Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Machinefabriek: Bijeen (Kning Disk - 2007)

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Prolifique projet hollandais, Machinefabriek propose sur Bijeen un aperçu des intentions qui l’animent. Dans les pas de Fennesz ou de Rafael Toral, Borghesia impose un crescendo bruitiste sur la répétition d’une boucle inventive, tandis que c’est à une ambient pop sophistiquée – celle de Taylor Deupree ou Sawako – que semblent faire référence Piano.wav ou Weightless Remix.

Trouvant un accord satisfaisant sur lequel bâtir sa musique électroacoustique, Machinefabriek combine aussi les notes d’une guitare ou d’un violon à des reverses trop entendus pour être déstabilisants ou à des collages d’interventions diverses dans l’espoir d’établir son précis d’intrusion sonore. Plus ou moins convaincant, celui-ci, et qui trouve sa véritable raison d’être en révélant une batterie de machines industrielles porteuses de drones inattendus (Licht).

CD: 01/ Borghesia Remix 02/ Piano.wav 03/ Havelaar 04/ Reglyph 05/ Dahl 06/ Verdrinkwater 07/ Weightless Remix 08/ Licht

Machinefabriek - Bijeen - 2007 - Kning Disk.



Colley : Hive / Toniutti : Ura Itam... / Toy.Bizarre : Kdi dctb 039 (Ferns, 2007)

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Trois disques courts produits par le label Ferns dessinent une carte des destinées changeantes de field recordings.

Ceux de Joe Colley, d’abord, qui utilise sur Hive ses enregistrements d’abeilles (utilisation de micros contacts déposés en ruche). Traité électroniquement, l’ensemble prend la forme d’une ambient aux grésillements et souffles allant crescendo, qu’interrompent quelques basses profondes appelant à céder aux attaques d’un bestiaire digital.

Giancarlo Toniutti, lui, impose d’autres souffles sur le décorum porté par quelques percussions lointaines le long de drones accueillant les interventions de clochettes de métal. Pas satisfait de transformer son matériau sonore, Toniutti interroge sa résonance, décide de reverses décoratifs, avant de choisir l’usage d’un long decrescendo pour mettre un terme à sa pratique.

Cédric Peyronnet, enfin, explore à sa manière, et sous le nom de Toy.Bizarre, des souvenirs mis en boîte. Ayant beaucoup enregistré (du passage d’un avion au chant des oiseaux), Peyronnet élabore un collage brut de vignettes sonores qu’il lui arrive aussi de traiter électroniquement. Eloge de la rupture, Kdi dctb 039 pourrait être la réponse constructionniste aux abstractions troublantes des deux autres références. Alors, la preuve par trois est faite, des possibilités charmantes de récents field recordings.

Joe Colley : Hive (Ferns) 
Giancarlo Toniutti : Ura itam taala' momojmuj löwajamuj cooconaja (Ferns) 
Toy.Bizarre : Kdi dctb 039 (Ferns)
Edition : 2007.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Harmonia : Harmonia Live 1974 (Grönland, 2007)

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Inédit jusque là, Harmonia Live 1974 voit le trio Michael Rother / Hans-Joachim Roedelius / Dieter Moebius – krautrockers réunis jadis sous le nom d’Harmonia – édifier à coups de guitare électrique et de rythmes sortis de claviers électroniques une musique répétitive placée à mi-chemin entre expérimentations psychédéliques d’époque et raga réinventé. Souvent, les musiciens se contentent de jouer avec le volume sonore, et l’enregistrement d'osciller entre périodes plus ou moins captivantes. Reste le document.

Harmonia : Harmonia Live 1974 (Grönland / Differ-ant).
Enregistrement : 1974. Edition : 2007.
CD : 01/ Schaumberg 02/ Veteranissimo 03/ Arabesque 04/ Holta-Polta 05/ Ueber Ottenstein
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Herb Robertson: Live at Alchemia (Not Two - 2007)

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En concert à Cracovie, le trompettiste Herb Robertson – à qui l’on doit déjà cette année l’excellent Parallelisms – invite Frank Gratkowski (saxophones alto et clarinettes), Julien Petit (saxophones ténor et baryton), Marcin et Bartlomiej Brat Oleś (contrebasse et batterie), à hésiter sans cesse entre incandescence lyrique et abstractions appuyées.

Ne cachant pas son amour pour un free jazz des origines, le quintette parvient à élaborer sept combinaisons plutôt inspirées : plaintes accordées d’un bestiaire fantasmé (It Doesn’t Work Like That !), lente élaboration de pièces folles à lier (Nebula, A Precarious Situation), ou étude d’une musique contemporaine renversée (Discombobulating) – sur laquelle la clarinette de Gratkowski imagine Stravinsky osant la compagnie d’une section rythmique discrète.

A cela, le groupe ajoute l’allure hésitante de Ballad for Bacchalania Harbor et les formes multiples à aller à Fluttering, qui pourrait s’apparenter à l’œuvre d’un Art Ensemble patient avant d’affirmer violemment chacune de ses trouvailles : histoire pour Robertson, comme sur Parallelisms, de tirer encore profit du contraste.


Herb Robertson, Ballad For Bacchanalia Harbor. Courtesy of Not Two.

CD: 01/ Nebula 02/ Fluttering 03/ 2 Phone Addicts 04/ It Doesn’t Work Like That ! 05/ Discombobulating 06/ A Precarious Situation 07/ Ballad For Bacchanalia Harbor

Herb Robertson Trio - Live at Alchemia - 2007 - Not Two Records.


Bullshit: N.H5N1 (Ektic - 2007)

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S’emparant d’une insulte, Phil Minton (voix), Red (guitare et voix), Cyril Darmedru (saxophones, flûtes), Mr Wanted (percussions et voix) et Jean-Michel Berthier (percussions, laptop), dressent 17 façons de combattre un virus. Et puis, finalement, de faire avec…

Au son de collages dérangés que l’on dépose sur les sifflements du saxophone, d’improvisations traînant leurs inquiétudes sur le va-et-vient rapide d’un médiator, de chansons de cosaques ou d’airs concoctés en récréations permissives, Bullshit arrange donc ses remèdes, qui, rapidement, s’avèrent efficaces.

Eclatées, les recettes rappellent les progressions entêtantes de The Ex, les programmations stylisées d’Arthur Russell ou le blues revu et écorché par Tom Waits, autant qu’elles renvoient aux expérimentations coutumières de Minton et aux racines d’un art brut de faux inconscients sur le retour. Symptômes dont on ignore l’existence, qui méritent d’autant plus que l’on s’y penche.

Bullshit - N.H5N1 - Ektic. Distribution Orkhêstra International.



Elliott Sharp: Tectonics - ERRATA / SyndaKit / Larynx (Neos - 2007)

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En rééditant trois albums d’Elliott Sharp, le label Neos révèle le parcours singulier d’un guitariste peu enclin à faire avec les contingences, et incapable de choisir entre élucubrations rock, expérimentations électroacoustiques et tentatives rapportées au champ des musiques nouvelles.

Au moyen d’une basse et de guitares électriques, mais aussi d’une clarinette basse, de saxophones et de synthétiseurs divers, Sharp édifiait en 1998 Tectonics – ERRATA, projet mené en solitaire qui combine des progressions instrumentales toujours dérangées – par les interventions virulentes de chacun des instruments ou l’enrayement impromptu des machines – et des plages de constructions à l’imaginaire pétri de références à l’indus et à la no-wave, au funk et au free jazz.

En compagnie, cette fois – celle de l’Orchestra Carbon, ensemble instable composé à chaque fois d’une dizaine de musiciens –, Sharp enregistrait à dix ans d’intervalle deux œuvres sourcilleuses : Larynx, d’abord, datant de 1987, composée de six pièces soumises à un bruitisme répétitif mal maîtrisé ; et SyndaKit – enregistrée en 1998 – qui trouvera la solution aux questionnements maladroits de Larynx. En quatre parties, SyndaKit révèle en effet sa musique inquiétante au son d’arrangements soignés, qui décident d’insistances mélodiques ou de déconstructions bientôt rattrapées par les charmes d’un rythme à peine éclos, pour prendre, au final, des allures de pièce majestueuse, symphonie minimale fantasmant la rencontre de Terry Riley et Glenn Branca.

Ces trois volumes de Neos Elliott Sharp Edition donnent ainsi les preuves de l’inspiration bonne conseillère avec laquelle peut faire Elliott Sharp, quand pi:k se chargeait récemment d’en attester l’endurance.

Tectonics – ERRATA, CD : 01/ Spliny Thicket 02/ In Tongues 03/ City of Sand 04/ Which Delta 05/ Calle siete 06/ Hotfoot 07/ Noospheric 08/ Goomy 09/ Kargyraa 10/ Errataka - SyndaKit, CD : 01/ SyndaKit Part 1 02/ SyndaKit Part 2 03/ SyndaKit Part 3 04/ SyndaKit Part 4 - Larynx, CD : 01/ Larynx 1  02/ Larynx 2  03/ Larynx 3  04/ Larynx 4  05/ Larynx 5  06/ Larynx 6

Elliott Sharp - Tectonics - ERRATA / SyndaKit / Larynx - 2007 - Neos Music. Distribution Codaex.


David Fenech: Polochon Battle (Inpolysons) - 2007

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Capable d’être (com)prise à des degrés divers, l’écoute de Polochon Battle en dit long sur l’illusion après laquelle court son auteur, David Fenech : qui tente d’allier le futile à l’agréable, et le sourcil froncé au sourire béat.

Pot-pourri de tentatives éclatées, le disque donne à entendre autant de naïveté compositionnelle que de comportements étranges, capables tous d’user jusqu’à la corde le moindre gimmick dans le but d’élaborer un folklore minuscule. Auprès d’une batterie d’invités et d’instruments, David Fenech maltraite donc ses comptines, relègue parfois leur fondement mélodique au profit d’une ironie grinçante, de manipulations intéressées (celles d’un message téléphonique ou de l'inspiration d'un enfant), ou de pièces plus abstraites, qui traînent leurs doutes en fin de parcours.

Minimaliste, le discours évoque quelques références – Moondog, Sakamoto, Pascal Comelade, John Lurie, Ennio Morricone –, qu’il s’amuse quand même à ranger dans le désordre. Ainsi, le badinage de Polochon Battle séduit par sa nature, véritablement insouciante, qui profite aux combinaisons de trouvailles amusées qui font l’essentiel de ses instrumentaux.


David Fenech, Cheveux dangereux. Réalisation : Benoît Guillaume. Courtesy of David Fenech et Benoît Guillaume.

CD: 01/  Jogging republicain 02/ Pingouins (w/ felix kubin) 03/ Odette (w/ stephane milochevitch, aka thousand) 04/ Spiderwoman (w/ shugo tokumaru) 05/ Theme for alix (w/ klimperei) 06/ Friday market reggae 07/ Cheveux dangereux (w/ hervé zénouda) 08/ Crying for nothing 09/ Ode to pahl 10/ Polochon Battle (w/ toog + aurélien potier) 11/ Mange du caca 12/ Akira 13/ Alaeeeygh 14/ Trespirations (w/ falter bramnk) 15/ Mr Singovki + Mala Coffee (w/ daniel palomo vinuesa)

David Fenech - Polochon Battle - 2007 - Inpolysons.


The Fonda/Stevens Group : Trio (Not Two, 2007)

fondastevensgrisliEnsemble à la physionomie changeante, The Fonda / Stevens group se faisait trio, en avril 2006, sur la scène de l’Alchemia de Cracovie.

Aux côtés du batteur Harvey Sorgen, le contrebassiste et le pianiste se partagent les titres d’un répertoire piquant, qui commande autant de déconstructions audacieuses que d’exercices de style parfaitement maîtrisés (swing incertain de The Search, orientalisme de Soon to Know, essai impressionniste de The Path).

Bien sûr, il arrive à Michael Jefry Stevens de trop en faire au piano, mais le trio parvient le plus souvent à mettre la main sur une entente rare, d’où partira l’imprécation folle de From The Source ou l’étrange danse qu’est Break Song. Et Joe Fonda, comme à son habitude, de rayonner d’un bout à l’autre d’un concert de plus. 

CD: 01/ Soon to Know 02/ The Search 03/ Andrea 04/ From the Source 05/ The Path 06/ Break Song

The Fonda / Stevens Group - Trio - 2007 - Not Two.


John Coltrane : Live in ’60, ’61 & ’65 (Naxos, 2007)

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Rassemblés ici, trois films de concerts donnés en Europe entre 1960 et 1965 donnent à voir John Coltrane diversement entouré.

A Düsseldorf, d’abord, où le saxophoniste, alors en tournée en tant que sideman de Miles Davis, prend – à la place d’un trompettiste ayant décliné l’invitation – la tête d’une petite formation à l’occasion d’un show radiotélévisé. Auprès de Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb, il interprète un Green Dolphin Street élégant avant d’accueillir Stan Getz puis Oscar Peterson sur une reprise d’Hackensack de Monk.

L’année suivante, c’est en leader que Coltrane revient en Allemagne, participant là à une autre émission, en compagnie de son quartette classique, augmenté d’Eric Dolphy. Célèbre, la séance vaut surtout pour la rencontre des deux saxophonistes, déposant encore l’un après l’autre leurs solos de My Favorite Things ou Impressions.

Plus rares, les images d’un concert donné en Belgique en 1965, toujours auprès de McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones, qui attestent d’un tournant inévitable, celui qui mènera Coltrane au seuil d’un free jazz dont Ayler lui attribuera la paternité – l’introduction, en compagnie de Jones, de Vigil, en étant la meilleure preuve. Et l’esquisse aura été faite d’un parcours monumental.

John Coltrane : Live in ’60, ’61 & ’65 - 2007 (Naxos / Abeille Musique).
Edition : 2007.

DVD : 01/ On Green Dolphin Street 02/ Walkin’ 03/ The Theme 04/ Autun Leaves 05/ What’s New 06/ Autumn in NY 07/ Hackensck 08/ My Favorite Things 09/ Ev’rytime We Say Goodbye 10/ Impressions 11/ Vigil 12/ Naima 13/ My Favorite Things

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Al Margolis / If, Bwana: An Innocent, Abroad (Pogus / Import) - 2007

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A partir de l’enregistrement de la voix de Lisa Barnard, Al Margolis dresse les plans des dernières explorations sonores en date de son If, Bwana. En compagnie de Jane Rigler et Jacqueline Martelle, flûtistes consentantes – et assez aventureuses pour accepter de se plier à des règles rappelant celles du cadavre exquis –, Margolis s’attache alors à mettre au jour un univers basé sur le langage.

Evidemment incompréhensible, celui-ci, et dissout sous les effets d'une essence de térébenthine administrée par des parties de flûtes étirées et traînantes. Un peu d’anglais, soudain, une déclaration d’amour étouffante, évaporée au creux des parallèles dessinées par les instruments à vent, couvrant de leurs graves répétés quelques voix qui s’opposent.

Ainsi, An Innocent, Abroad distille une ambient angoissante que le Stockhausen de Stimmung aurait investie sans crier gare, pour reléguer au second plan mots et musique, et s’occuper bien mieux d’une simple et belle affaire de sons.

CD : 01-05/ An innocent, Abroad

Al Margolis / If, Bwana : An Innocent, Abroad - 2007 - Pogus Records.



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