Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Drake, Gahnold, Parker: The Last Dances (Ayler Records - 2007)

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La rencontre de William Parker, Hamid Drake et Anders Ganhold, en Suède, en 2002, avait donné lieu à la sortie d’un premier album : … And William Danced. Cinq ans plus tard, Ayler Records propose en téléchargement les beaux restes de l’enregistrement.

Le temps pour le trio d’interpréter d’autres danses : Slow Dance – lente progression de jazz désaxé – et Bow Dance – sur lequel le saxophoniste profite de l’appui de la section rythmique, rassurante malgré les changements qu’elle impose au déroulement du thème. En guise d’introduction et de conclusion, le swing altier d’Oh Shit, prêt à recevoir toutes formes de solos, et l’exposé de laminage mélodique discret de Dusk.

Comme sur … And William Danced, le trio redit l’efficacité de la rencontre, sur l’ingéniosité d’un contrebassiste et d’un batteur accueillis en Suède par Ganhold, qui ne cesse de diluer le discours d’Albert Ayler en potions personnelles et vertueuses.

Téléchargement: 01/ Oh Shit 02/ Slow Dance 03/ Bow Dance 04/ Dusk

Hamid Drake, Anders Ganhold, William Parker - The Last Dances - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.



Dexter Gordon: Live in ’63 & ’64 (Naxos - 2007)

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Ayant habité Copenhague pendant plus de dix ans, Dexter Gordon en aura profité pour parcourir l’Europe : afin d’enregistrer à Paris pour le compte de Blue Note, ou donner des concerts de la taille de ceux rassemblés sur ce film : datant de 1963 (en Suisse) et 1964 (aux Pays-Bas et en Belgique).

La première année, au Festival de Lugano, le saxophoniste, entouré du pianiste Kenny Drew, du contrebassiste Gilbert Rovère et du batteur Art Taylor, dispense un bop aux charmes limpides, pétri de cool, et adresse un hommage appuyé à Lester Young, en reprenant notamment You’ve Changed de Billie Holiday. L’année suivante, auprès du pianiste George Gruntz, du contrebassiste Guy Pedersen et du batteur Daniel Humair, il donne un concert en Belgique ou enregistre pour la télévision hollandaise : au programme, l’impeccable – à force d’avoir été étudiée par le ténor – Body and Soul, ou une version élégante de What’s New, thème que Coltrane avait investi plus tôt sur l’album Ballads.

A chaque fois, Dexter Gordon sert, révérencieux, une musique distinguée et opérante, qu’il dispense avec un certain détachement, autre preuve d’une maîtrise capable d’influencer quelques uns de ses confrères : Sonny Rollins, John Coltrane.


Dexter Gordon, Live in '63 & '64 (extraits). Courtesy of Naxos.

DVD : 01/ A Night in Tunisia 02/ What’s New 03/ Blues Walk 04/ Second Balcony Jump 05/ You’ve Changed 05/ Lady Bird 06/ Body And Soul

Dexter Gordon - Live in '63 & '64 - 2007 - Naxos. Distribution Abeille Musique.


Rudis, Custodio, Diaz-Infante : CRR Live (Pax Recordings, 2007)

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Après avoir enregistré ensemble l’album Crashing The Russian Renaissance, Ernesto Diaz-Infante (guitare), Andre Custodio (percussions) et Lx Rudis (électronique), improvisèrent en public CRR Live.

Parti au son d’une ambient expérimentale pas forcément originale (grondements divers et charges bruitistes, effets de masse côtoyant des silences, parasites et larsens), le trio installe ses manières avec plus de singularité lorsqu’il décide de s’impliquer davantage : la guitare désaccordée de Diaz-Infante répondant, répétitive, aux imprécations électroniques de Rudis, les interventions de Custodio sur darbouka éloignant la menace des souffles et sifflements qui s’immiscent un peu partout dans la conversation.

Déconstruit et belliqueux, CRR Live projette ainsi 31 pièces fulgurantes et une autre plus longue, qui imposent au final les directives à respecter de leur électroacoustique affolée.

Lx Rudis, Andre Custodio, Ernesto Diaz-Infante : CRR Live (Pax Recordings)
Edition : 2007.

CD : 01-32/ CRR Live
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Frans de Waard : Vijf Profielen (Alluvial, 2007)

frans de waard vijf profielen

Au  moyen de field recordings glanés sur les chantiers navals de Vlissingen, Pays-Bas, Frans de Waard construit un pièce d’une demi-heure qui traîne, en faisant usage d’un peu d’électronique, ses clichés métalliques le long d’un parcours plutôt abstrait.

Mouvements de machines anciennes laissant derrière elles une traînée de poudre fantôme, vents engouffrés en infrastructures décrépites ou éléments de verre au contraste rassurant, amassent leurs illusions en jouant de la stéréo jusqu’à l’amorce du long décrescendo qui mettra un terme aux ambitions évanescentes de Waard. Menées à bien, sur Vijf Profielen.

Frans de Waard : Vijf Profielen (Alluvial Recordings / Metamkine)
Edition : 2007.
CD: 01/ Vijf Profielen
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Marc Ribot: La corde perdue / The Lost String (La Huit, 2007)

marc ribot the lost string la corde perdue

En suivant le guitariste Marc Ribot dans les rues de New York, la réalisatrice Anaïs Prosaïc signe le portrait sobre et efficace d’un guitariste en quête d’expériences différentes.

Pas toujours heureuses, d’ailleurs, tant Ribot semble chercher davantage à multiplier les interrogations qu’à mettre la main sur une solution définitive. L’effet du doute, sûrement, mis en images : archives datant des années 1990 (tentatives inquiètes sur la scène de la Knitting Factory), témoignages d’anciens partenaires (Arto Lindsay), ou extraits de concerts auprès des Cubanos Postizos.

Ailleurs, le guitariste raconte ses origines familiales, donne tous les gages du père anxieux mais attentif, interroge la capacité de la musique à répondre efficacement à la marche du monde, enfin, ballade ses inquiétudes d’un continent à l’autre, sur lesquels il donne en représentations autant de gestes adroits que d’hésitations formelles. Comme en 2003, à Pau, où Prosaïc aura filmé l’interprétation de quatre morceaux en solo, pour n’oublier aucune des nécessités imposées par son sujet, et achever son film saisissant.

Anaïs Prosaïc : Marc Ribot. La corde perdue / The Lost String (La Huit)
Edition : 2007. Réédition : 2015.
DVD : La corde perdue / The Lost String
Guillaume Belhomme @ le son du grisli (2007 / 2015)



Dewey Redman: The Struggle Continues (ECM - 2007)

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Si Dewey Redman aura souvent enregistré pour le compte d’ECM, The Struggle Continues est son unique album en leader sorti sur ce label. Edité, 25 ans après sa sortie, pour la première fois sur CD. 

Aux côtés de Charles Eubanks (piano), Mark Helias (contrebasse) et Ed Blackwell (batterie), Redman donne donc en 1982 un concert au Festival de Willisau. Au ténor, il mène un quartette capable de tout : swing infaillible de Joie de vivre, sur lequel Eubanks glisse quelques notes inattendues ; ballade de Love Is, que le saxophoniste bouscule de ses interrogations inquiètes ; Combinations, enfin et surtout, qui permet au groupe de multiplier poses effrontées et permissions free.

Bien sûr, The Struggle Continues n’a pas le charme des enregistrements anciens de Dewey RedmanThe Ear of the Behearer, notamment –, souffre ici où là de pratiques cliniques appliquées à l’ingénierie du son des années 1980 (basse d’Helias sur Turn Over Baby, par exemple), mais l’ensemble est irrémédiablement tiré vers le haut par un savoir-faire irréprochable et inventif, celui de chacun des intervenants.

CD: 01/ Thren 02/ Love Is 03/ Turn Over Baby 04/ Joie de vivre 05/ Combinations 06/ Dewey Square

Dewey Redman - The Struggle Continues - 2007 (réédition) - ECM. Distribution Universal.


Sunny Murray : Sunny Murray (ESP, 2007)

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Sorti par ESP en 1966, voici Sunny Murray réédité. Sur lequel on entend, entre deux extraits d’interview, évoluer une formation rare, composée de Jacques Coursil, Jack Graham, Byard Lancaster et Alan Silva.

Lentement, Murray commande d’abord à ses partenaires de porter haut leurs interventions – saxophones gémissant et trompette impérieuse – quand il se charge d’organiser ses cortèges d’accents, enfoncés sous les gestes larges qu’appellent, insatiables, ses imprécations vocales. Convaincus aussi, Coursil, Graham et Lancaster, imbriquent leurs solos exaltés ou rivalisent de morgue pour mieux explorer les possibilités permises par la conduite du batteur.

Déjà déstabilisante, la section rythmique ploie encore sous les interventions de Silva : grand archet organique ou pizzicatos appuyés, qui portent les efforts communs à leur point culminant. Plus qu’indispensable, Sunny Murray

Sunny Murray : Sunny Murray (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Réédition : 2007.
CD :
01/ Early History / The New Music 02/ Sunny Murray 03/ Phase 1.2.3.4. 04/ Hilariously 05/ Angels and Devils 06/ Giblet 07/ Recap Session 08/ Musicians and Magic
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Terry Riley : Music For The Gift (Elision Fields, 2007)

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Réédité une première fois en 1998, Music for the Gift regroupe quatre des premières pièces de Terry Riley à avoir été enregistrées. Parmi les intervenants : Chet Baker et La Monte Young.

Et Music for the Gift, d’abord, d’assembler quatre morceaux enregistrés par Riley en compagnie de Chet Baker au Théâtre Récamier en 1963. A l’aide de deux magnétophones, le premier renvoie au second quelques échantillons de ses interventions à la trompette, et commande un cool jazz désoeuvré, enfoncé par la contrebasse de Luigi Trussardi pour dériver bientôt vers le statut de pièce expérimentale inquiétante.

Plus amène, le collage psychédélique de Bird of Paradise, enregistré deux ans plus tard, fait figure de contraste transitoire, après lequel Riley révèle au monde les plaintes d’un bestiaire plus que suspect (Mescalin Mix) ou donne en duo avec LaMonte Young Concert for Two Pianists and Five Tape Recorders, document davantage qu’œuvre magistrale, qui conclut une anthologie consacrée aux travaux de magnétophones de Terry Riley : troublant et prophétique. 

 

Terry Riley : Music For The Gift (Elision Fields / Orkhêstra International) Enregistrement : 1963. Réédition : 2007. CD : 01-05/ Music for the Gift 06-10/ Bird of Paradise 11/ Mescalin Mix 12/ Concert for Two Pianists and Five Tape Recorders Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Keith Rowe, John Tilbury : Duos for Doris (Erstwhile, 2003)

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Des enjeux en commun et des similitudes fortes firent que les notes longues qui couraient du piano de John Tilbury à la guitare de Keith Rowe s’emmêlèrent un jour hors d’AMM. Exemple daté de 2003 : ces Duos – arrangés ensuite en bouquet offert à la mémoire de la mère du pianiste – for Doris.

Par touches délicates, la paire investit Cathnor dont le seul corridor est un champ nébuleux où traînent déjà quelques rumeurs et attendent qu’on les frôle un lot de suspensions-obstacles. Ravis par la découverte d’un chant preuve d’existence, Rowe et Tilbury creusent ensemble, et profondément : les cordes tendues de guitares rejettent des boucles de piano (trois notes, parfois deux, un mince accord lors des moments de confiance) lorsque les outils-instruments ne sont pas méconnaissables. Feldmanien, Tilbury l’est encore davantage quand Rowe se charge seul de chasser les silences. Et pour ce faire, lève une armée de sonorités parasites.

De bruits du monde (radio aidant et puis oiseaux) et de notes étouffés naît ensuite Olaf, paisible morceau d’atmosphère qui devra puiser dans ses propres ressources pour éloigner une zone de dépression gangrénant son centre : des vibrations diffuses commanderont une danse réconciliatrice, d’autres notes éparses et même le début d’Oxleay. Là, une autre histoire d’arpèges délayés, une autre symphonie défaite qui n’a d’autre direction que celle que lui fera prendre l’abandon des règles et des normes, l’épanchement antinaturel de sons de toutes natures.

Keith Rowe, John Tilbury : Duos for Doris (Erstwhile)
Enregistrement : 7 janvier 2003. Edition : 2003.
CD1 : 01/ Cathnor – CD2 : 01/ Olaf 02/ Oxleay
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Anthony Braxton: Performance (Quartet) 1979 (HatOLOGY - 2007)

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Au festival de Willisau, en 1979, Anthony Braxton donnait en deux parties une combinaison aléatoire de sept de ses compositions.

En compagnie du tromboniste Ray Anderson – qui a remplacé, deux ans auparavant, George Lewis auprès de Braxton, et à qui il arrive ici de passer au saxophone alto –, du contrebassiste John Lindberg et du percussionniste Thurman Barker, Braxton fait alterner saxophones et clarinettes, distribue des plaintes graves ou des aigus répétés sur l’allure changeante de ses compositions.

Alors, le baroque entretient l’espoir d’un swing magistral avant de céder la place aux exclamations virulentes des instruments à vent, quand les développements anguleux hésitent entre la défense d’un rien de mélodie et les libertés accordées par les usages d’une improvisation déconstruite. Evidemment changeant, l’ensemble est aussi étourdissant.

CD: 01/ Part I 02/ Part II

Anthony Braxton - Performance (Quartet) 1979 - 2007 (réédition) - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.



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