Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Nate Wooley : (Dance to) the Early Music (Clean Feed, 2015)

nate wooley quintet dance to the early music

Ce n’est pas un retour au jazz « à l’ancienne » qu’opère ici Nate Wooley, mais un retour au revival : sur six compositions de Wynton Marsalis et trois autres personnelles, qui composent (Dance to) the Early Music.

C’est une histoire de souvenirs – ceux d’un temps où l’oreille de Wooley était encore en formation – qui, avec Hesitation, débutait bien : la trompette et la clarinette basse de Josh Sinton (dont le jeu sait se faire remarquer) menant de conserve, et avec force, une réécriture plus qu’un hommage. On ne peut guère oublier les années et les circonstances où l’on s’est défini, qui nous ont défini, écrivait Boulez. Sans doute est-il difficile d’y retourner sans une certaine tendresse.

Une faiblesse, voire. Sacrifiant au compositeur qu’il a choisi de réinterpréter, le trompettiste abandonne ici beaucoup de l’invention qu’on lui connaît et les structures complexes de Post-Hesitation (NW), comme les motifs répétés de Phryzzinian Man (WM), ne parviennent pas à faire qu’on relativise facilités et broderies : avec les vents, le vibraphone de Matt Moran s’adonne à des unissons qui lassent : quant à la contrebasse et à la batterie (Eivind Opsvik et Harris Eisenstadt), elles soulèvent à distance un soufflet qui toujours retombe.

Dans les notes de pochette, Nate Wooley souligne que c’est l’âge (40 ans) qui le pousse aujourd’hui à revoir ses manières. On aurait seulement préféré qu’il cherche à inventer sur un souvenir plus inspirant.



Nate Wooley Quintet : (Dance to) The Early Music (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2015.
CD : 01/ Hesitation 02/ For Wee Folks 03/ Blues 04/ Delfeayo’s Dilemna 05/ Phryzzinian Man 06/ On Insane Asylum 07/ J Mood 08/ Skain’s Domain 09/ Hesitation/Post-Hesitation
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mike Pride : Drummer's Corpse / Mike Pride's From Bacteria To Boys : Birthing Days (AUM Fidelity, 2013)

mike pride drummer's corpse birthing days

La mort déborde de Drummer’s Corpse. Il y a d’abord ces glas qui ouvrent le bal. L’agonie n’est alors plus très loin qui éclate quand une armada de batteurs-percussionnistes (Mike Pride, Oran Canfield, Russell Greenberg, Eivind Opsvik, John McLellan, Chris Welcome, Yuko Tonohira, Bobby Previte, Ches Smith, Tyshawn Sorey, Marissa Perel, Fritz Welch)  martèle une bronca héroïque (on se croirait chez Branca). De ce sarcophage sonique s’extraient et s’incrustent cris, râles, torsions. La vibration est continue, le drone est d’acier, l’issue ne pourra être que fatale.

Tout aussi mortifère et gangrénée est Some Will Die Animals. Une guitare se fait koto, une contrebasse sirote puis s’emmourache du drame, des toms viennent fracasser des dialogues empilés (on se croirait chez Godard). Le lugubre n’en finit pas de frapper à nos oreilles.

En totale opposition à Drummer’s Corpse et inspiré par la naissance du premier fils de Mike Pride, Birthing Days joue la carte de la complexité rythmique, du vertige, du tournis. Seule une ballade (Lullaby for Charlie) vient calmer ce déluge irraisonné. Du jazz, de l’improvisation, de la fusion poussiéreuse et, toujours, une manie à jouer de l’insaisissable. Des retournements de situation(s) à l’exercice de style, il n’y a qu’un pas. Et malgré les interventions musclées et souvent inspirées de Jon Irabagon et d’Alexis Marcelo, la machine tourne à vide.

Mike Pride : Drummer’s Corpse (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Drummer’s Corpse 02/ Some Will Die Animals
Luc Bouquet © Le son du grisli

Mike Pride's From Bacteria to Boys : Birthing Days (Aum Fidelity / Orkhêstra Intenational)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ 79 Beatdowns of Infinite Justice, the 02/ Birthing Days 03/ Marcel’s Hat 04/ Brestwerp 05/ Lullaby for Charlie 06/ CLAP 07/ Fuller Place 08/ Pass the Zone 09/ Occupied Man 10/ Motion
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Nate Wooley Sextet : (Sit In) The Throne of Friendship (Clean Feed, 2013)

nate wooley sextet sit in the throne of friendship le son du grisli

En se découvrant peu à peu, les cuivres (Josh Sinton, Dan Peck) libèrent les composites compositions de Nate Wooley. On oublie facilement ces dernières (un fort air de déjà entendu) pour s’agripper à tel tuba salivaire, à tel barbare baryton ou à telle clarinette basse en pleine crise convulsive.

Il y a alors lieu de se détacher du labyrinthe compositionnel et de se laisser aller au souffle cassant, fractionné, frictionné et métallique du leader, ici dresseur de souffre, ailleurs astre de tendresse. Et ainsi oublier une peu vibrante section rythmique (Eivind Opsvik, Harris Eisenstadt) quand le calme et inspiré Matt Moran vient offrir ampleur et inspiration à une partition qui ne demandait que cela.

EN ECOUTE >>> Make Your Friend Feel Loved

Nate Wooley Sextet : (Sit In) The Throne of Friendship (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Old Man on the Farm 02/ Make Your Friend Feel Loved 03/ The Berries 04/ Plow 05/ Executive Suites 06/ My Story, My Story 07/ Sweet and Sad Constitency 08/ A Million Billion Btus
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Harris Eisenstadt : Canada Day (Clean Feed, 2009)

grisliday

Ici, une indiscutable esthétique Blue Note. Mais quid de l’énergie, de l’originalité, du tranchant, de la conviction des originaux ?  Parfois, ailleurs, quelques décalages made in M’Base (Halifax, Kategeeper). Et puis, souvent, un jazz qui frôle le convenu et le cliché (le duo saxophone-batterie in Keep Casting Rods).

D’un quintet dont on attendait beaucoup, que retenir ? Les brouillages et souffles embrasés de Nate Wooley, un chorus de ténor inspiré de Matt Bauder (After an Outdoor Bath), la belle distance que s’impose le vibraphoniste Chris Dingman, la parfaite interaction du couple Eivind OpsvikHarris Eisenstadt ? Voici une réponse évidente. Mais la sage construction des compositions du batteur, son application extrême et cette empoisonnante sensation de déjà-vu ferme bien des portes. Et en premier lieu, celle du plaisir d’écoute. On l’aura compris : pour le vertige, on repassera.

Harris Eisenstadt : Canada Day (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008- 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Don’t Gild the Lilly 02/ Halifax 03/ After an Outdoor Bath 04/ And When to Come Back 05/ Keep Casting Rods 06/ Kategeeper 07/ Ups & Downs 08/ Every Day is Canada Day
Luc Bouquet © Le son du grisli

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