Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

The Eastern Seaboard: Relapse (Tigerasylum - 2007)

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Jeune trio new-yorkais, The Eastern Seaboard revendique des influences allant de Coltrane à Sonic Youth, qui passent par l’héritage de la scène (post) rock de Chicago, pour donner à entendre, au final, une musique qui renvoie aux premières heures du free jazz.

Ainsi, Brent Bagwell (ténor), Jordon Schranz (contrebasse) et Seth Nanaa (batterie), oeuvrent en faveur d’un art brut, jazz direct rappelant celui de l’E.C.F.A., que l’usage de thèmes efficaces, les répétitions mélodiques et les zones de perturbations déconstruites, se disputent sans se satisfaire jamais de concessions tièdes.

Débonnaire (jusqu’à donner à l’enregistrement des airs de simple répétition enregistrée) et pour cela efficace partout, le trio sait aussi rendre acceptables des préoccupations plus réfléchies, comme sur No More Day & Night, titre sur lequel la section rythmique perturbe la quiétude de façade prônée par le saxophone. Frais, dynamique et enthousiasmant.


The Eastern Seaboard, Weather Habit. Courtesy of Tigerasylum & The Eastern Seaboard.

LP: 01/ Etta Place 02/ Gift of the Ghost 03/ Weather Habit 04/ Bad for Business 05/ A Broken Promise 06/ Solar Set 07/Pale Skies 08/ Potts County 09/ Missile Park 10/ Manifest Destiny 11/ No More Day & Night 12/ Victimology 13/ Western Myth

The Eastern Seabord - Relapse - 2007 - Tigerasylum Records.



PJ Harvey : White Chalk (Island, 2007)

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En abandonnant ses instruments habituels, PJ Harvey interroge les capacités de sa verve à résister aux tentations acoustiques... Pour un résultat aussi branlant que le piano qu’elle utilise.

Relativisant à juste titre les effets de la virtuosité instrumentale, PJ Harvey base le plus souvent ses compositions sur un gimmick porteur imposé au piano, avant de voir ensuite si l’inspiration saura légitimer un tel recours. Et le constat, d’apparaître mitigé : réussissant à mettre au jour de jolies pièces de musique inquiète – berceuse sombre de When Under Ether, ritournelle animiste de Dear Darkness, ou paraphrase plus sensible de Before Departure – au son de laquelle elle balade ses craintes de petite fille en paysages préraphaélites, Harvey noie le plus souvent ses complaintes sous les trombes dramatiques, en faisant peu de cas des effets analgésiques de la mesure. Au gré de ses tourments, elle dérive alors, sous le joug d’une emphase souvent déplacée, jusqu’à en perdre tout repère et rappeler soudain quelques pleureuses indécentes – Tori Amos sur The Piano, Mari Boine sur Silence.

Entre les deux, quelques rengaines d’un folk désincarné, peu dérangeantes mais vides malgré les confidences (Broken Harp). Et White Chalk, en définitive, de n’être que cela : un recueil taciturne de chansons similaires et de plaintes distribuées sur le mode de la répétition. En éprouvant le désir de changer son approche de la composition, PJ Harvey n’aura donc fait que tourner en rond sur un nouvel instrument, en faisant toute confiance à son inspiration. Or, douter un peu ne nuit jamais.

PJ Harvey : White Chalk (Island)
Edition : 2007.
CD : 01/ The Devil 02/ Dear Darkness 03/ Grow Grow Grow 04/ When Under Ether 05/ White Chalk 06/ Broken Harp 07/ Silence 08/ To Talk To You 09/ The Piano 10/ Before Departure 11/ The Mountain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Dominic Duval: Songs for Krakow (Not Two - 2007)

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Seul sur la scène de l’Alchemia de Cracovie, le contrebassiste Dominic Duval donnait en novembre 2006 sept improvisations et une reprise de Duke Ellington. Maintenant rassemblées sur Songs for Krakow.

En musicien remarquable, Duval maîtrise forcément son expérience solitaire, qui le mène à diffuser crescendo des contrastes ravissants : gestes emportés ou disciplinés, archet tempétueux et espoirs mélodiques ravivés par les pizzicatos, gimmicks appuyés ou progressions glissantes.

Frondeur, le contrebassiste ménage aussi une ironie implacable, qu’il instille à sa reprise d’In A Sentimental Mood, comme s’il s’agissait pour lui de relativiser l’importance des décisions prises, d’autant plus convaincantes qu’elles se refusent à être astreignantes : pour le musicien autant que pour l’auditeur.


Dominic Duval, The Kazimierz. Courtesy of Not Two.

CD: 01/ The Truth 02/ Cobble Stones (A Path) 03/ Where Do We Go From Here ? 04/ Images From The   Dark 05/ Synagogues (Where or When) 06/ Direct Conflict (Remember) 07/ In A Sentimental Mood (in memory of my Mother and Father) 08/ The Kazimierz

Dominic Duval - Songs for Krakow - 2007 - Not Two Records.


Susie Ibarra: Drum Sketches (Innova - 2007)

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Premier enregistrement solo d’une percussionniste entendue, entre autres, aux côtés de David S. Ware ou Derek Bailey, Drum Sketches promène Susie Ibarra le long de dix pièces électroacoustiques convaincantes.

Au rythme irrégulier d’interventions sur percussions creuses appliquées à répondre à quelques sifflements électroniques, d’une inspection aux balais de son set de batterie sur un décorum de field recordings mis en boucles, ou de l’usage d’un gong et d’un xylophone adeptes de résonances longues.

Deux fois, histoire peut être de se sentir moins seule, Ibarra investit dans son coin des enregistrements de musiques populaires extraites de quelles processions festives. Prenant le dessus sur la foule ou gardant ses distances, elle démontre partout la sûreté de son élégance, comme elle prouve ailleurs l’acuité de sa pratique.

CD: 01-10: Drum Sketches

Susie Ibarra - Drum Sketches - 2007 - Innova Recordings. Distribution Metamkine.


John Butcher : The Geometry of Sentiment (Emanem, 2007)

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Fait d’extraits de concerts récents, The Geometry of Sentiment donne à entendre John Butcher interroger en solo sa pratique des saxophones ténor et soprano. Des possibilités, aussi, apportées par leur amplification.

Au ténor, il dépose d’abord des notes longues et vibrantes – voire, tremblantes – avant de déclencher une série d’insistances (First Zizoku) abandonnées bientôt pour le développement frénétique et, dirait-on, naturel, de Second Zizoku. Là, le saxophoniste tourne, s’affole, multiplie les contrastes au son d’emportements et d’interventions plus mesurées.

Coinçant légèrement entre Anthony Braxton et Evan Parker sur But More So, Butcher s’éloigne des comparaisons évidentes sur Action Theory Blues, et ajoute à sa démonstration les expériences sonores qu’il fomente sur instruments amplifiés : sur A Short Time to Sing et Soft Logic, le voici évoluant sur quelques rebonds retouchés, revoyant la texture de ses interventions ou adoptant l’allure d’incantations amusées.

Reste l’improvisation délicate de Trägerfrequenz, sur laquelle Butcher soumet son jeu aux effets porteurs de l’écho, rêvant peut être à d’autres formes de prolongements que celle qui voudra que l’auditeur, pour avoir été charmé, revienne à cette exquise carte du tendre.

John Butcher : The Geometry of Sentiment (Emanem / Orkhêstra International)
Edition : 2007.
CD : 01/ First Zizoku 02/ Second Zizoku 03/ A Short Time To Sing 04/ But More So (for Derek Bailey) 05/ Action Theory Blues 06/ Soft Logic 07/ Trägerfrequenz
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Drake, Gahnold, Parker: The Last Dances (Ayler Records - 2007)

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La rencontre de William Parker, Hamid Drake et Anders Ganhold, en Suède, en 2002, avait donné lieu à la sortie d’un premier album : … And William Danced. Cinq ans plus tard, Ayler Records propose en téléchargement les beaux restes de l’enregistrement.

Le temps pour le trio d’interpréter d’autres danses : Slow Dance – lente progression de jazz désaxé – et Bow Dance – sur lequel le saxophoniste profite de l’appui de la section rythmique, rassurante malgré les changements qu’elle impose au déroulement du thème. En guise d’introduction et de conclusion, le swing altier d’Oh Shit, prêt à recevoir toutes formes de solos, et l’exposé de laminage mélodique discret de Dusk.

Comme sur … And William Danced, le trio redit l’efficacité de la rencontre, sur l’ingéniosité d’un contrebassiste et d’un batteur accueillis en Suède par Ganhold, qui ne cesse de diluer le discours d’Albert Ayler en potions personnelles et vertueuses.

Téléchargement: 01/ Oh Shit 02/ Slow Dance 03/ Bow Dance 04/ Dusk

Hamid Drake, Anders Ganhold, William Parker - The Last Dances - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.


Dexter Gordon: Live in ’63 & ’64 (Naxos - 2007)

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Ayant habité Copenhague pendant plus de dix ans, Dexter Gordon en aura profité pour parcourir l’Europe : afin d’enregistrer à Paris pour le compte de Blue Note, ou donner des concerts de la taille de ceux rassemblés sur ce film : datant de 1963 (en Suisse) et 1964 (aux Pays-Bas et en Belgique).

La première année, au Festival de Lugano, le saxophoniste, entouré du pianiste Kenny Drew, du contrebassiste Gilbert Rovère et du batteur Art Taylor, dispense un bop aux charmes limpides, pétri de cool, et adresse un hommage appuyé à Lester Young, en reprenant notamment You’ve Changed de Billie Holiday. L’année suivante, auprès du pianiste George Gruntz, du contrebassiste Guy Pedersen et du batteur Daniel Humair, il donne un concert en Belgique ou enregistre pour la télévision hollandaise : au programme, l’impeccable – à force d’avoir été étudiée par le ténor – Body and Soul, ou une version élégante de What’s New, thème que Coltrane avait investi plus tôt sur l’album Ballads.

A chaque fois, Dexter Gordon sert, révérencieux, une musique distinguée et opérante, qu’il dispense avec un certain détachement, autre preuve d’une maîtrise capable d’influencer quelques uns de ses confrères : Sonny Rollins, John Coltrane.


Dexter Gordon, Live in '63 & '64 (extraits). Courtesy of Naxos.

DVD : 01/ A Night in Tunisia 02/ What’s New 03/ Blues Walk 04/ Second Balcony Jump 05/ You’ve Changed 05/ Lady Bird 06/ Body And Soul

Dexter Gordon - Live in '63 & '64 - 2007 - Naxos. Distribution Abeille Musique.


Rudis, Custodio, Diaz-Infante : CRR Live (Pax Recordings, 2007)

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Après avoir enregistré ensemble l’album Crashing The Russian Renaissance, Ernesto Diaz-Infante (guitare), Andre Custodio (percussions) et Lx Rudis (électronique), improvisèrent en public CRR Live.

Parti au son d’une ambient expérimentale pas forcément originale (grondements divers et charges bruitistes, effets de masse côtoyant des silences, parasites et larsens), le trio installe ses manières avec plus de singularité lorsqu’il décide de s’impliquer davantage : la guitare désaccordée de Diaz-Infante répondant, répétitive, aux imprécations électroniques de Rudis, les interventions de Custodio sur darbouka éloignant la menace des souffles et sifflements qui s’immiscent un peu partout dans la conversation.

Déconstruit et belliqueux, CRR Live projette ainsi 31 pièces fulgurantes et une autre plus longue, qui imposent au final les directives à respecter de leur électroacoustique affolée.

Lx Rudis, Andre Custodio, Ernesto Diaz-Infante : CRR Live (Pax Recordings)
Edition : 2007.

CD : 01-32/ CRR Live
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Frans de Waard : Vijf Profielen (Alluvial, 2007)

frans de waard vijf profielen

Au  moyen de field recordings glanés sur les chantiers navals de Vlissingen, Pays-Bas, Frans de Waard construit un pièce d’une demi-heure qui traîne, en faisant usage d’un peu d’électronique, ses clichés métalliques le long d’un parcours plutôt abstrait.

Mouvements de machines anciennes laissant derrière elles une traînée de poudre fantôme, vents engouffrés en infrastructures décrépites ou éléments de verre au contraste rassurant, amassent leurs illusions en jouant de la stéréo jusqu’à l’amorce du long décrescendo qui mettra un terme aux ambitions évanescentes de Waard. Menées à bien, sur Vijf Profielen.

Frans de Waard : Vijf Profielen (Alluvial Recordings / Metamkine)
Edition : 2007.
CD: 01/ Vijf Profielen
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Marc Ribot: La corde perdue / The Lost String (La Huit, 2007)

marc ribot the lost string la corde perdue

En suivant le guitariste Marc Ribot dans les rues de New York, la réalisatrice Anaïs Prosaïc signe le portrait sobre et efficace d’un guitariste en quête d’expériences différentes.

Pas toujours heureuses, d’ailleurs, tant Ribot semble chercher davantage à multiplier les interrogations qu’à mettre la main sur une solution définitive. L’effet du doute, sûrement, mis en images : archives datant des années 1990 (tentatives inquiètes sur la scène de la Knitting Factory), témoignages d’anciens partenaires (Arto Lindsay), ou extraits de concerts auprès des Cubanos Postizos.

Ailleurs, le guitariste raconte ses origines familiales, donne tous les gages du père anxieux mais attentif, interroge la capacité de la musique à répondre efficacement à la marche du monde, enfin, ballade ses inquiétudes d’un continent à l’autre, sur lesquels il donne en représentations autant de gestes adroits que d’hésitations formelles. Comme en 2003, à Pau, où Prosaïc aura filmé l’interprétation de quatre morceaux en solo, pour n’oublier aucune des nécessités imposées par son sujet, et achever son film saisissant.

Anaïs Prosaïc : Marc Ribot. La corde perdue / The Lost String (La Huit)
Edition : 2007. Réédition : 2015.
DVD : La corde perdue / The Lost String
Guillaume Belhomme @ le son du grisli (2007 / 2015)



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