Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : le son du grisli #2Sortir : Festival Bruisme #7le son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Andrew Lamb : Honeymoon on Saturn (CIMP, 2012) / Rhapsody in Black (NoBusiness, 2012)

andrew lamb honeymoon rhapsody

Habitué du Vision Festival, Andrew Lamb a peu enregistré. En 1994 pour Delmark et puis en 2003 avec Tom Abbs déjà – autre musicien rare sur disque malgré d’imposantes qualités. Pourtant, Lamb a étudié auprès de Kalaparusha, fréquenté les orchestres d’Alan Silva et de Cecil Taylor. Surtout, possède un souffle capable de mettre saxophone, clarinette ou flûte, au service d’une forte identité. Cette année, il confirme deux fois sur disque son entente avec Abbs (à la contrebasse, au tuba et au didgeridoo).

Sur Honeymoon on Saturn, d’abord, en trio avec Warren Smith. Enregistré en avril 2008, Lamb y défend des compositions personnelles faites de vrais et de faux départs, de convulsions amalgamées – à l’alto, il peut rappeler Jackie McLean –, d’instants amorphes accoucheurs de transformations, enfin de mélodies parfois minces mais rattrapées par la manière qu’a le trio de les maquiller. D’aspect brouillon d’abord, l’invention d’Andrew Lamb ne tarde pas à démontrer ici qu’elle est aussi dense que détachée d’apparence.

Sur Rhapody in Black ensuite, daté du mois de novembre de la même année. Cette fois, Lamb et Abbs font front commun avec les batteurs Michael Wimberly et Guillermo E. Brown. Marches défaites et chants décousus – mécaniques grippées contre éléphants en tubes –, ânonnements et même répétitions bravaches, orientalisme au romantisme évanoui et hymnes de forts des Halles (c’est d’ailleurs sans doute au ténor que Lamb dit le mieux de quoi retourne son art), font de cette épreuve un nouvel élément d’une discographie qui pourrait bien n’être faite que de références.

EN ECOUTE >>> Initiation >>> Song of the Miracle Lives

Andrew Lamb : Honeymoon on Saturn (CIMP)
Enregistrement : 10 & 11 avril 2008. Edition : 2012.
CD : 01/ Land of the Pure at Heart 02/ Honeymoon on Saturn 03/ Year of the 13th Moon 04/ The Call of Love's True Name 05/ A Alegria E O Prazer de uma boa Tarte 06/ Dance of the Prophet 07/ Theme for Radio Crude Oil
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Andrew Lamb : Rhapsody in Black (NoBusiness)
Enregistrement : 14 novembre 2008. Edition : 2012.
CD : 01/ Initiation 02/ Rhapsody in Black 03/ To Love in the Rain 04/ Song of the Miracle Lives
Guillaume Belhomme © le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Jacques Goldstein : Freedom Now ! DJ Spooky / Matthew Shipp Trio (La Huit, 2009)

djplookysli

On sait Matthew Shipp surprenant pour ne jamais réussir à trancher tout à fait entre académisme pompier et sursauts d’inventivité éclatante. Aux côtés de DJ Spooky – filmé en 2003 par Jacques Goldstein dans le cadre du festival Banlieues Bleues –, le voici sombrant avec fracas.

L’archet fantasque de William Parker ne peut en effet pas grand-chose pour relever un mélange de post-free stérile – lorsque les postures du pianiste n’évoquent pas plutôt le lyrisme nouille d’E.S.T. – et de scratchs entendus et autres effets datés sortis des platines de DJ Spooky. Le réalisateur aurait-il d’ailleurs remarqué l’indigeste fruit de la rencontre, lui qui décide tout à coup de plaquer sur la musique des extraits d’interviews données par les intervenants ?

La musique reléguée en fond sonore, DJ Spooky parle d’un travail de mémoire et de citations élaborées à grands coups d'extraits de disques quand Shipp avance que le rapprochement du hip hop et du free jazz lui paraît naturel. Or, sous couvert de hip hop et de jazz, ce ne sont ici que deux variétés inutiles que l’on amalgame, deux esbroufes en connivence que l’on donne à voir.

Jacques Goldstein : DJ Spooky & Matthew Shipp Trio (La Huit)
Enregistrement : 2003. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

David S. Ware: Renunciation (AUM Fidelity - 2007)

renunciagrisliEnregistré en 2006 au Vision Festival de New York, ce concert, annoncé comme étant le dernier du quartette en terre nord-américaine, voit David S. Ware distribuer de quoi faire naître quelques regrets de l’autre côté de l’Atlantique.

Après avoir imposé sur Ganesh Sound une méditation coltranienne - phrases allongées jusqu’à l’écorchure de Ware, piano évoquant à divers endroits celui de McCoy Tyner - les musiciens dressent un triptyque en hommage à la Renunciation promise : tourmentes du questionnement énoncées par le duo William Parker / Matthew Shipp
(Suite I), recherche de réponses valables et différentes (hard bop virant free puis progression quasi contemporaine de Suite II), enfin, apaisement relatif parce qu’obligatoire le temps d’une autre duo Shipp / Parker (Suite III).

Sur un mode plus urbain, le groupe porte ensuite Mikuro’s Blues, ballade sur laquelle Ware dépose des lamentations denses sur le gimmick servi par ses partenaires, accéléré seulement sur la fin par Guillermo E. Brown. Reprise de Ganesh Sound, plus court et délayé, et puis applaudissements. Alors, le speaker redonne les noms des musiciens d’un quartette impeccable, décidé, faut-il le croire, à se consacrer à d’autres continents.

CD: 01/ Intro 02/ Ganesh Sound 03/ Renunciation Suite I 04/ Renunciation Suite II 05/ Renunciation Suite III 06/ Mikuro’s Blues 07/ Ganesh Sound (Reprise) 08/ Saturnian

David S. Ware - Renunciation - 2007 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Dave Burrell: Momentum (High Two - 2006)

burrell

Ancien partenaire de Pharoah Sanders, Archie Shepp, David Murray ou Grachan Moncour III, le pianiste Dave Burrell est de ces musiciens de jazz qui ont encore à dire parmi et auprès d’une génération plus récente de jazzmen raffinés (sur Momentum, le contrebassiste Michael Formanek, et, plus jeune encore, le batteur Guillermo E. Brown).

Sur les 3 premiers titres, écrits à l’origine afin d’illustrer un ancien film muet, le toucher de Burrell est mesuré, se pliant à une construction répétitive (Downfall) ou rendant des thèmes léger (Broken Promise) puis mélancolique (Fade to Black, qui rappelle les dernières compositions de Mal Waldron).

Ailleurs, un swing singulier emporte le trio : sur le rythme étrange mis au jour par Brown (Cool Reception) ou au son d’un gimmick entêtant défendu par Formanek, qui anéantit les accents monkiens du jeu de Burrell en préambule à 4 :30 to Atlanta – accents remarqués une autre fois sur Coup d’état.

Fait de postures classiques enlevées par le traitement moderne et érudit de Dave Burrell – qui a pour effet les dissonances balbutiantes de Momentum ou la netteté mélodique de Broken Promise, selon les dosages -, Momentum est un disque aussi efficace que sombrement perturbé ; soit : recommandable.

CD: 01/ Downfall 02/ Broken Promise 03/ Fade to Black 04/ 4:30 to Atlanta 05/ Cool Reception 06/ Momentum 07/ Coup d’état

Dave Burrell - Momentum - 2006 - High Two. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

David S. Ware: Balladware (Thirsty Ear - 2006)

balladsli7   ballades  composent  Balladware,   album  enregistré  par   le quartet de David S. Ware en 1999. En compagnie de Matthew Shipp (piano), William Parker (contrebasse) et Guillermo Brown (batterie), le saxophoniste revient sur quelques thèmes – standards et compositions personnelles - qu’il avait déjà abordés auparavant, pour confectionner l’une de ses œuvres les plus intenses.

Au nombre des reprises, Yesterdays – ballade désaxée sur laquelle Ware, chaleureux, ouvre la brèche d’une profondeur mélancolique mise en musique -, Autumn Leaves – où il dispose des digressions précipitées au creux des phrases du thème –, ou encore, Tenderly. Sur chacune d’elles, le leader trouve l’appui plus qu’éclairé de ses trois partenaires.

Ailleurs, Ware réinterprète Dao, contenu et laissant pas mal de place aux arpèges de Shipp ; évoque
Albert Ayler sur Godspelized, sur lequel il ne manque pas de tirer partie de la valeur de sa section rythmique ; hurle, enfin, une invocation troublante, que ses partenaires devront camoufler sous déconstruction comme on noie sa peine (Angel Eyes).

Et la peine transformée, l’allure se fait haute. Mesurée, juste, mais à propos de laquelle il est soudain permis de douter – doses petites de free emporté. Ce loup, dans un champ de fleurs - et pas des plus communes. L’oxymore difficile et élégant.

CD: 01/ Yesterdays 02/ Dao 03/ Autumn Leaves 04/ Godspelized 05/ Sentiment Compassion 06/ Tenderly 07/ Angel Eyes

David S. Ware - Balladware - 2006 - Thirsty Ear. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

>