Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Preston Swirnoff: Maariv (Last Visible Dog - 2008)

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Inspiré par les musiques contemporaine, minimaliste et bruitiste, Preston Swirnoff emboîte avec Maariv le pas à ses influences, et tente de mettre bout à bout une série d’atmosphères sonores qui leur conviendraient.

Or, voici qu’il peine, pêche par naïveté sur un vieil orgue minuscule ou une guitare électrique (drones stériles de Maariv 2, tentatives délicates et vaines de Maariv 3) entre deux morceaux plus convenables sans, pour autant, être décisifs (grand piano attaqué par quelques parasites électroniques de Maariv 1, et traitement plus inventif du son sur Maariv 4). Reste aux pièces de Maariv, enregistrées en 2004 et 2005, de croire au progrès qui vient avec l’expérience.

Preston Swirnoff - Maariv - 2008 - Last Visible Dog.


Preston Swirnoff, Maariv 4 (extrait).

CD: 01/ Maariv 1 02/ Maariv 2 03/ Maariv 3 04/ Maariv 4



Charles Gayle, William Parker, Rashied Ali : Touchin' On Trane (Jazzwerkstatt, 2007)

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Réédition d’un enregistrement jadis produit par FMP, Touchin’ On Trane revient sur l’hommage à John Coltrane rendu par Charles Gayle, William Parker et Rashied Ali, en 1991 à Berlin.

Florilège de deux soirs de concerts, le disque assemble ses dédicaces au rythme imposé par l’ancien batteur du maître : celui de Giant Steps, d’abord, sur Part AGayle passant des aigus aux graves sous l’effet d’un grand solo d’Ali –  ou celui, toujours aussi soutenu, de Part C – le ténor évoluant dans les hauteurs quand Parker se charge d’ensevelir ses interventions sous des cordes qu’il accroche par deux.

Plus las, Part B et Part E donnent à entendre Gayle tituber pour avoir pris le parti d’une densité plus obscure, quand Part D déploie sur près de 30 minutes son incantation redoutable, faite des plaintes d’un ténor déchiré entre le souvenir du maître et l’affirmation nécessaire de l’élève et les emportements disparates d’une section rythmique éclatante. L’hommage à Coltrane soignée par l’ardeur de ses plus convaincants disciples. 

Charles Gayle, William Parker, Rashied Ali: Touchin' On Trane (Jazzwerkstatt)
Enregistrement : 1991. Edition : 2007.

CD : 01/ Part A 02/ Part B 03/ Part C 04/ Part D 05/ Part E
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

john coltrane luc bouquet lenka lente


Marc Ribot: Exercises in Futility (Tzadik - 2008)

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Sur Exercices in Futility, Marc Ribot s’adonne sur guitares de bois à l’art de l’impromptu. Le temps de 14 études et d’une passade jouant en faveur du motif répété.

Quelques techniques éprouvées – hammers, tirandos, pickings – et une pratique plus singulière – faite de notes soudainement précipitées et de cordes étouffées – emportent alors le guitariste, qui frôle souvent une mélodie pour mieux s’en éloigner, transforme en leçon de chose récréative l’interprétation d’une phrase à peine perçue.

Quelques clins d’œil, aussi : à une country expérimentale ou à la gamme pentatonique, blues plusieurs fois investi, comme pour contrecarrer les amas de dissonances et d’harmoniques cassant le rythme de l’entraînement auquel on veut nous faire croire. Et puis, une ode plutôt lâche à la répétition, rengaine entêtante aux notes distendues et distanciées, qui conclut l'heure convaincante du concept changeant et décisif.

CD: 01/ Etude #1 Five Gestures 02/ Etude #2 Morton 1 03/ Etude #3 Elvis 04/ Etude #4 Bombasto 05/ Etude #5 Lame 06/ Etude #6 Cowboy 07/ Etude #7 Ballad 08/ Etude #8 Groove ? 09/ Etude #9 Morton 2 10/ Etude #10 Min 11/ Etude #11 Ascending 12/ Etude #12 Mirror 13/ Etude #13 Wank 14/ Etude #14 Event on 10th Avenue 15/ The Joy of Repetition

Marc Ribot - Exercises in Futility - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.


Daniel Menche : Glass Forest (Important, 2008)

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Suite des explorations bruitistes de Daniel Menche, Glass Forest voit le musicien confectionner d’autres drones, amas de bourdons traînés au sol et série implacable de chocs indéfinissables, ou enregistrements sur le vif de rebonds partis à l’assaut de larsens longs.

Dense, l’expérience invite l’auditeur à renouer avec le grand œuvre de Menche, qui pense aujourd’hui à abandonner le format cd pour présenter d’autres formes de recherche sur vinyle.

Daniel Menche : Glass Forest (Important)
Edition : 2008.
CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Doppelmoppel : Outside This Area (Intakt, 2008)

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Née en 1982, Doppelmoppel est une formation réunissant deux guitaristes (Uwe Kropinski et Joe Sachse) et deux trombonistes (Conny et Johannes Bauer), qui enregistraient en 2007 leur troisième disque seulement.

Caractéristiques rares, donc, comme celles de la musique improvisée à laquelle renvoie Outside This Area, faite de réminiscences éclatées : swing autant que déconstruction, rock bruitiste et sérénade carioca. Grâce à l’intensification des échanges et au choix de plus en plus affirmé d’abandonner peu à peu un lyrisme qui le rassure mais le perd aussi, Doppelmoppel parvient à édifier un mélange original et opérant.

CD: 01/ Walk 1 02/ Walk 2 03/ Walk 3 04/ Walk 4 05/ Walk 5 06/ Walk 6 07/ Walk 7 08/ Walk 8 09/ Walk 9 10/ Walk 10 11/ Walk 11

Doppelmoppel - Outside This Area - 2008 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.



Horace Silver: Live at Newport ’58 (Blue Note - 2008)

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Cinq ans avant d’enregistrer son emblématique Song for My Father, Horace Silver se produisait sur la scène du Festival de Newport. Pour preuve : cet enregistrement inédit, produit aujourd’hui par Blue Note.

Aux côtés du pianiste, déjà, le saxophoniste ténor Junior Cook et le contrebassiste Gene Taylor, et aussi Louis Smith, trompettiste flamboyant, et Louis Hayes, batteur adroit capable de répondre aux cadres changeants de la musique de Silver : hard bop classique (version longue de Tippin’, Cool Eyes), digression latine (The Outlaw) ou blues aléatoire (Senor Blues).

Imperturbable, le quintette s’empare à chaque fois du thème pour en donner une autre version irréprochable, précise dans ses arrangements, adepte des lignes pures. Infaillible et serein.

CD: 01/ Introduction 02/ Tippin’ 03/ The Outlaw 04/ Senor Blues 05/ Cool Eyes

Horace Silver Quintet - Live at Newport ’58 - 2008 - Blue Note. Distribution EMI.


Two Bands And A Legend: I See You Baby (Smalltown Superjazz - 2007)

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Restes de l’enregistrement du premier album de Two Bands And A Legend – projet réunissant The Thing, Cato Salsa Experience et Joe McPheeI See You Baby présente trois reprises valant bien le pressage d’un EP.

Celle d’I See You Baby de Groove Armada, d’abord, sur lequel Cato Salsa prend l’ascendant, et commande les riffs efficaces prêts à porter la voix de Joe McPhee en personne. En fond, un baryton tare de ses graves une balance jusque là dévolue aux guitares. Plus anecdotique, la courte interprétation du Nation Time de McPhee, ouverte ensuite par un grand duo de saxophones évidemment free, mais poussive, bientôt, notamment à cause de l’inspiration peu convaincante du clavier.

En guise de conclusion : Our Prayer, thème signé Donald Ayler qui dépose en filigrane le portrait de son frère, hymne aylérien au carré sur lequel déraillent, intuitifs, les instruments à vent. Pièce, aussi, qui vaut presque à elle seul la raison d’être du EP.

CD: 01/ I See You Baby 02/ Nation Time 03/ Our Prayer

Two Bands And A Legend - I See You Baby - 2007 - Smalltown Superjazz. Distribution Differ-ant.


Kioku: Both Far and Near (Quiet Design - 2007)

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Partagés entre approche libre du jazz et leur intérêt pour les traditions musicales asiatiques, les trois membres de KiokuWynn Yamami (taiko, percussions), Ali Sakkal (saxophones) et Christopher Ariza (électronique) – rendent avec Both Far and Near une épreuve hésitante.

Pour ne pas savoir décider ni trouver le bon dosage entre recueillement oriental et grands emportements propres au free jazz, l’équilibre semble d’abord tenir, avant de céder bientôt. Sur les résonances des percussions, quelques moments décisifs, auxquels met un terme un saxophone tout à coup trop lyrique. Both Far and Near vaudrait donc aussi pour l’auditeur.


Kioku, Pinari (extrait). Courtesy of Quiet Design.

CD: 01/ Pinari 02/ Yatai Bayashi 03/ The Drum Thing 04/ Binalig 05/ Miyake 06/ Spirits 16

Kioku - Both Far and Near - 2007 - Quiet Design.


Hélène Labarrière: Les temps changent (Emouvance - 2007)

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Les temps changent. Auprès d’Hélène Labarrière : le saxophoniste François Corneloup (au baryton), le guitariste Hasse Poulsen et le batteur Christophe Marguet, ouvrent comme l’on s’y attendait sans qu’on y trouve à redire : Soizig, progression cyclique faite de grincements, qui plante le décors avant l’implacable crescendo (Un jour plus tôt) et le développement contrarié de Regard suspendu, rattrapé à grands coups de duos éclairés.

Et puis, le contraste terrible, entre le folk trop gentil de Good Boy – sur lequel un Poulsen aux arpèges clairs ne donnera pas de suite aux dissonances glissées sur le tard – et le retour à une pratique plus expérimentale qui met aux commandes un laisser-aller racé sur la Complainte de la Butte ou une fièvre bienfaitrice sur Histoire de collection.

Exposé ramassé, la conclusion oscille entre The Ex et Akosh S., et Les temps changent auront passés. Les compositions de Labarrière, aussi brillantes que sont investis les quatre musiciens.

CD: 01/ Soizig 02/ Un jour plus tôt 03/ Regard suspendu 04/ September The Bass 05/ Good Boy 06/ Une cure d’inefficacité 07/ Histoire de collection 08/ Une femme sous influence 09/ La complainte de la butte 10/ Donde estan ustedes

Hélène Labarrière - Les temps changent - 2007 - Emouvance. Distribution Abeille musique.


Steve Lehman : Manifold (Clean Feed, 2007)

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Après avoir tiré ses leçons de l’enseignement de professeurs tels que Jackie McLean et Anthony Braxton, restait au jeune saxophoniste Steve Lehman de mettre en pratique. Au Festival de Jazz de Coimbra, en 2007, par exemple.

A la tête d’un quartette classique d’apparence – trompette de Jonathan Finlayson, contrebasse de John Hébert et batterie de Nasheet WaitsLehman mène à l’alto un jazz encore influencé par l’avant-garde des années 1960 (celle de Max Roach, Don Cherry, ou Andrew Hill – dont il reprend ici Dusk) qu’il rafraîchit toutefois au son d’arrangements éclectiques et parfois audacieux.

Impeccable, la section rythmique pousse souvent dans ses derniers retranchements trompette et alto, qui plaident partout ailleurs en faveur de leur entente au son d’entrelacs réjouissants. Le temps, encore, d’un hommage amusé à Evan Parker, et l’enregistrement se termine, qu’il est alors obligatoire de conseiller.

Steve Lehman : Manifold (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2007.
CD : 01/ Interface D 02/ Is This Rhythm 03/ Dusk 04/ Interface F 05/ Interface C 06/ Cloak & Dagger 07/ Interface A 08/ Berceuse 09/ For Evan Parker
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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