Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Pierre Berthet, Frédéric Le Junter : L’enclume des jours (InPolySons)

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Trompes, tambours, ressorts ; résonateurs, câbles, bassines : les bruts boxons à musique, installations-manèges et semi-automates de Pierre Berthet & Frédéric Le Junter nous reviennent sous la forme d'un disque d'à peine 30 minutes, qui combine cinq pièces (de la même époque que leur disque de 1994 paru chez Vand'œuvre) conçues pour un ballet de William Douglas, et un Jerrican publié sur la compilation Musique's Action 2 (Vand'œuvre n°9509).

La durée limitée de ce carnet sonore s'avère finalement adéquate, et bien que la plupart des morceaux aient été élaborés (manufacturés, pourrait-on dire) pour un spectacle chorégraphique, ils sont assez peuplés et parfois énigmatiques pour supporter le passage au disque et pour susciter l'intérêt.

Pierre Berthet, Frédéric Le Junter : L’enclume des jours (InPolySons)
Edition : 2011.
CD : 01/ Manivelle ressort 02/ L'enclume des jours 03/ Trouve ton body 04/ Rien ne ressemble à rien 05/ Love is a stranger 06/ Jerrican
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Pet : Pet (Ilk, 2010)

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Du trio danois Pet, on retiendra une inquiétude toujours captivante. Des harmoniques d’alto tournoyant sans trouver proie. Une clarinette crachotant une angoisse tenace, resserrant le souffle jusqu’à la limite autorisée. Et sans doute de drôles d’objets encombrant le pavillon du ténor.

On visitera un piano aux traits sournois. Une cérémonie de fiel prodiguée sans scrupule pour mieux pulvériser les claires lignes qui viendraient à passer par là. Les toms déboulent, eux-aussi, gravement. Les peaux sont détendues à l’extrême ou couvertes de tissus étouffants. Et toujours, rejettent la possibilité d’un rythme.

De cette improvisation proposée par Sture Ericson, Simon Toldam et Anders Provis, on admirera la sombre beauté, les éboulements finement contrôlés et, bien sûr, les riches inquiétudes dispensées.

Pet : Pet (Ilk Music)
Edition : 2010.
CD : 01/ Short-Long-Long-Short-, Short, Long 02/ Sir Evans Drop 03/ Insects or Snowflakes ? 04/ Front Slide  05/ Funk from a Far 06/ As Modernist Runes 07/  No Modal Mist 08/ Our Secret Sin 09/ Let’s Melt Down There 10/ I 11/ II 12/ III 13/ Two-Seventy Flip
Luc Bouquet © Le son du grisli


Chubby Wolf : Los que no son gentos (Dragon’s Eye, 2011)

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En plus de Celer qu’elle formait avec son compagnon, Danielle Baquet-Long avait créé Chubby Wolf, dont Dragon’s Eye grave aujourd’hui Los que no son gentos.

Parce que je n'ai pas écouté cette jeune femme de son vivant, le faire aujourd’hui me désole. Je ne peux que me rendre compte, en retard, de la façon dont elle envisageait la musique. Dans un mixeur bien à elle, elle mettait sa voix, une basse et des synthétiseurs, pour former une musique d’ambiance léchée. C’est la bande-son d’un voyage au désert en quatorze stations de variations climatiques en filigrane.

Tranquille et légère, cette musique n’est pas à emporter, mais à vivre sur place. On peut y méditer ou y rêver. Los que no son gentos est un terrain vague où l’on fait du sur-place. Le mouvement n’est pas de notre fait, il n'est pas le nôtre non plus mais celui de tout ce qui nous entoure. Comme on y est bien...

Chubby Wolf : Los que no son gentos (Dragon’s Eye Recordings)
Enregistrement : 2008-2009.
CD-R : 01/ Prelude to a Come-on 02/ Bubbles of Know 03/ As Close as Anyone 04/ The Post-Coital Sigh (It's a Brutal Solipsism, Baby!) 05/ My Intermediary 06/ Existence is both a Horizon and an Indictment 07/ Blocking Dead Ends 08/ Desire to be Desired 09/ You are the Description that brings me out of Myself... But cannot Give Me anywhere to go 10/ Great Expectations 11/ We Smoke and Erupt 12/ What keeps us from Serenity? Desire! 13/ Deeper and the Damage From 14/ Flurries of Pins
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Reinhold Friedl : Inside Piano (Zeitkratzer, 2011)

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On se demande bien ce qui se cache derrière le sérieux de Reinhold Friedl. Regardez donc la pochette d’Inside Piano : est-il en manque de reconnaissance ? La photo l’installerait dans un registre plus « classique ». Peut-être ce portrait donne-t-il les gages de son humour second degré ? Mais alors pourquoi Friedl a-t-il écrit pour le livret un texte si fier ? Il y plaide sa cause et prouve que sa pratique du piano préparé est légitime et même plus, créative. je ne me souviens pourtant pas avoir douté de lui ni lui avoir demandé de fournir de telles explications…

Mais passons (quoiqu’il faudrait encore parler de ces pièces aux titres français : La grimace du soleil, Ombres d’ombres, dur…). Comme on sait qu’un train peut en cacher un autre, on craint que ces deux CD de solo de piano soient du même acabit pédant. Après les avoir écouté (plus de deux heures d’enregistrement), on conclut déjà qu’un seul aurait largement suffi. Pourtant, ils contiennent des choses intéressantes, mais à côté de choses vaines (comme les percussions de Chevelure des cognasses ou le brouhaha longuet de ses Evasions pour déplaire).

Prenons par exemple L’horizon des ballons. Friedl caresse les cordes en ne s’occupant que de ses gestes et de régler leur vitesse. Il confie aux cordes elles-mêmes le soin de chanter et il arrange le tout. L’intensité varie au gré du poids qu’il met dans ses embrassades et de la largeur de la surface qu’il couvre. La plupart du temps, il laisse les cordes vibrer et se sert de sa palette pour créer des instantanés de friches industrielles. De grands corps métalliques grincent et des oiseaux-mobiles crissent. Ce n’est pas que ce soit inédit, mais cette plage, la plus longue, s’écoute avec ravissement.

On conclura donc que ce solo de Reinhold Friedl n’est pas un échec, ni une réussite. Et qu’il vaut donc mieux le retrouver aux côtés de ses compagnons de Zeitkratzer. Peut-être y est-il moins fier mais plus en confiance malgré ce que disent les photos ?

Reinhold Friedl : Inside Piano (Zeitkratzer / Metamkine)
Enregistrement : Juillet 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Evasions pour déplaire 02/ L’horizon des ballons 03/ La conséquence des rêves – CD2 : 01/ L’espoir des grillons 02/ Ombres d’ombres 03/ Les cris des cantharides 04/ Chevelures des cognasses 05/ Pendeloques de glace 06/ La grimace du soleil
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Technical Drawings : The Ruïned Map (Gagarin, 2011)

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A l’heure où le magnifique Hauschka réconcilie le piano préparé et la techno (le RifRaf de mai en faisait tout l’éloge), un second grand disque de l’instrument favori de Charlemagne Palestine vient déposer la cerise sur le gâteau mouvant de notre époque. Œuvre du duo Melissa St Pierre / Jesse Stiles, alias Technical Drawings, The Ruïned Map dépote incroyablement la dub – et punaise du feu de Dieu, qu’est-ce que ça déménage des écoutilles !

Présentée d’ailleurs comme de la dub concrète, terme qui lui sied bien malgré son côté réducteur, la manière (forte) de la paire américaine évolue en une multitude de courants. A priori contradictoires, voire incongrus ensemble, les ingrédients de leur musique s’imposent très vite dans leur évidence rythmique – on le répète, ça secoue les pucerons. Intégrant un gamelan à des sensations qui vont du hip hop au krautrock, nomdidju que c’est bon, les artistes de la Big Apple gardent pour fil conducteur les modifications apportées au piano – qui est ici électrique.

Renforcé sur un seul titre (Strange Flora) par le poète rappeur Todd Jones – dont le flow prend, à la limite, trop de place – le disque poursuit durant ses huit titres ses étonnantes déclinaisons épicées sans nul autre besoin d’artifice. Vous cherchiez la synthèse entre Steve Reich et Autechre ou, alternativement, entre Kraftwerk et John Cage ? Plus besoin de fouiller, la voici.

Technical Drawings : The Ruined Map (Gagarin Records)
Edition : 2011
CD : 1/ Marching Band 2/ Underwater 3/ Issue Project Redux 4/ Strange Flora 5/ Skullfloor 6/ Interminable Spectral Mountains 7/ Pacific Coast Highway 8/ In Conclusion
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Louie Belogenis Trio : Tiresias (Porter, 2011)

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Le trio qu’emmène ici Louie Belogenis a été enregistré au printemps 2008. Comme l’avait fait jadis Rings of Saturn (duo avec Rashied Ali), Tiresias permet au saxophoniste d’estimer son entente avec un batteur ayant frayé avec l’une de ses grandes influences : Sunny Murray, cette fois, en présence du contrebassiste Michael Bisio.  

Si l’identité de Belogenis s’est sensiblement affranchie de l’écoute de Coltrane et d’Ayler, Tiresias est, de son aveu même, une évocation du Spiritual Unity – augmentée d’une reprise concentrée d’Alabama. Dès l’ouverture, le ténor drague et ramène à la surface des fragments lourds de sens qui, mis bout à bout, composent un exercice de style inventif. L’art de dériver ensemble qu’ont Belogenis, Bisio et Murray, profite de la nonchalance inquiète du premier, des obsessions désemparées du second et des décalages hors-cadre du troisième. Trois personnalités qui se disputent le commandement des écarts pour mieux élaborer de concert un free dont la nostalgie se délite en faveur d’une verve autrement moderne.

EN ECOUTE >>> Blind Prophecy

Louie Belogenis : Tiresias (Porter / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 mai 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ When Darkness Fell 02/ Blind Prophecy 03/ Divination 04/ Tiresias 05/ Alabama 06/ Seven Lines
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Foton Quartet : Zomo Hall (Not Two, 2010)

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Reconnaissons et louons l’errance du Foton Quartet. Cette errance qui nous semble venir en droite ligne de Bill Dixon bénéficie d’une trompette et d’un saxophone ténor en totale correspondance. En solitaires ou escaladant quelques pics périlleux, s’unissant et se séparant sans complexes, les voici aux avant-postes d’une improvisation ne s’émancipant jamais totalement d’un clair-obscur lancinant.

L’un (Gerard Lebik) tournoie, réitère et durcit le trait sans s’abandonner à une possible (souhaitée ?) échappée convulsive. L’autre (Artur Majewski) le suit et anime parfois une nervosité libératrice. Au second plan, contrebassiste (Jakub Cywinski) et batteur (Vojciech Romanowski) se contentent d’entretenir la matière. Lanternant, ne sachant ni trop que faire ni comment se dégager d’un rythme impulsé par les souffleurs, leur paysage n’aborde que trop peu de récifs. Devons-nous le regretter ?

Gerard Lebik, Artur Majewski (Foton Quartet) : Zomo Hall (Not Two Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007 & 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Track 1 02/ Track 2 03/ Track 3 04/ Track 4 05/ Track 5 06/ Track 6
Luc Bouquet © Le son du grisli


Tatsuya Nakatani, Kaoru Watanabe : Michiyuki (Kobo, 2011)

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Le premier disque du label Kobo, qui présentait Tatsuya Nakatani en duo avec l'aérophoniste Michel Doneda (White Stone Black Lamp), trouve un pendant dans le Michiyuki que le percussionniste a enregistré, à l'automne 2010, avec un autre grand souffleur : le flûtiste (shinobue, noh kan, ryuteki) Kaoru Watanabe.

Si l'ambiance créée par les deux hommes prend d'abord des allures méditatives, il ne faut pas s'y tromper : la musique ne donne pas dans le cliché zen ; elle envoûte plutôt, sans racoler, par une sorte de tension intime et assez communicative. Au fil de ces huit improvisations délicatement contrastées, les résonances que Nakatani sait préserver ne l'empêchent pas de sculpter aussi de véritables vagues d'énergie sur lesquelles Watanabe (par ailleurs spécialiste du tambour taiko) invente ses trajectoires. Passionnant, qu'on adopte une écoute flottante ou plus attentive...

Tatsuya Nakatani, Kaoru Watanabe : Michiyuki (Kobo / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Taikyo 02/ Escapism 03/ Yume 04/ Amaterasu 05/ Kikyuu 06/ Icarus 07/ Michiyuki 08/ Omatsuri
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Eliane Radigue : Transamorem - Transmortem (Important, 2011)

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On a beau avoir connu des drones, ceux d’Eliane Radigue ont toujours quelque chose de surprenant. Ceux de Transamorem - Transmortem remontent à 1973 et sont sortis de synthétiseur ARP. Ils forment des couches d’où sortent des fioritures qui ne surchargent jamais le décor. Au contraire, chaque nouvel arrivant s’y fond en respectant un mécanisme hypnotique qui n’est rien d’autre que la marque de fabrique de Radigue.

Transamorem - Transmortem est à la base une installation sonore « installée » en 1974 dans un des clubs mythiques de la ville de New York : The Kitchen. Se plonger dans cet enregistrement ne va pas jusqu’à nous faire changer d’endroit ni d’époque, mais promet quand même une descente en barque dantesque. Les flots sonores sont calmes d’apparence mais d’apparence seulement. Car qui plonge la main pour goûter le fluide voudra s’y enfouir tout entier : et un fantôme de plus dans la population de Transamorem – Transmortem !

Eliane Radigue : Transamorem – Transmortem (Important / Souffle continu)
Edition : 2011.
CD : 01/ Transamorem - Transmortem
Pierre Cécile © Le son du grisli


Craig Hilton, Tomas Phillips : Le goût de néant (Absinth, 2011)

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La référence à Baudelaire est tronquée, mais on pourrait y voir une nuance d’importance : le goût de néant plutôt que le goût du néant. C’est un solo de guzheng enregistré par Craig Hilton (Sans mouvement I) qu’il réécrit trois fois en compagnie de Tomas Phillips – l’un et l’autre musicien agissant alors au laptop.

La pièce acoustique est un paysage à horizons multiples : des trajectoires endurantes y sont amalgamées et révèle un sens inédit du désarroi sonore – inédit et non pas morne, puisque les basses fréquences et les faux drones qu’on y trouve attestent que les techniques étendues, même sur guzheng, ne suffisent plus : elles doivent être étirées désormais.

Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte ! Le fil qui relie ce premier Sans mouvement à ses réinventions est de plus en plus ténu : ainsi Sans mouvement II, à force de manipulations discrètes, répétera à l’envers le chant du premier titre ; Le goût de néant s’imposera en folk minimaliste dont l’atmosphère défaite évoque Terry Riley ou Alexander Balanescu ; Sans Mouvement III sacrifie tout à une mobilité prévenante, aux commandes du bateau ivre dans lequel prendre place, on imagine Morton Feldman : Et le Temps m'engloutit minute par minute.

Cette pièce et ses relectures forment donc ce goût de néant. Qui donne envie d’essayer le poème de Baudelaire en remplaçant chacun des « du » par un « de », et vice-versa. Alors donc on y trouverait acceptable aussi, et même bien davantage : Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil du brute.

EXTRAIT >>> Sans mouvement

Craig Hilton, Tomas Phillips : Le goût de néant (Absinth Records / Metamkine)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2011.
CD : 01/ sans mouvement I 02/ sans mouvement II 03/ le goût de néant 04/ sans mouvement III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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