Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Pinkdraft : 2010 (Creatives Sources, 2012)

pinkdraft 2010

Si la tension qu'arrive à créer le quatuor portugais de Ricardo Jacinto (violoncelle), Nuno Torres (saxophone alto), Travassos (électronique analogique) et Nuno Morão (percussion, objets), dans cet enregistrement d'août 2010, semble tenir à un jeu d'opposition de textures (avec ses brusques zébrures sur surfaces craquelées) et de plans (ses incisions dans la contemplation), elle relève également d'une intéressante association de timbres qui rompt avec les habituels canons du genre : sax « concret » et archet continu surprennent finalement moins, par exemple, que certaines interventions électroniques de caractère explicite ou « illustratif ».

Ce travail des contrastes, souvent convoqué comme principe dramaturgique, n'est certes pas inefficace mais on finit par espérer l'embrasement de pareille atmosphère chargée de promesses électriques et de tensions accumulées – ignition qu'atteignait, mutatis mutandis, il y a près de trente ans, avec un instrumentarium comparable, Guy, Parker, Rowe et Prévost dans leur Supersession (Matchless). Autre temps, autres mœurs – il est vrai...

Pinkdraft : 2010 (Creative Sources)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Luminous Vacuum 02/ Wrong Obstacle 03/ The Missing Train 04/ Blended Strangers 05/ Heavy As A Floating Mountain
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Michael Thieke, Olivier Toulemonde : Inframince / Lucio Capece, Jamie Drouin : Immensity (Another Timbre, 2013)

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Riche déjà d’Echtzeitmusik, le catalogue Another Timbre n’en est pas rassasié et même en redemande. Ainsi inaugure-t-il, au son d’une compilation de deux improvisations en duo, une Berlin Series qui rend hommage à l’activité musicale de la capitale allemande.

24 janvier 2012. Michael Thieke (clarinette) et Olivier Toulemonde (objects acoustiques) improvisèrent Inframince. Avec pugnacité, d’abord, les longues notes du premier attisant les réappropriations de choses du second. Vindicatifs, Thieke et Toulemonde harmoniseront pourtant : quelques silences prennent place au creux des interventions et leurs gestes s’entendent sur des expérimentations patientes ou un battement soudain. Disparates mais finement combinées, les séquences qui font Inframince n’en sont pas moins « classiques », voire entendues.

29 novembre 2011. Lucio Capece (clarinette basse et préparations) et Jamie Drouin (synthétiseur analogique et poste de radio) improvisèrent Immensity. C’est là forcément un ballet de graves et d’aigus, des notes longues qui se frôlent et un séisme à suivre, non pas brutal mais engourdi et pénétrant. Les rafales de sons courts et tremblants attesteraient que Drouin cherche à prendre le contrôle de la situation, si Capece ne travaillait pas sous le manteau à l’accord de l’association. Ainsi l’électroacoustique inquiète et bruitiste du duo Capece / Drouin marque du sceau de sa cohésion la première référence de cette série berlinoise estampillée Another Timbre.  

Michael Thieke, Olivier Toulemonde : Inframince / Lucio Capece, Jamie Drouin : Immensity (Another Timbre)
Enregistrement : 24 janvier 2012 & 29 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Inframince 02/ Immensity.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jérôme Poret : Weather Dust Storm Report (Le Gac Press, 2012)

jérôme poret weather dust storm report

L’artiste Jérôme Poret ne fait pas les choses à moitié. La preuve : il sort ces jours-ci deux CD de ses installations sonores et un livre qui retrace son parcours depuis 2004 par l’image, des essais de Sophie Auger et Thibaut de Ruyter & une interview donnée à Alexandre Castant. Dans celle-ci, il me révèle ce qu’est le son solidien (« les bruits qui se propagent dans les structures d’un bâtiment »).

Poret continue : « Un son solidien est vecteur de parasites (…) Ce qui me plaît dans ce type de sons, c’est évidemment qu’ils ne se transmettent pas par l’air mais par une matière qui, sans être morte, est inerte. » A l’écoute des enregistrements de ses installations et de ses performances, l’influence de ces sons ne fait pas de doute : les souffles sont nombreux quand on ne ressent pas à même le matériau sonore des déplacements lents et denses. Mais le travail de Poret peut aussi se nourrir de bruits de pas ou de clefs, de feedbacks de guitares et, même si l’on regrette parfois de ne pouvoir nous promener auprès de telle ou telle de ces installations sonores et trébuchantes (d’autant que l’artiste insiste dans le livre entre l’opposition de l’espace d’exposition (white cube) et l’espace scénique (black box)), la découverte par l’oreille des travaux de Jérôme Poret est belle et heureuse.

Jérôme Poret : Weather Dust Storm Report (Le Gac Press / Metamkine)
2 CD + Livre : Weather Dust Storm Report
Edition : 2012.
Pierre Cécile © Le son du grisli


Just Not Cricket! (Ni Vu Ni Connu, 2013)

just not cricket ni vu ni connu

Du 6 au 8 octobre 2011 à Berlin, seize représentants de l’improvisation britannique – Just Not Cricket! – donnèrent des concerts désormais consignés sur quatre trente-trois tours. Dans leur boîte, trouver aussi le programme du festival et surtout un livret d’une vingtaine de pages d’interviews, de textes et de photos – le tout rassemblé par Antoine Prum (à qui l'on doit Sunny's Time Now).

Au son, c’est Lol Coxhill qui emporte la première face, donnant en compagnie d’Alex Ward (à la clarinette) le la prompt à l’accord (ne serait-ce que de principe) des combinaisons de musiciens – quatorze restant à nommer, voici : Tom Arthurs, Steve Beresford, Tony Bevan, Matthew Bourne, Gail Brand, Rhodri Davies, John Edwards, Shabaka Hutchings, Dominic Lash, Phil Minton, Eddie Prévost, Orphy Robinson, Mark Sanders et Trevor Watts – qui se succéderont sur la scène du HBC.

Avec Prévost, Coxhill improvise en majesté : en duo, d’abord, puis en quintette associés à Minton, Watts et Edwards sur une face entière, soit le temps pour les souffleurs, exaltés par la section rythmique, de renverser le pithiatique Minton. Plus tard, un autre quintette donnera dans l’improvisation avec autant de conviction et de réussite, dans lequel Arthurs (trompette), Hutchings (saxophone ténor et clarinette), Ward (à la guitare cette fois) et la même paire Edwards / Watts, révéleront leur goût commun pour les effets qu'a sur leur art un bruitisme déviant.

Comme l’esprit des musiciens qu’il implique, Just Not Cricket! ne s’interdit rien, même pas les grandes fatigues. Ainsi tournent deux fois en rond le piano de Beresford et la voix de Minton emmêlées, habitude du bavardage contre laquelle ni les cordes de Davies et Edwards, pourtant alertes, ni l’élégance de Prévost combinée à la fougue d’Arthurs ne pourront rien. Brand – superbe sur le bel archet de Lash dans un quartette composé aussi d’Arthurs et Ward – associée à Edwards se montrera aussi peu capable de relativiser les bizarres lourderies du pianiste. En trio avec Arthurs et Bourne, Beresford saura pourtant se faire moins encombrant, au creux de quelques minutes d’une musique de soupçons.

Après quoi la récréation d’un jazz qui garde encore en mémoire quelque accent d’ancienne liberté s’imposera dans les conversations : au son de l’association Bevan / Edwards / Hutchings / Sanders et sur l’air du trio Bourne / Watts / Sanders. De quoi clore avec force et humeur la grandiose rétrospective.

Collectif : Just Not Cricket! (Ni Vu Ni Connu)
4 LP : A1/ Duo Ward, Coxhill A2/ Duo Prévost, Coxhill B/ Quartet Sanders, Davies, Watts, Robinson C/Quintet Edwards, Prévost, Coxhill, Watts, Minton D/  Quintet Edwards, sanders, Ward, Hutchings, Arthurs E1/ Trio Hutchings, Lash, Davies E2/ Quartet Edwards, Davies, Beresford, Minton E3/ Quartet Prévost, Beresford, Arthurs, Minton F1/ Quartet Ward, Lash, Brand, Arthurs F2/ Quartet/ Trio Edwards, Beresford, Brand G1/ Quartet Edwards, Sanders, Bevan, Hutchings G2/ Trio Bevan, Lash, Edwards H1/ Trio Beresford, Bourne, Arthurs H2/ Trio Watts, Sanders, Bourne H3/ Duo Sanders, Brand
Enregistrement : 6-8 octobre 2011. Edition : 2013.
Guillaume Belhomme © le son du grisli


¡haUtUllin! : ¡haUtUllin! (Barefoot, 2013)

¡haUtUllin!

De formes grouillantes en transes hypnotiques, Markus Pesonen (guitare, electronics) et Hakon Berre (batterie, electronics) soudent de composites paysages. Avec pour perspective de ne jamais se retourner sur leurs pas, ils offrent à chaque plage une nouvelle situation.

Inaugurée par de brutales sauvageries (uppercuts rythmiques, coups, chocs et saturations), ¡haUtUllin! trouve maintenant quelque angle nippon. Et vont ainsi se tutoyer quiétude, clapotis et rythme subliminal. Assez étonnamment, la guitare ne sature jamais le cercle. Elle phrase au milieu de viscère hurlants ici, en périphérie d’espaces béants ailleurs. La batterie aux futs mats et sans résonnances possède une bonne dose d’audace (magnifique gestion du crescendo, jeu relâché) qu’elle distille sans parcimonie. En fin de disque, on blessera les sons, on investira quelques trilles soniques, on s’écartèlera bien un peu mais jamais l’on ne cadenassera ce qui pourrait facilement l’être. D’où, cette agréable sensation pour l’auditeur, d’assister à la naissance d’une musique à l’inspiration continue.

¡haUtUllin! : ¡haUtUllin! (Barefoot Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Klein Bleus 02/ Joutomaa 03/ High at the Toy Factory 04/ Quantum Foam 05/ Mjolne 06/ Tarantula Nebula 07/ Discothèque 08/ Monkey Rat Attack 09/ Short Circuit 10/ Brahamnda 11/ Nuts
Luc Bouquet © Le son du grisli



Duane Pitre : Bridges (Important, 2013)

duane pitre bridges

Quatrième album Important pour Duane Pitre (deux collaborations avec Pilotram Ensemble & Eleh et deux solos), Bridges apportera de l’eau au moulin du meunier perdu, et ravi de l’être, parmi les étiquettes (ambient molle ? psyché flippée ? folk tordu ?).

Ravi, oui, parce que les « ponts » que Pitre a bâtis relient le drone pour lequel le garçon a un sérieux penchant à la musique de chambre, mais aussi le zen à la tarabiscote pop. En lieu et place de truelle, Pitre utilise en plus d’électronique d’exotiques petits instruments à cordes – japonisme aidant, voilà que le cümbüş, l’ukelin et la mandoline se rêvent en koto, en shamisen, en biwa... – et ne refuse pas qu’on lui prête main forte (Oliver Barrett au violoncelle et Bhob Rainey au saxophone soprano). Et voilà maintenant que ce n’est plus les styles que Duane Pitre rapproche, mais toutes les traditions musicales de l’Orient et de l’Occident !

Duane Pitre : Bridges (Important)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Bridges : Earth/Ember/Serpent 02/ Bridges: Cup/Aether/Crane
Pierre Cécile © Le son du grisli


Budhaditya Chattopadhyay : Elegy for Bangalore (Gruenrekorder, 2013)

budhaditya chattopadhyay elegy for bangalore

Avec un entrain comparable à celui d’Akio Suzuki lorsqu’il nous entretenait jadis de l’état du trafic du New Taiza Tunnel, Budhaditya Chattopadhyay composa Eye Contact with The City, installation audiovisuelle jouant des rumeurs – celle des transports du sud de l’Inde, première de toutes sur Elegy for Bangalore.

C’est un embouteillage monstre que Chattopadhyay organise : collages, boucles et superpositions, de field recordings (chahut de la foule ou tapage d’ouvriers sur chantier, toutes sonorités modifiées souvent mais reconnaissables encore) subtilement appliqués aux codes de la musique indienne. La trame de l’enregistrement accueille en conséquence des  couleurs multiples que perce et explore en tous sens un fil rouge : bourdon provoqué par l’étirement d’une musique tentée sans cesse par la disparition. S’il est fait d’instants saisissants et de longueurs aussi, c’est qu’Eye Contact with The City respecte l’impératif d’un quotidien fabuleux.

Budhaditya Chattopadhyay : Elegy for Bangalore / Eye Contact with The City (Gruenrekorder)
Edition : 2013.
CD : 01/ Elegy fro Bangalore
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Michel Doneda, Mathias Pontevia, Didier Lasserre : Miettes & plaines (Petit label, 2012)

doneda pontevia lasserre miettes et plaines

Dans une ancienne vermicellerie du Tarn, au bord du fleuve Niger, sur les pentes de la Montagne Noire, dans la vallée du Gaycre, à l'abri de la chapelle de Las Planques ou d'une église près de Sheffield, écouter Michel Doneda (saxophones soprano & sopranino, radio).

Dans un chai de Montagne Saint-Émilion, avec Mathias Pontevia (batterie horizontale) et Didier Lasserre (caisse claire & cymbales), en mai 2011, l'écouter faire se lever l'étendue des plateaux, entre bouffées buissonnantes et poursuites de drailles.

C'est là faire l'expérience – qu'offre l'audition, dans l'enchaînement des instants – du vol coulé, de ce très littéral transport par hallucination douce, au ras des peaux et des cymbales, dans le subtil travail de l'air.

Si les relations du souffleur avec les plus fins percussionnistes (Alain Joule, Lê Quan Ninh, Tatsuya Nakatani) sont bien connues, la présence de Pontevia & Lasserre à ses côtés ne signale ni prolifération ni obstruction : l'artisanat du son que pratiquent ces deux musiciens tient plutôt du retranchement, de la raréfaction, des « miettes » (pour reprendre le titre du volume publié par Doneda aux éditions Mômeludies en 2010) autant que des « plaines » (par leurs frottés pouvant évoquer Wolfarth). Ensemble, tous les trois, ils établissent les conditions poétiques d'une parfaite – spontanée, évidente – portance.

Michel Doneda, Mathias Pontevia, Didier Lasserre : Miettes & plaines (Petit label)
Edition : 2012.
CD : 01-04/ Miettes & plaines
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Eva-Maria Houben : Orgelbuch (Edition Wandelweiser, 2013)

eva-maria houben orgelbuch

Le bruit a couru dans tout le village : à l’office c’est aujourd’hui Eva-Maria Houben qui tient l’orgue ! Les paroissiens ont fui et laissé place à un groupe d’humains hétéroclite. Ils ferment tous les yeux et écoutent les notes sortir des tuyaux, les unes sur les autres, calmes, qui leur font l'effet d'un baume merveilleux.

Quatorze pièces, voilà le répertoire, et peut être trois fois plus de bourdons libérés par les tirants, qui vous lancent un appel, vous submergent, résonnent en vous. L’orgue est réduit, comme tous les instruments de nos jours. Mais dans les limites qu’elle s’est imposées ce n’est pas moins un territoire vierge et incroyablement étendu qu’Houben explore. Une fois fait, rêvant d’ailleurs comme tout esprit curieux, elle allume au clavier des feux de détresse et adresse des messages aux étoiles. Jamais aucune paroisse de la région n’avait célébré pareille cosmogonie !

Eva-Maria Houben : Orgelbuch (Edition wandelweiser)
Edition : 2013.
CD : Orgelbuch
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Ivo Perelman : The Edge, Serendipity, The Art of the Duet, The Gift, Living Jelly, The Clairvoyant (Leo, 2012-2013)

Ivo Perelman Expeditives

the edgeIvo Perelman, Matthew Shipp, Michael Bisio : The Edge (Leo Records, 2013)
Sur The Edge, Ivo Perelman, Matthew Shipp et Michael Bisio invitent Whit Dickey (toujours une bonne idée que d’inviter Whit Dickey). Ensemble, entre soupirs et exultations, ils marquent d’un rouge vif des improvisations sans préavis. Soufflent le feu et la braise (magnifique duo ténor-batterie in Fatal Thorns) et alimentent en continu de hautes fièvres. Et gardent au cœur du sujet, le partage et le désir de plonger dans un free brûlant et profondément intemporel.

serendipity

Ivo Perelman, Matthew Shipp, William Parker, Gerald Cleaver : Serendipity (Leo Records, 2013)
Où il faut se méfier de leurs fausses errances, de leur fausse décontraction et de leurs habitudes trop bien respectées-répétées-huilées. Car c’est au moment où l’on s’y attend le moins qu’Ivo Perelman, Matthew Shipp, William Parker et Gerald Cleaver trouvent quelque salvatrice sortie. Et là, creusant la matière et inspectant sa portée, ils dévoilent leur âme, oublient la convulsion facile, interceptent le cri, en désossent le cliché. Oui, free jazz dans le sens où la liberté ne peut leur échapper.

art of the duet

Ivo Perelman, Matthew Shipp : The Art of the Duet (Leo Records, 2013)
Si l’art du duo pouvait être celui de l’éloignement et du rejet des connivences (Duet #06 et Duet #07 pour me faire mentir), ce disque ferait école. Pour Ivo Perelman : le sens inné du lié et du détaché, l’alternance des harmoniques et des ultra-aigus. Pour Matthew Shipp : de noires harmonies et un curieux absentéisme de l’écoute. Et pourtant, à l’arrivée, une incompressible impression de réconciliation et de fraternité. Volume 1 nous dit la jaquette ; ceci nous laissant espérer de nouvelles pistes pour les autres volumes.

the gift

Ivo Perelman, Matthew Shipp, Michael Bisio : The Gift (Leo Records, 2012)
Sur The Gift, Ivo Perelman vagabonde. Désagrège un motif. Met en veilleuse la convulsion pour mieux la chouchouter quelques minutes plus tard.  Sur The Gift, Perelman se remémore quelques souffles de jazz. Pleure des larmes de fiel. Insiste sur la périphérie. Sur The Gift, Matthew Shipp et Michael Bisio puisent dans leurs forces et talents de quoi argumenter le souffle épique du prolifique Brésilien.

living jelly

Ivo Perelman, Joe Morris, Gerald Cleaver : Living Jelly (Leo Records, 2012)
Ici, le saxophoniste donne raison aux spasmes de son ténor. Ici, Joe Morris guitariste curieux et vindicatif, dérange l’harmonie, caresse les contrepoints fédérateurs de son saxophoniste. Ici, Gerald Cleaver envisage chaque plage comme un nouvel envol, choisit la sensibilité la plus juste et la plus appropriée aux errances de ses partenaires inspirés.

the clairvoyant

Ivo Perelman, Matthew Shipp, Whit Dickey : The Clairvoyant (Leo Records, 2012)
Ne laissant à Matthew Shipp qu’un rôle d’accompagnateur zélé – et néanmoins indispensable –, nous retrouvons dans cet enregistrement, intacte et démultipliée, la scintillante verve du saxophoniste. Modulant une poésie presque microtonale ou retrouvant les blessures du free, Ivo Perelman résolutionne le chaos, enrobe la ritournelle de ses visions toxiques. Quant à Whit Dickey, il confirme ce que l’on avait déjà pressenti dans le quartet de David Spencer Ware : il est le batteur idéal pour que se hissent au sommet les plus convulsives clameurs de ses enthousiastes coéquipiers.

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