Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

The Ex & Brass Unbound : Enormous Door (Terp, 2013)

the ex brass unbound enormous door

Depuis le temps, on sait bien que The Ex n’a pas besoin d’artifice pour se faire entendre, et même entendre bien fort. Pas besoin d’artifice, mais pourquoi pas d’artificiers ? Le Brass Unbound (Mats Gustafsson, Ken Vandermark, Wolter Wierbos & Roy Paci) qui l’accompagne de temps à autre en concerts n’apporte-t-il pas à son rock brut de décoffrage comme un souffle nouveau ?

Qu’ils portent à bout de gorges et de mentons l’air du morceau ou pousse les Hollandais à se surpasser dans les dissonances (Every Sixth Is Cracked), on ne regrette jamais l’effet des vents sur le groupe (et ce même lorsqu’on en arrive à frôler les Pogues, comme sur Our Leaky Homes). Huit musiciens sur scène qui s’y connaissent autant en déglingue improvisée qu’en éthio-jazz : que demande le peuple ? Et s’ils terminent en plus le CD avec le morceau qui sert d’habitude à débuter leurs concerts, il ne reste à l’auditeur plus que deux mots à dire avant le point d’exclamation final : diantrement efficace !

The Ex & Brass Unbound : Ernomous Door (Ex Records)
Enregistrement : 1-5 juin 2012. Edition : 2013.  
CD / LP : 01/ Last Famous Words 02/ Every Sixth Is Cracked 03/ Belomi Benna 04/ Red Cow 05/ Our Leaky Homes 06/ Bicycle Illusion 07/ We Are Made Of Places 08/ Theme From Konono No.2
Pierre Cécile © Le son du grisli

terrie ex paal nilssen-love gored gored

Gored Gored, c’est quarante minutes d’un concert du duo Terrie Ex / Paal Nilssen-Love enregistré à la Goutte d’Or dans le cadre de Sonic Protest en 2012. Guitare électrique contre batterie complète, médiator tranchant contre baguettes massives, guidées par une complicité peaufinée dans Offonoff, Lean Left et déjà sur CD avec Hurgu!, signent là un rock alternatif et tribal comme on en fait peu… à « décorner » les bœufs.

Terrie Ex, Paal Nilssen-Love : Gored Gored (Terp)
Enregistrement : 14 avril 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Gored Gored
Pierre Cécile © Le son du grisli



Jaboc Kirkegaard : Conversion (Touch, 2013)

jacob kirkegaard conversion

Sous la direction d’Anna Berit Asp Christensen et Niels Rønsholdt, l’ensemble danois Scenatet – ici Vicky Wright (clarinette), Andras Olsen (trombone), Kirsten Riis-Jensen (violon), Mina Fred (violon alto), Sofia Olson (violoncelle) et Mads Bendsen (percussions) – enregistrait il y a tout juste un an deux pièces de Jacob Kirkegaard.

Quittant le champ d’une électronique obnubilée par les aigus persistants, Labyrinthitis, premier sujet de Conversion, se frotte alors à l’acoustique de cordes, de cuivre et de bois. D’abord faite de bourdons aux ascensions parallèles, la pièce conte bientôt une histoire de régénération sonore à laquelle œuvrent des instruments qui soignent leur cohésion, et leur interprétation avec, à mesure que le temps passe – la superposition de lignes induites et toujours fragiles ayant pour plus bel effet de faire frémir l’assurance de la composition.

Church II – dont on trouve l’origine sur 4 Rooms que produisit jadis le même label – se souvient quant à elle de l’enregistrement des respirations d’une église abandonnée de Tchernobyl. Cette fois, Jacob Kirkegaard dévoile plusieurs couches de sons et d’ambiances que se disputent mirages et mystères. Conversion, d’avoir ainsi fait doublement effet.

Jacob Kirkegaard : Conversion (Touch)
Enregistrement : juin 2012. Edition : 2013.
LP / DL : A/ Labyrinthitis ll – B/ Church ll
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jeffrey Hayden Shurdut : Imaginary Control Systems (JaZt Tapes, 2011)

jeffrey hayden shurdut imaginary control systems

Oublier la médiocre prise de son de cet enregistrement (c’est le lot de toute la série JaZt Tapes) ne demande pas trop de difficultés tant la musique proposée ici possède suffisamment d’intérêt et d’atouts pour que l’oreille n’en retienne que l’essentiel. L’essentiel se joue en cette journée de juin 2007 : Jeffrey Hayden Shurdut (piano et synthétiseur), Luther Thomas (saxophone alto) et Lukas Ligeti (batterie) improvisent. Un appareil enregistreur, sans doute miniature, capte les improvisations du trio.

Le pianiste propose des pistes harmoniques. Le saxophoniste hausse le ton et regroupe ses multi-zébrures. Le batteur n’arrive pas toujours à canaliser ses frappes sèches. Ici, on ne fait que bifurquer, changer de direction. On propose, on accepte ou on rejette. Le trio est dans l’errance, dans l’irrésolu, dans l’aléatoire. On change de piste. On passe d’un clair-obscur (Science) au plus tonitruant des séismes (Love). On invente d’improbables mélodies ou on en emprunte de très vieilles. Et surtout : on ne s’interdit rien. Ne rien s’interdire : possible définition de l’essentiel ?

Jeffrey Hayden Shurdut : Imaginary Control Systems (JaZt Tapes)
Enregistrement : 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ Religion 02/ Science 03/ Love
Luc Bouquet © Le son du grisli


The Engines, John Tchicai : Other Violets (Not Two, 2013)

the engines john tchicai other violets

Hungy Brain de Chicago, le 15 mai 2011. The Engines accueillait un cinquième membre, éminent et solidement ancré au projet qui plus est : John Tchicai.

Du saxophoniste, le groupe interprétera Cool Copy, marche éléphantesque bientôt démembrée, couplée à une marche plus lente, Looking, signée cette fois Jeb Bishop, et puis Super Orgasmic Life que flûte et trombone fleuriront de fins entrelacs. Spécieuse, languissante, la langue en partage est réflexive et concentrée. Pour rappel : The Engines tire sa force de son répertoire, original et dérivant. Ainsi Nate McBride et Dave Rempis associent-ils deux de leurs pièces pour jouer de contrainte et d’unissons, de surenchère enfin sur solos libres (High and Low/Strafe) avant que Gloxina de Tim Daisy renoue avec la prudence recommandée par une atmosphère augurale.

La conclusion ira, elle, voir du côté d’une soul qui finira en débordements d’une cohérence que seule la réunion de ces cinq musiciens – plus qu’un hommage rendu à Tchicai, sa présence auprès de ses jeunes partenaires atteste une ligne d’action, voire de conduite, commune – pouvait assurer.

The Engines : Other Violets (Not Two)
Enregistrement : 15 mai 2011. Edition : 2013
CD : 01/ High and Low/ Strafe 02/ Gloxinia 03/ Cool Copy/Looking 04/ Super Orgasmoc Life 05/ Planet
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Alessandro Bosseti : Renard (Frac Franche-Comté, 2013)

alessandro bosetti renard

Une vidéo du Musée du Quai Branly a appris à Alessandro Bosetti que certains anciens, en Afrique, prédisaient l’avenir en perçant les mystères d'objets lancés devant eux. Le compositeur s’est essayé à cette pratique, mais pour en faire un disque. Avec Annette Stahmer, il a choisi les objets que l’on peut voir sur la pochette et avec le clarinettiste Laurent Bruttin et le guitariste Seth Josel, il s’est mis à déchiffrer leur combinaison à voix haute.

L’expérience a dû demander de la concentration, cela se sent dès les premiers instants d'une étonnante chanson baroque, et aussi de l’entregent car la musique de chambre de Renard est souvent impénétrable. La clarinette et la guitare se répondent quand Bosetti questionne le quotidien, le sens de l’image, la force des mots (on pense parfois à Satie récité par Raymond Devos comme à d’autres moments à I Am Sitting in a Room d’Alvin Lucier). Bien sûr, ses interrogations sont toutes transmises aux musiciens, qui réagissent. Et entre art conceptuel et musique, l’Italien et ses acolytes parviennent à maintenir notre attention… Connaissant Bosetti, ça, c’était prévisible !

Alessandro Bosetti : Renard (Frac Franche-Comté / Les Presses du Réel)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
LP : A1/ Perdre A2/ Des réponses A3/ Forme – B1/ La nourriture B2/ Polyforme B3/ Flirt B4/ Multiforme B5/ La vieille dame
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Phantom Orchard Orchestra : Trouble in Paradise (Tzadik, 2012) / Ikue Mori, Steve Noble : Prediction and Warming (Fataka, 2013)

phantom orchard orchestra trouble in paradise

Voici la liste des invitées au bal des fantômes de Zeena Parkins & Ikue Mori : Maja Ratkje (qui était déjà d'Orra), Hild Sofie Tafjord, Sara Parkins, Maggie Parkins, Shayna Dunkleman. Ce qui fait du beau monde sur CD : sept sorcières fantastiques dont on pouvait attendre en effet qu’elles remuent un coin de ciel…

Spécialistes en collages de toutes sortes et en bris de sons, Parkins & Mori unirent donc leurs efforts dans des performances parfois excentrico-hystérique (Over the Gap) ou des saillies hybrides pas franchement détonantes (Face) qui ont bien du mal à rivaliser avec d’autres groupes à trois lettres (POO contre DNA ou YMO). Souvent amusantes, rarement concluantes, le jeu des dames sait quand même se montrer surprenant, comme sur le folk barré de Sun Metal (la harpe orientale et les voix angoissantes) ou le folk féérique de Red Blue and Green. Pas suffisant toutefois.

Phantom Orchard Orchestra : Trouble in Paradise (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2013.
CD : 01/ Over the Gap 02/ Red Blue and Green 03/ Sun Metal 04/ Face 05/ Inner Reflection 06/ House for 7 07/ Laughter in the Dark 08/ Trap
Pierre Cécile © Le son du grisli

ikue mori steve noble prediction and warming

Sur la batterie remontée de Steve Noble tombent dès l’ouverture des 0 et des 1, s’ouvrent et se ferment des rideaux de pluie de synthèse, s’immiscent d’incongrues et parfois même facétieuses sonorités… Souvent capable seulement d’anecdotes, le dialogue du batteur et d'Ikue Mori arrive tout de même quelques fois à conjuguer cohérence et mystère, notamment lorsque le tambour fait tourner en satellites un lot d’illuminations électroniques (Combustion, Atmospheric Pressure).

EN ECOUTE >>> Montparnasse Derailment

Ikue Mori, Steve Noble : Prediction and Warming (Fataka)
Enregistrement : 16 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Seismic waves 02/ Montparnasse Derailment 03/ Combustion 04/ Convection 05/ Atmospheric Pressure 06/ Black Death (Steve’s March) 07/ Land of Famine 08/ Inferno
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Cyril Bondi, D’incise, Jacques Demierre, Jonas Kocher : Öcca (Bocian, 2013)

bondi demierre kocher dincise occa

Les bourdons et sifflements périssables, multipliés en conséquence, de l’accordéon de Jonas Kocher agiront une fois encore comme autant d’aimants. A eux, viendront dans un ordre ou un désordre que seul peut permettre l’improvisation de groupe – pas aussi fourni que l’Insub Meta Orchestra, celui-ci, mais imposant quand même –, le bruissement des cordes de piano que pince ou frôle Jacques Demierre, les rumeurs des caisses graves de Cyril Bondi, les ornements électroniques de D’incise.

C’est bientôt le battement d’un cœur que l’on soupçonne puis que l’on authentifie. Entre ses silences – courts mais parfois pesants, qui plusieurs fois en tout cas nous font craindre l’abandon –, il chante à force de tremblements orageux, de larsens contrits, de carillons presque éteints, d’harmoniques intimidées par leurs propres possibilités, voire formules… toutes sonorités qui, après avoir exploré tout l’espace, s’en reviendront droit au cœur large qui jadis les nourrit.

Cyril Bondi, D’incise, Jacques Demierre, Jonas Kocher : Öcca (Bocian / Metamkine)
Enregistrement : 29-31 août 2011. Edition : 2013.
LP : A1/ Telllre A2/ Scrae A3/ Rssac(s) – B1/ Iln Acynn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ernesto Rodrigues, Katsura Yamauchi, Carlos Santos : Three Rushes (Creative Sources, 2012)

ernesto rodrigues katsura yamauchi carlos santos three rushes

L’enregistrement né de la rencontre d’Ernesto Rodrigues (ici à la harpe et aux objets), Katsura Yamauchi (saxophone alto) et Carlos Santos (ordinateur), n’excède que de peu la demi-heure. Ce sont là trois plages, trois scènes, et aussi trois fois trois « précipitations », trois fois trois « hâtes ».

Pas toujours virulent, le produit des opérations électroacoustiques abonde en souffles découpés, cordes tremblantes, qui traînent avant de disparaître quand les larsens et parasites en liberté persistent, eux. Car Santos ne ménage pas ses efforts, multipliant les déstabilisations électroniques d’un champ acoustique déjà perturbé. A force de mouvement, les instruments en présence vous ont assigné une place : cœur de cible que dessinent les trois anneaux de sons qu’ils ont enchassés.

Ernesto Rodrigues, Katsura Yamauchi, Carlos Santos : Three Rushes (Creative Sources)
Enregistrement : 13 juillet 2010. Edition : 2012.
01/ Scene1: Cookie’s Birth 02/ Scene2: Cookie’s Role 03/ Scene3: Cookie’s Departure
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Nicola Lancerotti : Skin (dEN, 2013)

nicola lancerotti skin

Au fil du disque, les choses se précisent : indéniablement, beaucoup de choses descendent ici d’une certaine West Coast californienne. La nonchalance des souffles (Daniele Martini, Jordi Grognard), la largesse des tempos (Nelide Bandello), une contrebasse douce (Nicola Lancerotti) : nous sommes en terrain familier.

Plus beaux parleurs que beau hurleurs, les saxophonistes précisent leurs placements : dans l’enchevêtrement des lignes, en unisson consonants ou greffant – sans griffer – leurs bavardages aux sillages d’une douillette batterie. Pas plus les riffs que les contrepoints ne surchargent le cercle et l’étincelle que l’on voudrait voir éclore joue continuellement à l’arlésienne. Certes, ils savent éviter la préciosité mais le risque est grand de n’être qu’un de plus au milieu des autres. Parfois, l’écueil est évité et la magie opère. Moments rares et précieux que l’on se doit de signaler et de féliciter ici.

EN ECOUTE >>> Faking East

Nicola Lancerotti Quartet : Skin (dEN)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Quartet 02/ Faking East 03/ T.T.F.K.A.C. 04/ Trio 05/ Why? 06/ La quiete prima della tempesta 07/ Quartet III 08/ A Walk Before Dawn 09/ Duo 10/ Formiche notturne 11/ Quartet IV
Luc Bouquet © Le son du grisli


Jean-Claude Eloy : Kâmakalâ, Etude III, Fluctuante-Immuable / Etude IV... (Hors-Territoires, 2012)

jean-claude eloy kamakala

Il y a dans la vie d'un artiste une œuvre qui marquera l’image que l’on gardera de lui à jamais. Jean-Claude Eloy, c’est pour moi Kâmakalâ (1971). Son exécution demande du monde, tout comme Etude III (1969) et Fluctuante-Immuable (1977), c'est d'ailleurs ce qui a provoqué leur réunion en un CD.

Eloy, c'est l'ancien musicien sériel touché par l'esprit de l'Asie, l'ordonateur de notes sublimé par les sons monodiques, l'acousticien bouleversé par les possibilités de l'électronique... Quelle nécessité poussa cet homme à écrire Kâmakalâ (à écouter ci-dessous dans une autre version), qui fait converser les choeurs du WDR de Cologne sur des ellipses et des volumes différents avant le grand assaut final engagé par les instruments à vent ? Quelques années plus tard, après un passage par les studios de la WDR, Eloy compose Fluctuante-Immuable. Rendu ici par l'Orchestre de Radio France, sa musique est pluridimensionnelle, ses musiciens interviennent sur une large palette de couleurs et des timbres au jeu fantastique. C'est une érosion musicale d'audace et de mousson, fluctuante, immuable.
 
Encore étudiant lorsqu'il composa Etude III, Eloy donne au pianiste le rôle principal de l'orchestre, celui de l'éclaireur dans un paysage inhospitalier dont la route est damée de percussions. Si l'ouvrage répond aux codes d'une musique contemporaine ancrée dans son époque (le début des années 1960), il ne faut pas sous-estimer le document qu'est cette piste de transition. Elle permet d'établir une chronologie eloyienne qui éclairera tout son corpus.



Jean-Claude Eloy : Kâmakalâ, Etude III, Fluctuante-Immuable (Hors Territoires / Metamkine)

Edition : 2013.
CD : 01/ Kâmakalâ 02/ Etude III 03/ Fluctuante-Immuable
Héctor Cabrero © Le son du grisli

jean-claude éloy étude iv

Etude IV, c'est-à-dire le tableau abstrait et exclusivement électronique qu’Eloy composa pour l’UPIC (une interface graphique inventée par Xenakis) nous permet de reprendre notre chronologie. La folie chercheuse et créatrice de la pièce précède deux « grands blocs monolithiques » : … d’une étoile oubliée (1986) & La Grande Vague (1991). Sur ces deux chutes de grandes compositions, l’Asie reparaît : respectivement dans les percussions métalliques et dans un hommage frotté au peintre Hokusaï.  

Jean-Claude Eloy : Etude IV, … d’une étoile oubliée, La Grande Vague (Hors Territoires / Metamkine)
Edition : 2012.
01/ Etude IV : Points-Lignes-Paysages 02/ … d’une étoile oubliée 03/ La Grande Vague
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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