Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Lean Left : Live at Café Oto (Unsounds, 2012)

lean left live oto unsounds

Ainsi donc sont ici retranscrits les premiers sets donnés par Lean Left au Café Oto ces deux soirs de septembre 2011. On sait de The Ex les guitares brouillonnes – qui révèlent leurs charmes comme les visages frippés le font dans la ride profonde ou même la cicatrice –, empêchées donc nerveuses, interrompues souvent dans leur élan, et puis rudes autant que peut être sévère et implacable la frappe de Nilssen-Love.

Soit : le cadre idéal, pour Vandermark, qui invente en free tendu et passe de saxophone en clarinette excités par la dispute. Dans son dos, les guitares peuvent se chercher, tisser de concert une tapisserie de sons vengeurs ou inventer au contraire quelques atmosphères en latence qui, chargées en électricité, ne demandent qu'à entendre anches et peaux résonner. Le laisser-aller est de mise et convainc jusqu'au médiator : il faut écouter mais renvoyer aussi le matériau qui claque, et puis se laisser abattre par l'air qu'il a toujours de balayer d'un coup toute tentative de compromis.

Lean Left : Live at Café Oto (Unsounds)
Enregistrement : 11 et 12 septembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Koevoet 02/ Drevel
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Lean Left, Ab Baars, Steve Noble : Live at Café Oto (Kollaps, 2012)

lean left live at café oto

De deux soirs que passa Lean Left au Café Oto (11 et 12 septembre 2011), le label Kollaps a fait deux trente-trois tours – et même deux objets soignés : derrière le kraft découpé, trouver plusieurs pages de photographies en noir et blanc signées Andy Moor. Quatre faces reviennent donc sur les seconds sets de ces soirées – premiers sets publiés par Unsounds sur Live at Café Oto – à l'occasion desquels intervenaient deux invités : Ab Baars et Steve Noble.

Ainsi Baars permet-il au groupe d'équilibrer souffleurs et guitaristes : avec Ken Vandermark, le Hollandais s'oppose à la paire Andy Moor / Terrie Ex Hassels sous l'arbitrage (et les provocations) de Paal Nilssen-Love. L'espace est réduit et les musiciens jouent des épaules pour s'en extraire : phrases libertaires et tensions étouffées permettront d'abattre tous les murs – comprendre échelles de style et même de temps.

Avec Steve Noble, c'est forcément Nilssen-Love qui trouve un appui de taille : les guitares se font en conséquence agaçantes davantage et le saxophone plus virulent avant que la conversation n'engage Vandermark (son art du rebond incite ici à rebaptiser la formation : McLean Left, jeu de mot n'est pas coutume) et les batteurs dans un fantasque jeu de surenchère – voici les guitares torves faites catalyseurs de choix. Il est des abattages et des surenchères supérieures, nous disent ici Lean Left et ses deux invités.

Lean Left, Ab Baars : Live at Café Oto, Day One (Kollaps / Instant Jazz)
Enregistrement : 11 septembre 2011. Edition : 2012.
LP : A/ Day One / Set Two / Part One B/ Day One / Set Two / Part Two

Lean Left, Steve Noble : Live at Café Oto, Day Two (Kollaps / Instant Jazz)
Enregistrement : 12 septembre 2011. Edition : 2012.
LP : A/ Day Two / Set Two / Part One B/ Day Two / Set Two / Part Two
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Samuel Blaser : As the Sea (HatOLOGY, 2013)

samuel blaser as the sea

Ce que propose le quartet de Samuel Blaser n’est pas rien. Car si le but est de faire du présent une collecte des possibles, le pari est, ici, tenu haut la main.

Soit ne rien oublier de ce qui a nourri l’imaginaire du tromboniste, puis l’envisager, aujourd’hui, autour d’un axe collectif et partageur. Ainsi, quelques zestes du Miles électrique, de vrais morceaux de rock sonique et de jazz engagé viennent se glisser dans la partition de Blaser. De la merveilleuse polyrythmie de Gerald Cleaver en passant par les stries profondes de Marc Ducret ou le jeu pendulaire de Bänz Oester – et s’y rajoutant une parfaite maîtrise des crescendos et des déchaînements –, émerge une musique sans autre calcul que celui d’un partage généreux et, ici, densément accompli.

Samuel Blaser : As the Sea (Hatology / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/As the Sea, Part 1 02/ As the Sea, Part 2 03/ As the Sea, Part 3 04/ As the Sea, Part 4
Luc Bouquet © Le son du grisli


Body/Head : Body/Head (Open Mouth, 2013)

kim gordon bill nace body head

Sur cassette à bande courte (Fractured Orgasm, Ecstatic Peace) et 45 tours (The Eyes, The Mouth / Night Of The Ocean, Ultra Eczema), Kim Gordon et Bill Nace ont inauguré la discographie de leur Body/Head. Le vinyle du même nom qui sort aujourd’hui, s’il a la taille d’un 33 tours, devra aussi tourner quarante-cinq fois par minute – ainsi est-il possible de supposer chez le duo un faible pour les distances réduites.

Celles-ci siéent d'ailleurs à leurs chansons défaites : corps (donc jambes) et tête comme réfléchissant à leur forme dans le même temps qu’ils les débitent, voici un vibrato grave éloignant une voix affamée de rengaines miniatures, des déflagrations et larsens emportant des mots prononcés à peine, des cris étouffés par des grilles d’ampli et puis cet expérimental indécis, qui fait le charme de l’ensemble. « Le propre du roman, c’est d’avoir pour forme son fond même », disait Maurice Blanchot. L’idée pourrait être appliquée à cette autre, que Body/Head se fait de la chanson.



Body/Head : Body/Head (Open Mouth)
Edition : 2013.
EP : A1/ Turn Me On A2/Be There Soon B1/ Take It Down B3/ Where Did You Go?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ircha Clarinet Quartet : Watching Edvard (Kilogram, 2011)

ircha watching edvard

Quatre clarinettes (Mikołaj Trzaska, Michał Górczyński, Paweł Szamburski, Wacław Zimpel), en vacances de timidité, affichent, ensemble, leurs éclats : être tour à tour aurore des mélancolies puis crépuscule frigorifiant. Entre ces deux pôles, elles vont s’innerver en unissons perçants, tirer des feux d’artifices en plein soleil, devenir souffle-paquebot, s’ébrouer en des marches imprévues.

Conciliant l’amertume et les douceurs, les voici cris d’orfraie ici, routardes de souffles flottants ailleurs. Mais la plupart du temps, partenaires et solidaires, elles ne quittent que très peu l’horizon qu’elles fixent et enfantent avec gourmandise. Et ainsi, savent se convaincre et nous convaincre que le collectif n’est en rien l’ennemi du particulier.

Ircha Clarinet Quartet : Watching Edvard (Kilogram Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Upper Trias Caspian Fugue 02/ Ross Omak Attack 03/ Dream Analyzer 04/ No Smoking in Hell 05/ Climbing and Siding 06/ Small Dictators 07/ Kresto 08/ Re Constructive De Constructive 09/ Monastery Monsters 10/ Prince of Fiasco 11/ Builderblock.pampin 12/ Cenozoic Kenobi 13/ Watching Edward 14/ Invitation to Anorak Party 15/ Tender Dictator 16/ Last Turn Around the Room
Luc Bouquet © Le son du grisli



Colin Stetson, Mats Gustafsson : Stones (Rune Grammofon, 2012)

colin stetson mats gustafsson stones

La joute promettait d’être belle : Mats Gustafsson dans le coin gauche et Colin Stetson dans le coin droit. Au milieu, les instruments de la dispute programmée en public : un tas de saxophones alto, ténor, basse et baryton. Ca y est, la cloche sonne deux fois…

Les adversaires se tournent autour en dessinant de longues lignes au sol, Stetson semble pour le moment le plus prudent, il vocalise un peu alors que Gustafsson l’invective de front… Les voilà qui se lancent à bride abattue dans un corps à corps que malheureusement l’arbitre (invisible) interromp. Après avoir été séparés, les adversaires se cherchent de nouveau. Pas plus que leurs styles, l’idée qu’ils ont du noble art (de l’improvisation) n’est la même : Gustafsson sans filet et Stetson plus précautionneux. Si ce n’est quelques moments fortuits qui l’intéresse, le public a du mal à se concentrer sur la rencontre d’autant qu’il soupçonne quelques trucs et parfois un peu de comédie chez les belligérants.

Le corps à corps reprend heureusement, mais les coups semblent involontaires et les deux hommes se font éjecter en même temps du ring. Gustafsson vacille (on lui pardonne aux jolis petits bruits qu’il fait) et Stetson propose qu’ils fassent la paix sur une note, ce qui exige un talent de funambule, d’accord, mais le procédé est quand même facile. Au huitième et dernier round, le retournement de situation, la surprise, le public est debout, l’affrontement tient enfin ses promesses & les deux hommes montrent qu’ils cachaient bien leur jeu. Une question : pourquoi l'avoir caché si longtemps ?

Colin Stetson, Mats Gustafsson : Stones (Rune Grammofon / Instant Jazz)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ Stones That Rest Heavily 02/ Stones That Can Only Be 03/ Stones That Need Not 04/ Stones That Only Have 05/ Stones That Rest Heavily 06/ Stones That Can Only Be 07/ Stones That Need Not 08/ Stones That Only Have   
Pierre Cécile © Le son du grisli


Battus, Marchetti, Petit : La vie dans les bois (Herbal, 2012) / Battus, Costa Monteiro : Fêlure (Organized Music..., 2012)

pascal battus emmanuel petit lionel marchetti la vie dans les bois

La vie dans les bois que racontent ensemble Pascal Battus (guitare électrique), Lionel Marchetti (électricité) et Emmanuel Petit (deuxième guitare électrique) a une attache événementielle : butō exécuté par Yôko Higashi (collaboratrice régulière de Marchetti, sur disques Petrole, Okura 73°N-42°E et A Blue Book, ou à l’occasion de performances évoquées ici) en juillet 2003.

Au chant des oiseaux, les musiciens opposent d’abord le pré-écho de leurs interventions : nappes de sons-propositions sortis de terre ou bruits-incitations en suspension. Des frottements peuvent suffire ou sinon c'est un coup qui claque contre du bois : les mêmes œuvrent en machiniste, emmêlent larsens, sifflements et silence, dans le décor élevé pour la représentation. Si les gestes d’Higashi, support oblige, nous échappent, à l’auditeur qui n’aurait pas assisté à la performance, ils ne manquent pas : faisant grand cas d’un équilibre trouvé dès les premières minutes entre bruits naturels et artificiels, Battus, Marchetti et Petit, font preuve de mesure et d'indépendance, d’oscillantes en lignes brumeuses dont le charme concourt au mystère que ce disque recèle.

Pascal Battus, Lionel Marchetti, Emmanuel Petit : La vie dans les bois (Herbal International / Metamkine)
Enregistrement : 2003. Edition : 2012.
CD : La vie dans les bois
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pascal battus alfredo costa monteiro fêlure

Au gré des promesses de ses surfaces rotatives, Pascal Battus dialoguait en 2010 avec Alfredo Costa Monteiro. Presque une autre histoire de forêt, humide, peuplée, qu’à force de mouvements le duo débarrasse des bruits qu’étouffait son épaisseur. Le vent, aussi, fait son œuvre : à force d’insistance, transforme le paysage en champ de désolation dont le salut est maintenant dans la ligne – larsen ou drone tremblant. De petites mains, enfin, travaillent à l’ouvrage versatile dont les faces se distinguent et se répondent.

Pascal Battus, Alfredo Costa Monteiro : Fêlure (Organized Music from Thessaloniki)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : Fêlure
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Piano Interrupted : Two by Four (Days of Being Wild, 2012)

piano interrupted two by four

Au-delà d’une introduction qui mèlerait Gavin Bryars à Christian Fennesz, Two by Four de la paire Piano Interrupted multiplie les rencontres entre genres habituellement parallèles. Tels deux aventuriers parcourant le monde, le pianiste londonien Tom Hodge et le producteur électronique français Franz Kirmann éloignent les styles – jazz, néo-classique, techno minimale, échos arabisants, you name it – pour mieux les malaxer.

A l’image d’un Francesco Tristano en amour de Max Richter sur fond de Gonzales (impossible de ne pas le citer), leur première collaboration en format long débouche sur un résultat de la plus belle tenue. D’une immense dynamique qui envole les réticences, leur musique cligne de l’œil vers le dancefloor, tout en n’oubliant pas les grands espaces de l’Atlas marocain, recyclés en Kunstzentrum berlinois. Oui, mille fois oui, on y reviendra – et bien souvent.

Piano Interrupted : Two by Four (Days of Being Wild)
Edition : 2012
CD : 1/ You Don't Love Me Yet 2/ Hobi 3/ Étude     4/ Hédi 5/ Son Of Pi 6/ Son Of Foug 7/ London Waltz
8/ Bulbus 9/ 7 Ages
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


John Stevens, Paul Rutherford, Evan Parker, Barry Guy : One Four and Two Twos (Emanem, 2012)

john stevens evan parker paul rutherford barry guy one four and two twos

Après View et Konnex, c’est au tour d’Emanem d'éditer (et d’augmenter) ce 4.4.4., disque qu’improvisa un quartette de musiciens rares : John Stevens, Paul Rutherford, Evan Parker et Barry Guy.

One Four : la réunion se tint à Londres, le 31 août 1978. On sait les méthodes mises en place par Stevens pour mener à la baguette toutes sortes de formation : l’envergure de ses partenaires – qu’il recruta plus tôt dans son Spontaneous Music Ensemble (Withdrawal) – n’y changera rien. Rutherford au trombone intérieur et Parker aux ténor et soprano extérieurs, Guy de pizzicatos en électronique minimale, signent quand même : l’urgence n’interdisant pas la cohérence, la cohérence n’évitant pas les bousculades. L’improvisation à quatre est leste et même enlevée. Two Twos : ce sont-là deux duos : Rutherford et Guy enregistrés en 1979 – inédit et loin d’être anecdotique, l’enregistrement donne à entendre le premier passer le second en machine électronique, et vice-versa, le temps de perles électroacoustiques surprenantes ; Stevens et Parker, enregistrés en 1992 – inédit lui aussi, l’enregistrement documente la relation fantasque d’un soprano démonstratif et de baguettes remontées.

Dans les notes de pochette, Martin Davidson cite Evan Parker : « These pieces were the sound check for a recording that never happened. We went to the pub and never got back. » S’il fallait encore une preuve – ainsi l’alcool rendrait lucide ? – pour attester que certaines balances ou répétitions valent davantage que les concerts ou enregistrements qui les avaient commandées, One Four and Two Twos serait celle-là, définitive.

John Stevens, Paul Rutherford, Evan Parker, Barry Guy : One Four and Two Twos (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1978, 1979, 1992. Edition : 2012.
01/ 1.4.4 02/ 2.4.4 03/ 3.4.4. 04/ 4.4.4. 05/ 5.4.4. 06/ 1.3.2. 07/ 2.3.2. 08/ 3.3.2 09/ 1.2.2. 02/ 2.2.2.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Guillaume Roy : From Scratch (Emouvance, 2012)

guillaume roy from scratch

En deux séances (25 novembre 2010 et 16 décembre 2011), Guillaume Roy et son violon alto revendiquent le droit à vagabonder là où bon leur semble. Dans le vif du sujet ou tournoyant avant attaque, les voici se pliant au motif qu’ils viennent de créer. Motif se déplaçant, s’oubliant pour mieux se solidifier ensuite.

Maintenant, l’archet effleure la corde et une ruche s’annonce. Plus loin, le mouvement sera circulaire, s’élargira, striera le silence, s’enfoncera dans l’aigu et s’y oubliera corps et âme. Plus loin encore, on se jouera de petits chaos et on interrogera les blocs de silence. On se fraiera  un chemin entre le rauque et l’éraillé et on aidera la polyphonie à se révéler. Et de cette palette-parole mouvante et jamais domptée, on écrira combien elle résulte sensible et émouvante.

Guillaume Roy : From Scratch (Emouvance / Allumés du Jazz)
Enregistrement : 25 novembre 2010 & 16 décembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Openess 02/ A partir d’un cercle 03/ From Scratch 04/ Danse de pluie 05/ Con sordina 06/ Langues et âme 07/ Tourbe 08/ L’imprévue 09/ Souffler est jouer 10/ En plein vol 11/ Mémoire fictive
Luc Bouquet © Le son du grisli



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