Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Skogen : Ist Gefallen in den Schnee (Another Timbre, 2012)

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S'il s'avère difficile – et sûrement inutile – de partager ce qui relève du « semi-composé » et ce qui tient du « semi-improvisé » dans la passionnante heure que dure cette pièce délicate, au moins faut-il reconnaître à Magnus Granberg (piano) d'avoir réussi à élaborer par ses propositions, mises en œuvre avec l'ensemble Skogen à Stockholm durant l'automne 2010,  un environnement envoûtant et un véhicule propice à la contemplation.

Débarrassée de son titre et de sa pochette (l'un et l'autre au demeurant charmants pour ce Winterreise suédois), la musique tient par elle-même, élégante, de l'ordre du rêve dans sa suspension, et c'est Feldman qui bientôt apparaît entre les pupitres d'Angharad Davies (violon), Anna Lindal (violon), Leo Svensson Sander (violoncelle) et John Ericksson (vibraphone). La fine tension électrique qu'apportent Erik Carlsson (percussion), Henrik Olsson (bols & verres), Petter Wästberg (objets, micros, table de mixage) et Toshimaru Nakamura (table de mixage « bouclée », véritable cage à insectes vrombissants et perçants) confère à ces halos, gouttes et comètes lentes, une autre qualité de mystère encore.

Bien qu'ayant étendu son effectif (depuis ses travaux pour le label Bombax bombax), l'ensemble Skogen touche ici à un merveilleux équilibre : parcimonieux, nuancé, mais toujours consistant. Bravo !

Skogen : Ist gefallen in den Schnee (Another Timbre)
Enregistrement : 12 novembre 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Ist gefallen in den Schnee
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Robin Hayward, Kristoffer Lo, Martin Taxt : Microtub (Sofa, 2011)

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Au point de rencontre de graves et de silences, le trio de tubas que forment Robin Hayward, Martin Taxt et Kristoffer Lo, décide d’intervenir : sur une ligne d’action et de principe, les trois hommes s’accordent donc et agissent en agitateurs sensibles.

Résultante : Microtub est une pièce d’une quarantaine de  minutes. Ses notes sont longues et tremblantes en même temps, se chevauchent en conséquence. Il semblerait qu’Hayward, Taxt et Lo, aient fait vœu de silence et, pour ne pas respecter celui-ci, font œuvre de discrétions : leurs graves, lorsqu’ils ne restent pas enfermés en tubes, se taisent après avoir été emportés en rouleaux. Au terme de la quarantaine promise, ce sont plusieurs soleils noirs qui ont été dessinés sur le presque-même canevas : si l’astre qui en résulte brille, c’est par l’épaisseur de ses contours.

Robin Hayward, Kristoffer Lo, Martin Taxt : Microtub (Sofa)
Edition : 2011.
CD : 01/ Microtub
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Emmanuelle Gibello : Labyrinthe

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Pour Emmanuelle Gibello, l’eau est de tous les plans. Chez elle, l’eau est matière scintillante, vibratoire et presque toujours d’une lente navigation. Et souvent, ludique ou fatale (toutes les eaux sont couleur de noyade écrivait Cioran). Les sources (sonores et soniques) jaillissent sans brutalité.

Dans Random Erratum, la plage la plus convaincante – et audacieuse – du CD, les brouillages gagnent du terrain et balaient tous les arrière-plans. Le choc n’est pas violent mais entrevu puis argumenté jusqu’à son total épuisement. Viendra alors un autre monde fait de sourdes résonnances et de grésillements radio. Plus qu’une bibliothèque de sons, une aventure singulière et attachante.

Emmanuelle Gibello : Labyrinthe (Bruit Clair)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Bamboo Cry 02/ Crashtest # 10 03/ Pour faire peur aux enfants dans le noir 04/ Random Erratum
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Reinhold Friedl : Eight Equidistant pure wave oscillatiors... (Room 40, 2011)

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Personnage essentiel de la scène contemporaine, notamment avec son magnifique ensemble Zeitkratzer, Reinhold Friedl peine toutefois à me convaincre lorsqu’il passe à la case solo. Pourtant, les choses semblent en passe de changer. Alors que j’étais (très) dubitatif face à sa vision du clavier sur son récent Inside Piano – mais c’est probablement une question de feeling (de rien, Richard C.), j’ai la nette impression de mieux appréhender le présent Eigh Equidistant… (qui ravira à coup sûr la palme du plus long titre de l’année 2011 !).

Sans doute est-ce la fréquentation assidue d’Eliane Radigue à une époque de ma vie résonante, j’aime me perdre dans ses entrelacs dronés, casque vissé sur les écoutilles en un trip en marge de la métaphysique. Le nom de l’œuvre l’indique, soixante minutes durant, je me plonge dans un bain absolument trippant d’ondes émise par un oscillateur – jouées par huit haut-parleurs qui, du coup, passent du statut de diffuseurs à celui d’instruments.

Je pourrais vous abreuver de moult détails techniques fastidieux mais en ces temps pressés, je serai bref : je recommande – très – vivement l’écoute de Reinhold Friedl version Room40. Sans parler, na klar, de ses multiples productions à la tête de Zeitkratzer.

Reinhold Friedl : Eight Equidistant Pure Wave Oscillators, While Slipping Very Slowly To A Unison, Textually Spatialised On Eight Speakers, Concret, 60 Minutes (Room40)
Edition : 2011.
CD : 01/ Eight Equidistant Pure Wave Oscillators, While Slipping Very Slowly To A Unison, Textually Spatialised On Eight Speakers, Concret, 60 Minutes
Fabrice Vanoverberg © le son du grisli

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Cory Allen : Pearls (Quiet Design, 2011)

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Si l’on avait perdu la trace de Cory Allen, c’est qu’il était parti dans la neige vêtu de blanc et que le vent s’était levé derrière lui. C’est Pearls qui nous permet de le retrouver aujourd’hui.

Pearls est la boîte noire qui nous révèle qu’Allen est passé par ce palais de glace (il l’a exploré de fond en comble). Dans chaque pièce il a distribué des basses et des notes cristallines (celles d’un synthé ?). Ses intentions étaient bienveillantes, mais ses pas ont soulevé  des poussières blanches qui maugréaient d’avoir été dérangées (ce sont les grésillements que l’on entend). Jusqu’à sa découverte du Saint des Saints (sur Izsozaki Clouds, il est grandiloquent et même pompier), Allen convainc par sa description de la cathédrale de glace. Sur une ambient en demi-teinte, il a déjà disparu.

Cory Allen : Pearls (Quiet Design)
Edition : 2010.
CD: 01 / Strange Birds 02/ Lost Energizer 03/ Isozaki Clouds 04/ Blue Eyes
Pierre Cécile © Le son du grisli

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The Second Approach Trio : Pandora's Pitcher (Leo, 2011)

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Tirant un trait sur les splendeurs passées (Event Space / Leo Records) et refusant le grain de sable salvateur, le Second Approach Trio (Andrei Razin, Tatiana Komova, Igor Ivanushkin) semble ménager un auditoire tout acquis à sa cause.

Sur ce disque, leur territoire est scindé en deux : le nord pour les ambiances cotonneuses et contemplatives ; le sud pour un jazz maniéré et de peu d’innovations. Résumons : le piano se dérobe au brûlant et abandonne bien rapidement la partie ; le chant ne slalome plus sur les hauteurs et scatte sans génie ; la contrebasse accompagne et seulement accompagne. Pour qui avait follement aimé leur précédent CD, la déception est grande.

The Second Approach Trio : Pandora’s Pitcher (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007-2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Weird Talks 02/ 37’1 03/ Rite of Winter 04/ Burlesque Rag
Luc Bouquet © Le son du grisl

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House of Low Culture : Poisoned Soil (Sub Rosa, 2012)

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Les radars révèlent la présence d’intrus : les antennes radio crépitent mais il y a aussi l’orage percé d’aigus électriques et le crachin du champ magnétique. Les radars disaient vrai, on entend maintenant des voix. Une assemblée secrète réunie sur l’ordre express d’Aaron Turner ?

Les voix se taisent, le silence est menaçant. Turner leur fait sans doute signe, une batterie claque, la cadence lente, une guitare abyssale suit, un peu d’électronique déclenche une chorale qui entame un chat martial venu du froid. Pour se réchauffer, un cocktail de Mari Boine, Erkki-Sven Tüür, Wolf Eyes, Earth, Urban Sax… Tout ça à la sauce Turner, donc détonnant. L’expérience de paranoïa intense que nous fait vivre Poisoned Soil n’est peut-être pas qu’une expérience, mais le début de la fin ?

House of Low Culture : Poisoned Soil (Sub Rosa)
Edition : 2012.
CD : 01/ Spoiled Fruits Of The Kingdom 02/ The Ladder That Leads To Nowhere 03/ Inappropriate Body 21'11
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Stephan Mathieu, Caro Mikalef : Radioland (LINE, 2012)

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Le 11 mars 2011, Stephan Mathieu « joua » de la radio à Buenos Aires en présence d’une musicienne du pays, Caro Mikalef qui, elle, jouait de la cithare phonoharp en utilisant des e-bows.

Est-ce l’Argentine ou ma mémoire qui me joue des tours lorsque j'écoute Radioland ? Ou le drone qui parcourt lentement la pièce ? Il vient de loin, rampe, grimpe et dépose dans l’air une musique spectrale qui balance, qui retourne les meubles et les fait flotter. Après, le drone de déshabille, et les premières voix radiophoniques se glissent entre ses couches à terre.

Ce n’est qu’à ce moment que j’ai compris comment « sonnait » la radio de Stephan Mathieu. Son signal a longtemps été attendu. La cithare a empli le vide qu’elle laissait. C’est la voix de Mikalef qui m’a fait patienter. Des photos me montrent que Mathieu utilisa aussi un laptop. Curieux. Qu’importe. C’est bien Mikalef qui m’a fait patienter.

EN ECOUTE >>> Radioland (Panorámica)

Stephan Mathieu, Caro Mikalef : Radioland (Panorámica) (LINE / Metamkine)
Enregistrement : 11 mars 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Radioland
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Quatuor Bozzini : Aberrare / Le mensonge et l'identité / Sens(e) Absence (Ambiances magnétiques, 2011)

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Après avoir interprété Cage, Malcolm Goldstein et quelques autres, le Quatuor Bozzini (Charles-Edouard Marchand : violon, Clemens Merkel : violon, Stéphanie et Isabelle Bozzini : violon alto et violoncelle) s’intéresse aux œuvres de Martin Arnold, compositeur contemporain installé à Toronto.

Dans ces quatre œuvres, quelques constantes : continuité et étirements-déplacements de la mélodie, silences, réminiscence de musique ancienne, unissons, variantes des hauteurs et refus de la bride, du motif, de la phrase. Soit une répétition-juxtaposition de mélodies que l’on croirait instantanées, improvisées ; mélodies d’une simplicité enfantine, toujours tempérées et profondes.

Quatuor Bozzini : Aberrare (Ambiances magnétiques / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Contact;Vault 02/ Slew & Hop 03/ Liquidambars 04/ Aberrare 1 05/ Aberrare2 06/ Aberrare 3 07/ Aberrare 4
Luc Bouquet © le son du grisli

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Avec Jean Derome et Joane Hétu, compositeurs de cette œuvre, le Quatuor joue et parle (présentation des musiciens, citations diverses). En trois mouvements, Le mensonge et l'identité creuse et multiplie la cassure. Les cordes sont stridentes, acérées, oppressantes. Le quatuor à cordes est ici appréhendé comme un modèle de société, comme une communauté. Il témoigne des désunions (enchevêtrements des pièces), se déplace et se perd, sature la violence jusqu’à l’ultime tension mais maintient toujours le cap de l’échange et du partage. Bel exploit.

Quatuor Bozzini : Le mensonge et l'identité (Ambiances magnétiques / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01-19/ 1er mouvement 20-23/ 2ème mouvement 24-25/ 3ème mouvement
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Sur Sens(e) Absence, le Quatuor Bozzini tend ses cordes et les arrange en fils télégraphiques. Sous l’archet, ceux-ci respirent : donc, se répètent. Mais sans lasser, tant les nuances et déviations inspirent de subtilité à ces deux pièces, signées Ernstalbrecht Stiebler et Daniel Rothman, couplées pour être d’un contemporain subtil.

Quatuor Bozzini : Sens(e) Absence (Ambiances magnétiques / Orkhêstra International)
CD : 01/ Sehr langsam 02/ Sense Absence
Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Le Quatuor de Jazz Libre du Québec : 1973 (Tenzier, 2011)

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Il faudra renvoyer à cette présentation pour « introduire » le Quatuor de Jazz Libre du Québec. A sa lecture, on comprend que la formation à entendre ici (LP Tenzier, que l’on appellera 1973) est sur sa fin – efficiente l’année suivante. Yves Charbonneau (trompette de poche) et Jean Préfontaine (saxophone ténor et flûte), figures dirait-on historiques sinon d'origines, soutenus, en studio, par Yves Bouliane (contrebasse) et Jean-Guy Poirier (batterie).

Puisque ce n’est là que raccourci, se fier au disque en question : l’entrée est tonitruante, imposante même (Sans Titre), et sa suite semble se souvenir d’écoutes répétées du Machine Gun de Peter Brötzmann : à coup de mitraillettes, on rejoue la Guerre de Sept Ans, mais l’armistice ne tarde pas. L’archet de Bouliane embrasse en effet de sa profondeur toutes les revendications et exclamations possibles, tandis que des morceaux d’Internationale contraignent les virulences amélodiques. En conséquence, le Quatuor n’adapte pas le free jazz de son voisin du Sud, puisqu’il est en avance d’un siècle.

EN ECOUTE >>> Sans Titre >>> Les retrouvailles

Le Quatuor de Jazz Libre du Québec : 1973 (Tenzier)
Enregistrement : 13 mai 1973. Edition : 2011.
LP : 01/ Sant Titre 02/ Une minute de silence 03/ Studio 13, le 13 mai 1973 04/ Les retrouvailles
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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