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Festival Baignade Interdite : Rivières (Tarn), 2-4 septembre 2016

festival baignade interdite 2-4 septembre 2016

Vous en connaissez beaucoup, des festivals où les concerts se déroulent dans le grand bassin, le petit bassin et la pataugeoire ? C'est à « Baignade interdite », et nulle part ailleurs. Ce frais festival vient de connaître, du 2 au 4 septembre, sa cinquième édition. Il se déroule dans le Tarn, à Rivières, dans l'ancienne piscine désaffectée d'Aiguelèze. Outre le cadre, ce qui fait tout son charme, c'est l'ambiance : décontractée, festive, vacancière, jeune, ouverte, tolérante. Et la merveilleuse diversité de la programmation.

Chacun y trouve ses diamants. Pour nous, la pépite, ce fut, dimanche matin, Insub Meta Orchestra, dans un format à 20 musiciens. Ils n'ont pas joué, en plein air, dans un des bassins (pour d'évidentes raisons de besoin d'écoute), mais dans un lieu indescriptible : un ancien office de tourisme qui n'a jamais fonctionné, désaffecté lui aussi, et où il n'y a ni scène, ni sièges pour le public, ni véritablement d'espace continu, où les musiciens jouent devant un vide qui distribue des étages, celui en sous-sol, inutilisé, et celui du premier étage, où des spectateurs se pressent le long du garde-corps, autour de ce vide qui laisse monter la musique. Ces volumes, absolument pas pensés pour la musique, offrent une acoustique étonnante, réverbérante, profonde.

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L'Insub Meta Orchestra est dirigé par Cyril Bondi (percussionniste, mais qui ici joue de l'harmonium indien à soufflet) et d’incise (machiniste, pour dire vite, jouant ici du melodica à clavier et à tuyau). Dans une grande improvisation d'une heure, très construite et très dirigée, cette abondance de musiciens creuse le sillon d'une musique paradoxale, voire impossible, qui laisse la place au silence, qui fait respirer vingt instrumentistes d'un même souffle, ténu, imperceptible, puis de plus en plus puissant. Ce joyau musical et collectif se vit, se ressent, se vibre collectivement. Les trois séquences s'enchaînent avec une totale concentration, et le public, respiration suspendue, ne moufte pas : il sait que le silence fait partie de cette musique. Le silence est écouté comme des minutes signées John Cage. Même les quelques enfants présents dans l'assistance sont bouche bée. Première séquence. On est dans le ténu, le frottement, le glissement, le souffle, la respiration. Toutes les quatre secondes, Cyril Bondi tranche l'air avec son bras, et les frottements, glissements, changent de nature, imperceptibles variations collectives qui suscitent une intense écoute. C'est fascinant, subtil, perceptible. Un bonheur. Deuxième séquence. De la musique, du son, une vibration légère et harmonieuse de l'air. Puis du silence. Puis, avec d'autres instrumentistes, d'autres couleurs sonores, de la musique, une vibration, du son. Puis du silence. Les moments s'enchaînent, avec une grande place pour le vide, qui répond parfaitement à l'architecture invraisemblable du lieu. La palette sonore est infinie. Cette composition instantanée et collective, tendue, maîtrisée, fascinante, évoque inévitablement l'écriture de Morton Feldman. Le public est suspendu. Troisième séquence : un grand crescendo, tutti (outre les melodica divers, ordinateurs et autres instruments électroniques, il y a une contrebasse, une viole de gambe, une vielle à roue, un basson, deux saxophones, une flûte, un violon, une cloche tibétaine...). Sur deux notes, un demi-ton d'écart, et en faisant tourner la matière musicale, comme un nuage, dans ce lieu insensé, avec vibrations en réponse aux vibrations. Cette fois c'est à Giacinto Scelsi qu'on pense, avec ce travail sur les timbres. Si peu de notes et tant de musique ! Ce diamant était un des seize concerts de ces trois jours. Mais il y avait quoi d'autre ?

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Nous avons entendu des éructations punk réjouissantes et irrésistibles de Blurt, dans le petit bassin, samedi, avec le chanteur-saxophoniste Ted Milton, un monument surgi de la fin des seventies. Nous avons souri jusqu'aux oreilles avec Sourdure, de son vrai nom Ernest Bergez, violoneux, chanteur, et batteur avec les pieds, qui revisite le répertoire trad occitan, dans une couleur rustique électro, avec des échardes plein son bois mal dégrossi et un charme fou. Il jouait dans le pédiluve, vendredi. La même soirée, dans le grand bassin, un duo. Elle, à la batterie, commence sur le mode niais d'une débutante appliquée. Puis, très vite, se déchaîne avec une fureur jouissive. C'est Valentina Magaletti, qui forme avec le guitariste-élecronicien Tom Reelen le groupe anglais Tomaga. Tomoko Sauvage, dans le même espace que l'Insub Meta Orchestra, a installé, le samedi matin, des saladiers remplis d'eau, avec des micros plongés dedans. Une simplicité de moyens, des gobelets en hauteur d'où coulent des gouttes d'eau, des accessoires électroniques basiques, pour une musique très minimale, parfois trop... Un mot de Kim Myhr, Norvégien qui explore les résonances de sa guitare douze cordes. Il jouait dans l'église de Carla, à Castenau-de-Lévis (première délocalisation pour Baignade interdite). Pour être franc, il faut dire que, parfois, son acharnement à jouer du plectre sur toutes les cordes, très vite et sans la moindre pause, peut fatiguer l'auditeur. Ici, avec la même technique, dans ce lieu qui sonne bien, et avec le public assis partout, par terre jusque sur la scène, le même acharnement a révélé les sons diffus, la mélodie fantomatique et subtile qui surgit de cet océan furieux et plane, en battements nuageux, au-dessus de la mêlée. Une expérience, acoustique et artistique, de 35 minutes. Il n'en fallait pas plus, mais on a touché un bout de l'aile de l'ange.

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Anne Kiesel © Le son du grisli

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Tomoko Sauvage : Ombrophilia (Aposiopèse, 2012)

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Des quatre éléments, l’eau est sans doute le préféré de Tomoko Sauvage. Parce qu’elle en joue, après en avoir rempli des bols de porcelaine. Ombrophilia – réédité trois ans après sa première parution sur le label And/Oar – permet d’entendre les « waterbowls » (comme Sauvage les appelle en anglais).

Les expériences datent de 2006 à 2008 et sont le fruit de re-recordings et de field recordings. Evi-emment, l’eau est partout présente. Elle peut goutter, clapoter, mais aussi bien pousser une note cristalline. Alors que le toucher hydrophonique est léger et que Tomoko Sauvage est bienveillante, c’est une tendre poésie qui finit par vous éclabousser.

Tomoko Sauvage : Ombrophilia (Aposiopèse)
Enregistrement : 2006-2008. Réédition : 2012.
LP : 01/ Amniotic life  (one) 02/ Raindrop exercise  (one) 03/ Mylapore 04/ Making of a rainbow 05/ Jalatarangam revisited 06/ Amniotic life (two) 07/ Raindrop exercise  (two)
Pierre Cécile © le son du grisli

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