Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Le son du grisli : la revue

LDP 2015 : Carnet de route #18

ldp 2015 2 & 3 octobre

L'heure de la reprise, pour le trio ldp : sept mois après le début de la tournée Listening, c'est à Lucerne, au Neubad, qu'Urs Leimgruber et Jacques Demierre reprenaient les concerts, soutenus à distance par Barre Phillips.

2 & 3 octobre, Lucerne, Suisse
Neubad

2 october 2015 - Ste. Philomène
Oh Oh - Urs, Jacques,
The great adventure begins. Please give my best to the English guys and do have some wonderful concerts with them. I feel like a little kid, stuck in bed with a cold while my friends are just outside my house playing together but my mother won't let me join them.
B.Ph.

02./03.10. – Konzerte, Neubad Luzern
Auftakt zur Herbst Tournee. Ein Austausch Projekt Luzern – London zum Jubiläumsanlass
80 years Barre Phillips / 15 years Trio Leimgruber_Demierre_Phillips mit der Gruppe AMM mit John Tilbury und Eddie Prévost und mit Hannah Marshall, Angharad und Rhodry Davies im Neubad in Luzern. Das Neubad - früher ein städtisches  Hallenbad - existiert seit einigen Jahren als alternatives Kulturzentrum der Stadt Luzern.
Die Konzerte finden direkt im ehemaligen Pool statt. Die trockene, überhaus wohlklingende Hall Akustik dient als zusätzliches Instrument, als eine Art räumliche Partitur. Die aussergewöhnliche Stimmung im Bad wird durch eine künstliche Lichtregie ergänzt.
Aus gesundheitlichen Gründen kann Barre Phillips die angekündigten Konzerte in Luzern, London, Montreuil, Lille nicht spielen. Mit seiner Unterstützung haben wir eine Video Montage (25 Minuten) von verschiedenen Filmausschnitten vorbereitet, die ihm gewidmet sind. Diese Montage zeigen wir dem Publikum als Teil des Konzerts. Anstelle von Barre Phillips spielt die Cellistin Hannah Marshall aus London.
Der erste Konzert eröffnen John Tilbury und Eddie Prévost mit einem extensiven, langen Bogen. Nach einer kurzen Pause zeigen wir das Video mit Barre Phillips. Anschliessend spielen Jacques Demierre und ich zusammen mit Hannah Marshall im Trio.
Am zweiten Abend zeigen wir zum Auftakt das Video mit Barre Phillips. Im letzten Teil des Videos beginnen die Musiker Angharad Davies, Urs Leimgruber, Rhodri Davies, Jacques
Demierre und Hannah Marshall zu spielen. Es entsteht ein längerers, klingendes Epos von 45 Minuten mit Stillen und explosiven Eruptionen. John Voirol, Saxofonist der Musik Hochschule Luzern kommt  mit einer Gruppe von Studenten an das Konzert. Im Anschluss findet mit den Studenten und dem Publikum und den Musikern des Quintetts eine offene Diskussion statt.
U.L.

2 octobre : La silhouette noire du piano Yamaha, C2, numéro 6162835, se reflétait à la surface du carrelage blanc du bassin central de Neubad. Vidé de son eau, le swimming pool principal de ces ex-bains lucernois transformés en centre culturel résonnait encore davantage en moi des cris que des générations d'enfants avaient poussés en sautant du plongeoir le surplombant. A notre arrivée, comme insensible à ces traces sonores juvéniles, le pianiste anglais John Tilburry répétait une pièce de Howard Skempton - me semble-t-il et qu'il devait jouer deux jours plus tard - sur un instrument qui de loin ressemblait à un toy piano. L'isolation thermique du lieu, pensée en fonction d'un public circulant dénudé, ajoutait à une réverbération parfois trop présente un léger sentiment d'oppression. Premier concert de la tournée d'automne, mais sans Barre, ou plutôt, sans la présence physique de Barre, car présent il l'est, en nous, dans nos sons. Je m'assieds, écoutant John Tilbury au piano, pensant à ces premiers concerts en trio à venir, mais momentanément sans contrebasse, ou comment jouer en trio à deux, et vient à moi imaginant Barre retenu par Black Bat ce vers de Edoardo Sanguineti coloré par de longues secondes de réverbération, "la Musica trae a sé li spiriti umani che quasi sono principalmente vapori de cuore". Le passage de Laborintus II contenant ce fragment s'ouvre alors progressivement à mon esprit, comme lorsque remontant à la surface de l'eau, ce n'est que petit à petit qu'on perçoit les sons du monde débarrassés de leur filtre aquatique :
la Musique est toute relative
comme on voit dans les paroles harmonisées et dans les chants :
en résulte une harmonie d’autant plus douce
que la relation est plus belle :
parce que c’est en elle qu’on entend le plus :
la Musique attire à soi les esprits humains
qui sont quasiment par essence des vapeurs du coeur
en sorte qu’ils cessent quasiment toute opération :
tout comme l’âme entière quand elle l’entend
et la vertu de tous court quasiment à l’esprit sensible
qui reçoit le son :
Les trois derniers mots du poème traduit par Vincent Barras dans la revue L'Ours Blanc, no 6, sont tirés, comme le reste du passage, de Il Convivio de Dante et semblent nous suggérer que le son est chose à recevoir. L'ombre de Dante, comme un son traversant le temps, a trouvé en Sanguineti un relai sans égal. Peut-être ne sommes-nous, dans nos espaces sonores improvisés, également et finalement que des relayeurs, passant et repassant les sons, du passé vers le futur, travaillant à l'intérieur d'une zone de transmission, où l'instant présent, à la fois lieu de réception et lieu d'envoi, entre en résonance, accumulant l'énergie de l'avant et de l'après.
J.D.

2 oct

3 octobre : Second concert au Neubad, même piano Yamaha C2 au numéro inchangé, même réverbération, même ambiance carrelée, même sentiment d'échelle improbable dans le rapport homme-bassin. Pourtant tout a changé, tout est différent, expérience étrange et mouvante de mon rapport à l'identité spatiale du lieu. Le temps écoulé entre la dernière note du concert en trio avec la violoncelliste anglaise Hannah Marshall le soir précédent et le premier son émis cet après-midi au moment de la balance du même trio augmenté de la harpe et du violon de Angharad et Rhodri Davis, cette quantité de temps qui a passé, cette portion de durée fléchant mon existence a à l'évidence agi, a d'une certaine manière rendu plus privé mon rapport à cet espace public. M'y serais-je déjà accoutumé, l'aurais-je apprivoisé ou est-ce lui qui insidieusement et sous l'effet déformant de la durée m'aurait apprivoisé ? On sait par expérience que sans temps, sans durée, on prive le son d'un paramètre indispensable, support essentiel parmi les supports, celui par lequel il se manifeste à nous au sein de l'écoulement vital et avec lequel on peut également l'offrir à la perception d'autrui. Mais on sait aussi que sans espace, il n'y a pas de son possible, que l'espace est une des conditions de la propagation sonore, que l'étendue ondulatoire doit s'inscrire spatialement pour être perçue. Pourtant, autant le rapport espace-son semble au fil des différentes pratiques sonores dévoiler un maillage serré de correspondances, autant le rapport espace-durée n'a pas encore été suffisamment envisagé dans toute la complexité de sa pertinence. Le premier son joué en quintet a heureusement balayé ce questionnement de mon esprit. Jouer, penser, des pratiques différentes d'un même engagement sonore qui demandent des temps différents pour exister pleinement. C'est dans leur indépendance que réside la puissance de leur résonance commune. Conviés par le saxophoniste John Voirol à assister au concert, les étudiants qui nous posèrent des questions une fois la performance terminée ne l'ont pas compris autrement. "Quelle est votre émotion juste après le dernier son joué ?", intéressant point de vue qui évite le piège d'associer directement sons et émotions. En tant qu'artisan sonore, mon matériau de base n'est pas l'émotion, mais le son. Je peux imaginer que ces sons provoquent ou évoquent des émotions chez celles et ceux qui les reçoivent. Mais qu'en est-il de l'effet de mes propres sons sur moi ? Les sons que je produis, en prenant essentiellement appui sur l'action de leurs qualités phénoménales sur la perception sensible et en les préservant d'une éventuelle coloration émotionnelle, reviennent-ils vers moi tel un boomerang chargé d'émotions ? Je dirais non.
J.D.

3 oct

Photos : Jacques Demierre.

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE



Commentaires sur LDP 2015 : Carnet de route #18