Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Gregory Büttner : Tonarm, P.S. (Fragment Factory 2017)

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Les dernières nouvelles reçues de Gregory Büttner provenaient de son propre label, 1000füssler : Wenn Uns Jemand Hört - Sag - Wir Haben Einfach Kurz Luft Geschnappt était un petit disque sur lequel l’intéressé faisait une belle musique de crépitements et du chant d’objets divers. Sur les labels Hideous Replica ou Herbal International, seul ou accompagné par la trompettiste Birgit Ulher, il avait plus tôt intéressé au son d’épreuves toujours différentes, qu’elles fussent électroacoustique ou concrète.

Sur cette cassette Fragment Factory (l’étiquette allemande lui assurant une sorte de « promotion »), Büttner compose sur des plaques tournantes qui nous renverront bientôt à l’oreille l'une de ses préoccupations : la rumeur qui rôde, sa lente déformation, sa disparition enfin. Maître d’un jeu de roulette unique sur lequel il balance combien de nouveaux objets, le musicien compose avec désinvolture. En seconde face, déclenchant une cascade de boucles et de silences, il impressionne même : car, chez Gregory Büttner, le grain de sable arrive toujours, qui grippe le ronron expérimental. Même prévenu, l’auditeur ne peut qu’y trouver son compte.


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Gregory Büttner : Tonarm, P.S.
Fragment Factory
Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © le son du grisli



Fuji Yuki, Michel Henritzi, Harutaka Mochizuki : Shiroi Kao (An'archives, 2018)

lsdg4150Cette chronique de disque est l'une des 90 que l'on peut lire dans le quatrième numéro papier du son du grisli, en plus d'une longue interview de... Harutaka Mochizuki

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Où l’on retrouve Harutaka Mochizuki : première et dernière des quatre plages de ce disque de Michel Henritzi échangeant (en duo) au Japon avec le saxophoniste et la vocaliste Fuji Yuki. C’est que, tout en poursuivant son œuvre de défricheur et de passeur, Henritzi remet sur le métier son art personnel – à Philippe Robert, il confiait ainsi dans Agitation FrIIte : « J’ai enregistré avec À Qui Gabriel des reprises de chansons enka, joué des chansons de Kazuki Tomakawa à Tokyo et l’accueil était plutôt bon. Ma seule ‘’fierté’’, c’est qu’on m’ait dit plusieurs fois que ma musique semblait habitée par la musique japonaise : pour moi, c’est le plus beau compliment. »

À Shizuoka avec Mochizuki, Henritzi apparaît – « Je suis passé de la guitare au lapsteel, qui ouvre de façon incroyable de nouvelles approches et me semble être un instrument sous-employé dans ces musiques, comme la vielle à roue qu’on redécouvre aujourd’hui. » – en dérouleur de nappe épaisse sur laquelle fleurissent des bourdons et va le saxophone empêché d’abord, saisissant ensuite. Faits pour s’entendre, les deux hommes adaptent leur langage singulier et en créent un troisième. Tsuki No Kage le redit : Mochizuki commence seul, que le guitariste rejoint en glissant : c’est alors une Western Suite réinventée à l’Orient.

À Shizuoka avec Yuki, Henritzi intervient aux guitares, aux percussions et au banjo, pour accompagner un autre chant énigmatique. Sur un léger écho, Yuki progresse à distance, comme en élévation même ; ses vocalises, à l’air fragile mais qui persistent, se promènent dans une forêt de cordes qu’elles finissent par envelopper. C’est la fin, notamment, de We Turn In the Night Endless, beau chant de brume que l’on pourrait laisser filer une journée entière. De quoi revenir souvent à ce beau disque (c’est la loi de la maison) An’archives.

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Fuji Yuki, Michel Henritzi, Harutaka Mochizuki : Shiroi Kao
An'archives
Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


David Grubbs, Taku Unami : Failed Celestial Creatures (Empty Editions, 2018)

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Les structures des chansons de David Grubbs – puisqu’il s’agit bien, chez David Grubbs, toujours, de chanson – sont particulières. Propres à lui, qui souvent décide d’une ouverture dans laquelle s’engouffrer ou d’une nouvelle direction à suivre. A la mélodie première, il reviendra ; mais entretemps bien des choses se seront passées. Et puisque les frontières, en musique, ne sont plus qu’un mirage, Grubbs continue d’interroger ses manières au contact de partenaires doués d’improvisation : Mats Gustafsson, Nikos Veliotis, Nate Wooley et Paul Lytton hier, aujourd’hui Taku Unami.

Une corde basse de guitare et deux cordes pincées du reste de l’accord suffisent à ouvrir la première des deux pièces enfermées sur ce vinyle : Failed Celestial Creatures, sur laquelle le duo trouve un équilibre – un léger bourdon le soutenant, sorti sans doute de l’ordinateur d’Unami – qui l’engage à gagner en vitesse puis en effets ; d’un bout à l’autre de la face, les cordes de guitare tremblent alors, et puis ce sont vos enceintes.

En seconde face, les guitares tremblent encore, mais la chanson (The Forest Dedication) délivre un texte : le parlé-chanté de Grubbs suit ainsi le cours d’une ballade que n’aurait pas renié le Charlie Haden de Beyond the Missoury Sky : le premier médiator égrène lentement une guitare électrique, le second trouve comme par enchantement le chemin des fioritures. La voix, elle, n’a plus qu’à conter. Suivent quatre Threadbare, courtes pièces instrumentales que se disputent combien de motifs (nés d’un tapping, d’un glissando et puis d’un patient égrenage…). Autant d’autres chansons – quatre versions, tout compte fait, de la même – dont les structures changent sous le coup d’une commune imagination.

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David Grubbs, Taku Unami : Failed Celestial Creatures
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Enregistrement : 7-9 août 2017. Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton : Music For David Mossman (Intakt, 2018)

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Dans les notes qu’il signe pour ce nouvel enregistrement du trio qu’il forme avec Barry Guy et Paul Lytton, Evan Parker rend hommage à John Stevens avant de revenir sur sa longue collaboration avec une paire rythmique d’exception : « J’ai rencontré Paul Lytton pour la première fois en 1967 à l’occasion d’un festival de musique qui se tenait dans un parc de Birmingham où je jouais en duo avec John… »

Compagnons du London Jazz Composers Orchestra de Barry Guy, Parker et Lytton ont joué en duo puis, dès 1980, en trio avec le contrebassiste. Si Tracks, le premier enregistrement de l’association, a paru en 1983 sur Incus, son œuvre a été publiée par une pléiade de labels (Emanem, Leo, Marge, Clean Feed, CIMP et bien sûr Maya et psi) que vient aujourd’hui grossir Intakt.

Ce sont-là deux sets enregistrés le 14 juillet 2016 au Vortex de Londres et quatre pièces que le trio dédie au fondateur du club, David Mossman. Solos, duos, trios : les combinaisons changent et, avec elles, les directions de cette nouvelle et saisissante épreuve d’improvisation libre. Et puisque les musiciens, en plus d’être capables, sont depuis longtemps intimes, ils adaptent leurs discours personnels sans jamais faillir : ce sont Guy et Lytton qui s’expriment avec une même retenue (II), Parker qui invente en frénétique à la suite de Lytton (III), Guy qui rejoint Parker au son d’un archet fragile (IV)… Quant à la première pièce du disque, sa mise en place augurait une heure fabuleuse. Et c’est ce qui est arrivé. 

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Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton : Music For David Mossman
Enregistrement : 14 juillet 2016. Edition : 2018.
Intakt Records  / Orkhêstra International
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Yann Leguay : Ground (Tanuki, 2017)

lsdg4150Cette chronique de disque (cassette) est l'une des 90 à lire dans le quatrième numéro papier du son du grisli, à commander d'urgence !

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Yann Leguay est un artiste sonore belge. Un Belge sonore. Et c’est ce qui nous rapproche (notez que nous ne nous connaissons pas : c’est juré). Sur la première face de cette cassette il se promène en clamant (en douce) partout « Here I Am ».

Sauf que cette phrase est à peine entendue par le monde qui l’entoure (Yann Leguay) qu’il est déjà à quelques mètres (Leguay Yann). J’aime la poésie sonore, et son ego trip me va très très bien d’autant que comme Marc j’ai reconnu des enfants là-dessus. Mais surtout parce que Yann Leguay a un rire en pointe.

J’en déduis alors qu’un Belge sonore qui rit, eh bien, c’est un vrai Belge. Et un vrai Belge, c’est déjà ça. Je retourne la cassette et c’est tout différent : une sorte d’electroldschoomenampli faite comm' ein' beat d'ours. Et pour un grisli, ein’ beat d’ours c’est l’occase de rêve comme on dirait chez Stefantiek : entre la poésie sonore et la tech minimaliste, on pourra bien passer pour des Belges qui parlent aux Belges, mais alors ? Ça me goûte ! 

PS : Rien ni personne n’est infaillible, même pas un chroniqueur du son du grisli, hélas. Ici, deux erreurs : Yann Leguay n’est pas Belge mais Français (Pierre, m’entends-tu ?, est-ce par un fait exprès ?) ; et sur Here I Am, ce n’est pas Yann Leguay qu’on entend mais Brad Downey (que Leguay enregistre). Décidemment, impossible de se fier à la Belgique ! [gb]



Harutaka Mochizuki : Through the Glass / Short Short (Armageddon Nova, 2017)

lsdg4150Cette chronique de disque est l'une des soixante-dix que l'on trouvera dans le quatrième numéro papier du son du grisli, en plus d'une longue interview de... Harutaka Mochizuki

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Il y a presque quinze ans paraissait Solo Document 2004, premier disque du saxophoniste – et chanteur – Harutaka Mochizuki. En quatre improvisations, le jeune homme prouvait que d’un souffle voulu difficile pouvait naître une expression certaine. Au jeu des comparaisons, on pouvait oser les noms d’Albert Ayler ou de Martin Küchen, mais quelque chose n’allait pas. Les provocations de Mochizuki cachaient de toute évidence autre chose qu’une énième révérence au free jazz ou à l’improvisation libre.

Déjà en 2004, un air – pour ne pas dire une mélodie – s’insinuait au fil de l’exercice : au creux d’un souffle timide ou derrière un sifflement, une habile soustraction de notes ajoutant sans cesse au contenu musical. Aujourd’hui, le mystère reste entier et, même : après l’écoute de Through the Glass et de Short Short, deux nouveaux solos de saxophone, n’a-t-il pas épaissi ? Mochizuki a beau dire qu’il a passé du temps entre son premier solo publié et ces deux disques-là, la première intention est la même : chanter la bouche fermée par le bec d’un alto.

Vingt minutes et puis dix, voilà pour Through the Glass. Aux souffles embarrassés pourront succéder des sifflements et à un chapelet de notes amoindries un bruyant dérapage : le saxophoniste n’abandonnera jamais la mélodie étrange qu’il a construite sans même que l’auditeur s’en aperçoive. Mais lorsque le motif l’atteint enfin – ce Summertime rebelle mais qui vacille –, ce-dernier comprend qu'il n’a pas été à la hauteur. Trop distrait, ici, pour saisir telle nuance, trop occupé ailleurs à chercher, en lieu et place du musicien, une conclusion à son exercice. Pouvait-il s’attendre alors, pour finir, à ce bruit de verre brisé ? 

La seconde pièce de Through the Glass pourrait faire l’effet d’une ligne tracée à la craie sur un tableau noir. C’est donc l’histoire d’une trace et celle d’un passage, ce que redit Short Short en deux très courtes faces. C’est là une cassette tirée à 51 exemplaires, certes, mais toujours différente puisque Mochizuki les a enregistrées l’une après l’autre en combinant deux morceaux tirés de manière aléatoire d’un répertoire de dix. Quelle mélodie l’auditeur entendra-t-il alors ? Acceptera-t-il d’ignorer jusqu’au titre des deux pièces qu’il possède ?

La bande tourne déjà : le passage a commencé et la trace se laisse entendre au gré de la progression d’un alto fragile. Derrière le premier souffle il y a une, deux ou trois notes à la peine et des bruits impromptus : il y a surtout un air qui reviendra plusieurs fois, disparaîtra ensuite, reviendra à nouveau. Aussi fragile que l’instrument duquel il est sorti, aussi iconoclaste que le musicien qui l’a inventé. C’est une somme de mystères qui provoque une exceptionnelle attente.

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

 

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Entrechoc : Aux antipodes de la froideur (Trace / Bloc Thyristors, 2018)

lsdg4150Cette chronique de disque est l'une des soixante-dix que l'on trouvera dans le quatrième numéro papier du son du grisli. Qu'il faut commander, et même : dès maintenant !

entrechocs antipodes

C’est là – après Brigantin (avec Conrad et Johannes Bauer et Barry Guy) et L’étau (avec Keith Tippett, Michel Pilz et Paul Rogers) – la troisième (et dernière, faut-il croire) belle boîte de tissu estampillée Trace / Bloc Thyristors à renfermer des associations nées dans l’esprit de Jean-Noël Cognard, batteur qui improvise mais, d’abord : organise.

Organiser : pour un improvisateur, qu’est-ce à dire ? C’est qu’il en faut, des improvisateurs qui ne font pas qu’improviser sur demande, contre cachet, etc. Mais qui organisent aussi. Et qui imaginent, même : des associations nouvelles, respectueuses (de ce qui a été fait plus tôt) et concrètes enfin. L’organisation n’interdisant pas l’inspiration, c’est donc là, pour la troisième fois, une boîte de couleur qui en contient combien d’autres ? Non pas 5, mais au moins 5 au carré ; ce qui nous fait 25…  bien. Or, à bien compter, puisqu'il faut toujours compter désormais et partout, on est en fait encore loin du compte.

Car d’une couleur à l’autre – voilà enfin (troisième paragraphe) les intervenants qui ici font impression : Michel Pilz (clarinette basse), Mark Charig (trompette), Quentin Rollet (saxophones), Marcio Mattos (contrebasse et violoncelle) et Jean-Noël Cognard (batterie) –, des rapprochements sont envisagés, qui bientôt « bavent ». Or, c’est dans la bave que l’amateur de musique créative trouve généralement son compte : dans le son de trop comme dans le silence : quelle est la différence ? Moins souvent dans l’accord tandis qu’il se fait entendre ; jamais, ou presque, dans l’unisson.  

Ravi donc, l’amateur. Pour ce qui est des couleurs : bleu de Sienne (le jazz créatif des années 1960), ocre de Provence (c’est l’improvisation, au soleil, chapeau de paille jusqu’au nez), noirs de partout (ce que c’est qu’un tempérament, il faudra faire avec). Alors le quintette va : deux jours passés en studio en 2017 à Chatenay-Malabry et puis un concert donné un peu plus tard aux Instants Chavirés. A chaque fois, disques noirs ou disque rouge, c’est le fruit d’un compagnonnage Cognard, d’une confrérie non pas du souffle mais de la claque, qui vaut caresse – allez expliquer ça aux curetons de la « société civile ». Et puis non, n’allez pas expliquer, soyez à la hauteur de ce que vous avez entendu : gardez ça pour vous, et pour eux encore davantage. [gb]

 


Anthony Braxton : Solo (Victoriaville) 2017 (Victo, 2017)

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 anthony braxton solo victoriaville 2017

S’il est moins prolifique, il est toujours là, l’ami Anthony Braxton. Le plus souvent, à Victoriaville. Aujourd’hui (ou plutôt hier : 21 mai 2017), il n’avait pour compagnon que son seul saxophone alto. Si ce n’est une version enlevée de Body & Soul, les compositions sont de sa plume (on rassure le lecteur : point de Ghost Trance Music ici).

Ample, n’excluant pas le lyrisme (mais un lyrisme humain, nervuré), Braxton recentre son souffle sur la mélodie. Insistant sur une note, oubliant la dérive, il s’invite maintenant en soubresauts continus et obsession mordante (Braxton, quoi !). Maître des périples, gravant les hauts sommets avec l’assurance des vieux briscards, il s’enroule et griffe comme jamais. Modulant le souffle en un continuum soyeux, il incorpore aux volutes d’insolentes multiphoniques, concasse-strie l’ultra-aigu avec délectation, escalade les chromatismes avec décontraction. Bref, Braxton tel qu’en lui-même : un insaisissable du souffle, un improvisateur intensément atypique.

Anthony Braxton : Solo (Victoriaville) 2017
Victo / Orkhêstra International
Luc Bouquet © Le son du grisli

 

 


The Clifford Thornton Memorial Quartet : Sweet Encores (Not Two, 2018)

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Au bout d'une vingtaine de jours, le son du grisli termine sa semaine française, organisée à l'occasion de la parution du deuxième volume d'Agitation Frite de Philippe Robert. Après Richard Pinhas, Romain Perrot, Jean-Jacques Birgé, Jean-Marie Massou et le trio Rollet / Rollet / Foussat, c'est Daunik Lazro (et Foussat encore) dans ce Clifford Thornton Memorial Quartet...

Quitte à tourner en rond – voire à se mordre la queue –, il faudra conseiller la lecture du livre (épuisé) de Garrison Fewell, De l’esprit dans la musique créative, dans lequel Joe McPhee raconte au guitariste : « C’est Clifford Thornton qui m’a amené la première partition écrite de jazz que j’ai jamais jouée. (…) Plus tard, j’étais avec lui quand il a acheté un trombone à pistons qu’il a utilisé sur certains enregistrements. Sur la couverture de Freedom and Unity, je crois qu’il y a un dessin de lui et de son trombone. »

Ce n’est donc pas un hasard si c’est au trombone (à coulisse, certes) que Joe McPhee ouvre ce concert donné à l’été 2017 au Niskelsdorf Konfrontationen par The Clifford Thornton Memorial Quartet – projet dont c’est là la première et (pour le moment) la seule « incarnation » et qui donne à entendre aussi Daunik Lazro (saxophones baryton et ténor), Jean-Marc Foussat (synthétiseur analogique et voix) et Makoto Sato (batterie). En termes d’association, Thornton aurait pu rêver pire.

En 2017, celui qui fit tout son possible pour retrouver le trombone que son ami s’était fait voler – or, « il n’a pas voulu le récupérer, il m’a dit : Garde-le, tu n’as qu’à en jouer. Je l’ai donc gardé et depuis je joue avec. Dans le Chicago Tentet, par exemple » – lui rend aujourd’hui hommage au son de Sweet Oranges. Une marche, solitaire, faite malgré tout sous surveillance (celle des partenaires de l’instigateur de l’hommage en question), bientôt « perturbée » par des présences de taille.

Aux maîtrises attendues de McPhee et de Lazro répondent ainsi l’intuition de Foussat (dont l’instrument projectile ou guimbarde) et l’insistance (toujours régénérante) de Sato. Pourrons-nous encore dire que le discours est « free » ? Non, certainement pas. Le dérapage ne fait pas la liberté, et ceux que ce disque contient ne font que développer un propos réfléchi, autrement incendiaire, en plus d’adresser un saisissant hommage.

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The Clifford Thornton Memorial Quartet : Sweet Encores
CD : 01/ Sweet Oranges 02/ Encore
Not Two, 2018
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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The Ex : 27 Passports (Ex, 2018)

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Tandis que je mettais un terme à l’écriture d’un prochain best-seller – c’est une simple supposition – intitulé « Pourquoi en finir avec les voyages », voilà que paraît le nouvel album de The Ex, 27 Passports. Vingt-sept, pensai-je, les pauvres.

Trop d’obligations, de contraintes et d’atermoiements, en effet, dans ces transports de bétails qui déverseront à distance de l’endroit qu’ils « occupent » leur encombrement inapte, certes, mais soulevé (quand même) par la lecture du dernier Sylvain Tesson. Mais vingt-sept passeports, qu’est-ce à dire ? Par musicien ? Chaque année ? On sait pourtant que les conditions sont désormais difficiles, des groupes qui voyagent parmi les troupeaux d’ingénus qui mangent des kilomètres pour se les comparer sur Facebook…

Mais puisque The Ex est revenu de l’expérience – d’Afrique, notamment, à la fois réalité et fantasme qui interroge son art depuis Mudbird Shivers et l’influence depuis sa première tournée en Ethiopie –, rendons-lui hommage. A ses formules répétitives, à ses rengaines martelées, l’Afrique a redonné une direction, pour ne pas dire un sens, dont profitent pleinement Soon All Cities, The Heart Conductor, Birth ou The Sitting Chins.

Ailleurs, c’est un Ex historique, mais vaillant à hauteur : les motifs répétés à satiété trouvant leur raison d’être dans une poésie qui ne peut être envisagée que « de front » (This Car Is My Guest), les accrocs de guitares renvoyant au temps où le Dog Faced Hermans (Andy Moor) ne faisait pas encore partie de The Ex (Piecemeal). Et c’est déjà le retour en première plage : Arnold de Boer affirme que toutes les villes se ressemblent et qu’il n’est qu’une urgence : la fuite.

La fuite, c’est d’accord, mais en chansons. Car The Ex est encore capable de chansons – peu de groupes nés dans les années 1980 peuvent en faire entendre autant – qui nous réconcilieraient presque avec le goût du voyage, voire nous en redonnerait l’envie : que The Ex se produise dans cet endroit éloigné [tous les concerts sont ici], et alors nous irons.

27-passports-cover-600The Ex : 27 Passports
Ex
Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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