Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Le son du grisli : la revue

Body/Head : The Switch (Matador, 2018)

body head the switch

L’heure n’est plus à l’intention – presque déloyale sous ses airs de franchise – de tout dire, et de tout dire encore dès les premières secondes, pour laisser ensuite la première expression en suspens de longues minutes durant… la remplir de fulgurances, l’agacer de temps à autre au son d’une mésentente, l’abandonner enfin quand l’imagination peine à la déroule.

C’est que Body/Head n’est plus l’association d’une bassiste-icône et d’un post-ado que la guitare tourmente davantage que le quotidien : les bruits sont désormais bel et bien là, forgés et même assimilés au gré de combien de concerts, au point que même les disques – passage obligé encore, semble-t-il, malgré les « temps difficiles » – en sont pleins. Celui-ci, le dernier en date, s’ouvre sur le son d’un jack que l’on branche et rebranche dans une guitare électrique.

La guitare est le premier instrument du duo, la voix le second : Bill Nace hésite entre deux notes, vibre en conséquence ; Kim Gordon garde à tout jamais ou presque ses distances. Aguerris, ce sont-là deux véritables personnages jouant volontiers de faux-semblants, et pourquoi ne le feraient-ils pas ? De poses en postures, Gordon – qui donne de la voix comme jamais, depuis Dirty – et Nace font leur affaire de bruits divers : retours d’ampli, grésillements, arpèges las, motifs rabattus au médiator, replis en mélodie…

Et alors, donc ? Body/Head n’a que faire des genres – avec ses trois instruments combien en évoque-t-il au gré des séquences de The Switch ? Noise atmosphérique, post-indus, poésie sonore malade de ses propres mots, sentences valant musique et, même, chansons expérimentales changées en serments. Si les mots existent chez Body/Head, les mots peinent à dire ce qu’il se passe au son, c’est-à-dire ce qui arrive de plus beau : le grand disque, à ce jour, de l’association Gordon / Nace. Le plus beau disque, qu'est-ce à dire ?, de Body/Head.

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Body/Head : The Switch
Edition : 2018.
Matador
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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