Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Dave Rempis' Aerophonic Expéditives

dave rempis aerophonic expeditives

S’il a déjà autoproduit quelques disques par le passé – deux Ballister, notamment –, Dave Rempis n’avait, jusque-là, pas éprouvé le besoin de donner un nom à leur « étiquette ». Aujourd'hui, les choses ont changé : son label a pour nom Aerophonic.

phalanx

Rempis Percussion Quartet : Phalanx (Aerophonic, 2013)
La première référence Aerophonic documente, en deux disques, le développement du Rempis Percussion Quartet. En concerts – à Milwaukee le 12 juin 2012 et à Anvers le 25 avril 2012 –, la batterie double (Daisy / Rosaly) et la contrebasse (Haker Flaten) invectivent quand Rempis s’amuse avec brio à leur faire perdre leurs repères : ainsi, louvoie-t-il ici pour exacerber ailleurs les tensions contenues en courts motifs qu’il répète. Alto, ténor et baryton, nerveux tous, jouent de l’étincelle et de la cogne avec un art toujours épatant.

boss of the plains

Wheelhouse : Boss of the Plains (Aerophonic, 2013)
En Wheelhouse, formé en 2005, Rempis côtoie Jason Adasiewicz (vibraphone) et Nate McBride (contrebasse). En concert à Chicago (Izzy’s Palace) le 9 octobre 2010, le trio progresse à pas feutrés, flottant parfois, sur dix pièces inquiètes de format chanson. De Song Sex Part 1 à Song Tree – et exception faite sur ce Song for Teens plus tourmenté –, Wheelhouse développe un air d’Easy Way qui cache de belles étrangetés (cet archet grave qui embrasse les longues notes d’alto sur Song Hate, première de toutes).

second spring

Dave Rempis, Tim Daisy : Second Spring (Aerophonic, 2014)
Enregistré en studio le 20 mai 2013, Second Spring poursuit les efforts entamés en 2005 par le duo avec Back to the Circle. Le souffle mis au service d’autres motifs courts n’empêche pas la confection d’un patchwork bigarré : les échanges vifs, les réflexions mêlées et les accords soudains redisent l’entente de partenaires qui se connaissent bien : l’un, souffleur de notes grisantes ; l’autre, carillonneur d’avant-poste.  

aphelionDave Rempis, Joshua Abrams, Avreeayl Ra : Aphelion (Aerophonic, 2014)
Extraits de trois concerts datés de 2013, Aphelion donne à entendre Dave Rempis (alto et baryton) aux côtés de Josh Abrams (contrebasse, gambri et petite harpe) et Avreeayl Ra (percussions). Entre deux légères impressions d’Afrique (évocations sans doute de celle que Rempis a jadis connue), Abrams et Ra, s’ils peinent à enthousiasmer, démontrent quand même une force qui enjoint le saxophoniste à dévier beaucoup. Lui trace alors presque autant de directions qu’il dessine de lignes : instable, l’invention de Rempis est autrement pertinente.

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Sergio Sorrentino, Machinefabriek : Vignettes (Fratto9, 2013) / CMKK : Gau (Monotype, 2013)

sergio sorrentino machinefabriek vignettes

On aurait bien vu Rutger Zuydervelt alias Machinefabriek à l’affiche du récent Stream Machines. Toutefois, au lieu de suivre le panneau Den Haag, c’est du côté de l’Italie de Sergio Sorrentino que les pas du Rotterdamois se sont dirigés pour des Vignettes nuancées et délicates (mais…).

Très présente, l’électronique du Néerlandais s’inscrit en contrepoint du jeu de guitare de l’Italien. Parfois, l’apport de ce dernier tend carrément vers la sourdine, et le travail d’orfèvre-pâtissier de Zuydervelt imprime des caractères numérisés à l’extrême – d’ailleurs, Echi Del Tempo / Echo’s van de tijd est le titre le plus réussi, because à l’opposé de cette vision étriquée.Car oui, la recette ne fonctionne que partiellement, et la compatibilité des deux protagonistes guère évidente pour qui aura laissé au clou son casque de mineur. Et pour le coup de grisou, on retournera en 2009, quand Zuydervelt s’amourachait d’Andrea Belfi (Pulses And Places).

Sergio Sorrentino, Machinefabriek : Vignettes (Fratto9 Under The Sky Records)
Edition : 2013.
CD : 1/ Prefazione / Introductie 2/ Caduta Libera / Vrije Val 3/ Trotto / Draf 4/ Buco Nero / Zwart Gat 5/ Echi Del Tempo / Echo's Van De Tijd 6/ Rettile / Slakkegang 7/ Pendolare / Forens 8/    Frammenti / Fragmenten 9/ Perdersi / Dwaling  10/ Ghirigoro / Doedel 11/ Trasformazione / Transformatie     12/ Alba / Dageraad 13/ Nebbia Fitta / Dichte Mist
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

cmkk gau

Insatiable, l’ami Machinefabriek, le revoici membre du trio CMKK aux cotés de Jan et Romke Kleefstra, soit trois des quatre équipiers du merveilleux projet Piiptsjilling, dont on ne vantera jamais assez l’unique Wurdskrieme. Habitués des titres en Frison, les trois compères remettent le couvert avec Gau, qui exprime une idée de vitesse et d’urgence. En prime, Jan Kleefstra lit de sa fascinante voix rauque les textes dans sa langue maternelle, soutenus de main de maître par Machinefabriek et son Jan de frangin. C’est formidablement troublant, parfois carrément trippant, on sent le vent glacé souffler de la Mer du Nord en novembre et ça donne une envie bandante d’apprendre la langue séance tenante.

écoute le son du grisliCMKK
Gau (extrait)

CMKK : Gau (Monotype)
Edition : 2013.
CD : 01/ Gau
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Joana Sá : Elogio da desordem (Shhpuma, 2013)

joana sa elogio da desordem

A celles et ceux qui furent hypnotisé(e)s par l’entêtante musique du Tabou de Miguel Gomes, on conseillera vivement cet Elogio da desordem. Parce que multi-facettes (musique de films, improvisation, concertos pour piano de Cage…), Joana Sá captive. Après l’écoute de cet enregistrement solo, nous pouvons rajouter : envoûte.

L’univers de la pianiste portugaise est ample, infini. C’est un royaume de mélanges et de fusions. Les voix s’imbriquent. Elles chuchotent, murmurent. Le piano est anxiogène ici, éclaté ailleurs. Il sillonne la rafale, s’interrompt brusquement. Il est violence et ne s’approche que de très loin de la douceur. On pourra refuser cette tentation du brouillage. Ou s’abandonner à sa perte. Comme un cauchemar, les tensions s’amplifient, gomment le jeu de la pianiste. Ici, l’on grésille, l’on grignote et l’on abîme l’évidence. Ici, sonnettes et sirènes aiment à faire sursauter l’auditeur. Ici, le désordre se consomme large et sans prudence. Et l’on aime cela. Passionnément, intensément.
 

Joana Sá : Elogio da desordem (Shhpuma Records)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Ouverture 02/ Hierarchy of Insanity 03/ Weakness of Solids 04/ All That Is Light Has a Dark Part 05/ Praise of Disorder 06/ Reality, Imagination 07/ The Elegant Fall
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Pacific 231, Lieutenant Caramel : Aunt Sally (Alone At Last, 2013)

pacific 231 lieutenant caramel aunt sally

Field recordings, guitare, electronics, art acousmatique… Du début à la fin (six morceaux dont deux captés en concert), la (nouvelle) rencontre des deux figures indus que sont Pacific 231 et Lieutenant Caramel tire dans tous les sens, s’en tenant quand même à une citation de Pierre Schaeffer, qui dit : « Le bruit est le seul son parfaitement adéquate à l’image, car l’image ne peut montrer que des choses et le bruit est le langage des choses. »

Et puisque les choses que nous montrent Pierre Jolivet (Pacific 231) et Philippe Blanchard (Lieutenant Caramel) sont bruyantes et folles, leur langage doit bien s’adapter... Tour à tour concret, usurpé, polyglotte, abstrait, il semble chercher une chose et une seule : ne surtout pas chercher à entrer en contact avec l’autre (en l’occurrence... avec moi). A force, et sans la poésie de leurs camarades Hjuler & Bär, les deux hommes nous servent à la place de leur « Tante Sally » une « attente salie » (pardon tata) qui se montre passablement ennuyeuse…

Pacific 231, Lieutenant Caramel : Aunt Sally (Alone at Last)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Yellow House in Beirut 02/ Birolo 03/ Bagliore 04/ Perhentian Kecil 05/ Angela Palnep Chu 06/ L’autre massacre
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Akos Ròzmann : Images of the Dream and Death (Ideologic Organ, 2013)

akos rozmann images of the dream and death

Cette réédition bienvenue – en 3 LP vinyles, mais c'est là plus une question de mode, le vinyle ayant le vent en poupe en ce moment, et surtout, intéressant un public « autre » (plus jeune) qui n'achèterait jamais ces mêmes musiques en CD – donne à entendre un compositeur passionnant, peu (ou pas ?) connu en France, auteur d'une musique des plus singulières : Akos Ròzmann (1939 - 2005) est né en Roumanie mais a passé la majeure partie de sa vie adulte en Suède où, entre autres, il était l'organiste attitré de la Cathédrale de Stockholm en même temps que l’hôte fréquent d'EMS, le studio de musique électronique de cette ville.

Et cette apparente contradiction (entre la musique « classique » et la recherche acousmatique) se retrouve non seulement dans sa production musicale mais dans sa vie toute entière : que ce soit dans la position du fervent catholique persuadé d'être en permanence entre deux portes – ciel et enfer – et ne parvenant à en ouvrir aucune, que dans celle du compositeur de solide formation classique qui la rejette en bloc, persuadé qu'il est qu'elle ne peut plus parler d'aujourd'hui.

Et effectivement ces Images of the Dream and Death donnent à entendre une autre part, qu'on aurait envie de situer entre les mystères et les violences d'un Moyen-Age et une autre électricité, pétrie de crainte, de respect et de terreur.

Akos Ròzmann : Images of the Dream and Death (Ideologic Organ / Editions Mego / Metamkine)
Réédition : 2013.
3 LP : A : Part I & Part II (Attacca) B : Part II 20:53 C : Part II (conclusion) & Part III D : Part III E : Part III F : Part III (Conclusion)
Kasper T. Toeplitz © Le son du grisli

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dieb13 : trick17 (Corvo, 2013)

dieb13 trick17

En capsule lancée par la rotation d’une platine, dieb13 explore un paysage changeant, celui de trick17. L’univers en question étant ramassé (une face « audible » seulement, dont l’autre, « visible » elle, révélerait la cartographie sous les rapides va-et-vient d'un crayon gris), la première rencontre ne tarde pas, qui met le musicien face à une femme éplorée – plus loin, ce seront des paquets d’insectes. Pour la distraire, le voici actionnant des mécanismes minuscules et qui en appelle au réconfort d’une musique scientiste d’atmosphère.

S'il tourne alors à vide, le vinyle réserve aussi de belles plages que se disputent le bruit et le silence, jusqu’à ce que le second n’en puisse plus et disparaisse sous des déflagrations, des alarmes débitées net, des parasites et des cris habilement agencés. Pour à la fois bien faire entendre ses créatures et leur échapper, dieb13 saute comme cabri et assène même quelques coups de cornes... Jusqu'à en écorcher le vinyle, dont le rose vire maintenant au rouge sang.

dieb13 : trick17 (Corvo)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
LP : A/ Audible B/ Visible
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Henry Vega : Stream Machines (ARTEk, 2013)

henry vega stream machines

La confrontation entre les musiques baroques et électroniques est souvent intrigante, à l’instar des excellents Martes et The Versailles Sessions de Murcof. Compositeur américain basé à La Haye, Henry Vega est de la même trempe que son collègue mexicain, c’est dire le niveau, tout en dépliant en huit étapes un sens plus aigu, certains diront difficile, de l’expérimentation.

Tout en nuances, en raison de l’apport notable d’un clavecin et d’une viole de gambe sur la doublette Slow Slower, son Stream Machines virevolte sur des longueurs d’ondes entre Charlemagne Palestine et Stephan Mathieu, qu’on imaginerait rompus à l’exercice de la dynamique. Carrément prenant quand un quatuor à cordes prend le pouvoir et que les machines se fondent dans un arrière-plan croustillant, Scanner Quartet amplifie encore le geste, telle une confondante épopée à la frontière de Giacinto Scelsi, Philip Glass et, oui encore, Fernando Corona.

Henry Vega : Stream Machines (ARTEk)
Edition : 2013.
CD : 01/ Slow Slower, Pt. I 02/ Slow Slower, Pt. II 03/ Izumi 04/ Scanner Quartet, Pt. I 05/ Scanner Quartet, Pt. II 06/ Scanner Quartet, Pt. III 07/ Automata Angels 08/ Stream Machines and the Black Arts
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Abdelhaï Bennani Trio : Encounters (JaZt Tapes, 2013)

abdelhaï bennani encounters

Un soir de jazz et d’improvisation. 16 octobre 2000 au Sunset.

Abdelhaï Bennani engage son ténor dans la bataille. Ne convulse pas mais cajole ses graves. Grogne des colères insoupçonnées. Expire quelques râles salés. Chasse on ne sait quel gibier. Se perd puis retrouve le sentier. Ne fait jamais cavalier seul. Alan Silva prend son piano de vitesse. Maintenant l’assombrit. L’égrène plus qu’il ne le comble. Rend l’arpège élégant. Désosse un drôle de synthé. Rivalise avec l’archet de William. Ne fait jamais cavalier seul. William Parker fait gronder sa contrebasse. Expose les racines. Cajole son archet. Tire sur une corde qui jamais ne casse. Ne fait jamais cavalier seul.

Un soir de jazz et d’improvisation. C’est donc encore possible.

Abdelhaï Bennani Trio : Encounters (JaZt Tapes)
Enregistrement : 2000 / Edition : 2013
CD : 01/Encounters #1, #2, #3
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Beat Keller, Reza Khota : 11 Microexercises by Christian Wolff (Wandelweiser, 2013)

beat keller reza khota 11 microexercises by christian wolff

L’ivoire des pochettes de la maison Wandelweiser cache toujours quelque chose. Cette fois, ce sont 11 Microexercises inventés par Christian Wolff pour répondre à une commande du Miniaturist Ensemble. Pour les éditions Wandelweiser, d’autres miniaturistes interprètent ces onze (+ deux en bonus) pièces, qui sont Beat Keller et Reza Khot.

Keller et Khot sont deux guitaristes électriques qui percent l’ivoire (parfois le déchirent)  et respectent le principe d’un art musical qui n’a pas d’à-priori. Neuf secondes, vingt-deux, une minute treize ou onze minutes quarante-sept… Peu importe la durée de ces exercices, l’important est leur éclectisme. Jouées au pouce ou attaquées franchement, les guitares sont dissimulées, pudiques, impatientes, irritées… Elles peuvent s’ignorer ou phraser ensemble, en d'autres mots elles forment un couple dont le quotidien est heureusement inconstant, pas ordinaire.

Beat Keller, Reza Khota : 11 Microexercises by Christian Wolff (Wandelweiser)
Edition : 2013.
CD : 11 Microexercises by Christian Wolff
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Joris Rühl, Antez (obs / Azimut, 2013)

joris rühl antez

Vous ne me demandez rien mais je vais vous le dire quand même : j’aime les choses qui grincent et qu’on fait tourner. J’en déduis que Joris Rühl et Antez – un clarinettiste et un percussionniste que je ne connaissais pas jusque-là – étaient faits pour me plaire. Mais eux étaient-ils faits pour s’accorder ?

Eh bien oui bien sûr (quelle question)… Il n’y a qu’à écouter ce disque sans titre, fait de deux extraits de concerts organisés à Zürich (WIM) et Grenoble (La Promotion) en 2012 & que produisent les labels (enfin, je crois que ce sont des labels, tout ça reste obscur) obs (avec un « o » minuscule) et Azimut (sans « h »). L’improvisation des deux hommes suit une minérale-logique rocheuse qui, une fois terminée l’introduction au tom basse, siffle siffle et siffle beaucoup et tourne tourne donc : brute, industrielle, angoissante… L’improvisation du duo tout pour plaire !

écoute le son du grisliJoris Rühl, Antez
(extrait)

Joris Rühl, Antez : (obs / Azimut)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01-02/ -
Pierre Cécile © Le son du grisli

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