Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Peter Evans : Nature / Culture (Psi, 2009)

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D'abord déballer le bel objet et décrypter le dessin, signé par le trompettiste Peter Evans, qui s'étale sur les trois faces de son nouveau double album : Nature / Culture. Un corps humain au centre d'un réseau de filaments tortueux. La tête : un agencement complexe de tubes, pistons et d'une embouchure. C'est son instrument. Des pieds partent des fils qui se rejoignent pour former d'un côté une main et de l'autre, ce qui ressemble à une portée musicale. Cette image où s'interpénètrent éléments organiques et mécaniques est, à l'instar du titre de l'album, une illustration de la tension qui est à la source de la musique que l'on va entendre : mélange d'inspiration et d'expression physique pure d'une part, et utilisation de procédés techniques d'amplification et d'enregistrement très précis d'autre part.

Sur les deux CDs qui composent cet album, le trompettiste raconte des histoires uniquement en solo – Peter Evans est également impliqué dans plusieurs formations, notamment avec Okkyung Lee et Steve Beresford ou avec le Mostly Other People Do the Killing. Comme on avait déjà pu l'entendre sur son premier album More is More (Psi Records, 2006), Peter Evans se révèle être un des plus magnifiques et des plus passionnants conteurs apparus sur la scène des musiques improvisées ces dernières années. Comme il l'écrit dans le livret, son investissement dans ce travail solo lui permet « to tell stories that are short, long, true, false, unfinished, overlapping, fantastic and mundane. » Avec aisance, il passe de vocalises abstraites à un discours enjoué et ironique sur les formes traditionnelles du jazz, de drones enveloppants à des cascades de notes limpides, violentes et sensuelles. Jamais l'attention de l'auditeur ne fléchit, tant l'investissement du musicien est total.

Peter Evans : Nature / Culture (Psi / Orkhêstra)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Micro 02/ Macro 03/ Full 04/ Jazz 05/ The Chamber 06/ Wa 07/ Five - CD2 : 01/ Nature / Culture a 02/ Nature / Culture b 03/ Nature / Culture c 04/ Nature / Culture d 05/ Nature / Culture e 06/ Technology
Jean Dezert © Le son du grisli

Peter Evans déjà sur grisli
Check for Monsters (Emanem - 2009)



Kenneth Kirschner : Filaments & Voids (12K, 2009)

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Complexes et mystérieux, les rapports qui sous-tendent la musique et le silence qui lui succède peuvent donner lieu à de multiples interprétations. Dans quelle mesure l’absence de musique marque-t-elle la fin d’une œuvre musicale ? Le silence est-il un mysticisme ou un néant ? David Tudor, interprète magistral de John Cage, l’avait bien compris, le silence en musique ne l’est jamais totalement. Quand il (non-)jouait la célèbre 4’33, les instants séparant l’ouverture et la fermeture du couvercle de son piano lui faisait entendre les bruits du public, tout comme Cage lui-même prétendait que le silence absolu n’existait pas.

Pour son retour sur le label 12K, le compositeur électro-acoustique Kenneth Kirschner inscrit son œuvre quelque part entre une electronica ambient d’une magnifique pureté post-Ligeti (Les Filaments) et un continuum cagien (Les Voids). Entre composition moderne et drones numérisés, chaque mini-séquence est suivie d’un silence de quelques secondes, le procédé étant répété à de multiples reprises à l’intérieur même de chaque plage (quatre au total sur ce double disque compact). Absolument remarquables de synthèse métaphysique, elle va bien au-delà de l’apparente froideur intellectuelle du projet, les quatre œuvres du musicien de Brooklyn s’inscrivent complètement dans la logique cosmique d’un Murcof (ou d’un Stanley Kubrick en mode 2001, Odyssée de l’Espace), les spectaculaires effets planants en moins, les insondables mystères interplanétaires en plus. Ce silence de l’infini, toujours lui.

Kenneth Kirschner : Filaments & Voids (12K / Metamkine)
Enregistrement : 1996-2008. Edition : 2009.
CD 1 : 01/ October 19, 2006 02/ September 11, 1996 03/ June 10, 2008 - CD 2 : 01/ March 16, 2006

Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Kenneth Kirschner déjà sur grisli
Three Compositions (SIRR - 2006)
Post_Piano 2 (12K - 2005)


Gunter Hampel : Lifer (Birth, 2009)

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Un soir de février 2009, Gunter Hampel donnait un concert au Bowery Poetry Club de New York. Dans le public, filmait un fils. 

Après avoir trouvé son angle, Ruomi Lee Hampel consigne l’expérience : au vibraphone, à la clarinette basse et à la flûte, le père évolue seul au gré d’un swing libertaire mis au service de développements nés d’une concentration inattendue : parce qu’elle lutte sans cesse contre le tempérament de feu du musicien, qui glisse quelques citations dans ses impertinentes structures mélodiques ou se laisse porter par des vibrations de différentes natures.

Talkin Bass Clarinet, de tirer les leçons d’une influence énorme (celle d’Eric Dolphy), et puis, en guise de conclusion, une discussion en coulisses entre Hampel et le saxophoniste Giuseppi Logan : dans les marges, de grandes figures existent encore.

Gunter Hampel : Lifer (Birth)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
DVD : 01/ The Path 02/ Who’s Controlling Whom 03/ Unexpected 04/ Talkin Bass Clarinet 05/ Godzilla 06/ Backstage Talk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Gunter Hampel déjà sur grisli
Music from Europe (ESP - 2008)
Emission 2004 (Birth - 2005)


Peaches : I Feel Cream (XL, 2009)

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En 2001, la Canadienne Peaches (Merrill Nisker, pour l’état-civil) a fait une entrée fracassante dans le grand rock’n’roll circus avec son premier album, The Teaches Of Peaches, paru sur le label berlinois Kitty-Yo. Truffé de pépites abrasives aux paroles (s)explicites, ce disque parfumé à la dynamite s’est répandu comme une traînée de poudre, s’imposant comme un classique instantané et propulsant la demoiselle à la proue du (pétaradant) courant electro-clash. Incarnation ultime de la femme fatale, Peaches combine la hargne revendicatrice des riot grrrls avec les tenues (et les poses) provocatrices d’une Madonna – un mélange haut en couleurs dont les effets deviennent franchement dévastateurs lorsque la demoiselle, mi-vamp mi-catcheuse, se produit sur scène : attention, chaud devant !

Enchaînant disques et concerts sans faiblir, tout en s’offrant de petites incartades bien senties (notamment sur le We don’t play guitars des Chicks On Speed), Peaches a maintenu ferme son emprise, à tel point que, au moment de la sortie de son troisième album (Impeach My Bush, 2006) le magazine anglais Diva l’a fort judicieusement qualifiée de « bisexual queen of dirty electro-cool » – titre autrement plus enviable que celui de reine d’Angleterre…

Ce n’est certes pas avec I Feel Cream que ce titre risque de lui échapper. Aucune révolution de palais n’accompagne ce quatrième album, tout au long duquel Peaches, égale à elle-même, se jette à plaisir dans le stupre. Armée d’une boîte à rythmes, d’un micro et d’un culot à tout casser, cette bondissante fille indigne de Joan Jett nous assène une douzaine de bombinettes pleines de sueur, de speed et de paillettes. Que Simian Mobile Disco, Digitalism ou encore Soulwax aient participé à l’enregistrement d’I Feel Cream n’a guère d’importance : nous savons qui mène la danse – et la mène rudement bien. Parmi ceux qui s’aventureront dans ce disque aux airs de cabaret déglingué, certains ne manqueront sans doute pas de chipoter, trouvant que Merrill en fait décidément un peu trop. Et alors ? N’est-ce pas précisément pour ça qu’on l’aime ? Parce que, tou(te)s (g)riff(e)s dehors, elle n’a jamais peur d’en faire trop ?

Peaches : I Feel Cream (XL / Beggars)
Edition : 2009.
CD : 01/ Serpentine 02/ Talk to Me 03/ Lose You 04/ More 05/ Billionaire 06/ I Feel Cream 07/ Trick or Treat 08/ Show Stopper 09/ Mommy Complex 10/ Mud 11/ Relax 12/ Take You Out
Jérôme Provençal © Le son du grisli


Mary Halvorson, Jessica Pavone : Thin Air (Thirsty Ear, 2009)

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Mary Halvorson / Jessica Pavone, c’est tout simple : une guitare (Mary), un violon (Jessica), deux voix (Mary & Jessica), une dissonance de chant et d’arpèges, de petites mélodies entêtantes et déraillantes, des ritournelles venimeuses, des bibelots soniques singuliers, des fusées envoyées vers on ne sait quel heureux cosmos, des glissendi éraillés, une complicité et une entente qui devraient charmer au-delà de la seule sphère de l’improvisation (pop innovante, avant-folk…).

Vous m’excuserez de faire aussi court mais il faut, précisément, que je parte à la recherche de leurs deux premières productions… Que j’imagine aussi ensoleillées et jubilatoires que celle-ci. Si vous avez une piste…

Jessica Pavone, Mary Halvorson : Thin Air (Thirsty Ear / Orkhêstra)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ For You or Them 02/ Thin Air 03/ Juice 04/ Barber 05/ Sinking 06/ Ten Years 07/ Lullaby 08/ ? And Goodnight

Luc Bouquet © Le son du grisli

Mary Halvorson déjà sur grisli
Crackleknob (HatOLOGY - 2009)

Jessica Pavone déjà sur grisli
Walking, Sleeping, Breathing (Nowaki - 2007)



Don Cherry : Live at Café Montmartre, Vol. 3 (ESP, 2009)

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« Nous pouvons venir de n’importe où dans le monde et nous pouvons apprendre à nous connaître les uns les autres à travers nos mélodies et nos chansons ; nous pouvons ressentir ce lien musical qui nous unit tous. La musique est pour nous tous une force d’union… » Par ces mots s’ouvrait le texte du livret du premier volume de la réédition d’un concert donné par Don Cherry en 1966 par le label américain ESP. Aujourd’hui, paraît le troisième (et dernier) volume. Ces mots du musicien illustrent bien sa quête d’une musique universelle.

En 1966, Don Cherry n’est pourtant pas encore le pionnier d’une world music première, primitive. Il n’est plus non plus le jeune trompettiste dans l’ombre de son ami et mentor Ornette Coleman. Don est, comme ce sera le cas tout au long de sa carrière, à la croisée des chemins. A cette époque, il vient de signer de grands disques sur le mythique label Blue Note. Dans un de ceux là, il associe le son brillant de sa trompette à celui, rugissant, du saxophone de Gato Barbieri. Les deux hommes se retrouvent donc en tournée en Europe avec ce qu’on peut appeler le quintette « international » de Cherry : Don est au cornet, Barbieri au saxophone ténor, Karl Berger au vibraphone, Bo Stief à la contrebasse et Aldo Romano à la batterie.

La musique est belle, encore sous forte influence colemanienne, quand le disque est un précieux témoignage de l’incroyable créativité de Cherry et de ses compagnons, dont la démarche rappelle celle d’Ornette bien sûr, mais aussi celle d'Albert Ayler : produire un jazz libre, sans entrave, mais toujours furieusement mélodique ! Le disque nous renvoie alors à ce disque miraculeux qu’est Complete Communion, que Don enregistrait en décembre 1965 avec le même Barbieri : deux longues suites témoignent des conceptions esthétiques de Complete Communion, soit de « l’évacuation des pièces monothématiques au profit de suites intégrant plusieurs complexes thématiques et dont les différents mouvements, bien que restant clairement identifiables grâce à un matériau contrasté, sont reliés les uns aux autres », pour citer Ekkehard Jost et son Free Jazz.

Enfin, soulignons l’impeccable travail du label ESP qui, comme à son habitude, a soigné le graphisme et les notes de pochette pour parfaire cette réimpression de totale modernité.

Don Cherry: Live at Café Montmartre, Vol.3 (ESP / Orkhêstra)
Enregistrement : 1966. Edition : 2009
CD : 01/ Complete Communion 02/ Remembrance
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Don Cherry déjà sur grisli
Live at Café Montmartre, Vol. 2 (ESP - 2008)
Live at Café Montmartre, Vol. 1 (ESP - 2007)


Soft Machine : Third (Columbia, 1970)

SoftMachineThird

While it is difficult (impossible?) to choose one's favorite record - I do have my desert island list - one of my faves and most important records was Soft Machine Third. And this almost goes beyond just the amazing music. I remember seeing the ad for this LP in probably Downbeat in 1970 when it came out sitting waiting for my guitar lesson (my teacher was more a jazz guy) - and just being oddly attracted to the record. Sadly I did not actually buy the record for another few years. This also is chose as the record to write about that I have been recently listening in close succession to some of the live Soft Machine releases (mostly on Cuneiform) that have the various different lineups (quartet, quintet, septet) playing the works from that LP. It was quite an interesting take that the Softs kept approaching those pieces with live - I couldn't get this almost funky, metalish Hugh Hopper bass line on (I think it was live on BBC recording) Facelift. And then some of the horn parts integrated. Ok - enough - this record as they say is the shit (le merde?).

Soft Machine : Third (Columbia)
Enregistrement : 1970. Edition : 1970
CD : 01/ Facelift 02/ Slightly All the Time 03/ Moon in June 04/ Out Bloody Rageous
Al Margolis © Le son du grisli

favegrisliMusicien américain, Al Margolis anime notamment le projet If, Bwana et dirige le label Pogus. Favorite Encores est son dernier disque paru à ce jour. 


The Naked Future : Gigantomachia (Esp, 2009)

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L’année dernière, le clarinettiste Arrington de Dionyso – auteur d’un excellent enregistrement sur Petit label – et le contrebassiste Gregg Skloff oeuvraient au rapprochement du rock et du free jazz au sein de The Naked Future. Là aussi : le pianiste Thollem McDonas et le batteur John Niekrasz, qui finissent de faire fluctuer le quartette au gré d’improvisations furieuses, de menuets déboîtés et d’insistances instrumentales entêtantes. Plutôt convenable, malgré des périodes de flottements dues à une découpe insatiable à l’origine de dommageables phases de décalages.

The Naked Future : Gigantomachia (ESP / Orkhêstra)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ We Binge on a Bloddthirsty God 02/ We Boil the Raven’s Skull Into Gold 03/ We Engage the Monstruous With Our Mirrors 04/ We Fly Beneath and Above the Flux 05/ We Sleep in a Rabbit Hole
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Interview d'Oliver Lake

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Figure éminente du Black Artists Group, de la scène loft new-yorkaise, du World Saxophone Quartet, et aujourd’hui saxophoniste profitant de l’osmose d’un Trio 3 qu’il emmène depuis 1986 avec Reggie Workman et Andrew Cyrille, Oliver Lake déplore quand même de devoir batailler encore pour réussir à faire entendre sa voix. Celle-ci, à entendre sur les références de son propre label, Passin’ Thru, et d’excellentes rencontres avec Irène Schweizer ou Geri Allen publiées récemment par Intakt Records. 

…Mon premier souvenir musical vient de ce juke-box que j’écoutais dans le restaurant de ma mère. J’ai passé beaucoup de temps à cet endroit, j’y ai entendu pas mal de musique noire. Ma mère avait aussi pris l’habitude de chanter du gospel…

Comment êtes-vous arrivé à la musique ? J’avais à peu près 14 ans… Certains de mes copains jouaient d’instruments de musique et j’ai rejoint un marching band du nom de The American Woodman. J’y tenais les cymbales et le tambour de basse. Plusieurs membres de ce groupe étaient de véritables jazzmen. J’ai commencé à me rendre à leurs jam sessions, ce qui m’a donné envie de me mettre au saxophone. Ce groupe participait à des compétitions organisées un peu partout dans le pays. Un de ses membres était le saxophoniste Fred Walker, qui m’a mis entre les mains mes premiers disques de jazz, histoire que je me rende compte de la chose. 

Quel souvenir gardez-vous de vos débuts avec le Black Artists Group ? Le Black Artists Group a été une école pour moi… J’y ai appris à travailler toutes les disciplines : la musique, la danse, le théâtre, les arts visuels, mais aussi l’autopromotion et la production de concerts. Cette expérience a été une force lorsque j’ai gagné New York : je savais comment il fallait que je réagisse. En ce qui concerne l’époque de la scène loft, elle était énergique, frénétique… Il y avait tellement d’endroits où jouer downtown. Là encore, mon expérience dans le Black Artists Group m’a bien aidé : le loft movment était aussi une affaire d’autoproduction : nous louions des endroits où jouer, y répétions avec le groupe, écrivions la musique, fabriquions les affiches et faisions toute la publicité, tout ce que je faisais déjà à St. Louis avec le Black Artists Group, à une époque où nous étions encore payés au nombre d’entrées…

Quelles sont les choses qui ont changées ces quarante dernières années dans le domaine du jazz selon vous ? Il y a quarante ans, les festivals programmaient 90% de musiciens américains et 10% d’Européens. Aujourd’hui, ce serait plutôt l’inverse. Pendant tout ce temps, beaucoup de musiciens non américains ont progressé au point d’être aujourd’hui d’excellents musiciens de jazz, ce qui fait que les festivals qui se tiennent à l’étranger peuvent aujourd’hui programmer leurs propres vedettes…

Être musicien de jazz est donc toujours aussi difficile ? Je me sens bien dans ma peau de musicien de jazz. J’ai eu assez de chance pour faire partie de plusieurs groupes qui ont eu un certain succès, et, en tant que compositeur, j’ai pu faire jouer mes compositions. Je dois quand même dire que je pensais qu’avec l’âge, tout deviendrait plus facile pour moi. Or, ce n’est pas le cas, je dois encore me lever chaque jour si je veux que les choses arrivent.

Il y a une vingtaine d’années, vous avez décidé de fonder votre propre label, Passin Thru, qui existe toujours aujourd’hui… Une fois encore, monter mon label a été une des conséquences de mon expérience dans le Black Artists Group. Nous savions déjà à l’époque qu’il était primordial de contrôler notre propre destin, et gérer soi-même un label découle de cette idée là. Avoir les droits de mes compositions et être maître de mon destin tout en nouant des relations avec d’autres labels : Justin Time pour le World Saxophone Quartet et Intakt Records pour Trio 3.

Vous avez aussi soutenu Freddie Washington par le biais du label… Ca a été un honneur pour moi d’enregistrer son premier disque. Freddie m’a un peu aidé lorsque j’ai commencé au saxophone, et j’ai été heureux de mettre en valeur la pratique de ce superbe saxophoniste, qui plus en dans cet excellent trio dans lequel interviennent aussi John Hicks au piano et Billie Hart à la batterie.

Quelle est l’histoire du Trio 3, que vous formez avec Reggie Workman et Andrew Cyrille ? Tous les trois, nous nous appelions fréquemment, l’un demandant à l’autre de participer à tel ou tel de ses projets, et cela si souvent que nous avons fini pas monter notre propre trio… L’idée était de réunir trois compositeurs qui sont aussi trois improvisateurs et de former un trio dont la musique serait le leader. Nous avons aussi eu l’idée de rencontrer d’autres musiciens à l’occasion : il y a à peu près dix ans, nous avons donné un concert dans un club avec Andrew Hill en invité. En ce moment, nous travaillons beaucoup avec Geri Allen [At This Time, premier disque issu de cette collaboration, vient de sortir sur le label Intakt, ndlr].

Vous avez aussi joué avec Irène SchweizerIrène est une excellente pianiste, nous avons passé des moments fabuleux en concerts et en studio avec elle. Nous devrions la retrouver cet automne, à l’occasion d’une tournée en Europe.

Pouvez-vous me citer de jeunes musiciens que vous appréciez actuellement ? James Carter, Greg Osby, Vijay Iyer.

Pour finir, j’aimerais que vous me parliez de votre rapport à l’écriture, la poésie, par exemple, vous permet-elle de vous exprimer différemment ? J’en reviens encore à mon expérience au sein du Black Artists Group. Là, j’avais l’habitude d’accompagner des poètes, ce qui m’a incité à écrire ma propre poésie. Lorsque j’ai emménagé à New York en 1974, j’ai collaboré avec plusieurs poètes, notamment Ntuzaki Shange. Après avoir travaillé un certain temps avec elle, j’ai commencé à écrire mes propres pièces d’un théâtre solo. Quand tu écris de la poésie, tu t’exposes davantage, tu en dis plus sur toi. Souvent, je récite quelques uns de mes textes lors de mes concerts en solo. C’est ma façon à moi de m’exprimer plus personnellement encore…

Oliver Lake, propos recueillis en mai 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Oliver Lake déjà sur grisli
Berne Concert (Intakt - 2009)
Zaki (HatOLOGY - 2007)
Time Being (Intakt - 2006)
WildFlowers : Loft Jazz New York 1976 (Douglas - 2006)


le son du grisli 1ignes [2]

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