Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Ryoji Ikeda : Dataphonics : Mix Final (France Culture / INA, 2006-2007)

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Diffusée récemment, l’intégralité de Dataphonics, projet commandé par l’Atelier de Création Radiophonique et le Groupe Recherches Musicales de l’INA au compositeur Ryoji Ikeda. 10 pièces diffusées initialement d’octobre 2006 à juillet 2007, rassemblées ce 2 septembre sur France Culture.

Hommage  au  Solfège de l’objet sonore  de  Pierre Schaeffer, Dataphonics a dans l’idée de matérialiser, voire, de rendre visibles, les sons échappés des données numériques dans lesquelles plonge Ikeda. Bien sûr, l’univers est vaste, et les possibilités multiples, mais, comme sur son récent Dataplex, le compositeur prend soin de donner une allure présentable aux résultats de ses préoccupations sérieuses.

C’est pourquoi,  d’une démarche qui pourrait rester purement  expérimentale, Ikeda  fait un prétexte ludique, combinant une série d'attributs minuscules que sa maîtrise du langage binaire lui a permis de capturer : cliquetis et effets de masse, aigus récurrents ou larsens, bourdons porteurs et impacts réguliers.

Sages ou précipitées, les 10 pièces s’empressent de respecter une régularité rythmique - voire, un propos répétitif - et servent un minimalisme électronique à tête chercheuse, inquiété autant par la malléabilité des possibilités d’un data fait instrument que par les formes dans lesquelles les enfermer. Un traité d’utilisation scientifique appliqué à l’édification de constructions légères.


Dataphonics: 01/ Principle 02/ Spectrum 03/ Transmission 04/ Transformation 05/ Rhythmics 06/ Automatic 07/ Quantization 08/ Harmonics 09/ Counterpoint 10/ Structure


Ryoji Ikeda - Dataphonics : Mix Final - 2006, 2007 - France Culture / INA. Ecoute et Podcast.

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New Generation Quartet : Dances (Ayler Records, 2007)

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L’homme adulte et installé se demande : « qu’attendre d’une nouvelle génération ? » L’inspectant du coin de l’œil, il peut espérer d’elle une succession tranquille ou, au contraire, craindre qu’un jour ou l’autre sonne l’heure annoncée du conflit, voire, de la rupture. Mais quelques fois, l’homme adulte et installé trouve important de soutenir la jeune génération, quitte à passer pour suspect auprès de la sienne propre. C’est le cas de Sergey Belichenko, l’un des premiers musiciens à avoir, dans les années 1960, choisi de se faire jazzman en Sibérie - camarade joueur de jazz, pour évoquer Josef Skvorecky. Batteur doué et (forcément) déterminé, Belichenko a évolué aux côtés de Vladimir Chesakin du Ganelin Trio, Sergey Kuryokhin ou Vladimir Tarasov, avant de mener ses propres groupes. Aujourd’hui encore, il défend le jazz, ou plutôt, les jazz, à la lumière de formations différentes et complémentaires : le traditionaliste Jazz Old Trio, et ce New Generation Quartet qui allie les forces encore vives de deux sexagénaires – Belichenko, donc, et le contrebassiste Dmitri Averchenkov – et les affirmations tempétueuses de deux quadragénaires – le pianiste Roman Stolyar et le saxophoniste Vladimir Timofeev.

Enregistré en 2000, Dances est fait de trois pièces longues aux couleurs changeantes, fantasmant quelques danses pour en tirer d’innombrables pas de côté. Ainsi, Phantasmagorian Tango, sur lequel les musiciens déposent l’un après l’autre leur timidité sous forme de propositions lestes, avant que le ténor de Timofeev ne se charge de l’énoncé du thème : précipitée, répétée, la mélodie subit les coups d’un emportement unanime, quand, ailleurs, on l’aurait soignée, réservant la frénésie à de grandes plages déconstruites. Repentant, Roman Stolyar déposera pour conclure des phrases plus romantiques, comme pour excuser la violence faite à la complainte, partenaire de tango sans doute trop renversée. Extirpé d’une répétition d’accords sombres, Two-Step Blues expose d’autres dosages, qui parviennent à marier un swing revigorant à des interventions hors tempo, un piano épris de lyrisme avant de donner dans un minimalisme angoissé, un free magistral, enfin, balayé bientôt par une mélodie réconfortante tenant du clin d’œil. Plus lumineuse encore, la longue introduction de No Strauss : dirigé par Belichenko, un ensemble percussif impose le premier tiers de la pièce (Polka) à coups de claps, sifflements et coups de baguettes. Gouailleur, le quartette se montre intransigeant sur le fond et bon enfant sur la forme, édifiant ainsi un pont entre Novossibirsk et Chicago : en guise de Waltz, les musiciens fêtent un Grand Macabre déluré sur les entrelacs réfléchis et efficaces du ténor et du piano - Averchenkov déposant, lui, les graves précis et nécessaires à cette soudaine volonté de puissance – tandis qu’ils évoquent, sur March, des Jazz Messengers poussés dans leurs derniers retranchements. Ainsi, le New Generation Quartet boucle dans l’euphorie sa longue marche, voyage qui l’aura vu faire preuve de fougue autant que de délicatesse, pour imposer une identité au-dessus des contingences et des frontières.

CD: 01/ Phantasmagorian Tango 02/ Two-Step Blues 03/ No Strauss: Polka / Waltz / March

New Generation Quartet - Dances - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.

The mature and settled man wonders : « What is there to expect from a new generation? ». He can hope that things will stay peaceful. On the other hand, he may fear that some day, a fracture – even a conflict – will appear. But sometimes, the mature and settled man considers it important to support the younger generation. Even if that invites the suspicions of his peers. So it was with Sergey Belichenko, one of the first musicians to decide, in the 1960s, to become a jazz man in Siberia – « Talkin' Novosibirsk blues », to recall Josef Skvorecky. A gifted and typically strong-minded drummer, Belichenkoplayed alongside Vladimir Chasakin of the Ganelin Trio, Sergey Kuryokhin or Vladimir Tarasov, before leading his own bands. Today, he continues to defend jazz, or rather, all kinds of jazz, with a variety of complementary line-ups : the traditionalist Jazz Old Trio and his New Generation Quartet which combines the still lively strengths of Belichenko and double bass player Dmitri Averchenkov, both in their sixties, with the stormy assertions of younger pianist Roman Stolyar and saxophonist VladimirTimofeev, who are in their forties.

Recorded in 2000, Dances is composed of three long pieces of ever-changing colours, creating fantasies of dances to draw endless steps from them. First, Phantasmagorian Tango, on which the musicians, one after the other, lay down their timidity with light proposals, before the tenor of Timofeev states the theme: precipitated, repeated, the melody submits to the blows of a unanimous fit of rage; where, elsewhere, it would have been carefully nurtured. The piece maintains a frenzy during long, deconstructed parts. As though repentant, Roman Stolyar concludes with more romantic phrases, as if to excuse the violence done to the lament – a tango partner no doubt bent backwards with too much force. Pulled from a repetition of dark chords, Two-Step Blues exposes another mix of ingredients. It successfully marries an invigorating swing with out-tempo interventions, a piano infatuated with lyricism one moment, giving in to anxious minimalism the next; finally a free blowing section which is soon replaced by a comforting melody. More luminous still, the long introduction to No Strauss: a ‘percussion ensemble’ driven by Belichenko, shapes the first third of the piece (Polka) with claps, whistles and drumbeats. Cheekily, the quartet is intransigent at heart yet easy-going about form, thus building a bridge between Novosibirsk and Chicago. With Waltz, the musicians celebrate a smart Grand Macabre on the thoughtful and effective interlacing of the tenor and piano – Averchenkov ensuring the accurate bass line that is necessary for this sudden surge of power. While on March, the band sounds like Jazz Messengers driven to their final limits. The New Generation Quartet brings its long walk to a close in euphoric mood. Their journey has been completed with as much fierce enthusiasm as delicacy, imposing an identity that is above contingencies and borders.

Notes de pochette originales. Traduction: Stéphane Berland.

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Aki Takase, Silke Eberhard : Ornette Coleman Anthology (Intakt, 2007)

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Après Tarantella, la pianiste Aki Takase revient à deux de ses amours : le duo – qu’elle a interrogé déjà aux côtés de David Murray, Alexander Von Schlippenbach, Lauren Newton ou Rudi Mahall – et l’hommage prétexte à développer autrement sa singularité – de ceux qu’elle a déjà adressé à Fats Waller ou Thelonious Monk.

Avec  la saxophoniste et  clarinettiste Silke  Eberhard, Takase rend donc ici hommage à l’œuvre d’Ornette Coleman. Le temps de 32 reprises et de l’interprétation d’une dédicace (Dedicated to OC-Doughnut), le duo assiège l’univers du maître de façons différentes : free commandé par un piano dérangé (Free), délicatesses contemporaines - au lyrisme accordé (Revolving Door) ou malheureusement trop poli (Turnaround) -, swing à l’unisson (Mr. And Mrs. People) ou démarche plus déconstruite (Motive for Its Use), voire expérimentale (Airborne).

Si la prise de son manque parfois de chaleur, la nature des compositions et l’acuité avec laquelle les investissent Takase et Eberhard - qui démontre ici la palette large de ses possibilités, capable d’évoquer Evan Parker aussi bien qu’Eric Dolphy (clarinette basse, forcément, sur Cross Breeding) - font de cette anthologie un songbook particulier, défendu par un duo aussi concerné que baroque et sagace.

Aki Takase, Silke Eberhard : Ornette Coleman Anthology (Intakt / Orkhêstra International)
Edition : 2007.
2 CD : CD1: 01/ Turnaround 02/ Lonely Woman 03/ Free 04/ The Blessing 05/ Folk Tale 06/ Open to the Public - Check Out Time 07/ Cross Breeding 08/ The Sphinx 09/ Dedicated to OC-Doughnut 10/ Revolving Door 11/ Mr. and Mrs. People 12/ Angel Voice 13/ Motive for Its Use 14/ The Disguise 15/ Change of the Century 16/ Focus on Sanity - CD2: 01/ Congeniality 02/ Airborne 03/ Broadway Blues 04/ Beauty Is a Rare Thing 05/ Face of the Bass 06/ Peace 07/ Little Symphony 08/ Eventually 09/ Humpty Dumpty 10/ Eos 11/ W.R.U. 12/ Check Up - Enfant 13/ I Heard It over the Radio 14/ Round Trip 15/ Music Always 16/ Love Call 17/ Una Muy Bonita
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Archie Shepp: Je suis jazz, c'est ma vie (Archieball - 2007)

sheppsliEn  moins  d’une  heure, le réalisateur  Frank  Cassenti tire le portrait d’un Archie Shepp francophone rencontré en 1983 à Paris.

Boulevard Barbès ou en répétition sur la scène du New Morning, Shepp donne libre court à une malice bienveillante qui lui permet de réduire la distance qui le sépare de celui qui le regarde (caméra, public) pour imposer plus simplement sa musique, jazz pour lequel il aimerait trouver un autre nom, puisque, lui, chante une histoire qui remonte à l’esclavage.

Archie Shepp a à dire, alors Cassenti suit et s’intéresse à la conversation : propos sur un blues éternel, hommage furtif à John Coltrane ou lecture d’Arthur Rimbaud. Recueillie, la parole peut laisser place à une interprétation magistrale de Things Have Got To Change ou à un solo de saxophone offert sur un trottoir.

En guise de bonus, des extraits d’un concert donné par Shepp lors d’une récente édition du Festival de Porquerolles, sans vraiment grand rapport avec le film principal. Là sans doute pour peaufiner le produit, éviter de faire pingre, au final, dispensable à un film aussi juste qu’il reste proche de son sujet.

Archie Shepp – Je suis jazz, c’est ma vie – 2007 – Archieball. Distribution Abeille Musique.

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Interview de Josef Skvorecký

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Ecrivain  tchèque  installé  à Toronto  depuis  1969,  Josef Skvorecký a signé quelques uns des chefs-d’œuvre de la littérature de son pays d’origine. Relativisant l’atmosphère grave d’époques historiques qu’il a lui-même vécu, il mêle dans la plupart de ses romans fatalité et insolence au son d’un jazz pour lequel il éprouve une passion véritable. Lire Josef Skvorecký est donc une nécessité, que l’on éprouve un intérêt pour la fiction (Miracle en Bohème, Les lâches, Le saxophone basse) ou pour les témoignages d’une vie animée par le jazz (Le camarade joueur de jazz).

… Dans les années 1940, mon père m’a acheté un gramophone à manivelle et dans une boutique de Nachod, ma ville natale, j’ai acheté un disque du label Brunswick sur lequel on trouvait I’v Got a Guy joué par l’orchestre de Chick Webb, et With a Vocal Chorus - à cette époque, on donnait moins d’importance aux noms des chanteurs. Pour la première fois de ma vie, j’ai entendu l’harmonie de quatre saxophones : j’ai eu l’impression d’entendre la musique des sphères célestes de Kepler. Puis est arrivée la voix. Une voix féminine qui swinguait, à moitié comprise et anonyme, qui chantait d’une façon qui m’était encore inconnue. Des années plus tard, j’ai appris qu’il s’agissait de la voix d’Ella Fitzgerald, encore toute jeune. Quelques années de plus et je l’écouterais dans un club de jazz de Toronto, toujours aussi énergique, pas encore en fauteuil roulant. Elle m’a transporté au paradis.

Vous avez écrit dans « Le camarade joueur de jazz » que le jazz avait été la seule révélation que vous ayez eue dans votre vie… Chick Webb et Ella Fitzgerald ont été une révélation pour moi, grâce à eux je suis tombé pour la première fois sur une musique qui me parlait vraiment. Avant cela, je n’éprouvais pas autant de plaisir à entendre la musique qui passait à la radio ou celle que l’on jouait occasionnellement à Nachod. Et je n’étais pas le seul à être touché par la magie de cette musique. Un étudiant du lycée, Miloslav Zachoval, a même fondé un groupe de swing amateur, que j’ai essayé d’incorporer avec un saxophone ténor que je venais d’acheter, mais cela n’a pas marché. C’était alors l’époque du swing, les groupes amateurs proliféraient dans le pays, pas seulement à Prague, mais aussi dans des villages très reculés, un peu à la manière dont les groupes de rock essaimeront quelques années plus tard. J’ai joint un autre groupe d’amateurs, certes pas aussi bon que celui de Zachoval, qui s’appelait Red Music. Le nom n’avait rien à voir avec une quelconque tendance politique, cela reflétait simplement notre manque de connaissance, étant alors séparés du monde par l’occupant nazi : il y avait un orchestre professionnel de swing, à Prague, appelé Blue Music et, comme nous ignorions l’existence de ce que l’on appelle la note bleue dans la musique noire, nous appelions nos groupes au gré des couleurs. Pendant ces années obscures, l’orchestre de Zachoval, les quelques disques Brunswicks enregistrés avant la fin de la seconde guerre et l’écoute de Radio Stockholm représentaient des balises de secours.

Quels sont les musiciens qui vous ont le plus marqué à cette époque ? En ce qui concerne les groupes, pour les plus connus, je citerais ceux de Chick Webb, Jimmie  Lunceford, Count Basie, Duke Ellington, Bob Crosby, Casa Loma (nous pensions qu’il s’agissait du nom du leader, et non de celui d’un château aux alentours de Toronto), Andy Kirk, Tommy et Jimmy Dorsey, le Hot Club de France (surtout les disques qu’ils réussirent à enregistrer pendant l’occupation). D’autres, moins connus, comme ceux de Lucky Millinder, Noble Sissle, Jay McShann, Harlem Hamfats. Bien sûr, il y a l’inoubliable Satchmo, des groupes vocaux comme les Mills Brothers, les Boswell Sisters et les Andrews Sisters – et Radio Stockholm, par-dessus tout, Radio Stockholm ! A cette époque, cette radio était la seule à diffuser du live sur les ondes et avait son propre groupe : quatre saxophones, une trompette et la section rythmique. Leur programme du samedi soir, que l’on pouvait captait depuis que la Suède était considérée comme un pays neutre, était pour nous une oasis au cœur des ténèbres de l’Europe occupée. Et puis, une fois, dans un cinéma local, j’ai entendu l’adorable voix de la chanteuse suédoise Alice Babs. Par je ne sais quel miracle, l’un de ses films, Swing It, Magistern, Swing It ! était diffusé dans le Protectorat de Bohème-Moravie. Je suis tombé amoureux de cette voix, tout comme, un peu plus tard, Duke Ellington, qui demandera à Alice de chanter pour lui lors de ses funérailles. Cette musique, le swing, a été mon premier amour musical. Et, comme il arrive souvent, je lui suis resté fidèle. Ce n’est pas que je limite cet amour au swing et aux big bands, j’appréciais par exemple Big Noise From Winnetka de Haggard et Bauduc, morceau que j’ai découvert sur un de ces vieux Brunswick, à tel point que j’avais intitulé un poème assez stupide Haggard’s Inspiration. Sinon, l’orchestre de Zachoval jouait aussi du dixieland, surtout des pièces de Bob Crosby. Dans la courte vie de la Tchécoslovaquie libre, qui dura jusqu’au putsch communiste de 1948, on a pu connaître une déferlante de dixieland après qu’un groupe australien, The Graeme Bell Band, est venu jouer à Prague et ainsi faire exploser le jazz Nouvelle-Orléans. Après le putsch, dans les premières années de son pouvoir, le Parti a essayé avec force de supprimer le jazz, sans y réussir pour autant. En 1955, moi et mes deux meilleurs amis – P.L. Dorůžka (qui deviendra le Président de la Fédération Européenne de Jazz) et Ludvík Šváb, un psychiatre de profession mais avant tout le guitariste d’un des plus beaux fruits donnés par la visite de Graeme Bell, le Prague Dixieland Band – avons organisé les premiers spectacles de jazz de l’ère communiste tchécoslovaque, sous le titre Really the Blues (un titre emprunté à Mezz Mezzrow). Ce qui a rendu la chose possible a été la présence d’un contrebassiste américain, Herb Ward, qui, avec sa femme Jacqueline, danseuse, avait demandé l’asile politique à Prague. Nous nous sommes servi de lui comme bouclier politique : les censeurs ne pouvaient pas interdire de scène un homme qui venait tout juste de demander l’asile politique. Aux Etats-Unis, Ward avait enregistré une ou deux pièces avec Armstrong, ce qui nous a servi pour faire un peu de publicité, et le show a été une réussite. Pourtant, après quelques concerts à guichet fermé, les Ward ont involontairement donné un coup de pouce aux censeurs. En tant que vedettes du spectacle, ils ont tout à coup demandé plus d’argent que ne le permettait la réglementation gouvernementale. L’existence de Really the Blues aura été courte, mais aura au moins fait naître un véritable engouement en Tchécoslovaquie: celui du revival du Charleston. Jacqueline apprit cette danse à quatre paires de danseurs du Théâtre National que nous avons engagés pour le show. Ailleurs dans le pays, quelques big bands ont survécu au putsch, tant bien que mal – par exemple, le groupe de Karel Vlach s’est vu reléguer au rang d’orchestre de cirque -, mais Prague fut gagné par une nouvelle mode: le be-bop. Evidemment, le Parti a tenté d’écraser ce nouvel engouement. L’un des initiateurs du bop dans le pays, Dunca Brož, s’est vu contraint à l’exil. Mais entre la période nazi et la période communiste, on importait des disques américains et des radios de l’ouest programmaient pas mal d’émissions de jazz. C’est pourquoi nous connaissions aussi Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Thelonious Monk. Le jazz d’avant le free, quel qu’il soit, reste au fond de mon cœur. Pour paraphraser Armstrong : c’est cette curieuse façon de jouer de la musique... C’est la seule explication que je trouve à mon amour pour le jazz.

Vous vous intéressez aussi à la théorie, et dîtes, par exemple, ne pas être en accord avec Leroi Jones lorsqu’il écrit que le jazz puise son essence dans la contestation. Pour vous, le jazz s’apparenterait davantage à une forme de catharsis… L’un des malentendus que l’on rencontre le plus souvent quand on parle de la pratique du jazz au sein de régimes totalitaires consiste en ne pas saisir le fait que nous nous pouvions jouer et écouter du jazz sans protester dans le même temps contre l’un ou l’autre des deux régimes oppressifs qui ont réglementé mon pays. Avant tout, le jazz était pour nous une musique nouvelle et attractive, et c’est pour cela que nous l’aimions. Bien sûr, cette musique a fait enrager les pouvoirs en place, mais cela ne faisait qu’ajouter à ses charmes, sans lui être en rien indispensable. Nous avons aimé le jazz même après la libération, même une fois qu’il aura été remplacé par le rock ou d’autres styles musicalement moins intéressants. En fait, je ne me rappelle pas exactement ce point de mésentente avec Leroi Jones, mais je pense que cela devait tenir de cela. 

bluesvosliA Prague, vous avez rencontré un autre auteur américain passionné de jazz : Allen Ginsberg. Quels sont vos souvenirs de cette rencontre ? J’étais en fait la seule personne dont Ginsberg possédait le numéro de téléphone à Prague. Au milieu des années 1960, l’un de mes plus proches amis, le regretté Jan Zábrana, était en train de traduire l’une de ses œuvres, Howl. Zábrana était lui-même un excellent poète, mais en raison des circonstances politiques (ses deux parents purgeaient de longues peines en camps de concentration), il ne fût pas publié avant le milieu des années 1960. Comme son anglais était pauvre, il m’a d’abord demandé de faire une traduction littérale du texte de Ginsberg, qu’il retravaillerait dans un esprit plus poétique. Le poème était rempli de pièges à déjouer puisque qu’il comptait beaucoup de mots d’argots que j’avais forcément du mal à trouver dans mon vieux dictionnaire Webster. C’est pourquoi j’ai écrit plusieurs fois à Ginsberg pour lui demander des éclaircissements. Et, une nuit, le téléphone sonne, Ginsberg était à l’autre bout du fil. Je pensais qu’il appelait de New York mais, à ma grande surprise, il se trouvait à l’aéroport de Prague. Il venait de se faire expulser de Cuba pour avoir critiqué la politique sexuelle mise en place par Fidel, et comme il n’y avait pas de vol direct entre Cuba et les Etats-Unis, les policiers cubains l’avaient installé dans un avion à destination de Prague. Je l’ai donc emmené chez Zábrana où nous avons passé la nuit à discuter. Le lendemain, nous l’avons accompagné dans un club d’amateurs de poésie et de jazz, à la manière de ceux que l’on trouvait à San Francisco. Lorsque nous avons fait notre entrée, la poétesse Vladimíra Čerepková dit à sa voisine : « De nos jours, n’importe quel traîne-savates se donne des airs de Ginsberg ! », ce à quoi Ginsberg a répondu : « Mais, c’est moi ! ». Par la suite,  je lui ai demandé s’il serait intéressé de participer au concours de Roi de Mai organisé lors des célébrations de mai organisées à l’Université Charles. Il a accepté et, évidemment, les étudiants l’ont élu. Plus tard, il écrira un poème intitulé Kral Majales, c'est-à-dire « Roi de Mai » en tchèque. Quelques semaines après ces événements, il était assis dans mon appartement et me dit qu’il ne se sentait plus en sécurité à Prague. La nuit précédente, il avait été agressé dans la rue par un homme inconnu et vociférant « Buzerant ! Buzerant ! » - « homosexuel » en argot tchèque. Il avait décidé de quitter le pays dans les deux jours. Quelques minutes après son départ, quelqu’un frappe à ma fenêtre - nous vivions au rez-de-chaussée -, il s’agissait de deux agents de la police secrète. Ils me demandèrent si le poète américain « Ginstein » était avec moi. Je leur ai répondu qu’il venait de partir et ils ont disparu. Le lendemain, un des mes amis, qui travaillait à l’aéroport, me téléphone et me dit avoir vu deux agents de la police secrète escorter Ginsberg jusqu’à un avion British Airways à destination de Londres. C’était la fin de l’aventure pragoise pour Ginsberg, que j’ai revu lorsque ma femme et moi avons-nous sommes installés au Canada. Nous sommes allé lui rendre visite dans sa ferme de la Cherry Valley, puis dans son appartement de New York, et nous nous sommes rencontrés plusieurs fois à Toronto. C’était un homme aimable, prévenant, et j’aimais beaucoup quand il chantait ces chansons qu’il avait lui-même écrites. C’est probablement le seul point en commun que j’avais avec lui, et c’était la musique.

Ginsberg a souvent rapproché musique et écriture. Comment interagissent votre pratique littéraire et votre passion pour le jazz ? J’ai lu des articles qui tentaient de prouver que mon style littéraire trahissait des influences jazz. Je ne sais pas vraiment, même s’il est évident que la musique a une influence sur mes textes. Dans presque chacun d’eux on peut trouver des éléments propres au jazz. Le narrateur ou tout autre personnage peut être jazzman, ou alors des musiciens sont mentionnés. J’ai même fait de la contrebande de jazz dans mes histoires de détective : la solution de l’une d’entre elles, Ten Sax Solo, dans le recueil Les pouvoirs surnaturels du Lieutenant Borůvka dépend de la connaissance des tessitures d’un saxophone. Le plus loin que je sois allé se trouve probablement dans le roman Dvořák in Love, basé sur le séjour américain fait par le compositeur dans les années 1890. Dans l’un des chapitres, Dvořák est emmené par l’un de ses étudiants noirs, Will Marion Cook, dans un tripot de Chicago où il se trouve confronté au ragtime, mais aussi à un blues chanté par une femme. Il aime cette chanson, mais lorsque l’un des danseurs du tripot, une servante tchèque, lui traduit les paroles, il s’en trouve horrifié. Dvořák était un catholique convaincu et un homme très porté sur la morale, et le voici écoutant ce genre de blues à connotations sexuelles. Il n’y a pas de preuve permettant d’affirmer que Dvořák, pendant son séjour à Chicago, a écouté du ragtime ou visité un tel endroit. Mais le roman historique doit se permettre tout ce qui aurait été possible, envisageable. Par exemple, dans un roman sur la guerre civile, l’auteur peut faire parler personnage de fiction avec le Général Sherman, mais il ne peut pas faire gagner au Général Sherman la bataille de Gettysburg. Quand Dvořák a visité l’Exposition Universelle de Chicago, Scott Joplin jouait dans l’un des pavillons, et les prémices du blues – le vrai, celui venu du Sud du pays – existaient à cette époque.

Pour conclure, j’aimerais vous demander quel est le lien qui vous lie aujourd’hui encore à la musique et au jazz ? Je suis un aficionado. Je n’ai pas changé, et, à 83 ans, j’aurais du mal à changer. Le jazz est ma musique.

Josef Skvorecký, fin août 2007. Photo Andrew Danson. Remerciements à Martin Kristenson.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pedro Carneiro: Improbable Transgressions (SIRR - 2007)

carneisliPedro Carneiro improvise 9 pièces, les dédicace à autant d’artistes sonores à qui il commande bientôt leur réinterprétation. Deux disques, donc : le premier, fait des hommages sincères de Carneiro ; le second, des réponses triturées de leurs destinataires.

Les choix exigeants de Carneiro se portent ainsi sur des musiciens intéressés la plupart du temps par la mise au jour d’une musique électroacoustique rêvant d’architecture, souvent au son d’une ambient sophistiquée - Cristian Vogel, Stephan Mathieu, Brandon LaBelle… Sous l’effet de ses inspirateurs, voici Carneiro déployant lui aussi une musique lente et atmosphérique, portée par des référents graves (For Ralf Wehowsky) ou quelques grincements (For Ivan Franco). Ailleurs, le percussionniste peut se montrer plus provocateur, évoquant un George Antheil distribuant d’autres coups sur For Stephan Mathieu.

Baguettes et lames rangées, aux musiciens consacrés de faire leur chacun des hommages qu’on leur a adressés. Différentes, les réappropriations tiennent de la transformation du matériau brut en univers divers : monde de larsens fuyants (Termites des Convolution Brothers) ou de saturations agressives (Viaje sin maleta de Vogel), combinaisons hétéroclites (Joao Peidro Oliveira combinant sur Space Marimba les élans de Sun Ra et les préoccupations contemporaines de Carneiro ; Ralf Wehowsky imposant à son ambient industrielle un bourdon déstabilisant sur In Gespannter Erwartung) ou ratés presque inévitables (Sogno de André Sier). Au final, l’exercice, rare, s’en trouve exaltant, et le dialogue, allant et venant d’une inspiration à l’autre, rehaussé.

 

CD1 : 01/ For Brandon Labelle: corale, appena sentito 02/ For Ralf Wehowsky: ossessivo, balzato, con fantasia 03/ For Stephan Mathieu: tremolo, articolato, tumultuoso 04/ For Ivan Franco: pensierosamente, parlato 05/ For The Convolution Brothers: intuitivo, caotico – isintegrazione 06/ For João Pedro Oliveira: marcato assai, scherzo, instabile 07/ For Cristian Vogel: glissando, palpabile 08/ For Chris Brown: ostinato, meccanico, duro 09/ For André Sier: sogno, quodlibet – CD2: 01/ The Convolution Brothers: termites 02/ Ralf Wehowsky: In Gespannter Erwartung 03/ Cristian Vogel: viaje sin maleta 04/ André Sier: sogno (wool hack) 05/ Chris Brown: Fugue for Wood 06/ João Pedro Oliveira: Space Marimba 07/ Brandon LaBelle: supplement 08/ Ivan Franco: Carneiro Fights Da Dark Byte Bot 09/ Stephan Mathieu: Untitled marimba piece (Air above mountains)

Pedro Carneiro – Improbable Transgressions – 2007 – SIRR.

Au  moyen  d’un  marimba, le  percussionniste 

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Don Cherry: Live at Café Montmartre (ESP - 2007)

cherrysliEn  son  refuge  scandinave, Café  Montmartre de  Copenhague, Don Cherry menait en 1966 un quintette de nouveaux barbares.

Sur la section rythmique emportée de Bo Stief et Aldo Romano, le trompettiste, appuyé par le saxophoniste Gato Barbieri, projette sur scène un free jazz hautain, qui ménage les incartades ravageuses (signées Barbieri, le plus souvent) et des expériences consistant à passer leur souvenirs du bop en transformateur (Cocktail Piece, Free Improvisation). Plus langoureux (Neopolitan Suite) ou accueillant les couleurs sorties de la palette du vibraphoniste Karl Berger, le discours a autant de mal à s'assagir, élevé par une émulation trouvant à chaque fois le mot juste: plaintes combinées de Complete Communion, gimmick à peine découvert, déjà surprenant, de Free Improvisation.

Expéditif, le set renferme l'essentiel du message d'alors de Don Cherry, et l'énoncé, abrasif, se passe on ne peut mieux de tout développement.

CD: 01/ Intro 02/ Cocktail Piece 03/ Neopolitan Suite: Dios & Diablo 04/ Complete Communion 05/ Free Improvisation: Music Now 06/ Cocktail Piece (end)

Don Cherry – Live at Café Montmartre – 2007 – ESP. Distribution Orkhêstra International.

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John Coltrane: My Favorite Things: Coltrane at Newport (Impulse! - 2007)

coltransliDispersés  jusque là  sur  quelques albums (notamment Newport’ 63 et Selflessness), deux enregistrements de concerts donnés par le quartette de Coltrane se trouvent aujourd’hui rassemblés sous le titre My Favorite Things : Coltrane at Newport. Pour ce qui est de la nouveauté, miser sur un son restauré et quelques lacunes comblées.

A deux ans d’intervalle, Coltrane investit donc la scène du festival de Newport. En 1963, d’abord, aux côtés de McCoy Tyner, Jimmy Garrison et, plus rare, du batteur Roy Haynes, avec lequel Coltrane dialogue de façon plus que privilégiée sur Impressions (augmentée ici de six minutes). Concentré, Coltrane discourt partout avec distinction, se permet des écarts fulgurants (I Want to Talk About You) et réserve une place de choix aux inspirations de Tyner.

Deux ans plus tard, le saxophoniste y retourne, et Elvin Jones de retrouver sa place au sein du quartette. Accentuant la densité du jeu collectif, le batteur porte des tentations plus ardentes encore : sifflements projetés par Coltrane sur One Down, One Up ; penchant subit pour les dissonances auquel a tôt fait de céder le pianiste sur une version différente de My Favorite Things.

En 1966, Coltrane reviendra jouer ce thème à Newport, à la tête d’un autre groupe (Alice, Pharoah Sanders, Rashied Ali, Jimmy Garrison) lors d’un concert qu’Impulse n’enregistrera pas. Des bandes doivent pourtant bien traîner ici ou là, dont l’usage aurait pu compléter et conclure le déjà brillant exposé qu’est My Favorite Things : Coltrane at Newport.

CD: 01/ I Want to Talk About You 02/ My Favorite Things 03/ Impressions 04/ Introduction by Father Norman O’Connor 05/ One Down, One Up 06/ My Favorite Things

John Coltrane - My Favorite Things: Coltrane at Newport - 2007 - Impulse! / Universal.

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Reinhold Friedl : Xenakis [a]live! (Asphodel Records, 2007)

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Ancien   élève   d'Alexander  Von  Schlippenbach, le  pianiste Reinhold Friedl dirige son bruyant Zeitkratzer, orchestre de chambre d'accord avec le fait de se faire régulièrement électroniquement traiter, dans le but de réinvestir quelques oeuvres anciennes (Metal Music Machine de Lou Reed) ou de défendre des impressions plus personnelles, comme ce Xenakis [a]live!, hommage appuyé au compositeur grec.

Ayant collaboré avec Lee Ranaldo ou Merzbow, Friedl éprouve autant d’intérêt pour la scène rock bruitiste que pour une musique plus écrite et généralement sourcilleuse. Ménageant l’une et l’autre, il érige ici un univers de métal, oscillant, sifflant de mille façons, sujet à toutes déflagrations avancées par les musiciens qu’il dirige. Musique industrielle soumise à des pressions diverses, grondements et larsens ayant peu de goût pour l’accalmie, Xenakis [a]live! est un oiseau de feu parti sur les traces d'Icare, avec le même zèle, le condamnant à la même fin.

D’abord persuasif, le discours perd en effet peu à peu de sa saveur, traîne sur la longueur d’un développement impressionniste manquant de diversité et évacuant les possibilités d’une remise en question à laquelle Friedl aurait bien fait de céder un peu. Pour aider le curieux à tenir, un DVD propose une création du vidéaste Lillevan, mise en images de Xenakis [a]live!, diversion en noir et or d’un exposé trop éprouvant sans elle.

CD + DVD : 01/ Xenakis [a]live!

Reinhold Friedl - Xenakis [a]live! - 2007 - Asphodel Records.

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Jeff Marx, Jeff Siegel: Dreamstuff (Ayler Records – 2007)

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Sur Dreamstuff, le saxophoniste Jeff Marx et le batteur Jeff "Siege" Siegel renouent avec l'intensité d'un free minimaliste, ludique autant que décisif.


S’il cite souvent John Coltrane ou Sonny Rollins en référence, ce sont des saxophonistes plus jeunes que Marx évoque ici: Arthur Blythe sur Little Elliot Lloyd, Jimmy Lyons ailleurs, aidé par la tournure prise par une rencontre qui en rappelle une autre, plus ancienne: celle de Lyons, donc, et d’Andrew Cyrille. Au jeu des comparaisons, Siegel se plie au son de facéties capables d’obliger le ténor à tourner sur lui même (Esposition), de développements fleuris ou de propositions espiègles (Rag Tag)

Tenant parfois de l’ébauche charmante (Kind Of Like Talking), Dreamstuff voit donc Marx et Siegel réussir avec subtilité dans l’exercice du duo créatif, et redonner des couleurs à une mode malheureusement un peu passée.

CD1: 01/ Harps 02/ Little Elliot Lloyd 03/ Rag Tag 04/ Kind of Like Talking 05/ Tumble 06/ Esposition 07/ Bird's Sanctuary 08/ Dreamstuff 09/ Interiors 10/ Blues for John Stubblefield

Jeff Marx, Jee "Siege" Siegel - Dreamstuff - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.

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