Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Laurie Anderson: Rien dans les poches (Dis Voir - 2009)

grislidanslespoches

En 2003, ayant accepté une commande de l’Atelier de création radiophonique de France Culture, Laurie Anderson tint un journal sonore, aujourd’hui retenu sur deux disques qu’accompagne un livre dans lequel on trouve tous propos retranscrits et quelques photos.

Recueil de sons intimes, Rien dans les poches révèle ainsi trois mois de la vie d’une artiste – hier exigeante, aujourd’hui installée – ayant sacrifié son audace à toutes commodités bourgeoises. Alors, en français, le disque donne à entendre et le livre redit des chroniques miniatures sans véritable intérêt qui, de New York au Sri Lanka, de salle de sport en réunion d'artistes à bout de souffle, transportent l’intéressée. Relégué au rang de simple illustration, même la musique n’y est pas. Restent ici ou là de plus jolies photos et quelques phrases moins insipides nées du rapport particulier que Laurie Anderson entretient avec les animaux – « Sur la route de la plage, il y a un singe malade avachi. » Et puis, à propos d’un concert de Patti Smith, cette note qui atteste que l’on ne peut à la fois être et avoir été mais, qu'après tout, ce qui compte est de savoir s'en satisfaire, voire en profiter : « Elle crie : « Main sacrée ! Trou du cul sacré ! Pied sacré ! » La foule adore. »

Laurie Anderson, Gilles Mardirossian, Lionel Quantin - Rien dans les poches - 2009 - Editions Dis Voir.



MVP: LSD (Riti - 2009)

grilsd

Sous-titré The Graphic Scores of Lowell Skinner Davidson, LSD donne à entendre Joe Morris (guitare), John Voigt et Tom Plsek (MVP, donc), inspirés par les notations personnelles d’un musicien qu’ils ont tous les trois fréquentés.

Auteur, dans les années 1960, d’un seul et unique enregistrement élaboré aux côtés de Gary Peacock et Milford Graves pour ESP, Davidson trouve là – certes, à titre posthume – ses conceptions singulières réinvesties et son œuvre prolongé. Donnant son interprétation de compositions graphiques couchées sur le papier par Davidson dans les années 1980, le trio installe une suite de progressions mélodiques souvent empêchées par une implication personnelle intense : découpées toutes, les conversations se font brutes et souvent lasses, ou développements sans cesse contrecarrés par la découverte probable d’une sonorité nouvelle. Extatiques en équilibre, Morris, Voigt et Plsek, tiennent sur le fil distandu qui court d’un bout à l’autre de l’ouvrage. Avec, qui plus est, un aplomb remarquable.

CD: 01/ Blue Sky and Blotches 02/ Particles 03/ Separate Blue X’s 04/ Gold Drop #2 05/ Orange Cards 06/ Index Cards #3 07/ Index Cards #1 08/ Index Cards #2 09/ Double Sheet 10/ Gold Triptych 11/ Gold Drop #1 >>> Joe Morris, John Voigt, Tom Plsek - LSD, The Graphic Scores of Lowell Skinner Davidson - 2009 - Riti. Distribution Orkhêstra International.

Joe Morris déjà sur grisli
Elm City Duets 2006 (Clean Feed - 2008)


Schweizer Holz Trio: Love Letters to The President (Intakt - 2009)

LoveLetterstoGrisli

Le trio de saxophones (et clarinette) Schweizer Holz – que composent Urs Leimgruber (soprano et ténor), Hans Koch (soprano et clarinette basse) et Omri Ziegele (alto) – improvise sur Love Letters to The President sept doléances d’une fantaisie anxieuse.

A l’intérieur : une vindicte à la ponctuation singulière qui oppose les altercations de sifflements et de rauques (Letter I) à quelques preuves de mélodies plaidant en faveur des réconciliations : gradation de Koch à la clarinette basse mettant en valeur toute l’intensité du jeu de Leimgruber au ténor (Letter II). Parfois, le discours est précipité et les contrastes s’estompent : associations délirantes de Somehow Brighter Sky et notes décousues de Waiting for an Answer imposant au message le champ d’une abstraction salutaire, quand la voix de Ziegele le tire ici et là vers le bas. Pour un temps seulement, puisque l’accord trouvé par Leimbgruber et Koch troque chacun des mots facheux contre une phrase d’une justesse implacable (Couldn’t Think of One Word).

CD: 01/ Letter I 02/ Letter II 03/ Letter III 04/ Rain Upon Your Heart 05/ Somehow Brighter Sky 06/ Waiting for an Answer 07/ Couldn’t Think of One Word >>> Schweizer Holz Trio - Love Letters to The President - 2009 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.


Guillaume Bellanger, Arnaud Benoist: Angela (Petit Label - 2009)

angelasli

L’intérieur de la pochette du disque de Guillaume Bellanger (saxophones) et Arnaud Benoist (percussions) retient ces mots de John Cage : « J’aimerais disposer et de la simplicité et du chaos », citation que l’enregistrement illustre avec tact.

En quatre plages, le duo défend une approche musicale souvent impulsive, qui aura profité autant de l’écoute répétée de classiques ardents – évocations de Sunny Murray, Rahsaan Roland Kirk, Dewey Redman, Albert Ayler – que de maîtrises instrumentales insoupçonnables de fadeur à la comparaison. Angela, Louise, Rose, Alice : en suivantes, quatre silhouettes apparaissent, aux contours commandés par quelques sautes d'humeur : rage, malice, ironie, instabilité, qui servent avec la même inspiration une joute capricieuse et exubérante.

CD: 01/ Angela 02/ Louise 03/ Rose 04/ Alice >>> Guillaume Bellanger, Arnaud Benoist - Angela - 2009 - Petit label. Distribution Les allumés du jazz.


Gilles Aubry: Berlin Backyards (Cronica Electronica - 2008)

gillesli

Suisse aujourd’hui installé à Berlin, Gilles Aubry enregistra là, en 2006, le matériau de Berlin Backyards : field recordings modelés ensuite pour mieux révéler l’immatériel rencontré partout à la périphérie de la ville.

Changé en réalité de l’artiste, donc : grain traînant parmi la structure d’une mécanique à l’allure presque toujours égale, aigus perçants parmi la rumeur d’une cour d’école à son heure, souffles de bandes butant sur le flanc d’un oiseau, et puis quelques pas résonnant peu avant que se fasse entendre le bruit d’une source que l’on imagine opaque. Au gré des minutes, le souvenir infuse ; jusqu’à ce que la réalité, réinventée, compte autant de preuves que contient de charmes l’abstraction avec laquelle on l’avait d’abord confondue.

CD: 01-08/ Berlin Backyards >>> Gilles Aubry - Berlin Backyards - 2008 - Cronica Electronica.



Crackleknob: Crackleknob (HatOLOGY - 2009)

cracksli

Crackleknob, du nom du trio que composent la guitariste Mary Halvorson, le trompettiste Nate Wooley et le contrebassiste Reuben Radding – ces deux-derniers, partenaires déjà au sein du quartette Fugitive Pieces.

Auprès de Radding, les deux jeunes musiciens affirment une autre fois – c'est-à-dire, comme ils n’arrêtent plus de le faire (auprès de Daniel Levin, par exemple, pour Wooley, ou de Jessica Pavone pour Halvorson) – leur maîtrise : distante, la guitariste évolue au gré d’inspirations en cercles et de l’écho de cordes claires, quand le trompettiste affiche un purisme prêt à accueillir toutes contradictions (vents contraires sur Quavering Voices of The Mutilated, lyrisme détaché sur In The Teeth of Ideology).

Parfois, le trio se retrouve à discourir aux portes du silence (Libidinous Objects & The Decay of Self) ; d’autres fois, il compte sur l’accident pour régénérer son expérience ou s’accorde une pause en forme de chanson : folk de Caldwell, 1925 , qui précède le ténébreux The Cadence of Her Dying Breath. Celui-ci surprend encore, et conclut.

CD: 01/ Under The Weight of Aphorisms 02/ The Poor Chew Words to Fill Their Stomachs 03/ In The Teeth of Ideology 04/ Spoilsports 05/ Libidinous Objects & The Decay of Self 06/ Lakehurst, 1937 07/ Quavering Voices of The Mutilated 08/ In The Applications of Standards 09/ Caldwell, 1925 10/ The Cadence of Her Dying Breath >>> Crackleknob - Crackleknob - 2009 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi. 

Reuben Radding déjà sur grisli
Transit (Cleanfeed - 2005)
Blue Purge (Leo - 2004)


Jim O'Rourke: I'm Happy, and I'm Singing, and a 1, 2, 3, 4 (Mego - 2009)

imhappyimgrisli

Rapidement épuisé, I'm Happy, and I'm Singing, and a 1,2,3,4, référence de la discographie de Jim O’Rourke et du catalogue des éditions Mego, est aujourd’hui réédité.

Là, (re)trouver des pièces d’une musique sortie d’ordinateur hésitant entre un post-minimalisme lancinant et une pop traînant ses soucis d’expérimentation sur trois longues plages : d’embouteillages sonores en airs de quelques notes qu’il se plaît à rabâcher, O’Rourke passe sans qu’on le remarque vraiment avant qu’arrive And a 1, 2, 3, 4, ouvrage halluciné pour se laisser aller subrepticement à la dérive.

Accompagnant la réédition, un autre disque enfile des pièces (peu ou pas connues) d’une pop électronique légère, aux sonorités badines (Let’s Take It Again From The Top) et aux tentatives expérimentales entendues (He Who Laughs). Là encore, compter sur une des trois pièces pour relever les deux autres : Getting The Vapors, ou effet de masse changé en drone expectorant qui impose sa singularité tranchante aux travaux en solitaire de Jim O’Rourke.

CD1: 01/ I’m Happy 02/ And I’m Singing 03/ And a 1, 2, 3, 4 - CD2: 01/ Let’s Take It Again From The Top 02/ Getting The Vapors 03/ He Who Laughs >>> Jim O'Rourke - I'm Happy, and I'm Singing, and a 1, 2, 3, 4 - 2009 (réédition) - Editions Mego. Distribution Metamkine.

Jim O'Rourke déjà sur grisli
The Second Original Silence (Smalltown Superjazz - 2008)
Born Again in The USA (Drag City - 2006)


Old Dog: By Any Other Name (Porter - 2009)

Oldogsli

Old Dog pour Louie Belogenis (saxophone ténor), Karl Berger (vibraphone, piano), Michael Bisio (contrebasse) et Warren Smith (batterie). By Another Name pour un enregistrement construit autour d’improvisations et de compositions (dues surtout à Bisio) aussi grandes les unes que les autres.

Telles By Any Other Name – en trio en l’absence de Berger, puis en quartette – et Endless Return, qui offrent sans doute les meilleurs exemples de la musique qu’il s’agit de défendre ici : progression ténébreuse partagée ou pièce affirmée à coups d’intempestives interventions individuelles (celle du saxophoniste, concernant Endless Return).

Ailleurs, tout l’art de Berger sur le swing irréprochable que sert Smith (Swa Swu Sui, Zephy Revisited), et quelques atmosphères en mouvement improvisé : Round and Round, aux instruments en chute ;  Who Are You ?, pour l'unique piano de Berger ; enfin : Constellation, celle du vieux chien, désormais incontournable.


Old Dog, Endless Return. Courtesy of Porter.

CD: 01/ By Any Other Name 02/ Endless Return 03/ Swa Swu Sui 04/ Round and Round 05/ Living Large 06 Zephyr Revisited 07/ Who Are You ? 08/ Constellation 09/ By Any Other Name >>> Old Dog - By Any Other Name - 2009 - Porter Records.


Ronnie Boykins: The Will Come, Is Now (ESP - 2009)

boykinsli

« Bernard Stollman nous approchait à l’occasion de concerts, venait nous parler puis nous offrait la possibilité d’enregistrer un disque », confiait récemment Henry Grimes au moment d’évoquer The Call, disque qu’il signa pour ESP. Après avoir fait, dans les années 1960, la connaissance de Sun Ra, le producteur s’empressa de faire la même proposition à Ronnie Boykins, contrebassiste de l’Arkestra qui prit son temps avant d’entrer en studio pour l’enregistrement de The Will Come, Is Now, unique référence de sa discographie personnelle.

Aujourd’hui réédité par ESP, l’enregistrement, datant de 1974, retient de brillantes preuves du talent de compositeur de son leader : premières secondes imposant sans attendre la langueur d’un morceau-titre qu’épouseront les solos des saxophonistes Jimmy Vass, Monty Waters et Joe Ferguson, et du tromboniste Daoud Haroom avant que Boykins donne un aperçu définitif de son art à l’archet.

Plus loin, l’alto de Vass rappelle celui de Dolphy sur une ballade vieille école à la progression chancelante (Starlight at The Wonder Inn) avant qu’une confusion amusée ne s’empare de Demon’s Dance et de The Third I – ici, Boykins passé au sousaphone. Reste à célébrer Dawn Is Evening, Afternoon, boucle lasse et tombante (gimmick de contrebasse contre unisson des souffles) interrompue par des parcelles d’un swing déviant sur lequel s’accordent toutes pratiques libertaires. Se poser alors la question : combien de musiciens à discographie débordante accepteraient de renoncer à celle-ci pour un seul disque de la qualité de The Will Come, Is Now ? Autant, sans doute, qu’il pourrait en exister de sensés.

CD: 01/ The Will Come, Is Now 02/ Starlight At The Wonder Inn 03/ Demon’s Dance 04/ Dawn Is Evening, Afternoon 05/ Tipping on Heels 06/ The Third I >>> Ronnie Boykins - The Will Come, Is Now - 2009 (réédition) - ESP Disk. Distribution Orkhêstra International.


Lawrence Casserley, Adam Linson: Integument (Psi - 2009)

integusli

De la rencontre de Lawrence Casserley et d’Adam Linson au sein de l’Evan Parker Electro-Acoustic Ensemble, est né Integument, brillant ouvrage d’électroacoustique édifié au moyen de machines, de voix et d’une contrebasse (celle de Linson).

Rattrapé par le processeur d’effets de Casserley, voici l’archet de Linson en déroute, progressant difficilement le long des parcours qui lui sont imposés. D’ambiances délétère (Wandering Leukocytes) ou étouffante (Cycloids, à l’interaction plus que démonstrative) en expérimentation saillante (Stratum Spongiosum) et de notes originales pressées par de multiples suivantes (Basement Membrane) en résidus de pratiques sonores éprises de tremblements, le duo compose avec un naturel tenant de la complicité immédiate.

CD:  01/ Stratum Spongiosum 02/ Squamous Epithelium 03/ Wandering Leukocytes 04/ Basement Membrane 05/ Cycloids 06/ Stratum Compactum 07/ Chromophores >>> Lawrence Casserley, Adam Linson - Integument - 2009 - Psi. Distribution Orkhêstra International. 



Commentaires sur