizontal.

De quoi relativiser l'appréhension que l'on peut ressentir au moment d'investir une expérience qui devrait nous rester étrangère.


Ferran Fages, Tangent al dit. Courtesy of Etude Records.

CD: 01/ Suspens vertical 02/ Més ràpid que l´ull 03/ Tanget al dit 04/ L´ombre del dit 05/ Suspens horizontal 06/ Paraula clau 07/ El retard del mirall 08/ Gir lent 09/ Retard llarg

Ferran Fages – Cançons per a un lent retard – 2007 – Etude Records.

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Kaboom Karavan : Short Walk With Olaf (Umor Rex, 2007)

kaboomgrislivan

De Belgique, Kaboom Karavan organise Short Walk With Olaf le long de huit titres électroacoustiques sacrifiant tout à leur dépression, si ce n’est un goût prononcé pour le mouvement circulaire.

Révérence faite aux boucles, donc : notes de guitare classique, éléments épars de batterie, résonances électroniques et plaintes acoustiques, que le groupe amasse jusqu’à confectionner un univers inquiet, que l’on prend plaisir, histoire d’en rajouter, à disposer sous cloche. Un folk angoissé (Karavanserai) côtoie alors les musiques d’un monde sauvage (Resolut), quand l’implication allant crescendo de Toambertree s’oppose à l’ambient moins impliquée de Romans.

En connaisseurs, Kaboom Karavan convoque le long du parcours l’influence de Third Eye Foundation autant que les manières de Pierre Schaeffer, et, la boucle ramenant forcément à son point de départ, insiste pour y retourner.

Kaboom Karavan : Short Walk With Olaf (Umor Rex)
Edition : 2007.
CD : 01/ Romans 02/ Karavanserai 03/ Toambertree (rmx) 04/ Short Walk With Olaf 05/
No More Karavan 06/ Roadmap 07/ Laws, Fools & Anagrams 08/ Resolut
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Herb Robertson : Parallelisms (Ruby Flower, 2007)

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Trompettiste  brillant, entendu  notamment  aux  côtés  de Gerry Hemingway ou au sein du Fonda / Stevens Group, Herb Robertson sort sur son propre label l’enregistrement de sa rencontre récente avec deux improvisateurs réputés : le saxophoniste Evan Parker et le pianiste Agustí Fernández.

Sur Spore Attic, d’abord, le trio amasse autant de notes traînantes que d’interventions agressives, toutes mises à contribution dans l’édification d’une pièce bouleversée, qui traîne ses doutes avec la même force que Vim Chattering consolidera le lien frénétique qui unit les instruments à vent. Qu’ils se mettent d’accord sur la gamme à dévaler ensemble (Parallelisms, introduit par les aigus ressemblants du soprano et de la trompette) ou progressent selon les nécessités d’une inspiration plus individuelle (Trichotomy), les musiciens rivalisent d’idées, le plus souvent détachées de toute conventions : voix de Robertson investissant l’échange ou gestes dévoyés de Fernández.

Pivot d’un système agité, Susurration révèle une atmosphère ténébreuse faite de résonances graves issues du piano et de sifflements inquiets, développement lent sur la fin duquel sourdent les tensions, quand partout ailleurs, elles s’imposent sans louvoyer. Contraste accommodant l’éclatante démonstration.

Herb Robertson : Parallelisms (Ruby Flower)
Edition : 2007.
CD :
01/ Spore Attic Basement 02/ Trichotomy 03/ Parallelisms 04/ Susurration 05/ The Living Daylight 06/ Vim Chattering
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bruno Tocanne, Lionel Martin, Rémi Gaudillat: New Dreams Now ! (Cristal Records - 2007)

newdreamsliPartenaires  au  sein  du  Trio  Résistances,  le  batteur  Bruno Tocanne et le saxophoniste Lionel Martin invitent le trompettiste Rémi Gaudillat à servir, voire prolonger, leurs influences.

Et notamment celles de l’Old and New Dreams de Dewey Redman (à qui est emprunté Dewey’s Tune), Don Cherry, Charlie Haden et Ed Blackwell. Se passant assez bien de contrebasse, le trio élève son propos à coups d’allers-retours entre une extravagance décomplexée (fanfare post-aylerienne de Peace for Don ou clins d’œil amusé de Martin à Rahsaan Roland Kirk sur Madame Mado ne m’a pas dit) et quelques hymnes qu’il se plaît à déchanter à l’unisson (Crépuscule avec Nelly, So Strange but So Sweet).

Portés par une exaltation incitative, les musiciens parviennent à convaincre sans trop en faire, habiles au point de relativiser quand il le faut l’insuffisance d’un thème (D’autres mondes) ou l’ambiguïté d’un traitement (La danse des antécédents). De nouveaux rêves calqués sur de plus anciens, capables comme eux de combler les attentes du moment.


Bruno Tocanne, Lionel Martin, Rémi Gaudillat, Dewey's Tune (extrait). Courtesy of Bruno Tocanne & You Tube.

CD: 01/ Dans la continuité de ce qui va suivre 02/ Dewey's tune 03/ And now ... 04/ Sables mouvants 05/ D'autres mondes 06/ Is it Now ? 07/ Secret Marriage 08/ Peace for Don 09/ Madame Mado ne m'a pas dit 10/ Crépuscule avec Nelly 11/ La danse des antécédents 12/ So Strange but So Sweet

Bruno Tocanne, Lionel Martin, Rémi Gaudillat - New Dreams Now ! - 2007 - Cristal Records. Distribution Abeille Musique.

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Ryoji Ikeda : Dataphonics : Mix Final (France Culture / INA, 2006-2007)

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Diffusée récemment, l’intégralité de Dataphonics, projet commandé par l’Atelier de Création Radiophonique et le Groupe Recherches Musicales de l’INA au compositeur Ryoji Ikeda. 10 pièces diffusées initialement d’octobre 2006 à juillet 2007, rassemblées ce 2 septembre sur France Culture.

Hommage  au  Solfège de l’objet sonore  de  Pierre Schaeffer, Dataphonics a dans l’idée de matérialiser, voire, de rendre visibles, les sons échappés des données numériques dans lesquelles plonge Ikeda. Bien sûr, l’univers est vaste, et les possibilités multiples, mais, comme sur son récent Dataplex, le compositeur prend soin de donner une allure présentable aux résultats de ses préoccupations sérieuses.

C’est pourquoi,  d’une démarche qui pourrait rester purement  expérimentale, Ikeda  fait un prétexte ludique, combinant une série d'attributs minuscules que sa maîtrise du langage binaire lui a permis de capturer : cliquetis et effets de masse, aigus récurrents ou larsens, bourdons porteurs et impacts réguliers.

Sages ou précipitées, les 10 pièces s’empressent de respecter une régularité rythmique - voire, un propos répétitif - et servent un minimalisme électronique à tête chercheuse, inquiété autant par la malléabilité des possibilités d’un data fait instrument que par les formes dans lesquelles les enfermer. Un traité d’utilisation scientifique appliqué à l’édification de constructions légères.


Dataphonics: 01/ Principle 02/ Spectrum 03/ Transmission 04/ Transformation 05/ Rhythmics 06/ Automatic 07/ Quantization 08/ Harmonics 09/ Counterpoint 10/ Structure


Ryoji Ikeda - Dataphonics : Mix Final - 2006, 2007 - France Culture / INA. Ecoute et Podcast.

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New Generation Quartet : Dances (Ayler Records, 2007)

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L’homme adulte et installé se demande : « qu’attendre d’une nouvelle génération ? » L’inspectant du coin de l’œil, il peut espérer d’elle une succession tranquille ou, au contraire, craindre qu’un jour ou l’autre sonne l’heure annoncée du conflit, voire, de la rupture. Mais quelques fois, l’homme adulte et installé trouve important de soutenir la jeune génération, quitte à passer pour suspect auprès de la sienne propre. C’est le cas de Sergey Belichenko, l’un des premiers musiciens à avoir, dans les années 1960, choisi de se faire jazzman en Sibérie - camarade joueur de jazz, pour évoquer Josef Skvorecky. Batteur doué et (forcément) déterminé, Belichenko a évolué aux côtés de Vladimir Chesakin du Ganelin Trio, Sergey Kuryokhin ou Vladimir Tarasov, avant de mener ses propres groupes. Aujourd’hui encore, il défend le jazz, ou plutôt, les jazz, à la lumière de formations différentes et complémentaires : le traditionaliste Jazz Old Trio, et ce New Generation Quartet qui allie les forces encore vives de deux sexagénaires – Belichenko, donc, et le contrebassiste Dmitri Averchenkov – et les affirmations tempétueuses de deux quadragénaires – le pianiste Roman Stolyar et le saxophoniste Vladimir Timofeev.

Enregistré en 2000, Dances est fait de trois pièces longues aux couleurs changeantes, fantasmant quelques danses pour en tirer d’innombrables pas de côté. Ainsi, Phantasmagorian Tango, sur lequel les musiciens déposent l’un après l’autre leur timidité sous forme de propositions lestes, avant que le ténor de Timofeev ne se charge de l’énoncé du thème : précipitée, répétée, la mélodie subit les coups d’un emportement unanime, quand, ailleurs, on l’aurait soignée, réservant la frénésie à de grandes plages déconstruites. Repentant, Roman Stolyar déposera pour conclure des phrases plus romantiques, comme pour excuser la violence faite à la complainte, partenaire de tango sans doute trop renversée. Extirpé d’une répétition d’accords sombres, Two-Step Blues expose d’autres dosages, qui parviennent à marier un swing revigorant à des interventions hors tempo, un piano épris de lyrisme avant de donner dans un minimalisme angoissé, un free magistral, enfin, balayé bientôt par une mélodie réconfortante tenant du clin d’œil. Plus lumineuse encore, la longue introduction de No Strauss : dirigé par Belichenko, un ensemble percussif impose le premier tiers de la pièce (Polka) à coups de claps, sifflements et coups de baguettes. Gouailleur, le quartette se montre intransigeant sur le fond et bon enfant sur la forme, édifiant ainsi un pont entre Novossibirsk et Chicago : en guise de Waltz, les musiciens fêtent un Grand Macabre déluré sur les entrelacs réfléchis et efficaces du ténor et du piano - Averchenkov déposant, lui, les graves précis et nécessaires à cette soudaine volonté de puissance – tandis qu’ils évoquent, sur March, des Jazz Messengers poussés dans leurs derniers retranchements. Ainsi, le New Generation Quartet boucle dans l’euphorie sa longue marche, voyage qui l’aura vu faire preuve de fougue autant que de délicatesse, pour imposer une identité au-dessus des contingences et des frontières.

CD: 01/ Phantasmagorian Tango 02/ Two-Step Blues 03/ No Strauss: Polka / Waltz / March

New Generation Quartet - Dances - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.

The mature and settled man wonders : « What is there to expect from a new generation? ». He can hope that things will stay peaceful. On the other hand, he may fear that some day, a fracture – even a conflict – will appear. But sometimes, the mature and settled man considers it important to support the younger generation. Even if that invites the suspicions of his peers. So it was with Sergey Belichenko, one of the first musicians to decide, in the 1960s, to become a jazz man in Siberia – « Talkin' Novosibirsk blues », to recall Josef Skvorecky. A gifted and typically strong-minded drummer, Belichenkoplayed alongside Vladimir Chasakin of the Ganelin Trio, Sergey Kuryokhin or Vladimir Tarasov, before leading his own bands. Today, he continues to defend jazz, or rather, all kinds of jazz, with a variety of complementary line-ups : the traditionalist Jazz Old Trio and his New Generation Quartet which combines the still lively strengths of Belichenko and double bass player Dmitri Averchenkov, both in their sixties, with the stormy assertions of younger pianist Roman Stolyar and saxophonist VladimirTimofeev, who are in their forties.

Recorded in 2000, Dances is composed of three long pieces of ever-changing colours, creating fantasies of dances to draw endless steps from them. First, Phantasmagorian Tango, on which the musicians, one after the other, lay down their timidity with light proposals, before the tenor of Timofeev states the theme: precipitated, repeated, the melody submits to the blows of a unanimous fit of rage; where, elsewhere, it would have been carefully nurtured. The piece maintains a frenzy during long, deconstructed parts. As though repentant, Roman Stolyar concludes with more romantic phrases, as if to excuse the violence done to the lament – a tango partner no doubt bent backwards with too much force. Pulled from a repetition of dark chords, Two-Step Blues exposes another mix of ingredients. It successfully marries an invigorating swing with out-tempo interventions, a piano infatuated with lyricism one moment, giving in to anxious minimalism the next; finally a free blowing section which is soon replaced by a comforting melody. More luminous still, the long introduction to No Strauss: a ‘percussion ensemble’ driven by Belichenko, shapes the first third of the piece (Polka) with claps, whistles and drumbeats. Cheekily, the quartet is intransigent at heart yet easy-going about form, thus building a bridge between Novosibirsk and Chicago. With Waltz, the musicians celebrate a smart Grand Macabre on the thoughtful and effective interlacing of the tenor and piano – Averchenkov ensuring the accurate bass line that is necessary for this sudden surge of power. While on March, the band sounds like Jazz Messengers driven to their final limits. The New Generation Quartet brings its long walk to a close in euphoric mood. Their journey has been completed with as much fierce enthusiasm as delicacy, imposing an identity that is above contingencies and borders.

Notes de pochette originales. Traduction: Stéphane Berland.

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Aki Takase, Silke Eberhard : Ornette Coleman Anthology (Intakt, 2007)

aki takase ornette coleman anthology

Après Tarantella, la pianiste Aki Takase revient à deux de ses amours : le duo – qu’elle a interrogé déjà aux côtés de David Murray, Alexander Von Schlippenbach, Lauren Newton ou Rudi Mahall – et l’hommage prétexte à développer autrement sa singularité – de ceux qu’elle a déjà adressé à Fats Waller ou Thelonious Monk.

Avec  la saxophoniste et  clarinettiste Silke  Eberhard, Takase rend donc ici hommage à l’œuvre d’Ornette Coleman. Le temps de 32 reprises et de l’interprétation d’une dédicace (Dedicated to OC-Doughnut), le duo assiège l’univers du maître de façons différentes : free commandé par un piano dérangé (Free), délicatesses contemporaines - au lyrisme accordé (Revolving Door) ou malheureusement trop poli (Turnaround) -, swing à l’unisson (Mr. And Mrs. People) ou démarche plus déconstruite (Motive for Its Use), voire expérimentale (Airborne).

Si la prise de son manque parfois de chaleur, la nature des compositions et l’acuité avec laquelle les investissent Takase et Eberhard - qui démontre ici la palette large de ses possibilités, capable d’évoquer Evan Parker aussi bien qu’Eric Dolphy (clarinette basse, forcément, sur Cross Breeding) - font de cette anthologie un songbook particulier, défendu par un duo aussi concerné que baroque et sagace.

Aki Takase, Silke Eberhard : Ornette Coleman Anthology (Intakt / Orkhêstra International)
Edition : 2007.
2 CD : CD1: 01/ Turnaround 02/ Lonely Woman 03/ Free 04/ The Blessing 05/ Folk Tale 06/ Open to the Public - Check Out Time 07/ Cross Breeding 08/ The Sphinx 09/ Dedicated to OC-Doughnut 10/ Revolving Door 11/ Mr. and Mrs. People 12/ Angel Voice 13/ Motive for Its Use 14/ The Disguise 15/ Change of the Century 16/ Focus on Sanity - CD2: 01/ Congeniality 02/ Airborne 03/ Broadway Blues 04/ Beauty Is a Rare Thing 05/ Face of the Bass 06/ Peace 07/ Little Symphony 08/ Eventually 09/ Humpty Dumpty 10/ Eos 11/ W.R.U. 12/ Check Up - Enfant 13/ I Heard It over the Radio 14/ Round Trip 15/ Music Always 16/ Love Call 17/ Una Muy Bonita
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Archie Shepp: Je suis jazz, c'est ma vie (Archieball - 2007)

sheppsliEn  moins  d’une  heure, le réalisateur  Frank  Cassenti tire le portrait d’un Archie Shepp francophone rencontré en 1983 à Paris.

Boulevard Barbès ou en répétition sur la scène du New Morning, Shepp donne libre court à une malice bienveillante qui lui permet de réduire la distance qui le sépare de celui qui le regarde (caméra, public) pour imposer plus simplement sa musique, jazz pour lequel il aimerait trouver un autre nom, puisque, lui, chante une histoire qui remonte à l’esclavage.

Archie Shepp a à dire, alors Cassenti suit et s’intéresse à la conversation : propos sur un blues éternel, hommage furtif à John Coltrane ou lecture d’Arthur Rimbaud. Recueillie, la parole peut laisser place à une interprétation magistrale de Things Have Got To Change ou à un solo de saxophone offert sur un trottoir.

En guise de bonus, des extraits d’un concert donné par Shepp lors d’une récente édition du Festival de Porquerolles, sans vraiment grand rapport avec le film principal. Là sans doute pour peaufiner le produit, éviter de faire pingre, au final, dispensable à un film aussi juste qu’il reste proche de son sujet.

Archie Shepp – Je suis jazz, c’est ma vie – 2007 – Archieball. Distribution Abeille Musique.

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